‹ Le Liban, la Galilée et RomeChapitre 41 sur 46 · ASSISE ET L'ALTERNE · texte numérisé non relu

ASSISE ET L'ALTERNE

Départ de Rome. — L’Ombrie. — Vie de saint François d’Assise. — Voyageur et soldat. — La famille de Brienne. — - Sa vocation. — Sa tendresse. — Son voyage en Orient. — Sa retraite sur. l'Alverne. — Les Stigmates. — Sa mort. — Pérouse. — Le mariage du prince Humbert. — Le Pérugin. — Un pape tourangeau. — Le lac de Trasimène. — Arezzo. — Bibbiena. — L’Alverne. — Le Casentino. — La bataille de Campaldino. — Le col de la Consuma.

21 Avril. — Le moment du départ approche. Nous donnons un dernier coup d’œil à la ville éternelle du haut des terrasses de ce jardin Colonna plein de tant de souvenirs d’un cher passé.

Toutes les étoiles brillent dans un beau ciel limpide quand nous sortons des murs de Rome après avoir dit adieu aux dômes de Sainte-Marie Majeure.

Quitter Rome est toujours si triste que nous nous plaignons moins de la confusion, de la loule, des embarras qui distraient la pensée. Pendant huit mois de l’année il n’y a personne ou presque personne sur les chemins de fer romains ; mais en ce moment la fin des cérémonies de la Semaine Sainte qui coïncide avec le commencement des fêtes de Turin et de Florence, en l’honneur du mariage du prince Humbert, précipitent vers le nord des milliers de voyageurs. Le personnel

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est insuffisant. Les employés sont exténués. Les trains subissent des retards de plusieurs heures, et la longueur des arrêts fréquents nous ennuie, enfants gâtés que nous sommes depuis les trajets à la vapeur.

Quatorze heures entre Rome et Florence nous paraissent beaucoup trop longues.

En mai 1864, j’ai encore mis cinq jours à franchir cette distance.

Il est vrai que j’ai admiré alors les beaux paysages de la campagne romaine vers Rignano et le Soracte, la forêt de chênes au delà de Civita Castellana, la descente sur Narni à travers les vieux oliviers, les ruines colossales du pont d’Auguste, auprès duquel le viaduc du chemin de fer paraît si mesquin, Terni et sa cascade dans un ravin fleuri, le mont Somma, où des bœufs blancs aux longues cornes sont attachés aux chars comme aux jours des triomphateurs romains, Spolète et ses palais déserts, la fontaine au clair cristal avec le petit temple chanté par Byron :

And on thy liappy sbore a temple still,

Of small and délicate proportion, keeps,

Upon a mild declivity of hill,

Its memory of thee; beneath it sweeps Thy current’s calmness; oft from out it leaps The finny darter with tbe glittering scales,

Who dwells and revels in thy glassy deeps;

While, chance, some scatter’d water-lily sails Down where the shallower wave still tells its bubbling taie (1).

(Childe Harold, 4. 67.)

(1) Au flanc d’un coteau vert qui doucement s’incline,

Sur ton heureuse rive un petit monument,

Temple corinthien d’une grâce divine,

A conservé ton culte. A ses pieds lentement Se répandent tes eaux, d’où saute, à tout moment.

ASSISE ET L’ALVERKE.

Maintenant, emporté dans la nuit, je ne vois rien jusqu’au moment où les premières clartés du jour nous montrent la patrie de saint François fièrement assise sur sa haute montagne.

Pas de voiture à la station située dans la plaine près de Sainte-Marie des Anges, nommée aussi Portioncule. Pas d’hôtel non plus, mais une maison de paysans proprette, où nous trouvons l’accueil empressé de la vieille Italie et les plaintes ordinaires contre le nouveau régime comparé avec le gouvernement papal.

A Sainte-Marie des Anges d’abord. — Église vaste, un peu nue* — Sous le dôme est la petite chapelle primitive des fondateurs de l’ordre. Au-dessus de son entrée, fresque de Overbeck, représentant la Madonne changeant des épines en roses. — Chambre où saint François mourut ornée de belles peintures du Spagna.

Nous montons ensuite à Assise, mais avant de parler de cette ville, disons quelques mots de l’histoire de saint François.

Cette vie si extraordinaire, qui eut une influence capitale sur le moyen âge, est si négligée aujourd’hui, que nous ne croyons pas exagérer en disant que même parmi les personnes qui se piquent de lecture, il y en a beaucoup qui l’ignorent totalement.

Il en est de même des vies très-intéressantes cependant de bien des saints. La faute en est en partie à l’ennui désolant, à la médiocrité absolue des compilations pieuses, qui rebutent même des gens bien dis-

Le poisson voyageur dont l’écaille étincelle Et qui dans tes cailloux se tapit franchement;

Tandis qu’un nénuphar livre au vent sa nacelle,

Sur l’onde fredonnant 6a chanson éternelle.

ASSISE ET l’aLVERHE.

posés et qui s’adressent seulement à un genre de lecteurs qui ne sera jamais qu’une imperceptible minorité.

Celui qui écrirait des vies de saints au point de vue de la majorité des lecteurs et qui ferait connaître et aimer tous ces êtres si extraordinaires et si sublimes, rendrait un grand service à la religion.

Jean Bernardon naquit à Assise en 1182. Dante, qui vécut cent ans après lui, quand son doux souvenir était encore dans toute sa force, donne, au onzième chant du Paradis, la d&scription de ce lieu.

C’est saint Thomas d’Aquin le plus illustre des disciples de saint Dominique, qui raconte la vie de saint François, tandis que la vie de saint Dominique sera racontée par saint Bonaventure, l’illustre franciscain.

Échange de bons procédés entre ces deux grands ordres créés au commencement du xm* siècle et dont les fondateurs se connurent et s’aimèrent d’une amitié fraternelle.

Intra Tupino e 1’ acqua, che discende Del colle eletto, del beato Ubaldo,

Fertile costa d’ alto monte pende

Onde Perugia sente freddo e caldo Da porta Sole, e dirietro le piange Per greve giogo Nocera con Gualdo.

Di quella costa là, dov’ ella frange

Piu sua rattezza, nacque al mondo un sole,

Corne fa questo tal volta di Gange.

Perô cbi d’ esso looo fa parole

ASSISE ET l’aLVERNE.

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