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CHAPITRE IX

LES PLAINES DES PHILISTINS

Le chêne d’Abraham. — La caverne d’Adullam. — Gladstone et Disraeli. — La science biblique d’un juge anglican. — David et Goliath. — Les térébinthes et les prophètes. — Samson et Dalila — L’arche sainte. — Les Philistins. — La tour de Raraleh. — Un ami qui n’est plus. — Route directe de Jérusalem. — Lydda. — Jaffa. — Saint Corneille et la vision de saint Pierre.

17 novembre. — Un lever de soleil livide et fantastique et de grands nuages menaçants hâtent notre départ. Nous remontons la vallée de Mambré jusqu’au lieu où se trouve parmi les vignes, le grand arbre nommé le « chêne d’Abraham. » C’est un arbre magnifique, encore en pleine vigueur, il ne doit avoir que quelques centaines d’années ; mais il peut bien être un rejeton de la « chênaie de Mambré » sous laquelle le patriarche reçut la visite des anges.

La route serpente ensuite à travers les montagnes de Juda qui descendent graduellement vers les plaines de la Philistie.

Le pays est beau. Malgré la saison avancée, les rochers sont couverts d’un épais taillis d’arbustes. L’air en est embaumé, et leur fraîche verdure repose les yeux après tant de paysages desséchés. La vue est immense

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et va jusqu’à la mer par-dessus un vaste panorama de collines et de plaines. De grandes nuées d’orage et de pluie traversent la campagne à nos pieds, puis le temps se rassérène et devient beau comme hier.

Nous apercevons à.une faible distance à gauche, la colline couverte de ruines de Tell es Safiyeh, emplacement probable de la ville philistine de Gath, et plus près encore les restes d’Eleutheropolis, ville importante sous les empereurs de la famille des Sévère.

Nous désirions visiter ces curieuses catacombes creusées peut-être aux temps pré-historiques par les Chananéens qui habitaient dans des cavernes, mais la crainte d’être surpris par le mauvais temps dans ces plaines nous fait renoncer à Eleutheropolis et à Ascalon.

Ce pays est plein de grottes, de souterrains, c’est quelque part par ici qu’était la caverne d’Adullam où David se réfugia fuyant la colère de Saül.

Lorsque le grand orateur des démocrates anglais Bright compara les libéraux qui abandonnaient le parti de Gladstone pour se joindre à Disraeli, « aux gens dans la détresse, accablés de dettes et mécontents (1), » réfugiés auprès de David dans la caverne d’Adullam, on aurait pu facilement lui faire une réponse sanglante.

Nous sommes fiers de cette comparaison, aurait-on pu lui dire, ceux qui laissaient là Saül, prévoyaient sainement l’avenir, ils quittaient un insensé, jouet d’une folie furieuse pour se joindre à un homme sage et bon politique.

ti 1 Rois, XXII, ï

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Les impatiences, les surexcitations de Gladstone, sa nature féminine qui lui joue si souvent de mauvais tours, auraient donné du piquant à cette comparaison avec Saül. Mais personne n’y songea.

Est-ce que la familiarité des Anglais avec la Bible n’est qu’une prétention conventionnelle, comme tant de choses dans ce singulier pays, ses vertus et sa chasteté entre autres ?

On serait tenté de le croire, en vérité. Un juge éminent, m’assure-t-on, pilier de force des associations pour la défense de l’église protestante d’Irlande, déclara que la caverne n’était pas mentionnée dans la Bible, mais que c’était le lieu où Mahomet s’était réfugié en quittant Médine (accumulation de bévues assez drôle). Ayant une fois mentionné l’histoire du lévite d’Éphraïm devant un dignitaire de l’Église anglicane, heureux possesseur d’un bénéfice de 2,500 liv. sterling, je m’aperçus, à mon grand étonnement, que c’était la première fois qu’il en avait entendu parler.

Il est vrai que, quelques moments auparavant, il m’avait dit avec une aimable condescendance que, nous autres catholiques, nous étions de fort braves gens, mais ignorant les idées bibliques et entièrement livrés à des pratiques d’idolâtrie.

Nous descendons dans le Wady Sur, frontière des Philistins et de la tribu de Juda. Elle fut le théâtre des luttes continuelles entre le lion d’Israël et ce peuple curieux dont l’origine fut peut-être aryenne.

Près du sentier s’élève une tour carrée dont les fondations paraissent remonter à une haute antiquité. C’est Nézib, forteresse frontière de Juda.

Après avoir passé quelques puits très-anciens, nous

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croisons la route de Jérusalem à Gaza, sur laquelle saint Philippe baptisa l’eunuque de la reine d’Éthiopie, qu’il avait trouvé lisant Isaïe dans son char.

C’est un des rares chemins carrossables mentionnés dans l’Écriture.

Encore devait-il dater d’Hérode ou des Romains.

A la bifurcation s’élève un térébinthe énorme.

C’est un arbre dont la feuille ressemble assez à celle du frêne; son écorce, quand on y fait des entailles, distille une sorte de résine parfumée. Ces arbres étaient beaucoup plus communs autrefois et donnaient leur nom à une autre vallée qui tombe dans le Wady Sur.

Le lieu où nous nous reposons est presque l’endroit même du combat de David et de Goliath. Il est bien décrit dans la Bible :

Et Saül et les enfants d’Israël assemblés vinrent en la vallée des Térébinthes, et rangèrent leur armée pour combattre contre les Philistins.

Et les Philistins étaient d’un côté, sur la montagne, et Israël sur la montagne de l’autre côté, et la vallée entre eux.

(I Rois, XVII, 2,3.)

On ne comprend bien la Bible qu’ après un voyage dans ces pays. Ce térébinthe et d’autres en sont des exemples.

Quand on considère des arbres si vastes, si touffus, on comprend comment des prophètes, ainsi que le mentionne si souvent l’Écriture, purent vivre sous leur ombrage, abrités en partie contre l’intempérie des saisons.

« Il trouva l’homme de Dieu assis sous un térébinthe. » (III Rois, XIII, 14). — Ce n’étaient nullement des

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lieux solitaires et loin du monde. Dans ces pays du soleil, les voyageurs qui rencontrent un de ces arbres sur leur chemin s’y arrêtent au moins quelques instants. C’est un centre.

Les prophètes y pouvaient savoir les nouvelles, exercer leur influence, communiquer avec les initiés.

Nous quittons la vallée et venons camper sur les hauteurs près des masures informes et fétides du village de Beit-Nétif. Mais la vue est belle et intéressante, et nous l’examinons avec joie pendant que des lignes de carmin se forment peu à peu à l’occident.

Nous touchons aux terres de la tribu de Dan. — Nous sommes en plein pays du héros danite, Samson.

Sur un mamelon à notre droite voici Zorah, où il naquit, et, beaucoup plus bas, Timnath, demeure de sa femme Philistine. La Bible indique bien cette position :

Samson descendit à Thinath et vit une femme des filles des Philistins... Son père descendit donc chez cette femme

(Juges, XIV, 1, 10.)

L’immuable race sémitique nous entoure. Après tant de siècles, les noms ont à peine changé. Puis voici un des charmes de la Palestine : non-seulement les souvenirs sont nombreux, mais ils sont dans un cadre étroit qui permet de les suivre mieux et d’en jouir doublement.

C’est dans une de ces vallées que Samson tua le lion. Ce fut dans les tanières de ces collines qu’il trouva les renards qu’il lâcha dans les blés mûrs des Philistins, une torche allumée à leur queue.

Pauvre Samson ! Ce furent toujours les femmes qui le trahirent; son épouse d’abord, ensuite Dalila.

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Mais c’est leur éternel instinct quand il n’est pas modifié par le sentiment maternel, ou par la religion qui fait les sainte Thérèse et les sainte Catherine de Sienne.

Bien plus que l’homme encore elles en ont besoin. Plus dociles, plus facilement apprivoisées elles sont infiniment meilleures que lui quand elles obéissent à cette direction divine. Livrées à leurs instincts elles sont inférieures à l’homme. On peut se fier souvent à un homme livré à ses passions ; à une courtisane jamais, car même dans les bons moments où la ruse est oubliée, elle n’agit que par caprice. L’histoire de «Dalila femme de la vallée de Sorec qui fit dormir Samson sur ses genoux, et posa sa tête sur son sein, et appela un homme qui rasa les sept tresses de ses cheveux et commença à le repousser et à le chasser, car sa force l’abandonna aussitôt » (Juges, XVI, 19), sera éternellement reproduite tant qu'habiteront sur la terre les filles d’Eve et les fils d’Adam.

18 Novembre. — Nous descendons de Beit-Netif vers Ain Shems (la fontaine du soleil) qui est probablement le Beth-Shemesh ou Beth-Samès où les Philistins renvoyèrent l’arche sainte. Devant nous sans doute est la vallée où les vaches qui la portaient « avançaient dans le chemin en mugissant et ne se détournant ni à droite ni à gauche suivies des princes Philistins qui ne les quittèrent que lorsqu’elles furent arrivées en la terre de Beth-Samès. » (I Rois VI, 12.)

L’arche avait été prise après la désastreuse bataille d’Aphec où périrent les fils d’Héli.

Elle avait été d’abord transportée à Ashod et mise

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comme un trophée dans le temple de Dagon, mais la statue de Dagou avait été trouvée brisée, et la peste et toutes sortes de calamités avaient fondu sur la ville. L’arche avait été envoyée ensuite à Gath, puis à Ekron, toujours suivie des memes désastres. C’est alors que les Philistins la rendirent au peuple d’Israël.

Nous passons entre Zorah et Thimnath et traversons une nouvelle rangée de collines. Belle vue sur la mer. Mamelons chargés de ruines.

Nous entrons enfin dans les plaines de la Philistie où nous marchons jusqu’à Ramleh. Paysage brûlé et désert, mais on voit la fertilité du sol dans les hautes herbes desséchées. Énorme quantité de gibier, huit sangliers, trois bandes de gazelles, sans parler de perdrix, pigeons, etc.

Nous passons près d’ Ekron, la plus septentrionale des cinq villes royales de la Philistie : Gaza, Ascalon, Ashod, Gath, Ekron. C’est un grand village de fellahs sans aucune ruine, mais il n’en est pas de même d’ Ascalon, située à une journée de marche au Sud, et que l’impatience déraisonnable que j’éprouve toujours à la fin d’un voyage m’empêche de visiter.

Le peuple Philistin est un problème ethnographique.

Plusieurs savants allemands lui donnent une origine aryenne. 11 vint du sud de l’Asie Mineure ou de F île de Crète. 11 était navigateur, et plus connu du monde Grec que les Juifs, il donna son nom à la Palestine. Ses divinités Dercéto et Dagon, la déesse et le dieupoisson, étaient maritimes et dilféraient entièrement des idoles des Chananéens.

Qu’on ne s’étonne pas de les voir résister plus longtemps aux Israélites que les habitants des montagnes. •

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Ils avaient dans leurs plaines de la cavalerie et des chars armés de faux, engins terribles contre les Juifs dont la force unique était l’infanterie. Déplus ils étaient de braves guerriers comme le prouvent les sièges d’ Ashod par Psammetichus, et qui dura vingt-sept ans, et celui de Gasa, par Àlexandre-le-Grand. Leur commerce sur mer leur donnait de grandes richesses.

Il fait encore très-chaud dans la plaine, et nous avons grand plaisir à trouver nos tentes dressées parmi les oliviers près de la tour de Ramleh.

Ramleh pour ces pays-ci est une ville fort moderne. Il n’en est pas question dans l’histoire avant la conquête musulmane. Au temps des Croisades elle acquiert une grande importance à cause de sa position au point de jonction des routes de Damas au Caire, et de Jaffa à Jérusalem. Elle resta longtemps entre les mains des chrétiens après la prise de Jérusalem et ne fut abandonnée par eux qu’ après le départ de saint Louis, au milieu du xme siècle. Son commerce a encore une certaine activité. Les Pères Franciscains de Terre- Sainte y ont un grand couvent.

Sa haute tour, superbe construction sarrazine, était le minaret d’une mosquée attachée au grand caravansérail élevé ici par les sultans de Damas.

Un peu avant le soir je monte sur cette tour. Les riches couleurs de ce beau climat couvrent les plaines de Philistie et de Sarons, et la ligne onduleuse des montagnes de Judaet d’Éphraïm. Des oiseaux de proie planent dans l’air, des chansons d’enfants montent des jardins. Je contemple lentement ce paysage que, selon toute probabilité, je ne reverrai plus jamais, et je songe avec * émotion au cher compagnon perdu mais jamais oublié,

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Robert Golthurst, avec qui j’étais assis sur cette plateforme le 24 avril 1861.

Et pendant que j’écris ces dernières pages sur le pays sacré qui donna le jour au Sauveur, d’autres paysages m’entourent et me retracent les plus doux souvenirs que l’âme de l’homme peut avoir après ceux de la Sainte Vierge et de son fils divin. Les montagnes pierreuses se penchent vers le golfe, les rayons du couchant éclairent au loin les pics du Connemara et les grandes lames de l’Atlantique viennent expirer sur les grèves de l’Irlande à quelques pas du vieux cimetière de Duras.

19 novembre. — Avant de quitter Ramleh, il est bon peut-être de dire quelques mois de la route directe de Jaffa à Jérusalem.

Avec de bons chevaux on peut la faire facilement en un jour, surtout à la descente, au retour de Jérusalem. Elle traverse la plaine et est assez bonne en temps ordinaire jusqu’à la colline de Latrûn, où quelques explorateurs modernes placent Modin, résidence du père des Machabées. Ensuite on pénètre dans des défilés rocailleux, charmants, pleins de fleurs quand nous les vîmes, animés par des troupeaux de chèvres et par la musette des bergers.

Le chevreau noir qui doute

Pendu sur un rocher L’écoute,

L’écoute s’approcher (1).

Puis l’on arrive aux restes d’une église gothique, à Kuryet-el-Enab, emplacement probable de Kirjat-Jearim, où l’arche sainte séjourna longtemps.

(1) Alfred de Musset.

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C’était jadis la résidence du brigandeau Abou-Gosch, terreur des voyageurs, mais qui fat assez gracieux pour M. de Chateaubriand.

Quand on approche de Jérusalem les collines deviennent tristes et stériles; ce n’est qu’au moment d’arriver qu’on l’aperçoit enfin, blanche, avec la sombre masse des montagnes de Moab au delà.

En général, cependant, on emploie deux jours à faire ce trajet. On part assez tard de Jaffa et on couche le premier jour au couvent de Ramleh.

En ce moment, le pacha de Jérusalem fait faire une route; s’il persévère, chose qui n’est pas très-commune ici, on pourra bientôt aller en voiture de Jaffa à Jérusalem.

Nous quittons Ramleh de bon matin, et une avenue plantée d’arbres nous conduit à Lydda, où sont les belles ruines d’une église de Saint-Georges, patron de l’Angleterre, construite ou au moins réparée par Richard Cœurde-Lion. L’architecture n’est pas d’un style très-correct; mais les chapiteaux de marbre, bien travaillés, sont magnifiques.

C’est à Lydda que saint Pierre guérit Énée le paralytique et qu’il rendit à la vie Tabithe, en grec Dorcas, sainte femme dont « la vie était remplie de bonnes œuvres et d’aumônes. » (Actes des Apôtres, IX, 36.)

De Lydda à Jaffa nous traversons la plaine de Sarons, qui ne demanderait qu’un peu de travail et de sécurité pour redevenir admirablement fertile.

En approchant de Jaffa nous trouvons de beaux jardins d’orangers et de citronniers qui forment comme une forêt. Les oranges surtout sont superbes, sans être

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encore assez mûres. Quels arbres magnifiques] Ces jardins prouvent ce qu’on pourrait tirer de ce sol.

Jaffa est une ville sale et puante, mais elle a l’air animée. Elle date de l’antiquité la plus reculée. Le paganisme plaçait ici la scène de la délivrance d’Andromède par Persée.

Mais restons dans le domaine de Y histoire.

Jaffa était le seul port des Juifs sur la Méditerranée jusqu’au jour où Hérode le Grand construisit Césarée. Les autres ports mentionnés dans les règnes de Da^wd et de Salomon sont les ports de la Phénicie qui leur étaient ouverts par une alliance intime avec Iliram, roi de Tyr, « et Asion-Gaber, près d’Ailath, sur le rivage de la mer Rouge, dans la terre d’Idumée.» (III Rois, IX, 26.) La bourgade moderne d’Akaba doit montrer environ l’emplacement d’ Asion-Gaber.

C’est à Jaffa que débarquaient les charpentes de cèdre pour la construction du temple qui venaient de Byblos.

Avant de prendre leur essor vers l’Occident qu’ils devaient conquérir, nous voyons les apôtres séjourner sur les côtes de la Palestine. Philippe, après avoir baptisé l’eunuque de la reine Candace se rend à Ashod, puis à Césarée, avec ses filles, les premières vierges chrétiennes qui semblent avoir vécu en communauté.

Pierre habite à Jaffa dans la maison de Simon le corroyeur, située sur le bord de la mer. C’est là que pendant que les serviteurs du centurion romain Corneille s’approchaient de la ville,

Pierre monta au haut de la maison vers la sixième heure pour prier. Et ayant faim, il voulut manger. Pendant qu’on préparait sa nourriture, un ravissement d’esprit lui survint : Et il vit le ciel ouvert et comme une grande nappe suspendue

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par les quatre coins, qui descendait du ciel jusqu’à terre. Là, étaient toutes sortes de quadrupèdes, de reptiles et d’oiseaux du ciel. Et une voix vint à lui : Lève-toi, Pierre, tue et mange. Or Pierre dit : Non, Seigneur ; car je n’ai rien mangé d’impur ou de souillé.

La voix dit une seconde fois : N’appelle point impur ce que Dieu a purifié. Cela fut fait par trois fois; et aussitôt la nappe rentra dans le ciel. Et tandis que Pierre hésitait sur ce que signifiait la vision qu’il avait eue, voilà que les hommes que Corneille avait envoyés, demandant la maison de Simon se présentèrent à la porte.

Et ayant appelé quelqu’un, ils s’informèrent si ce n’était pas là qu’habitait Simon, surnommé Pierre.

Or, Pierre songeant à sa vision, l’Esprit lui dit : Voilà trois hommes qui te demandent.

Lève-toi donc, et n’hésite pas à aller avec eux, car moi je les ai envoyés.

Or Pierre descendant vers eux, leur dit : Je suis celui que vous cherchez, quelle est la cause qui vous amène?

Us répondirent : Corneille, centurion, homme juste et craignant Dieu selon le témoignage que lui rend toute la nation des Juifs, a reçu d’un saint ange l’ordre de vous appeler chez lui et d’écouter vos paroles.

Pierre les fit donc entrer et les reçut en sa maison. Et le jour suivant il partit avec eux, et quelques-uns des frères de Joppé l’accompagnèrent.

Pierre partit donc avec eux pour Césarée, et guidé par la révélation divine, il baptisa Corneille le premier des chrétiens Romains.

Pierre revint à Jaffa, et c’est de ce port qu’il partit pour l’Italie.

Au moyen âge et dans les temps modernes, Jaffa est célèbre comme le port de Jérusalem, tous les illustres pèlerins y passent depuis l’anglo-saxon Sœvvulf jusqu’à saint Ignace de Loyola.

Les souvenirs de tous les temps se pressent donc sur une plage où nous foulâmes pour la première fois en 1861 la vieille terre d’Asie.

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Quand nous y arrivons aujourd’hui le bateau des Messageries le Vokja , est en rade, prêt à partir pour Beyrouth.

Nous nous décidons à retourner pour deux jours à Beyrouth pour être sûrs de ne pas manquer notre départ pour l’Egypte, car dès que la mer est grosse, la rade de Jaffa devient si mauvaise que pendant des quinzaines de jours quelquefois, les bateaux à vapeur ne peuvent communiquer avec la terre. C’est une des grandes difficultés du voyage de Jérusalem en hiver. Du reste, de décembre à mars, on fera mieux de ne pas être en Syrie. Voyageurs en perspective qui lirez ce livre, mettez-vous bien dans la tête ces deux vérités :

1° Il fait très-mauvais pendant l’hiver en Syrie et en Palestine ; 2° Pour voyager avec plaisir en campant sous la tente il faut absolument du beau temps.

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