CHAPITRE XVIII
LE PRINTEMPS A ROME
Le Trastevère. — Le Capitole. — Les bustes et les statues. — Le jardin de la roche tarpéienne. — Le printemps. — * La route de Menlana. — L’invasion garibaldienne de 1867. — Le Cœlius. — Couvent des Passionistes. — Saint-Jean-Porte-Latine. — La semaine sainte. — La Cène.
— Le Miserere. — Lachapelle Sixtine et les fresques de Michel- Ange.
— La bénédiction urbi et orki. — Les illuminations. — La Girandola.
— La Farnésine. — Le Calvaire et l’Olympe.
31 Mars. — Temps superbe, un peu trop sec pour les récoltes. Le matin dans le quartier du Trastevère situé comme son nom l’indique de l’autre côté du Tibre au pied du Janicule. — Ses habitants sont renommés par leur beauté et leur énergie et aussi malheureusement par la désinvolture avec laquelle ils jouent du couteau. Le Trastevère est riche en églises et en couvents. — On répare en ce moment Santa-Maria in Trastevere, la première église consacrée à Rome sous le vocable de la sainte Vierge. San Crisogono à 22 belles colonnes ioniques de granit. — Elles proviennent peut-être de la Naumachie d’Auguste qui s’élevait dans cette partie de la ville qui a été féconde en découvertes ; ainsi un curieux corps de garde des Pompiersvient d'être retrouvé près d’ici. Cette Naumachie était un vaste édi-
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lice creusé au milieu de manière à pouvoir recevoir les eaux du Tibre. — On y donnait des simulacres de chasses fluviales, et des crocodiles ou des hippopotames y étaient tués aux grands applaudissements du peuple romain.
Plus tard dans la journée nous montons au Capitole. On s’attend à une telle merveille quand on y vient pour la première fois, qu’on est tout désappointé d’abord. — L’architecture de la place du Capitole n’est cependant pas si indigne de Michel-Ange. — Au centre est la statue en bronze de Marc-Aurèle dont la pose est à la fois si majestueuse et si aisée Les modernes ne peuvent arriver à cette noblesse calme, car elle est en dehors de leursmœurs. — C’est la seule statue équestre en bronze qui soit parvenue entièrement intacte de l’antiquité jusqu’à nous. — Elle fut préservée au moyen âge par l’heureux préjugé populaire qui croyait y voir l’image du premier empereur chrétien.
Dans l’édifice à gauche est un musée de sculpture qui n’est surpassé, à Rome, que par le Vatican. — Voyez le Gladiateur Mourant, si célèbre par les vers de Byron; le Faune en rouge antique, trouvé dans la villa d’Adrien, à Tibur; les Centaures en marbre noir, l’Antinoüs, avec deux taches produites par le fer, l’une à la jambe, l’autre au sein; la Vénus du Capitole si triomphante et si fière ; le Sarcophage qui représente le combat d’Hercule et des Amazones, et celui sur lequel est sculptée l’histoire d’Achille. Il fut trouvé dans ce tertre dont j’ai parlé à propos de la route de Tivoli. Dans l’intérieur était le vase Portland.
Remarquez les bustes des empereurs. — Ils donnent raison aux physionomistes. La bestialité est le caractère qui frappe le plus chez ces maîtres du monde. —
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11 y a des exceptions pourtant. Auguste et Tibère ont une mauvaise expression, mais ils sont beaux. — La ressemblance quon trouve entre leurs traits est compromettante pour la vertu de Livie. — Marc-Aurèle le meilleur de ces princes a une belle excellente figure. — Héliogabale resssemble à un jeune Anglais sensuel. Les derniers de ces bustes montrent la décadence surprenante et vraiment inexplicable de l’art.
A droite, dans le palais dit des conservateurs, est un des monuments les plus curieux de l’antiquité : la Louve d’airain qui se trouvait dans le Forum et qui fut frappée par la foudre au temps de Cicéron. La marque laissée par la foudre se voit encore sur la jambe gauche de derrière.
La place du Capitole est située sur une plate-forme entre deux mamelons plus élevés. — Sur celui de gauche est l’église de l’Ara Cœli sombre et mal tenue, mais pleine de colonnes antiques, de marbres et de beaux tableaux. C’est assis un après-midi devant cette église qui a remplacé le temple de Jupiter Capitolin, que Gibbon conçut le premier plan de l’histoire de la Décadence et de la Chute de l’empire Romain.
A droite, un escalier en pierre, envahi par l’herbe, conduit sur une petite place : on pousse une porte et on se trouve dans un jardin plein de pervenches, de girollées et de roses. Des parterres d’anémones, des bordures de jacinthes et de pensées fleurissent auprès d’un frais gazon. C’est l’antique roche Tarpéienne occupée maintenant par une maison d’archéologues allemands. Malgré l’escarpement réel, il est assez difficile d’expliquer le supplice des traîtres qu’on précipitait, dit-on, de ce rocher. Ce coin de verdure et de fleurs
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est charmant. On y découvre le Tibre, l’Aventin et le Palatin, une partie du Colisée avec l’horizon des montagnes d’Albe.
2 Avril. — Nous allons à Mentana et à Monte -Rotondo. Nous suivons d’abord la route de Sainte-Agnès avant de descendre dans la vallée du Teverone, autrefois l’Anio.
Pas un nuage. Le panorama splendide des montagnes de la Sabine se détache sur un horizon bleu mat comme la pâte de quelques porcelaines. La fraîche et toute jeune verdure des branches fait une sorte de broderie sur le ciel.
C’est le printemps béni! Le mariage charmant de la terre et du soleil, qu’on n’aperçoit que si rarement et presque furtivement, pour ainsi dire, dans nos brumeux pays du Nord, et encore ce n’est pas à cette saison, mais à la mi-juin, au Mid-Summer, expression que les traducteurs de Shakespeare qui ne connaissent pas les bois de l’Angleterre, le soir à la Saint-Jean, ont si mal rendu par les mots : songe d’une nuit d’août.
Nous traversons le Teverone par le pont Lomentano, construit par l’eunuque Narsès au temps où les armées de Justinien reprirent l’Italie des successeurs dégénérés du grand Théodoric.
A droite de la route est le mont Sacré sur lequel la plèbe romaine se retira, faisant ce que les Américains appelleraient de nos jours une sécession, et où l’habile député du patriciat Menenius Agrippa raconta le fameux apologue des membres et de l’estomac.
Dans les carrières de sable du Mont Sacré on trouve
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clcs restes nombreux des éléphants et des rhinocéros qui erraient jadis dans la campagne de Rome.
On passe plusieurs ruisseaux qui coulent dans des vallées vertes; leurs cressonnières sont bercées par le courant de l’eau, puis on arrive sur un plateau d’où l’on découvre l’un des plus admirables paysages de la Gampagna. Le Lucrétile n’est pas loin. Au delà de l’escarpolette de Valmontone on aperçoit les montagnes du Regno; les Romains nomment ainsi les terres de Naples.
De beaux jeunes paysans de la Sabine, grands, élégants, aux regards à la fois doux et farouches, nous croisent avec leurs bêtes de somme chargées de charbon de bois.
La route se bifurque. — D’un côté elle va à Palombara et Monticelli qu’on voit construites en ruches d’abeille sur leurs hautes collines ; de l’autre elle monte à Mentana. — Le dallage antique est encore parfaitement conservé.
C’est le long de ce chemin, où marcha peut-être la légion thébaine,que s’avancèrent, le 3 novembre 1867, de braves jeunes soldats qui méritent un mot d’honneur, car ils avaient pour mobile non l’esprit de conquête et l’amour du sang, mais le sentiment de la religion et du devoir.
Nous ne connaissons pas de récit intéressant et détaillé de l’invasion garibaldienne de l’automne dernier et de la bataille de Mentana. Je n’ai pas la prétention de le faire. Outre les connaissances spéciales nécessaires, les documents me manquent. Qu’il me suffise donc de rappeler en quelques lignes les faits principaux.
Dès la nuit du 28 au 29 septembre 1867, le territoire
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pontifical avait été envahi du côté de Viterbe. Dans les premiers jours d’octobre il y avait de tous côtés des bandes plus ou moins nombreuses. — Elles harcelaient les troupes du Pape, mais sans pouvoir remporter quelques succès. — Elles furent mises en déroute plusieurs fois comme à Monte-Libretti et à Nerola.
Insulter ses adversaires n’est pas une bonne tactique et nous ne sommes pas disposés à l’employer. Mais les Italiens de bonne foi ne nieront pas que ces bandes avaient des allures de brigands et étaient en généra, tristement composées.
La première quinzaine d’octobre se passa ainsi. Dans la seconde les Garibaldiens devinrent plus nombreux, et l’armée italienne s’avança pour les soutenir.
L’armée du Pape ne pouvait lutter contre ces deux forces. Elle fut donc obligée de se concentrer sur Rome, d’autant plus qu’on commençait à y employer tout l’arsenal des procédés mazziniens imités avec tant de succès par les fénians, bombes Orsini, assassinats, explosion des casernes, etc.
Cependant Rome ne bougea pas grâce au bon sens de la masse du peuple et à l’attachement de la majorité pour He IX. Une tentative sur la porte del Popolo par les Aquæ Acelosæ et les collines au-dessus de la villa Borghèse manqua totalement.
Cependant l’état des choses était fort grave à la fin d’octobre grâce à la complicité flagrante du gouvernement Italien. 11 foulait aux pieds le droit des gens et tous ses engagements envers la France ; mais ne l’avaiton pas vu agir de même à Gastelfidardo ? La France avait frémi d’indignation, mais une volonté supérieure
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favorable à l’unité Italienne avait laissé s’accomplir la violence et la spoliation.
Cette fois l’opinion clu pays l’emporta, il fallut tenir compte du sentiment catholique si puissant encore, Dieu merci, parmi nous. Une armée française fut envoyée à Rome. Elle y entra le 1er et le 2 novembre.
Dès la matinée du 3 elle marcha contre le plus fort rassemblement Garibaldien concentré entre Mentana et Monte Rotondo sous les ordres de Garibaldi lui-même.
Les troupes du Pape avaient demandé et obtenu l’honneur de former l’avant-garde et c’est à eux qu’il est juste de donner le mérite de la victoire. Nos soldats sont assez riches en lauriers.
Les alliés s’avancèrent par ce même chemin. La position la plus forte des Garibaldiens n’était pas Mentana, vieux village situé sur un mamelon, mais dominé par de hautes collines. C’était la vigna Santucci, le point le plus élevé de ces collines sur la route de Rome.
Le combat fut acharné sur ce point : on se battit bien de part et d’autre. L’élite des volontaires se trouvait là; le reste s’était enfui, suivant du reste l’exemple de Garibaldi qui, quand il avait vu que les Français étaient de la partie, avait pris un train express pour Florence.
Lorsque la vigne Santucci fut prise les Garibaldiens évacuèrent Mentana et se retirèrent sur Monte-Rotondo où ils furent entourés et obligés de se rendre. La campagne se termina ainsi, non sans diminuer singulièrement le prestige de l’Italie aux yeux de tous les partis.
Ratazzi dont la honteuse duplicité avait attiré ce malheur sur son pays quitta le ministère, mais, chose triste à dire pour le sens politique du parlement italien, il peut
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y revenir d’un jour à l’autre aux applaudissements de la gauche.
C’est par la villa Santucci que nous descendons à Mentana. Ce village a un aspect misérable : l’église est fort laide pour l’Italie; on y répare les dégâts qui sont moins considérables que je ne croyais ; pour être juste et véridique je dois dire qu’il en est de même à Monte- Rotondo où nous nous rendons ensuite. C’est une véritable petite ville qui n’a pas l’air pauvre de Mentana.
On découvre une vue admirable du haut de son vieux château, propriété du prince de Piombino.
Ici les habitants se plaignent amèrement des .violences et du pillage des Garibaldiens. Il est bien difficile d’arriver à la vérité; mai s, comme on me prend en général pour un Anglais je ne crois pas qu’on me fasse ces plaintes pour affecter de rattachement au gouvernement pontifical.
Nous revenons à Rome par la via Salara, qui longe les bords du Tibre et que traverse plusieurs fois le chemin de fer qui va à Florence.
3 Avril. — Sur le Mont Cœlius. — Cette colline fut habitée dès les premiers temps de Rome par une population étrusque. Elle est moins souvent mentionnée que les autres. Elle devint pourtant fort à la mode à la fin de l’empire. Sainte Paule, l’amie de saint Jérôme, y avait un somptueux palais qu’ elle abandonna pour aller vivre auprès de la grotte de la Nativité à Bethléem.
Au centre du Cœlius, au delà des grandes arches en briques rouges de l’aqueduc de Claude, est l’église de Saint-Étienne-le-Rond, édifice antique soutenu par des colonnes de granit, et dont on ne connaît pas exacte-
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ment la destination. Quelques antiquaires soutiennent que c’était la halle des bouchers.
L’étal le plus sanglant ne pouvait pas surpasser en horreur, la série de fresques qui représentent les martyres les plus atroces. Cette église est un véritable épouvantail pour les enfants. Il faut espérer que l’imagination du peintre a dépassé l’ingénuité des bourreaux.
L’endroit le plus agréable du Mont Cœlius est le grand jardin du couvent des Passionnistes, auprès de l’église de Saint-Jean et Saint-Paul.
C’est la maison mère de cet ordre si excellent qui fait tant de nos jours pour la conversion de l’Angleterre.
Une allée de vieux cyprès domine le Colisée, et dans le beau jardin plein d’arbres fruitiers en fleurs où prient maintenant ces âmes d’élite, on voit les restes des ménageries immenses où étaient renfermées les bêtes fauves qui servaient aux plaisirs sanguinaires du féroce peuple romain.
h Avril. — Le printemps sourit dans un ciel charmant. Le chemin qui conduit à Saint-Jean-de-la- Porte-Latine est bordé de petites corolles roses et violettes ; des plantes grimpantes couvrent les murailles de leur jeune verdure, et la bourrache élève ses pétales bleues sur les débris des aqueducs romains. Les poiriers et les pruniers sont en fleurs dans les jardins qui entourent cette église élevée à l’endroit où la tradition veut que Domitien ait fait torturer saint Jean.
Elle est sans intérêt sauf des colonnes aux chapiteaux ioniques bien sculptés qui proviennent d’un temple de
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cette Diane dont l’apôtre avait attaqué à Éphèse le culte licencieux et cruel.
Mais ce n'est pas ici que sont les souvenirs de l’auteur sublime du quatrième Évangile, saint Pierre et saint Paul furent les apôtres de Rome, saint Jean eut l’Asie pour théâtre de ses prédications.
Nous avons parlé de lui à Pathmos où le contraste de la nature aride et du ciel radieux, des jours dévorants et des soirs enchantés se fait sentir dans les descriptions de l’Apocalypse.
A Saint-Jeant-Porte-Latine nous sommes encore sur le Cœlius, mais sur la partie de cette colline qui s’abaisse vers l’Aventin.
Jusqu’aux empereurs ce coin de terre était en dehors des murailles. La voie Appienne et la voie Latine se bifurquaient à la porte Capène dont il ne reste plus de traces. C’est dans l’angle formé par ces routes que l’on découvrit au dernier siècle les tombes des Scipions (Voyez la description du Musée du Vatican).
Les Sçipions et d’autres familles ne faisaient point brûler les corps de leurs parents : mais l’usage de la crémation était beaucoup plus général, ainsi que le prouve un vaste « columbarium (1) » trouvé à quelques pas plus loin.
Il appartenait à la domesticité d’Auguste et de Livie, et il montre déjà, sous cet empereur, la servilité, la masse énorme d’offices ridicules ou sans importance qui ont toujours caractérisé les cours des despotes de tout temps.
(1) On entend par columbarium un édiflco circulaire avec des niches où l’on plaçait les vases funéraires contenant les cendres des défunts,
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La Semaine sainte. — .La Semaine sainte à Rome a été décrite des milliers de fois. Ces belles cérémonies, les plus belles assurément de l’univers même au point de vue matériel, attirent chaque année de toutes les parties du monde une multitude de voyageurs. C’est ce qui est le mieux connu à Rome, car les curieux y trouvent un attrait aussi bien que les âmes pieuses. Je n’essayerai donc point une description.
Pour expliquer dignement le sens mystique attaché aux moindres détails il faudrait des connaissances liturgiques et théologiques que je n’ai pas. Sur ces sujets du reste on craint trop la moindre erreur pour peu qu’on ait le droit sentiment catholique. Je n’en parlerai que comme quelqu’un qui a souvent vu Rome, qui l’aime et qui sent que l’âme trouve ici la réunion de tout ce qui est beau et de tout ce qui est saint.
Le Dimanche des Rameaux 6 avril le Pape distribue lui-même les palmes au sacré collège, à la prélature, au corps diplomatique, etc. , et descend et remonte ensuite en procession la nef de Saint-Pierre avant d’assister à la messe célébrée au grand autel par un cardinal.
La ville est joyeuse. L’église fête le souvenir de l’entrée triomphale de Notre-Seigneur dans Jérusalem qui fut bientôt suivie de la scène du Jardin des Oliviers et de l’épouvantable tragédie du Golgotha.
Aucune cérémonie n’a lieu le lundi et le mardi. Le second de ces jours on lit à la messe le récit de la Passion par saint Marc.
Les stations sont à Sainte-Praxède dont nous avons déjà parlé et à Sainte-Prisque où saint Pierre habita- un instant à son arrivée à Rome au milieu des quartiers
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pauvres et populeux de l’Àveptin. 11 alla loger ensuite chez le sénateur Pudens.
Les étrangers arrivent en foule malgré les épouvantails mis en avant par la Révolution complice des aubergistes de Nice et de Florence, émeutes, bombes, brigands. Les Romains enchantés de louer et de vendre pensent fort peu à l’héroïque Garibaldi, Même le parti de l’action se tient coi pour le moment, et les u moyens moraux » sont négligés, c’est-à-dire qu’on n’assassine plus les soldats et qu’on ne jette plus des ordures aux dames. 11 n’y a rien de tel que de comprendre la valeur des mots.
Le Mercredi saint dans l’après-midi les ténèbres sont chantées à la chapelle Sixtine en présence du Pape. Une grande animation règne dans les rues qui conduisent au Vatican, Ce sont des carrosses de cardinaux, des dragons à cheval, des voitures d’ambassadeurs, des « botte » au galop portant des « forestieri » en retard. Un peu rafraîchi par quelques gouttes de pluie tombées dans la nuit (le printemps est trop sec cette année après avoir été trop pluvieux en 1867), le ciel est d’un bleu clair charmant. Une gaieté sereine semble répandue sur la noble place de Saint-Pierre où les fontaines lancent leurs gerbes éblouissantes qui resplendissent aux rayons du soleil.
La chapelle Sixtine a été envahie plusieurs heures d’avance par les dames qui dans ces occasions se montrent plus infatigables et plus patientes que le sexe fort. La Sala-Regia elle-même est presque pleine. Nous redescendons donc à Saint-Pierre où les chanoines officient dans leur chapelle. La musique n’a rien de bien remarquable, mais que la basilique est belle à cette heure 1
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L'ombre qui descend agrandit encore les espaces, et une foule respectueuse si elle n’est pas recueillie anime le sublime édifice.
Les Jansénistes, ces Puritains du catholicisme critiqueront cet air de fête et de splendeur au milieu de la grande semaine. Admirons au contraire l’esprit si large et si juste de Rome qui célèbre dans ce moment solennel la vie résultant de la mort.
Le Jeudi saint le Pape assiste à la messe à la chapelle Sixtine. 11 porte ensuite le Saint-Sacrement à la chapelle Pauline illuminée d’une façon magnifique d’après les dessins du Bernin.
Cette cérémonie se fait deux fois dans l’année, le Jeudi saint et le premier Dimanche de l’Avent. Rien ne va plus au cœur que de voir le respect et l’amour qui se peignent sur la belle et vénérable figure de Pie IX quand il porte Notre-Seigneur.
Le Pape monte ensuite à la loggia au-dessus de la porte centrale de Saint-Pierre pour donner la fameuse bénédiction « urbi el orbi. »
Nous arrivons sur la place Saint-Pierre au moment où paraissent déjà les éventails de plume qui précèdent le pape. Le ciel est bleu, le vent fait flotter les étendards de la troupe et le drapeau pontifical placé sur le fort Saint-Ange.
Le Pape paraît, un cardinal lit la bulle de Paul III In cæna domini contre les usurpateurs de l’autorité des souverains pontifes, puis Pie IX se lève, les fontaines sont arrêtées, il se fait un grand silence, on n’entend plus que la voix du noble vieillard ; levant les bras au ciel, il bénit lentement la ville et la terre, car tout est universel ici.
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Aussitôt le canon du fort Saint-Ange retentit, la cavalerie part au grand trot et la foule se précipite pour voir le lavement des pieds fait par le pape dans la chapelle des Saints Procès et Martinien partie droite du transept de Saint-Pierre.
Nous avons déjà vu cette cérémonie, et comme il faut faire un choix (même les dames américaines ne parviennent pas à tout voir) , nous montons par la Sala- Regia à une des galeries supérieures où la table de la Cène est dressée.
Elle est ornée d’un riche surtout de bronze doré représentant l’agneau pascal entouré des statues des apôtres.
Après une loneue attente on voit paraître quelques membres du sacré collège. Le cardinal dom Pitra, le savant bénédictin français, le cardinal Billio, barnabite, piémontais de naissance. Les cardinaux Panebianco, franciscain, et Barnabo, préfet de la propagande, etc. Les treize apôtres viennent ensuite, vêtus d’un singulier costume en laine blanche qui doit dater du moyen âge. Ce sont en général des prêtres étrangers qui ont été présentés pour cet honneur par le collège de la propagande ou par les ambassadeurs.
Ils sont au nombre de treize pour représenter l’adjonction de saint Paul aux douze.
Le Pape arrive enfin évidemment fatigué, mais surexcité, plein d’énergie. Il leur sert un potage et une rasade de vin rouge, suivi d’un merlan frit et d’un verre de vin blanc. Les assiettes lui sont apportées par les prélats de sa maison, monseigneur Pacca, monseigneur de Mérode et autres. Il verse à boire d’une main ferme et étonne beaucoup certains Français dont la sotte et
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bruyante conversation nous fait peine à entendre. « Toute cette pompe, s’écrient-ils, est due il notre empereur. » Après avoir servi le vin blanc, le Pape se retire. Les apôtres continuent à manger de bon appétit. Ce n’est pas un dîner de comédie mais un excellent repas. Ils ont le droit d’emporter leur couvert en argent.
Dans l’après-midi du Jeudi saint, selon un vieil usage toutes les galeries du Vatican sont ouvertes au public. Des artilleurs pontificaux en grand uniforme y sont placés de dix pas en dix pas. La population ouvrière de Rome, les minenti, les fières jeunes filles du Trastevère, après avoir visité le tombeau de saint Pierre, viennent voir ici les statues de leurs aïeux. — La beauté du corps après la beauté de l’àme. — Ne vous étonnez point, c’est ici la terre des contrastes, et dans cette cité choisie, une volonté mystérieuse a semblé vouloir placer tout ce qui agit avec puissance sur l’intelligence de l’homme. — La chapelle Sixtine est encore inabordable, mais debout dans la Sala-Regia, par la porte grande ouverte, nous pouvons entendre les ténèbres.
Je n’ai jamais vu les fresques de Michel-Ange plus vigoureusement éclairées par le soleil qui s’incline. Le Christ terrible foudroie les pécheurs. Quelque chose de saisissant remplit cette peinture immense, quelque chose de suprême comme la fin du drame humain dans la vallée de Josaphat. Mais c’est l’esprit implacable de la Bible plutôt que la tendresse et la mansuétude de l’Évangile.
J’aime encore mieux la Création de l’homme, l’Eternel suscitant Ève à la vie pendant le sommeil d’Adam, et ces Prophètes, et ces grandes Sybilles qui regardent impassibles la foule au-dessous d’eux.
Un à un les cierges sont éteints, le jour tombe et le
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chœur chante le fameux Miserere. Cette mise en scène symbolique, ce cantique funèbre dans l’ombre ont une suprême majesté.
Le Vendredi-Saint, en pays catholique, à Rome plus que partout ailleurs, a quelque chose d’étrange et de saisissant ; ce silence des cloches, ces bénitiers sans eau, ces autels nus, ces églises sans lumières, sauf les cierges qui entourent le tombeau, font songer les âmes les plus indifférentes à ce qui se passa dans Jérusalem.
Le ciel est sombre aujourd’hui. À trois heures quand nous allons vers Sainte-Croix de Jérusalem où sont exposées les reliques de la croix, il se couvre d’une obscurité profonde et la nature semble s’associer au deuil comme le jour du grand sacrifice du Calvaire.
A la tombée de la nuit le Pape descend à pied dans Saint-Pierre pour vénérer les reliques que l'on montre aux fidèles du haut de la tribune au-dessus de la statue de sainte Véronique à gauche du grand autel.
Nous allons ensuite à la Trinita dei Pellegrini où des cardinaux, des grands seigneurs romains, des étrangers pieux lavent les pieds aux pèlerins et leur servent ensuite un souper. — Certes ils ont un mérite d’humilité et de répugnance vaincue, car ces pèlerins venus pour la plupart des vallées de l’Apennin sont extrêmement malpropres. — Cependant les plus grandes dames de Rome font le même office pour les femmes. — On ne peut trop le répéter, au milieu de quelques misères morales il y a ici un admirable sentiment catholique.
Le samedi saint le cardinal -vicaire bénit le feu et l’eau à Saint-Jean-de-Latran, mais peu de personnes se rendent à cette cérémonie ; on sent trop les fatigues des jours précédents.
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Le jour de Pâques 12 avril le Pape célèbre lui-même la messe à Saint-Pierre. — La ville est debout de bonne heure. Le pont Saint-Ange est réservé aux carosses officiels, le commun des mortels passe par le pont de fer derrière Saint-Jean des Florentins.
L’entrée du Pape dans la basilique au son des trompettes, porté sur la sedia gestatoria, vêtu de blanc, la tiare sur la tête est le spectacle le plus magnifique qu’on puisse imaginer.
Mais le moment qui touche plus le cœur est celui où Pie IX de sa belle voix retentissante prononce le sursum corda. — N’oublions pas ces mots au milieu des déceptions et des douleurs.
A la consécration, les trompettes d’argent sonnent du haut de la coupole, au-dessus de l’autel ; les troupes, la foule immense se mettent à genoux et le Pape élevant l’hostie la montre marchant lentement à l’ouest, au sud et à l’occident.
Pendant la messe papale il est remarquable de voir avec quel empressement le peuple entoure les autels où des messes basses se succèdent continuellement.
Après la messe le Pape reçoit des chanoines de Saint- Pierre un certain nombre de pièces d’or dans une bourse de soie rouge pour la messe bene cantata. C’est un antique usage introduit pour justifier une chose nécessaire, les honoraires reçus par de simples prêtres pour les messes à intention. 11 monte ensuite à la Loggia et donne comme le jeudi saint la bénédiction urbi et orbi .
— La scène est encore plus grandiose. — Les troupes sont plus nombreuses. — Une grande partie de la gendarmerie, les zouaves, les trois escadrons de dragons.
— Beaucoup de paysans et de paysannes de la cam-
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pagne Romaine magnifiques, en costumes pittoresques. — Après la bénédiction au moment où le Pape se retire des acclamations éclatent de toutes parts.
La matinée a été nuageuse mais au moment où Pie IX a paru, un rayon de soleil a resplendi sur la- place et sur la foule.
La nuit la façade et le dôme de Saint-Pierre sont éclairés. Cette illumination qui suit les grandes lignes architecturales est faite avec une rapidité, une habileté merveilleuses par les San Pietrini préposés de père en fils à l’entretien de ce noble édifice et qui habitent les combles de la basilique.
Qu’il est beau de voir au loin cette coupole majestueuse surmontée de la croix, rivalisant d’éclat avec les astres de la nuit pour célébrer la résurrection, le triomphe du Verbe sur les ombres de la mort.
Le lundi de Pâques on tire un feu d’artifice. — Il avait lieu d’abord au fort Saint-Ange, ensuite au Pincio où il gâtait trop à ce qu’il paraît les fleurs et les arbres (moins cependant que la déplorable et ridicule manie de mutiler les branches), cette année enfin on l’a transporté à San Pietro in Montorio. — L’endroit est mal choisi, l’esplanade entre Saint-Jean-de-Latran et Sainte Croix de Jérusalem aurait mieux valu. — Ici les abords sont difficiles et on voit le feu de trop loin, or il demande au contraire à être vu de fort près. Il est de trèsbon goût, les Romains ont toujours excellé dans ce genre^ mais il est restreint, le manque de fonds ne permettant pas de rivaliser avec les immenses machines de Paris ou de Londres.
Ce feu d’artifice que l’on nomme la Girandola termine la série de ces fêtes qui, plus belles en elles-mêmes, ont
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quelque chose de bien autrement noble que les anniversaires, et les joies de famille des souverains.
Que serait Rome sans le Pape? C’est sa présence qui la vivifie. — La papauté absente c’est un grand musée beau, mais froid et privé de vie. Rome capitale du royaume d’Italie avec un préfet àlaHaussmann est une caricature ridicule, rêve de quelques esprits chimériques sans aucun sentiment de la vérité et de la beauté.
Mais les Papes resteront à Rome. — Nous avons vu les déplorables effets de leur résidence à Avignon. — Une autre fois un Pape fut enlevé de Rome, et ce n’état pas un État à peine uni, presque en faillite, qui l’en chassait; mais le tout-puissant empereur, celui qui dominait par la force ou par la fraude de la Baltique à la Méditerranée et à l’Océan. — Cependant Napoléon alla mourir à Sainte-Hélène et Pie VII rentra à Rome au milieu des acclamations de joie d’un peuple tout entier.
Et pourtant lorsque le Pape victime d’un attentat brutal était captif à Savone et à Fontainebleau les temps paraissaient bien désespérés : aucun rayon d’espoir ne semblait luire à la libre pensée humaine sauf les aberrations du despote lui-même. — On a pu voir dans le livre si remarquable de M. d’Haussonville — L’Église Romaine et le premier Empire — un tableau fidèle de ce triste moment. — La comparaison est consolante pour 1868. car jamais les excès du pouvoir n’oseraient aller aussi loin. — Même pour excuser l’assentiment apparent d’hommes honnêtes et la faiblesse excessive de la plus grande partie du clergé, il faut se rappeler que l’on sortait depuis peu de la terreur et que le souvenir de cet exécrable système rendait les hommes heureux simplement de pouvoir vivre. — Si les adora-
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leurs de la déesse Raison n’avaient produit que cet effet d’anéantissement sur les âmes, ils mériteraient pour cela seul la réprobation de tous les partisans sincères de la liberté.
Heureusement la Providence avait mis dans le cerveau de Napoléon ce grain de démence qui devait le conduire à sa perte. — Car que serait devenu le monde si cette volonté de fer avait continué à régner ? — Il tomba, et sa chute laissa respirer les nations.
Que l’on ne nous accuse pas de manquer de patriotisme, c’est un devoir de bon citoyen au contraire de saper, chacun selon son pouvoir, le culte de cette idole d’autant plus dangereuse quelle éblouit encore la masse ignorante et môme certains esprits cultivés, parla fascination de ses succès prodigieux.
On ose nous parler du bien qu’il fit à la religion en présence du Pape en prison; des cardinaux persécutés, de la gloire qu’il donna à la patrie devant Paris deux fois envahi par les Cosaques et les Prussiens. Qu’on nous montre plutôt le monstrueux égoïsme qui considérait la France comme son domaine, les hommes comme des animaux de boucherie, les violences et les perfidies de ce génie funeste, la personnification la plus formidable du despotisme et de l’orgueil.
18 Avril. — Les illuminations pour la rentrée du Pape dans Rome après sa fuite et son séjour à Gaëte ont eu lieu ce soir. Elles avaient été remises à ce jour à cause des solennités de 'Pâques qui coïncidaient avec la date du 12 avril.
Ces illuminations sont générales ; quelques endroits sont très-beaux, la fontaine de Trevi surtout et la place
LE PRINTEMPS A ROME
Navone avec les eaux éclairées aux feux de Bengale. — Une perspective arrangée avec beaucoup de goût en face du port de Ripetta est aussi très-remarquée.
Les Romains encombrent les rues, gais et obligeants comme de coutume — (une foule romaine est la moins désagréable que je connaisse) . — Je ne vois point de traces de cette désolation universelle dont nous entretiennent les journaux de MM. Guéroult et Ilavin. — Dieu veuille qu’il n’y ait pas plus de misère à Paris ou à Londres.
Un temps admirable a favorisé cette fête. Le Pape est en général très-heureux pour le temps. Sans y attacher la moindre importance, il est curieux au contraire d’observer le guignon du roi d’Italie.
A sa première entrée à Bologne, neige et verglas; à Florence, vent et pluie ; à Naples, orage violent ; enfin à Venise, brouillard épais et brume au milieu d’un automne magnifique. Encore passe s’il était roi d’Angleterre ou empereur des Français, mais pour le souverain du plus beau climat de l’Europe, c’est jouer de malheur.
19 Avril. — Nous allons visiter la Farnésine, dépendance du palais Farnèse, située sur l’autre rive du Tibre au milieu d’un grand jardin. Ce fut dans l’origine un pavillon bâti par Baldassare Peruzzi pour un riche banquier de Sienne, Augustin Chigi, le Mécène des artistes de ce temps. Le roi François II l’a cédé par un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans à un riche Espagnol, le marquis de Lema, plus connu sous le nom de M. Bermudez de Castro, qui le fait restaurer avec autant de
Le printemps a home.
splendenr que de goût. L’architecture en est très-simple, quoique les bonnes proportions et la belle guirlande du haut la rendent très-agréable aux yeux.
La réputation de la Farnésine vient des peintures de deux salles du rez-de-chaussée exécutées par Raphaël et ses élèves (1).
Nous sommes en plein paganisme. Dans la première salle voici l’histoire de Psyché, Vénus et l’Amour, si gracieux, si charmants. Le beau jeune homme Mercure, le caducée à la main, léger, fendant l’air. Jupiter embrassant Eros. Vénus dans son char traîné par des colombes avec un mouvement si vrai.
La seconde salle nous montre la Galathée de Raphaël, composition joyeuse, merveilleusement enlevée, le vent souffle, les amours volent au-dessus de la jeune fille belle et bien vivante. Les Tritons lascifs nagent autour d’elle.
C’est bien là cette grande mer amoureuse; la Méditerranée charmante qui presse les rochers de l’archipel; le panthéisme fascinateur des vastes rivages d’azur 1 Ce
(1] Au premier étage, où le public ne monte que rarement, sont des fresques du Sodoina (1474-1549), génie admirable el charmant qui mériterait d’étre plus célèbre, et qui le serait assurément si ses peintures n’étaient pas très-peu nombreuses. La chapelle de Sainte-Catherine, dans l'église de Saint- Dominique, à Sienne, est son œuvre la plus connue. Ou y voit des épisodes de la vie de cette grande sainte, qui eut tant d’influence à la fin du moyen âge. Les fresqnes de la Farnésine surpassent celles de cette chapelle. Elles représentent les princesses captives de la famille de Darius amenées devant Alexandre après la bataille d’issus, et le mariage de Roxane avec le jeune héros macédonien. Quelle fête pour les yeux! Le sentiment intime de la beauté, dédaigné par les pédants modernes, se montre dans toute sa splendeur. Pas une tête n’est laide ou même vulgaire. Remarquez surtout le groupe de toutes jeunes filles à genoux devant le vainqueur; Roxane assise sur le lit nuptial entourée d’amours; le génie de l’hyménée qui guide Alexandre.
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ne sont pas les mystérieuses forêts du Nord, Sherwood avec ses clochettes bleues dans l’herbe verte et les rêves d’un Shakespeare sous les arbres, la nuit, à la mi-juin, mais la noble poésie grecque, le pin isolé sur le haut promontoire, les îles au pur contour, l’inspiration des Homère et des Phidias qui charma le plus noble des rejetons de la race Aryenne.
Au nom du mysticisme chrétien on aurait le droit peut-être d’attaquer cet élan païen de la renaissance. Mais que dire de ceux qui de nos jours renient également le Calvaire et l’Olympe, la beauté de l’âme et la beauté plastique, qui, après avoir soulevé tous les problèmes et proclamé présomptueusement la fin des temps anciens, sont retombés en politique aux chaînes d’un despotisme énervant, et n’ont en fait de divinités que l’industrialisme et le veau d’or?