I.F.* PALAIS F.T LF.S VILLAS
cadrent les vues de la Campagna, ont un charme extraordinaire au printemps.
C’est sur une de ces collines que Jules Martial, le cousin du poëte, avait une maison de campagne que Martial décrit avec un peu plus de précision que ne le font, en général, les auteurs anciens.
Juli jugera pauca Martialis,
Hortis Hesperidum beatiora,
Longo Janiculi jugo recumbunt.
Lati collibus imminent recessus;
Et pian us modico tu more vertex Cœlo pcrfruitur sereniore;
Et curvas nebula tegente valles Soins luce nitet peculiari.
Puris leniter admoventur astris Celsæ culmina delicata Villa.
Hinc septem dominos videre montes,
Et totum licet estimare Romam,
Albanos quoque, Tusculosquc colles,
Et quodcumque jacet sub urbe frigus,
Fidenas veteres, brevesque Rubras,
Et quod Virgineo cruore gaudet,
Annæ pomiferum nemus Perennæ.
Illic Flaminiæ Salariæque Gestator patet, essedo tacente,
Ne blando rota sit modesta somno;
Quem nec rumpere nauticum celeusma,
Nec clamor valet belciai iorum ;
Quum sit tam prope Mulvius, sacrumque Lapsæ per Tiberim volent carinæ. (1)
(Liv. IV, Epig. 64).
(1) Jules Martial possède le long du mont Janiculo quelques arpents plus délicieux que les jardins des Hespérides. De vastes grottes s’étendent sur le penchant des collines, dont le sommet légèrement aplani jouit du ciel le plus serein et d’une lumière qui brille pour lui seul, tandis que des nuages obscurcissent les profondeurs des vallées. Le front gracieux de cette habitation s’élève doucement vers les astres toujours purs. De là on peut distinguer les sept collines, reines du monde, et embrasser Rome dans toute son étendue, les coteaux d’Albe, ceux de Tusculum, tous les
LFS PALAIS F. T LFS VILLAS.
Plus loin, le long de la voie Flaminienne se trouvait la villa de Livie, dite ad Gallinas , et qui, comme la villa de César à Baies, celle de Cornélie, au cap Misène, devint une propriété du domaine impérial.
L’astucieuse Livie, effrayée de quelques augures défavorables, voulut avoir un présage heureux pour son mari. Elle prétendit que, pendant quelle était assise dans son jardin, un aigle avait laissé tomber sur ses genoux une poule blanche, tenant dans son bec une branche de lauriers. La branche eut des rejetons, et une race de poules donna son nom à la villa. Située sur la route principale des grandes invasions, cette villa devait être ruinée une des premières. Elle était presque oubliée, quand des fouilles faites en !86â, mirent au jour la magnifique statue d’Auguste et des salles souterraines, ornées de peintures charmantes, et merveilleusement bien conservées.
Peu de temps après cette découverte, nous visitâmes l’emplacement de la villa, ad Gallinas . Tout était désert, et de grands nuages, poussés par un vent d’ouest audessus de la campagne romaine, la faisaient ressembler à ces prairies de l’Amérique du Nord, que j’ai parcourues autrefois.
C’est au Ponte Molle que Cicéron fit arrêter les ambassadeurs allobroges, compromis dans la conspiration
frais bocages situés au-dessous de la ville, l’antique Fidenes, la petite Rubia et les fertiles vergers d'Anna Perenna, où coula, à sa grande joie, le sang d’une vierge. Là, sur les voies Flaminia et Salaria, vous voyez circuler le voyageur, mais sans entendre le bruit du char qui le porte, pour que le fracas des roues ne trouble point un paisible sommeil qui n'est interrompu ni par les sifflements des matelots, ni par les clameurs des porte faix, malgré le voisinage du pont Milvius, et la proximité des navires qui glissent rapidement sur la surface du Tibre sacré.
LES PA 1. AÏS ET LES VILLAS
de Catilina. Ce pont fut plusieurs fois détruit. La dernière restauration (fort laide) date de Pie VH.
De là, à Rome, s’étend une route droite, sans vue, sans soleil, ayant par contre beaucoup de vent du nord et de poussière. C’est cependant une des promenades favorites du beau monde romain.
Du reste, les Italiens choisissent mal leurs promenades ; ils se soucient peu de la variété et tournent presque toujours en rond. Ils ne s’éloignent pas de la ville, et veulent être vus. Cela ne tiendrait-il pas aussi à l’insécurité extraordinaire de ce beau pays pendant tant de siècles ; insécurité qui est loin d’avoir cessé dans les provinces méridionales, où l’on voit des personnes, arrêtées en pleine promenade publique, et emmenées dans la montagne pour être rançonnées (Palerme, mars 1865).
2 Février. — Fête de la Chandeleur.
Le Pape assiste à la messe dite par un cardinal au maître-autel de Saint-Pierre. Lisez les oraisons de ce jour, pleines d’un souffle de poésie sublime, digne des grands prophètes d’Israël.
Le Pape, porté sur la chaise gestatoriale, vêtu d’une chasuble rouge et or, fait le tour de l’autel un cierge allumé à la main. 11 est précédé des évêques, des cardinaux, et suivi du corps diplomatique.
Tous portent des cierges. Cette procession est admirable. La matinée est brumeuse, mais au moment de l’entrée du Pape, un rayon de soleil glisse de la coupole et resplendit sur l’autel.
Au mois d’octobre dernier, quand des hordes de sectaires, forts de l’appui que leur donnait la duplicité
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honteuse du ministère Ratazzi, s'avancaient contre Rome, qui aurait cru que ces belles fêtes du catholicisme se célébreraient cet hiver avec le même calme et la même pompe?
Ce moment de crise a eu des résultats heureux. Le Pape est raffermi sur son trône. Ce trône est plus solide que celui du roi d’Italie. En Italie même, nous voyons le général Lamarmora, dans sa lettre aux électeurs de Bielle, oser déclarer, quoique timidement encore, que la capitale du catholicisme ne doit pas être touchée. C’est un symptôme du temps. Je crois que les esprits se sont éclairés depuis 1860.
A moins d’appartenir à l’extrême gauche, qui oserait aujourd’hui applaudir à l’expédition de Garibaldi en Sicile, et aux lauriers de Castelfidardo?
L’Angleterre elle-même, en proie à la panique, causée par les fénians, se refroidit pour les flibustiers.
De bonne foi, quelle différence y avait-il entre Garibaldi et les chefs fénians ? Je me trompe, il y en avait une, et elle était la cause de l’aveugle admiration anglaise. Garibaldi était l’ennemi du catholicisme.
Le parti conservateur commence à voir partout, en Italie comme ailleurs, le péril que les sectes font courir à la société. Mais il n’a pas compris encore que les plus dangereux des sectaires ne sont pas les conspirateurs. Ce sont les puissants du jour, les victorieux, ceux qui prônent l’alliance monstrueuse du despotisme et de la démagogie.
C’est une vérité qu’il faut s’efforcer de répandre. Si nous voulons être débarrassés des sectes, il faut aussi, il faut impérieusement faire cesser devant la volonté des nations, ces gouvernements personnels, qui nous
LES PALAIS ET LES VILLAS
menacent sans cesse de guerres terribles ou de désastres causés par la mort d’un seul, qui ôtent la confiance au commerce et paralysent tout.
Les déplorables événements de 1866 ne prouvent que trop ce que j’avance.
Depuis un moi», il est vrai qu’un zéphir officieux souffle à la paix. Mais les potentats ont besoin d’argent, et il faut un peu flatter les contribuables, sauf à montrer les dents au printemps. La guerre, du reste, si on croyait en avoir fini ensuite, 11e serait-elle pas préférable à cette incertitude constante ?
5 Février. — Sur le Quirinàl.
Nous voyons l’aurore du Guide au palais Rospigliosi.
L’Apollon a du mouvement ; il est bien entraîné sur son char, mais les heures sont trop grosses, et l’énorme femme qui jette des fleurs est lourde et semble tomber dans l’air. Notre-Seigneur, Moïse et Élie sont enlevés d’une bien autre manière dans la Transfiguration. La couleur générale est désagréable,
Un jardin plein d’eau et de soleil précède le Casin,où se trouve la fresque. On y voit un espalier d’orangers et des arbres exotiques de la plus belle venue.
Le palais Rospigliosi est construit sur l’emplacement des thermes de Constantin. Il a appartenu au cardinal Mazarin, et fut pendant longtemps la résidence des ambassadeurs de France.
Le prince Rospigliosi actuel (famille fondée par le Pape Clément IX originaire de Pistoïa, en Toscane), a épousé une Française, mademoiselle de Cadore, célèbre à Rome par son esprit. Deux de ses fils se sont enga-
Les Valais eï les ViLlàs.
gés dans l’armée pontilicale, lors des événements d’octobre.
A côté du palais Rospigliosi est la villa du prince Aldobrandini, frère du prince Borghèse. De l’autre côté de la rue se trouve la somptueuse résidence de la famille Antonelli, qui a prospéré sous le ministère actuel.
Un peu plus loin est l’église Sainte- Agathe, attenante au collège des Irlandais, séminaire fondé pour l’éducation de jeunes prêtres. Ces collèges avaient une importance beaucoup plus considérable (ils se trouvaient à Rome, en Espagne et à Paris), avant l’établissement du séminaire de Maynooth et l’émancipation des catholiques.
L’esprit qu’on y puisait était plus humble que celui qu’on respire à Maynooth. On y apprenait la politesse et la douceur romaines; choses qui ne manquent pas d’importance, car il faut avoir une âme exceptionnelle pour que l’extrême grossièreté des manières n’ait pas d’influence sur l’esprit. Devant certaines tendances d’aujourd’hui, on ne peut s’empêcher de regretter le bon vieux clergé irlandais de la vieille école qu’on a connu et aimé dans son enfance.
Sainte-Agathe a des colonnes de granit qui proviennent d’anciens édifices ; d’assez jolis autels et un monument élevé à O'Connell. Ce patriote fameux mourut à Gênes, en 1847. Son corps fut porté en Irlande, mais il avait légué son cœur à Rome. Le monument est fort médiocre. L’inscription n’est pas réussie, et elle est composée (pour m’en tenir seulement au point de vue matériel) avec des lettres ridiculement petites.
les palais et les villas.
7 Février. — Le palais Doria Pamfilj au Corso est une résidence royale. Beaucoup de souverains sont moins bien logés. Le palais est non-seulement magnifique, plein d’objets d’art, mais il est bien tenu, chose rare en Italie. Je dois ajouter cependant que les princes romains ont fait des progrès sur ce point depuis quelques années. Ils ont supprimé en partie les cloaques qui se trouvaient dans leurs cours et au pied de leurs escaliers. (11 est vrai qu’ils ont plus d’argent qu autrefois.) L’augmentation du prix de la viande ayant fait doubler de valeur les pâturages de la campagne romaine.
Le palais Doria est immense. 11 a plusieurs cours intérieures, plusieurs façades. Un grand nombre d’architectes y ont travaillé. Il ne faut donc pas s’étonner s’il manque d’unité. On bâtissait la façade sur le Corso lors du voyage du président de Brosses qui blâme avec raison l’ ornementation excessive et les fleurs de lis qui forment les chapiteaux des colonnes, innovation peu heureuse. Trois fleurs de lis et une colombe, composent les armes des Pamfilj. Elles paraissent sur un grand nombre de monuments à Rome, car le pape Innocent X, (1644-1(555), a beaucoup construit. Les aigles sont les armoiries des Doria.
L’héritière des Pamfiij épousa l’héritier du grand André Doria de Gênes. La branche aînée des Doria a habité Rome depuis ce temps.
Cette famille possède le beau palais de Gênes construit par André Doria ainsi qu’il le dit lui-même dans une inscription hautaine et caractéristique ; une villa à Pegli ; deux palais à Rome, une immense résidence à Viterbe, la merveilleuse villa Pamfilj dont je parlerai plus loin, une villa àAlbano sur les ruines delà villa de
LES PALAIS ET LES VILLAS
Pompée, et dans le royaume de Naples, Melfi et Lago Pesole, châteaux du moyen âge qui se trouvent encore dans le même état qu’aux jours où ils étaient des résidences de chasse de l’empereur Frédéric II et de son fils Manfred.
Ils font partie de la principauté de Melfi don de Charles-Quint à André Doria. C’est un coin de l’Italie magnifique, bien curieux à visiter si le brigandage le permettait. Maison aimerait mieux traverser le désert de Damas à Bagdad que de s’aventurer dans la Basilicate.
Dans la famille Doria le fils aîné porte alternativement le titre de prince de Melfi et de prince de Valmontone, l’un venant des Doria, l’autre des Pamfilj. Mais en général ces seconds titres ne sont pris par les fils des princes romains qu’à l’époque de leur mariage.
Jusqu’à ce moment ils sont simplement nommés don Philippe Orsini, don Gianetto Doria, etc., c’est le contraire de l’usage anglais où les enfants sont nommés dès le berceau, marquis de Kildare, Earlof Dalkeith, Earlof March, etc.
La galerie Doria est moins riche en chefs-d’œuvre que la galerie Borghèse, mais les tableaux sont disposés avec tant de goût, dans des salles si bien meublées qu’on en jouit doublement. Elle contient un grand nombre de paysages de Poussin. L’un, la fuite en Égypte, est tout ce qu’on peut imaginer de plus charmant. L’ombre épaisse et mystérieuse des beaux arbres, le soir qui arrive, me rappelle le doux vallon d’Ain Fijeh.
Dans plusieurs de ses tableaux, le Poussin n’échappe pas aux défauts de ce genre faux, les paysages composés, mais les fonds sont toujours réussis, on voit qu’il s’est inspiré de l’horizon romain. Cet horizon de Rome
LES PALAIS ET LES VILLAS
reparaît dans les merveilleux Claude Lorrain qui sont à mes yeux pour le paysage ce que les tableaux de Raphaël sont pour la peinture historique et religieuse. Une noblesse, une grâce inimitables, le vent qui souffle, les eaux qui coulent, un je ne sais quoi qu’on ne trouve pas dans le fameux paysagiste anglais Turner qui osa faire placer une de ses toiles à la galerie nationale de Londres, à côté d’un beau Claude Lorrain. Deux surtout me semblent hors ligne, le moulin et le temple d’Apollon. Dans le premier on voit le mont Soracte, dans le second un beau coucher de soleil aux teintes dorées. Plusieurs Titien se font remarquer par leur riche coloris et la vie extraordinaire des corps nus; le sacrifice d’ Abraham, les trois âges de la vie. Je n’aime pas beaucoup ces sujets allégoriques, ces enfants qui jouent, ce vieillard qui considère un crâne, mais le jeune homme et sa maîtresse sont magnifiques de sève et de couleur.
Des séries de lunettes d’Annibal Carrache, qui ne manquent pas de mérite, représentent les principales scènes du Nouveau Testament.
Dans une des salles secondaires est un Centaure moitié en rouge moitié en noir antique. Ce très-curieux morceau de sculpture fut trouvé dans les fouilles que le prince Doria fit exécuter dans sa villa d’ Albano. 11 doit dater du temps des Empereurs llaviens, car une immense villa de Domitien remplaça la demeure plus modeste de Pompée.
Plus loin est un buste de la fameuse Olimpia Pamfilj née Maildalchini de Yiterbe, œuvre très-réussie de l’Algarde. Cette femme est laide, mais combien elle paraît impérieuse et violente; c’était la belle-sœur du pape Innocent X dont la figure peinte par Velasquez semble
Les palais it les villas.
passablement orgueilleuse et colère aussi ; il était cependant dominé par Olympia ; c’étaient des scènes terribles entre eux. On l’accusa d’être sa maîtresse ; c’est une calomnie ridicule, elle fut peut-être plus coupable en accaparant des sommes énormes dans un moment où le trésor était à sec et les pauvres gens sans pain. Le Pape se reprochait ses complaisances pour elle. On assure que les remords hâtèrent sa fin ; il serait peut-être plus exact de dire qu’il avait près de quatre-vingt-dix ans.
Remarquez de beaux portraits : une veuve deVandike, Lucrèce Borgia qui ressemble à une Hollandaise sensuelle, Baldo et Bartholo de Raphaël, Jeanne II de Naples, attribuée à Léonard de Vinci, c’est toujours le type de sa belle Joconde.
Dans une petite salle ronde au bout de la grande galerie qui donne sur le Corso se trouve un précieux tableau (ils sont fort rares) de Hans Hemling, acheté par le prince actuel qui augmente sa galerie chaque jour, différant en cela de la plupart des Italiens qui se soucient peu de leurs chefs-d’œuvre. Ce tableau représente une déposition de croix avec les portraits des donataires d’une vérité, d’une naïveté charmantes.
Un portrait du grand André Doria, par Sébastien del Piombo. L’air de famille qu’on trouve entre lui et le prince Doria actuel m’a toujours beaucoup frappé. Du reste on pourrait citer bien des exemples de ces res* semblantes qui franchissent quelquefois une ou deux générations pour reparaître ensuite. Ainsi le duc de Nemours en vieillissant est devenu le portrait de Henri IV. Le roi Louis-Philippe, n’en déplaise aux légitimistes, ressemblait extrêmement à Louis XIV. Le type des Ilapsbourg-Lorraine est resté le même depuis bien des
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générations. Ce n’est pas le moment de parler des ressemblances morales, des goûts héréditaires, sujet bien autrement saisissant et mystérieux.
Un portrait d’un Gianetto Doria par Bronzino. Dès mon premier voyage d’Italie, j’ai beaucoup aimé les portraits de ce peintre florentin, ils sont si pleins de vie! On y semble lire l’âme de ces jeunes hommes, de ces fières princesses.
Mais ce qui attire les yeux avant tout dans cette salle, c’est un buste voilé parun long crêpe noir. Cet ouvrage de Tenerani représente dans tout l’éclat de sa beauté la princesse Marie Alethea Doria Pamfilj. Eile était anglaise, fille du comte de Shrewsbury, chef de l’illustre famille catholique des Talbot. Sa sœur était cette charmante princesse Borghèse dont nous avons parlé,
La princesse Doria donna à Rome tous les bons exemples de chrétienne et de grande dame. Elle savait concilier tous ses devoirs et vécut dans le monde sans jamais se laisser aller aux coteries et à la frivolité. Ce fut elle qui introduisit à Rome l’ordre des sœurs de charité.
Belle, heureuse, tendrement aimée, entourée de beaux enfants, elle semblait avoir tout ce que peut donner le monde quand elle mourut jeune encore à la fin de l’année 1858.
A la villa Pamfilj le nom de Mary se lit sur un parterre, et son tombeau couvert de fleurs dans une petite chapelle derrière le maitre-autel de Sainte-Agnès touche profondément le cœur.
La villa Pamfilj s’étend derrière le Janicule en dehors de la porte San Pancrazio, au-dessus de San Pietro in Montorio et de la fontaine Pauline. C’est de beaucoup la plus belle villa des environs de Rome. Elle
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réunit la magnificence et l’air artistique d’une villa italienne, au charme et à l’étendue d’un parc anglais.
Innocent X fit construire le Casin dans le style rococo de son temps. Des bas-reliefs antiques sont encadrés dans les murs. Tout autour s’étend un beau parterre en terrasses, plein d’azalées et de roses. Des jets d’eaux et des bassins partout, un beau gazon fin et vert. Le soin et la grâce des jardins de fleurs de l’Angleterre avec l’horizon de Rome et le ciel de l’Italie.
Mais le parc est encore plus beau avec ses longues allées de chênes verts et son bois de grands pins d’Italie qui forment une prairie aérienne peuplée d’écureuils et d’oiseaux. Au pied de ces beaux arbres fleurissent au printemps les anémones et les violettes.
Errant sous leurs rameaux par de beaux soirs de printemps, quand le soleil, comme dans les tableaux de Claude se penchait sur la campagne dorée, j’ai cru vivre dans le jardin des fées, et la vie me semblait se rapprocher de l’idéal.
Malheureusement la malaria rappelle à la réalité. Les maîtres de cette villa, malgré de grandes précautions ne peuvent pas y rester impunément après le 1" juin.
Le prince Doria a beaucoup agrandi la villa Pamlilj dans ces dernières années. 11 a fait élever un très-gracieux monument à la mémoire des soldats français, qui furent enterrés ici pendant le siège de 1849. Il a eu la très-heureuse idée, qui donnera plus tard une valeur historique à ce monument, de conserver inscrites sur des plaques de marbre, les épitaphes naïves faites aux soldats par leurs camarades. En voici quelques-unes :
Dumaisgnes, sergent-major mort au Champ d’honneur tué par
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un boulet. 12 juin 1849. Le général Cliaron son oncle est gouverneur général de l’Algérie.
Fournelle, tambour mort aux tranchées, regretté de scs camarades.
A u dard, officier au 25u,< de ligne, frappé au cœur le 3 juin 1849 à la prise de la villa PamOlj. Ci-gisent les ossements d’un noble enfant qu’a vu naître la France. Soldats, amis, parents, plaignons rétro chéri qui soigna son enfance. Un glorieux trépas que tout soldat envie a terminé sa carrière. Que peut sur nous la mort alors que le pays à vaincre nous convie. Tu fus animé de la céleste flamme, tu succombas en héros. Ton corps a pu rester, mais ton âme est au Ciel.
25’°* iéger. Dalzain, sapeur. Mort le 21 juin 1849. Le3 Français et les Françaises ont mis des fleurs sur sa tombe.
Heureux qui meurent dans le Seigneur. Avis aux braves.
Ces inscriptions auront plus de valeur dans quelques siècles, que bien de longues épitaphes pompeuses de nos cimetières.
Ce qu’on ne peut trop regretter, c’est que le plus bel ornement de cette villa, le bois de pins d’Italie perde chaque année de sa splendeur. Les pins d’Italie ne vivent pas de longs siècles comme les oliviers et les chênes. Plantés il y a deux cents ans, ils commencent à mourir en grand nombre. Le bois n’est plus ce qu’il était en 1850. Dans une vingtaine d’années, il ne sera plus qu’un souvenir. Mais des plantations faites avec goût le remplaceront plus tard, à moins que la division des propriétés, détestable pédantisme du Code Napoléon, ne vienne tout détruire ici comme en France, ne fasse de la villa Pamfilj le Moulin rouge et du palais Doria le Grand Hôtel de Rome.
8 Février. — En dehors de la porte Portese, sur cette rangée de collines où se trouvaient les jardins
de César. Il ne reste que des substructions informes
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en briques des magnifiques édifices qui s’y élevaient autrefois, mais plusieurs belles statues furent découvertes dans ces ruines, entre autres le Méléagre du Vatican.
La journée est douce, un peu brumeuse, une belle journée de printemps. Ce fut peut-être par un temps pareil, le 15 mars hh avant J.-C., que Cléopâtre épouvantée, quitta précipitamment ces jardins à la nouvelle de l’assassinat de son amant.
César l’avait amenée d’Égypte, et lui avait donné ces jardins pour résidence. Il avait quelque idée de l’épouser. Mais ce mariage avec une reine étrangère déplaisait singulièrement aux idées romaines. Ce fut une des causes accessoires de sa mort. Il était indécis. Pour ne pas offenser l’opinion publique, il ne négligeait pas entièrement sa femme légitime Calpurnie qu’il avait envie de répudier. 11 habitait avec elle comme Louis XIV avec Marie-Thérèse , même aux plus grands jours de la faveur de madame de Montespan. Ce fut Calpurnie qu’il quitta le matin de sa mort.
Du reste par le pont Suplicius, il n’y avait pas loin de la villa à la demeure officielle de César, comme grand Pontife, située sur la pente du Palatin, vers l’église actuelle de Saint-Théodore. La route que nous suivons conduit à travers un pays désert à Fumicino, petit port à l’embouchure nord du Tibre.
En revenant dans Rome vers les 23 heures (une demi-heure avant la nuit) , nous traversons le quartier de Sant Andrea délia Valle, et nous sommes frappés de l’extrême beauté des femmes romaines. On les voit fort peu pendant la journée, mais cette heure est le moment où tout le monde sort en Italie,
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12 Février. — A la basilique de Saint- Laurent hors les murs.
Nous sortons de Rome par l’ancienne porte Tiburtine nommée maintenant porte de Saint-Laurent.
C’est une des portes des anciens murs d’Aurélien ; elle est à moitié enterrée par l’exhaussement du sol.
On y remarque encore deux longues inscriptions antiques et au-dessus de l’arche, un bas-relief assez curieux représentant une tête de taureau. On suit la route de Tivoli. A un mille environ des murailles, un peu à droite du chemin, s’élève la basilique de Saint- Laurent.
Ce saint diacre fut martyrisé sur le point le plus élevé du Viminal, là où se trouve maintenant l’église de San-Lorenzo in Pane Perna. Son corps fut porté à la catacombe qu’une femme chrétienne, sainte Cyriaque, avait fait ouvrir dans sa villa, située près de la voie Tiburtine.
La sépulture d'un grand nombre de martyrs sanctifia cette catacombe, et une basilique fut construite dans ce lieu dès le règne de Constantin. Les anciens auteurs chrétiens parlent de deux églises juxtaposées; c’est leur réunion qui forme la basilique actuelle.
Elle se trouvait dans un grand délabrement, il y a une dizaine d’années. Pie IX la fait magnifiquement restaurer. Cette restauration honore le Pape et l’architecte qu’il a employé, le comte Vespiniani. Avec ses faibles ressources, au milieu des attaques des sectaires, Pie IX a fait plus pour l’art que nos budgets énormes et nos listes civiles prodigieuses. Saint -Laurent est une fête pour les yeux. Mais cette sensation exquise est réservée pour le second ou troisième voyage en Italie. Il faut se débarrasser des idées sèches qui ont cours sur les boulevards.