‹ Le Liban, la Galilée et RomeChapitre 23 sur 46 · Livre IV, Enig. XVIII · texte numérisé non relu

Livre IV, Enig. XVIII

on serait tenté de croire que le climat était plus rude alors que dans les temps modernes. 11 y aurait une étude curieuse à faire sur ce sujet.

A gauche est la belle villa Albani, récemment acquise par don Alessandro Torlonia, de la famille Castelbarco de Milan, héritière des Albani. A droite, la villa Torlonia, assemblage bizarre de ruines artificielles, de

théâtres, de grottes, et pour laquelle des sommes énor-

mes ont été dépensées sans obtenir d’autre résultat qu’une curiosité de mauvais goût.

Les Torlonia sont une famille de banquiers. Don Gio-

vanni Torlonia montra une grande fidélité dans des temps difficiles, aux papes Pie VI et Pie VII. Il secourut plusieurs fois les cardinaux dépouillés sous le lourd et perfide despotisme de Napoléon Ier. 11 en fut récom-' pensé par des titres de noblesse et par différents privilèges. Ses qualités faisaient pardonner quelques ridicules de parvenu. 11 avait acheté aux Odescalchi le fief de Bracciano près du beau lac de ce nom. Ce fief donnait le titre de duc, la vente était faite à réméré, mais la casa Odescalchi était si appauvrie qu’on pensait quelle ne pourrait jamais racheter cette vaste terre. Ce

(1) Sous la porte voisine du portique d’Agrippa, à l’endroit où le pavé glissant est arrosé d'une pluie incessante, un fragment de cette eau glacée par l’hiver tomba sur la gorge d’un jeune homme qui entrait dans ce temple humide; après avoir précipité les tristes destins du malheureux, le poignard amolli s’est fondu dans la plaie brûlante qu'il avait faite. Quels jeux cruels n’a t-on pas à redouter de la fortune? Où la mort n’esl-elle point, si l’eau peut aussi nous égorger?

LA HOME DES PAPES

fut ce qui arriva cependant au grand déplaisir et désappointement des Torlonia, lorsque don Ladislas Odescalchi eut acquis une grande fortune en épousant une riche polonaise, la comtesse Branicka.

Le chef actuel de la famille Torlonia, don Alessandro, a une fortune énorme. On dit que c’est le prince le plus riche de Rome ; pieux et charitable, il dépense noblement sa fortune à soulager les pauvres. Il est fort aimé du peuple. Cet homme si estimable a été cruellement éprouvé dans sa famille. Sa femme, une princesse Colonna, est devenue folle de douleur après être accouchée d’une fille née aveugle ; elle avait été quinze ans sans avoir d’enfants. On voit souvent cette pauvre princesse se promenant en voiture sur la route de Porta-Pia ; elle inspire la plus vive compassion.

Après avoir passé la villa Torlonia, on arrive à l’église de Sainte-Agnès. Cette petite basilique a été restaurée récemment avec beaucoup de goût.

On y descend par un long escalier, car l’église est construite sur l’emplacement de la catacombe où fut ensevelie sainte Agnès. Au bas de l’escalier est une inscription du temps du pape Damase (306-38A). Les inscriptions de ce pape, qui s’occupa beaucoup des catacombes, sont connues par la grande beauté des lettres. Deux étages de colonnes soutiennent un plafond doré ; elles sont de marbres magnifiques, et plusieurs sont cannelées. Des colonnettes de porphyre portent le baldaquin au-dessus du maître-autel.

A côté du couvent est l’église de sainte Constance, où fut trouvé un des magniliques sarcophages en porphyre qu’on voit aujourd’hui au Vatican. Comme ce

sarcophage, l’église est ornée des attributs du culte de Bacchus.

Sous l’empire, les mystères de Bacchus étaient devenus très-populaires. Les âmes voulaient sortir à tout prix de la sécheresse du vieux culte romain. Le christianisme s’appropria plusieurs des symboles bachiques, et les grappes de raisin, les épis de froment, allusions eucharistiques, se rencontrent sur les sépultures chrétiennes comme sur les tombeaux des païens.

Derrière ces deux églises est une de ces vallées profondes de la campagne romaine, dont on ne soupçonne même pas l’existence. C’est dans ces recoins peu fréquentés, remplis de jardins et de bastides, h l’époque romaine, que les chrétiens creusaient l’entrée de leurs catacombes dans la vigne d’un coreligionnaire. Je ne veux point dire que ces catacombes étaient entièrement ignorées de l’autorité, mais elles étaient peu en évidence, hors des atteintesde la populace. Il faut aussi se rappeler que le respect des tombeaux était une des idées les plus profondément ancrées dans l’esprit romain et puis encore, que le despotisme, tout cruel qu’il fut, n’avait rien de commun avec les tracasseries et l’inquisition de cette police moderne qui a si extrêmement rapetissé la vie. Le sujet des catacombes romaines est si imposant et si vaste que nous n’osons pas l’effleurer.

En revenant, nous allons à la villa Albani.

Le fondateur de cette famille fut le pape Clément XI (1700-1721). Il était d’Urbin. Les Marches et les Bomagnes ont été très-fécondes en papes. Il y eut plusieurs cardinaux Albani.

L’un d’eux fut le patron du célèbre Winckelmann

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