CHAPITRE IV
BAALBEK ET DAMAS
Le col des Cèdres. — La Célésyrie. — Baalbek. — Les Couschites. — Baal et Jupiter. — L’émir Harfouscb. — Les pères de la race Sémite. — Abila. — Ain-Fijeh. — Le paradis terrestre. — Un café à Doummar. — Damas. — Les pèlerins musulmans et l’Algérie. — Les massacres. — Les Juifs de Damas. — Ali.— Hossein. — La tragédie de Kerbela. — Saladin. — Tamerlan et Napoléon Ier.
13 Octobre. — Nuit magnifique, matinée charmante, bruit du vent dans les cèdres, chant des oiseaux.
Un prêtre monte de Bcharreh dire la messe dans la petite chapelle que l’on construit ici avec les dons des voyageurs. Mais tout en ne voulant pas refuser son offrande, on ne peut s’empêcher de regretter, je l’avoue, de voir cette noble solitude dénaturée par des murs qui en affaiblissent plutôt l’impression religieuse. On devrait au moins ne pas mutiler ces arbres pour bâtir une charpente sans goût.
A dix heures nous quittons avec regret l’ombre épaisse des cèdres et nous gravissons des pentes pierreuses sous un soleil ardent.
L’air est vif toutefois — le col des cèdres est le plus élevé du Liban. — Nous sommes à 8,000 pieds environ au-dessus du niveau de la mer, et à 3,000 pieds au-des-
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sus de nous le Djebel Makmel garde encore des flaques de neige malgré les chaleurs de l’été.
Au sommet du col nous apercevons derrière nous Ehden, la vallée de la Kadicha, et se confondant avec le ciel, la mer; tandis qu’à l’est, s’étend l’Anti-Liban et toute la plaine de la Célésyrie. Des teintes d’un roux tirant sur le lilas couvrent cet immense paysage, qui se termine au sud par le dôme élevé du mont Hermon.
C’est un dimanche, et en présence de ces terres entièrement nouvelles pour moi, deces montagnes sacrées, de cette Syrie des Ben-Hadad rois de Damas, mon esprit excité et ému se reporte à d’autres scènes, à la vieille maison de mon enfance, aux courses sur la prairie, aux couchers du soleil d’octobre dans l’Atlantique, pendant que la brise du soir souffle sur les grèves sauvages de l’Irlande.
Après une descente à pic bien plus difficile que la montée, nous campons de bonne beure à Aïn-Ata dans un vallon pierreux assez triste.
Un chétif village s’élève près d’une belle fontaine. Une différence frappante se fait déjà sentir entre ce versant du Liban et celui que nous venons de parcourir. La population chrétienne diminue pour faire bientôt place aux musulmans. Moins de travail et par conséquent plus de misère.
Le sempiternel mot backslieech que nous avons peu entendu chez les Maronites, va nous poursuivre jusqu’à la fin du voyage.
Si les musulmans nous dédaignent et nous appellent Kelb ibn el Kelb (chien fils de chien) , en revanche ils es* timent singulièrement notre argent.
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1 4 et 15 octobre. — La route d’Aïn Ata à Baalbek pourrait passer pour laide, si quelque chose était entièrement laid avec cette lumière et ce ciel. Nous descendons pendant trois heures des pentes partiellement boisées et déjeunons sous un mûrier près du village de Dèir el Ahmer.
Trois longues heures ensuite à travers la plaine, Baalbek en vue, mais semblant reculer toujours. Les hammals sont exténués, ils souffrent plus que dans les montagnes. Le vent du sud souffle. De petites trombes soulèvent des tourbillons de poussière qui traversent la plaine. Grands troupeaux de moutons des Arabes nomades. En approchant de Baalbek, haute colonne isolée.
Nos tentes ont été placées parmi les ruines dans la cour hexagone, la première que l’on trouve en y pénétrant.
Après le souper, par un admirable clair de lune, nous faisons notre première visite aux temples. C’est une scène d’une étrange beauté. Les ombres sont si noires, les colonnes magnifiques du temple du Soleil se détachent si bien sur le ciel. A cette froide clarté, ces débris gigantesques paraissent plus gigantesques encore. En impressions grandioses cela dépasserait même peut-être le Forum romain, si Baalbek en avait les souvenirs.
Nous nous arrêtons ici tout un jour. Nous profitons des heures fraîches de la matinée pour faire une exploration complète des ruines, et passons les heures chaudes à errer parmi les temples, cherchant l’ombre.
On a si souvent donné une description exacte de Baalbek avec des planches, des mesures et un vrai talent archéologique que je n’essaverai pas de retoucher ce qui a été bien fait. Je renvoie au Guide Murray et
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surtout au grand ouvrage de Wood et Dawkins qui découvrirent pour ainsi dire ces ruines en 1751.
Les croisés ne les avaient pas visitées et les anciens voyageurs en Palestine ne les mentionnent pas, à l’exception de l’intelligent Benjamin de Tudèle (1160). Bertrandon de la Brocquière (1432) passe à Baalbek sans en parler, tandis qu’il est très-occupé de quelques petits moulins. C’est ainsi qu’on observait dans ces temps-là. Les paysans font encore de même, et je soupçonne que quelques bons curés ont vu Borne de cette manière au centenaire du mois de juin.
En 1751 les ruines étaient en bien meilleur état qu’ aujourd’hui. Le temple de Jupiter était presque intact. Le tremblement de terre de 1759 fit de grands dégâts.
Il y a trois temples à Baalbek. Deux sont à côté l’un de l’autre sur une esplanade d’une construction tellement solide, tellement gigantesque qu’ elle confond l’esprit. C’est une masse énorme de maçonnerie parcourue en tous sens par des couloirs, par de larges souterrains. Les pierres de 20 à 30 pieds de longueur sont communes, tandis que dans la partie qui regarde l’occident à 20 pieds au-dessus du sol de la plaine, on rencontre trois pierres dont l’une a 64 pieds de long et les deux autres 63 chacune sur 13 pieds environ de largeur et de hauteur.
On se perd en conjectures au sujet de l’origine de ces substructions et des moyens mécaniques employés pour remuer ces masses à une époque qui ignorait, à ce que l'on croit, les découvertes modernes.
Les uns pensent qu’ elles furent construites par les
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Phéniciens, les autres les attribuent à Salomon, se fondant sur le passage des Rois, liv. III, IX, 17, 18.
« Salomon rebâtit donc Gaser et Bethoron la basse,
« Baalgad et Palmyre dans la terre du désert. »
Ne peut-on pas y voir peut-être des restes de cette civilisation Couschite si mystérieuse, pleine d’affinités avec l’Égypte et qui semble avoir précédé dans le Yémen, en Abyssinie et même sur l’Euphrate et le Tigre les Aryas et les Sémites.
Ges Gouschites, les ancêtres peut-être des peuples inconnus qui élevèrent les monuments prodigieux découverts par l’infortuné naturaliste Monot dans l’ Indo- Chiné et ceux de Palenque dans l’Amérique centrale, étaient de grands architectes, de bons mécaniciens; leur civilisation materielle, leur organisation despotique puissante surpassaient celles des grandes races. Leurs monuments étaient splendides, leur orgueil et leur impiété semblaient menacer jusqu’au ciel : c’est le mythe des géants attaquant l’Olympe. La Bible les dépeint sous le nom de Nemrod, la personnification de l’orgueil et de la tyrannie. Mais, comme Jupiter, l’intelligence lumineuse des Hellènes devait vaincre la force brutale des enfants de la terre, l’esprit religieux des Sémites, leur noblesse, leur indépendance triomphèrent du despotisme et du matérialisme de ces populations corrompues.
Les Gouschites n’ont laissé aucune trace dans l’histoire, sauf leurs énormes monuments, et le problème de leur civilisation n’intéresse que quelques esprits curieux.
Les temples de Baalbek datent d’un temps bien plus connu et plus rapproché de nous. Ils sont romains.
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Leur architecture, quelques médailles, car les inscriptions manquent et les historiens sont silencieux, font croire qu’ils furent élevés sous Adrien ou Antonin le Pieux, au milieu du second siècle. Des édifices antérieurs furent probablement démolis pour faire place aux constructions nouvelles.
Quelle ne devait pas être la splendeur de l’empire pour élever de pareils monuments dans une cité dont il est assez rarement fait mention dans l’histoire et qui ne paraît pas avoir jamais été une ville de premier ordre. Combien ne doit-on pas regretter alors la ruine totale des grandes métropoles de l’Orient, Alexandrie, Antioche.
Les descriptions de leurs splendeurs ne devaient pas être exagérées par les écrivains de l’antiquité.
On montait à la plate-forme par un large escalier entièrement détruit. Des tours, des murailles sarrasines obstruent l’entrée aujourd’hui.
En avant du temple de Baal ou du Soleil, le plus important des deux et qui donnait son nom à la ville, il y avait deux cours, la première hexagone, la seconde en forme de carré long.
Elles étaient ornées de colonnes de granit rose, de niches terminées en coquille, de corniches profondément fouillées. Ce qui reste est merveilleux, mais ces deux cours sont tout à fait en ruine.
Au delà se trouvait le temple tourné vers l’occident et vers le Djebel Sunnin dont la masse couverte de teintes éclatantes fait à ces monuments le fond le plus splendide. Six colonnes seulement sont encore debout. Avec les trois colonnes du temple de Castor et Pollux dans le Forum romain, ce sont les plus belles colonnes
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corinthiennes de l’univers. On ne peut se lasser d’admirer l’harmonie des proportions et le travail exquis de la frise. La pierre a pris avec le temps une couleur dorée. Elles sont composées de deux ou trois blocs, mais tellement unis, qu’il faut un examen attentif pour s’en apercevoir. Plusieurs antiquaires pensent que ce temple, interrompu dans sa construction par la décadence de l’empire, ne fut jamais terminé.
Le temple de Jupiter est 'mieux conservé. Il est presque sur la même ligne, mais sur une partie de la plateforme un peu moins élevée. Avant le tremblement de terre de 1759 il ne lui manquait guère que la toiture. Encore maintenant la cella est intacte ainsi que la colonnade du nord. La solidité de la maçonnerie est telle, que du côté du sud deux colonnes sont tombées contre le mur de la cella sans la renverser et sans se briser elles-mêmes en plusieurs morceaux.
L’ornementation est encore plus riche que celle du temple de Baal. C’est un corinthien un peu surchargé peut-être. J’oserai critiquer les blocs de pierre découpés en caissons avec des bustes de dieux et de déesses, des feuillages, etc., qui forment le toit du péristyle et relient la colonnade à la cella. Plusieurs de ces blocs sont à terre maintenant. Sur l’un d’eux nous voyons un bas- • relief de Ganymède enlevé au mont Ida par l’aigle de Jupiter. Ils ont environ 16 pieds de largeur et 4 d’épaisseur. Qu’on se ligure un pareil toit. Ici la solidité, la beauté des matériaux, la perfection des détails rachètent l’ornementation excessive. Mais que dire des constructions modernes qui ont tous les défauts de la surcharge sans rien avoir de durable et de bon goût.
Le portique du temple de Jupiter, composé de deux
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rangées de colonnes les unes cannelées, les autres unies, a été fort endommagé. En face s’élève une mosquée en ruine dont les ornements en forme de stalactites produisentici un singulier effet. 11 faut passer en rampant par un vrai trou pour arriver en face de la porte de la cella, morceau de sculpture si merveilleux dans son exubérante richesse , qu’il est impossible de ne pas être émerveillé, ravi quand on a quelque peu le goût des choses de l’art. C’est une senson immédiatè, qui n’est point cherchée, dans le genre de celle qu’on éprouve au palais des doges devant certains tableaux de l’école vénitienne.
Cette porte est un modèle parfait pour le sculpteur, le ciseleur, l’orfèvre. On ne peut la décrire, il faudrait une gravure, ou mieux encore une photographie. Qu’on se hâte devenir la voir. Quoique intacte encore, elle est fort ébranlée. Le premier tremblement de terre la renversera probablement.
Sur la soflite, au centre de la porte, est sculpté un aigle tenant entre ses serres un caducée, des guirlandes de rubans s’échappent de son bec. C’est l’aigle oriental entièrement différent de l’aigle romain. Nous le retrouverons plusieurs fois sur les temples qui entourent le mont Hermon.
• L’intérieur de la cella répondait à la magnificence de l’extérieur. Quelques niches d’un travail exquis sont merveilleusement conservées. La statue de Jupiter était au fond sur une base élevée qui a été découverte dans des fouilles récentes; elle est ornée d’une guirlande de feuillage et de figurines charmantes. Au-dessus, des marques de crampons dans le mur, semblent indiquer des plaques de marbre ou de bronze qui auraient été enlevées.
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Le troisième temple est dans un champ à quelques centaines de mètres de l’esplanade, au sud. Sa forme est octogone. C’est un vrai bijou, mais il ne peut subsister longtemps. Il est dans un état désolant de vétusté et il faut traverser des amas d’immondices pour arriver jusqu’à lui.
Dans l’après-midi nous montons à cheval pour aller voir les carrières situées à 20 minutes de Baalbek. Une pierre y est encore taillée, et près d’être employée. Elle surpasse en immensité même celles de la plate-forme. Elle a 68 pieds de longueur, 14 de hauteur et 13 de largeur. Nos Arméniens assez peu enthousiastes en général, s’écrient que c’est l’œuvre des génies commandés par Salomon, dont le souvenir, chose bizarre, est resté dans l’imagination des peuples de l’Orient.
Nous visitons ensuite la source de la rivière de Baalbek avec les restes d’une mosquée. Nous parcourons la ville où se trouve une vieille cathédrale très curieuse soutenue par des colonnes antiques, mais abandonnée et tombant en ruines.
Baalbek, nommée par la Bible Baalgad et Héliopolis parles Grecs et les Romains, a presque repris son ancien nom sémitique, phénomène très-fréquent dans ces contrées immuables où certains petits villages s’appellent de la même manière qu’au temps des patriarches.
Elle ne joua jamais un grand rôle dans l’ histoire. Elle était célèbre par ses débauches. Les adorateurs du soleil y prostituaient leurs femmes et leurs enfants en l’honneur de leur dieu. Cruels en même temps, ils persécutaient les chrétiens avec acharnement. Ils saluèrent avec transport l’ avènement de Julien l’apostat. Mais leur héros périt dans la campagne de Perse, et le grand
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Théoclose éleva à la place des autels de Baal le tabernacle du vrai Dieu.
Elle fut prise en 636 par les Arabes. A la fin du moyen âge, nous voyons Tamerlan y passer après les épouvantables massacres de Damas. Ce monstre, vrai type des conquérants, que les âmes basses adorent quelquefois à défaut de dieu, se piquait de goût pour les beaux arts et la philosophie. 11 admira beaucoup les ruines.
Maintenant Baalbek est occupée par une tribu de Moutoualis gouvernée depuis plus d’un siècle par des petits despotes de la famille Harfousch. Volney en parle déjà en 1784.
Cette famille esUgne des plaies de la Syrie. Elle pille de tous les côtés en ayant tontefois le bon esprit de respecter les Occidentaux. Entre eux les Harfousch s’assassinent et s’empoisonnent avec tout le sans gêne qu’avaient au XIVe siècle les Scaliger ou les Visconti.
Joseph Caram s’est fait grand tort dans l’esprit des Européens en s’alliant dernièrement avec ces brigandeaux.
Le gouvernement turc a toujours été à leur égard d’une faiblesse ou d’une impuissance extraordinaires. Cependant en ce moment les Harfousch sont en fuite ou en exil, et un bataillon ottoman occupe la ville,
Pendant notre promenade le ciel est devenu orageux. Un vent violent souffle sur la plaine. Des teintes lilas, intenses, vigoureuses, couvrent les flancs du Liban, tandis que des panaches violets suivis de stries bleu pâle et orange envahissent tout l’occident.
Nous rentrons par un long souterrain sombre qui paraît aussi fantastique que les cavernes de voleurs de Gil-Blas ou d’ Ali-Baba, mais nous n’avons pas besoin de
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dire u Sésame, ouvre-toi. » Notre petit camp au milieu des ruines nous fait déjà éprouver une sensation de « Home, » tant l’homme s’accoutume vite à toute habitation même à celle de la tente.
16 Octobre. — Nous quittons Baalbek de bon matin. Pour la première fois depuis notre départ de France le ciel est nuageux. Nous ne nous en plaignons pas, cela vaut mieux que le soleil dans ces steppes ondulées d’une aridité désolante en cette saison.
Le pays parle cependant à l’imagination. Nous passons un village où l’on nous montre le sépulcre de Sem, un peu plus loin est le tombeau d’Abel, celui de Noé est de l’autre côté de la plaine. La chose en ellemême mérite peu de croyance, mais la persistance de ces traditions semblerait prouver que les pères des peuplades sémites eurent ces contrées pour premières demeures. Leurs grands troupeaux de moutons paissaient sans doute dans ces campagnes desséchées et presque désertes aujourd’hui.
Nous campons au haut d’une vallée. Un ruisseau coule au fond, bordé de platanes et de peupliers. C’est le point de division entre les eaux qui descendent à la Méditerranée par la Litany et celles qui vont se perdre dans le désert par le Barada. Au sud, dominant quelques chaînes moins hautes, on aperçoit le dôme de l’Hermon.
A quelques centaines de mètres est un village qu’on nomme Sorghaya.
Le Guide Murray marque i.30 de Baalbek ici. La distance est beaucoup plus considérable. Fort exact en général, il est sujet & erreur lorsqu’il fixe le temps
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quon doit mettre à parcourir les routes dans un certain rayon autour de Damas. L’auteur, missionnaire anglican, ce qui explique ses préjugés haineux contre les catholiques, habitait cette ville et employait à faire des excursions ses excellents chevaux. Dans les autres parties de la Syrie, il se servait des montures ordinaires.
C’est ce qui explique l’exactitude de ses « moyennes » en général, tandis qu’ elles sont trop courtes ici. Ce renseignement peut être fort utile aux voyageurs. Ainsi compter sur 15 heures seulement de Baalbek à Damas est une illusion. En disant 20 à 21 heures on est plus près de la vérité.
17 Octobre. — Un peu avant le jour un coup de vent renverse notre tente dont le défaut est de ne pas être fort solide contre l’orage. Moment de confusion extrême.
Nous profitons de cet incident pour partir plus tôt que de coutume, car notre journée doit être longue.
De Sorghaya nous descendons sur Zebdany que nous laissons à droite, pour continuer à longer le pied de l’Anti-Liban. Le Barada coule au fond de la vallée.
Cette première partie de la route est peu intéressante. L’aridité, la sécheresse, attristent les yeux. Les jardins que l’on rencontre autour de Zebdany sont souillés de poussière.
Plus de trois heures après, les montaghes se resserrent. La rivière coule dans une gorge profonde et nous arrivons au village nommé Souk Wadi Barada (le marché de la vallée de Barada).
A l’époque romaine, une foire fameuse, le Beaucaire
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de la Syrie, se tenait ici, aux portes de l’ancienne cité d’Abila. Pendant le siège de Damas, les chrétiens croyant les Sarrasins trop occupés n’y avaient pas interrompu leurs transactions de commerce. Ils furent . surpris par Khaledqui, comme sur les bords de la baie de Djouni, les massacra sans pitié après avoir recueilli un riche butin.
Tout autour de nous sont des fragments de colonnes, des restes de murs, un tronçon de route avec deux inscriptions romaines de Marc-Aurèle et de Lucius Verus. Tout le long du chemin et creusés dans le roc comme lui sont de curieux tombeaux d’origine judaïque.
Observez cette coutume des Juifs d’ensevelir les morts aux portes des villes dans des tombeaux taillés dans la pierre. Elle aide à prouver T authenticité du lieu où la tradition catholique a placé le sépulcre de Notre-Seigneur.
Abila était une ville importante dans les siècles qui précédèrent et qui suivirent T ère chrétienne. Elle donnait son nom à une province. Une colonie juive considérable y était établie. La famille des Hérode y régna après la mort d’un Lysanias mentionné par saint Luc et dont le père fut mêlé à l’histoire de Marc-Antoine et de Cléopâtre.
« L’an quinzième de l’empire de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode, tétrarque de la Galilée, Philippe, son frère, de l’Iturée et de la Trachonite, et Lysanias, de l’Abilène. »
Près du Barada, au fond de la vallée, il y a des jardins et de la verdure; mais notre sentier reste plus haut sur les flancs de la montagne.
Après de longs lacets dans des collines arides, au milieu de la poussière et du soleil, la route se dérobe
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pour ainsi dire sous nos pas, nous descendons un escalier creusé dans un rocher qui surplombe et nous nous trouvons, comme par enchantement, au milieu de l’ombre et de la fraîcheur. De grands noyers, des cerisiers, des abricotiers, forment un dôme impénétrable même à Tardent soleil de Syrie. Près de nos tentes dressées sur une petite terrasse, sont les ruines de deux temples, constructions bizarres probablement antérieures aux Romains. Au-dessous s’échappe avec violence la belle source du Pharphar qui va se jeter aussitôt dans le Barada dont il triple le courant.
Le bruit de cette eau, le chant des oiseaux dans les branches, la fraîcheur, le mystère de ce lieu charmant font rêver aux retraites des fées, aux grottes de T Arioste, à ce ruisseau du paradis terrestre, près duquel se promène Mathilde personnification de la vérité et de l’idéal.
Gia m’ avean trasportato i lenti passi Dentro ail’ antica selva, tanta ch’ io Non potea rivedere ond* io m’ entrassi.
Ed ecco piu andar mi toise un rio :
Avvegna che si rnuove bruna bruna Sotto T ombra perpétua, che mai Raggiar non lascia Sole ivi, ne Luna.
Co pie ristretti, e con gli occhi passai*
Di la del fiumicello, per mirare La gran variazion de freschi mai*
E la m’ apparve* ....
Una donna solctta, che si gia Cantando ed i9ciegliendo fior da flore Ond’ era pinta tutta la sua via (1).
(Purgatorio, XXVI IL)
(1) Déjà clans la forêt à l'antique ramure Je m’étais enfoncé si loin à l’aventure
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Ce lieu se nomme aujourd’hui Aïn-Fidjeh. C’est la source la plus abondante de ces eaux dont les Damasquinssont si fiers. Quand le prophète Élisée envoie se baigner au Jourdain Naaman le lépreux, celui-ci s’écrie tout d’abord : « Est-ce que l’Abana et le Pharphar [le Barada et la source de Fidjeh) , fleuves de Damas, ne sont pas meilleure que toutes les eaux d’Israël? IV Rois, v. 12. » C’est exactement ce que dirait un Damasquin d’aujourd’hui. Rien ne change dans ce singulier pays. Les enfants du village qui viennent jouer autour de la fontaine se couronnent de fleure comme aux jours desBen- Hadad, et les femmes voilées passent portant des amphores sur leurs têtes comme Rebecca fille de Bathuel.
18 Octobre. — Nuit délicieuse. Bercés par le murmure des eaux courantes.
En quittant Aïn-Fidjeh nous suivons pendant quelque temps la vallée du Barada puis, nous traversons des collines arides avant de redescendre à Doummar où nous retrouvons des jardins et de l’eau.
Nous déjeunons au bord de la rivière sous un abri de
Que je ne voyais plus par où j’étais entré.
Et voici qu’à ma gauche un ruisselet m’arrête :
Son onde murmurait dans son lit, brune, brune, Sous l'ombrage éternel que les rais de la lune Et les feux du soleil n'ont pénétré jamais.
Du pied je m’arrêtai; mais mon regard d'avance, Franchissant l’humble fleuve, admirait à distance La prodigalité des floraisons de mai.
Et là-bas m'apparut
Une dame seulette en la forêt profonde.
Qui s'en allait chantant et cueillant à la ronde Les fleurs dont son chemin était tout émaillé.
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branchages où deux enfants, deux frères, préparent du café et des pipes pour les passants. A moitié vêtus, gentils, mais les yeux voilés d’une sorte de tristesse précoce, ils attendent avec patience les rares chalands. Peu après nous arrive un pauvre faiseur de tours drapé dans un manteau rouge. Il porte sur l’épaule un petit singe, son compagnon de route et de misère. S’asseyant près de l’eau avec un air de fatigue et de résignation, il partage avec son singe un chétif repas de fruits secs et de galettes arabes. Celui-ci pousse de petits cris, fait des mines à son maître et lui passe les bras autour du cou. Ces deux créatures errantes semblent se plaindre et s’aimer.
Ce café chétif, ces enfants qui attendent, ce faiseur de tours résigné avec son petit singe, tout cet ensemble si humble et si pauvre émeut et rend mélancolique la pensée. La splendeur du soleil, la richesse de la nature font plutôt ressortir qu’ elles ne voilent cette pauvreté. Que la vie est difficile et amère. Qu’il est dur à gagner le pain de chaque jour. Et nous nous plaignons de nos petites contrariétés d’enfants gâtés de la fortune; combien ne devons nous pas remercier Dieu, au contraire, d’être de ceux qui peuvent donner à ces pauvres créatures deshéritées quelques instants de bonheur.
Mais Dieu sera-t-il aussi indulgent pour nous que pour eux ?
Après Doummar, longue montée du Djebel Kasioun pierreux et dénudé. Au sommet du col est le tombeau de quelque saint musulman. C’est de là qu’on a la première vue de Damas toute blanche au milieu de la verdure de ses vastes jardins. Le désert est au loin, et vers le sud, le profil vaporeux des montagnes du Hauran, le
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royaume de Bashan d’autrefois. À droite le dôme de l’Hermon domine tout le vaste paysage.
Nous redescendons rapidement et pressons le pas à travers les jardins, impatients de recevoir nos lettres qu’un des muletiers a été chercher d’avance"au consulat de France. Elles arrivent enfin ces chères lettres des nôtres; mais que les dates nous paraissent anciennes et que d’événements ont pu se passer depuis.
Nous descendons à Damas dans un hôtel tenu par un grec nommé Dimitri. 11 est situé dans le quartier turc, assez près de la porte de Beyrouth. La maison est belle et les chambres sont assez propres; mais la nourriture est si médiocre et le service si détestable, que nous regrettons nos tentes que nous aurions pu faire dresser dans un jardin. .
Damas, 19, 20, 21, 22 Octobre. — La première vue de Damas du haut des montagnes ou lorsqu’on arrive du désert est saisissante. Damas cependant n’est pas une ville aussi éblouissante que Constantinople ou le Caire. Elle manque de cette population surabondante, pressée, mélange de toutes les races de l’Orient et du bassin de la Méditerranée. À Damas, l’élément arabe prédomine. Les bazars et une ou deux mes sont encombrés, le reste de la ville est fort tranquille. Le caractère oriental est certainement très-marqué; mais il l’est encore plus ce me semble dans les parties du Caire non remaniées par l’avarice ou le mauvais goût de son Altesse actuelle Ismaïl-Pacha. De plus, le Caire quoique délabré (qu’est-ce qui ne l’est pas en Orient?), n’a pas cet aspect de ruine absolue qui attriste les yeux ici.
Pour passer à un autre ordre d’idées, l’Européen se
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trouve à Damas trop entièrement en dehors de toutes ses habitudes pour s’y plaire facilement. Il est vraiment isolé, loin de tout, et l'extrême malveillance des habitants pour les chrétiens, leur rudesse, leur mauvaise grâce forment des obstacles qu’on ne retrouve pas dans d’autres villes musulmanes. Avides, rusés, insolents, les Damasquins sont pour l’Orient ce que la canaille de Livourne ou de Florence est pour l’Italie. Ils gâtent tout ce qui les entoure. Leurs coreligionnaires du reste ne les jugent pas autrement que nous; l’expression G hami choumi (Damasquin coquin) est bien connue dans toute la Syrie.
Les rapports fréquents de Damas avec la Mecque y entretiennent le fanatisme musulman. La grande caravane de pèlerins part d’ici de manière à arriver dans la ville sainte pour la fin du Ramadan et les fêtes du Bairam (le carême et la pâque des disciples de Mahomet) ; elle visite ensuite le tombeau du prophète à Médine, et revient reprendre son campement dans la grande prairie sur les bords du Barada. On appelle ce lieu le Meidan. C’est le seul endroit ouvert aux environs de la ville. En ce moment il ne sert qu’à l’exercice des régiments turcs. Quand la caravane y est campée, ce doit être un curieux spectacle, à en juger par ce que j’ai vu en avril 1861 quand les tapis sacrés partaient du Caire pour la Mecque.
La caravane met une quarantaine de jours de Damas à la Mecque. Avec les haltes, les séjours, c’est un voyage de quatre mois environ (aller et retour) . Elle avait une importance extrême autrefois et le pacha de Damas, chef delà caravane sous le nom d’émir el Hadji (prince des pèlerins) l’emportait en dignité sur tous les pachas
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de l'empire. Elle est bien déchue aujourd’hui. Le pèlerinage diminue dans toute l’Asie, sauf peut-être parmi les populations fanatiques peu nombreuses de Boukkara et de Khiva. S’il est encore observé, c’est plutôt dans le nord-ouest de l’Afrique et dans le Soudan, contrées plus nouvellement conquises à l’islam. Signalons un fait généralement peu connu, c’est que le mahométisme exerce encore de nos jours une grande prépondérance en Afrique, qu’il règne en maître à Tombouctou et que les succès des tribus guerrières et envahissantes des Fellatahs le font pénétrer jusque dans les contrées au sud du lac Tchad, l’Adamoua, le Baghinni, à peine entrevues par Barth. Mais les pèlerins arrivent par la Méditerranée et la mer Rouge et préfèrent les bateaux à vapeur tout encombrés qu’ils soient à la route longue et pénible de la Syrie et du désert.
Beaucoup d’entre eux passent par l’Algérie, grâce aux grandes facilités données pour le pèlerinage par le gougernement français et qui, nous devons l’ajouter, tournent presque toujours à son détriment. Rien n’est simple dans ce monde, et on risque fort de se tromper en ne considérant qu’un côté des choses. Ces lieux communs, qui paraissent presque ridicules comme des vérités de M. de la Palisse, me sont suggérés par la conduite du gouvernement français à l’égard des Arabes.
Certes, selon les idées modernes « les immortels principes de 89 » (mots dont on a bien abusé), on a mille fois raison de protéger le pèlerinage, de bâtir des mosquées, de fonder des écoles où l’on enseigne le Coran, quoique, pour être conséquent, il faudrait libérer le clergé catholique de toutes les entraves de la réglementation militaire. On approuverait hautement le gouver-
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nement dans cette voie, s’il avait à faire à des grecs, à des protestants, même à des juifs.
Mais on oublie qu’il se trouve en contact avec des populations fanatiques, qui le haïssent en raison même de leur religion, qui le méprisent, qui sont incapables de comprendre son savant éclectisme moderne. Quand les Algériens parlent de ces condescendances aux meneurs musulmans de la Mecque, ceux-ci, selon toutes les idées arabes, n’y voient que crainte et faiblesse, aveu manifeste de l’infériorité de notre religion. Ils leur persuadent qu’ils secoueront sans peine le joug de si misérables chiens. Il est incontestable que ce sont des pèlerins, souvent conduits et ramenés sur nos Messageries impériales au risque d’infester la Méditerranée de leurs maladies asiatiques, qui fomentent les soulèvements périodiques en Algérie.
La Mecque est l’officine du fanatisme musulman. — Il est presque certain que le mot d’ordre en est parti, non-seulement pour nos échauffourées algériennes, mais pour la révolte de l’Inde de 1857 et les massacres de Syrie en 1860.
Les habitants musulmans de Damas n’étaient que trop disposés à se joindre à tout mouvement hostile aux chrétiens. Les massacres y furent plus affreux, plus systématiques que partout ailleurs. — Dans le Liban, où le sang avait commencé à couler, la guerre civile, les partis armés en présence expliquaient, jusqu’à un certain point les crimes sans les excuser. — Rien de pareil à Damas. Les chrétiens étaient désarmés, inoffensifs, tremblants. Beaucoup de familles de la montagne s’y étaient réfugiées dans l’espérance illusoire d’être protégées par le pacha turc et les troupes ottomanes.
BAALBEK ET DAMAS
Excités par l’appât d’un riche pillage , par des rumeurs de carnage et de sang , les musulmans commencèrent par massacrer les chrétiens isolés qui se trouvaient dispersés dans la ville , puis ils envahirent le quartier chrétien. Us pillèrent et égorgèrent, pendant plusieurs jours, parfaitement de sang-froid, systématiques dans leurs cruautés, cherchant dans les caves, tirant des coups de fusils dans les citernes , tuant femmes et enfants.
On ne saura jamais exactement le nombre des victimes. On ne peut les compter que par milliers.
La froide atrocité de ces massacres les fit juger plus sévèrement que tous les autres par les représentants des puissances réunis à Beyrouth, et tandis que la vie des autres fonctionnaires turcs fut épargné , on fusilla le pacha de Damas.
L’armée française arriva en Syrie peu de temps après la fin de ces abominations. Les coupables tremblaient. Personne n’aurait osé élever la voix. Les égorgeurs étaient connus. On n’ignorait pas le nom des meneurs. Les vieux ulémas, sépulcres blanchis de la mosquée, se croyaient perdus sans espoir.
Pourquoi l’armée s’arrêta-t-elle à moitié chemin , entre Beyrouth et Damas? L’histoire approfondira plus tard le mystère de cet épisode peu connu de l’histoire contemporaine. — Tant de choses peuvent s’être passées, qu’on aurait grand tort d’accuser quelqu’un sans preuves, et qu’on ne doit pas trop écouter la médisance si fréquente dans ces pays ; mais ce fut un échec pour notre influence, comme pour le progrès de la civilisation en Orient.
On pouvait frapper un grand coup. Il fallait occuper
B'VALBEK ET DAMAS.
cette ville fanatique, fouler aux pieds son orgueil musulman, faire pendre aux trois tours de leur sainte mosquée les principaux égorgeurs de milliers de femmes et d’enfants, en livrant surtout les grands coupables à l’ignominie d’un supplice public. L’effet aurait été immense dans tout l’Orient. En examinant l’histoire des
massacres, les atrocités calculées, la cruauté froide, on
ne peut dire que ces moyens, quoique violents, eussent été d’une sévérité trop extrême. •
En Europe, on ne procéderait pas ainsi ; mais en Europe de tels massacres seraient impossibles, sauf peutêtre dans la sainte Russie .
Les musulmans fanatiques nous auraient-ils haïs plus vigoureusement que par le passé ? Il est au moins permis d’en douter. Ils nous auraient certainement respectés. Les Orientaux ne connaissent et n’estiment que la force. Quand la force est dominante, incontestable, ils sont très-tentés de s’y soumettre et de l’adorer, car ils y voient la volonté de Dieu.
Le quartier chrétien est encore en grande partie un amas de ruines. L’indemnité stipulée par les puissances européennes a bien été payée à peu près, mais le fanatisme damasquin relève tellement la tête, que beaucoup de chrétiens craignent d’employer cet argent à reconstruire de nouvelles maisons.
L’église des Franciscains, terminée depuis peu, est assez belle. Elle est dans l’intérieur du couvent qui est maintenant, avec raison, une petite forteresse. Près de là se trouve une chapelle souterraine élevée sur l’emplacement de la maison d’Ananie, qui baptisa saint Paul. . .
Damas est pleine des souvenirs du grand apôtre des
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gentils. On montre sa demeure dans la rue Droite, le lieu où il fut descendu dans un panier le long des murs, et, dans les jardins, F endroit de sa conversion. Si ces emplacements paraissent bien problématiques, ils sont au moins intéressants comme vieilles traditions chrétiennes.
Saul , le jeune fanatique juif qui avait vu lapider saint Étienne, était parti de Jérusalem pour Damas. Muni de lettres des chefs orthodoxes de Jérusalem , il voulait étouffer, dans la nombreuse colonie juive de la capitale de la Syrie, les germes de l’hérésie semés par Ananie. Il avait franchi les plateaux brûlants de la Gaulonitide, il entrait dans les jardins de Damas, l’Hermon gigantesque jetait sa fraîcheur sur la plaine, quand il est renversé de cheval par une force mystérieuse, et dans une lumière étrange qui l’entoure, il entend une voix s’écrier : a Saul, Saul, pourquoi me persécutezvous? »
Aveuglé, en proie à une émotion profonde, il est conduit dans la rue Droite, à la maison de Jude, où Ananie, guidé par une vision , vient le baptiser trois jours après.
Il prend le nom de Paul, et, devenu fervent chrétien, il prêche le vrai Dieu à Damas jusqu’au jour où les embûches des Juifs l’obligent à quitter secrètement la ville, à se faire descendre par les disciples « durant la nuit, le long de la muraille, dans une corbeille. »
Il se rend d’abord à Jérusalem auprès des apôtres. C’est lui qui prêchera ensuite l’Évangile aux gentils à Antioche, qui annoncera dans Athènes le Dieu inconnu, qui, venant de Rome à la fin de sa carrière, sera décapité dans les faubourgs syriens le jour même
BAALBEK ET DAMAS
où Néron fera crucifier saint Pierre dans le quartier
juif-
Au commencement de la guerre des Juifs, dans les dernières aimées du règne de Néron, Damas fut ensanglantée par des émeutes affreuses, où le parti romain et le parti juif rivalisèrent de cruautés. Ces derniers finirent par être vaincus. Damas conserva cependant une colonie juive. Persécutés d’abord par les idolâtres et ensuite par les chrétiens, les Juifs accueillirent les musulmans avec joie. Ils sont toujours restés les ennemis de la population chrétienne qui leur rend cette hostilité avec usure.
Assez récemment encore, en février 1840, l’assassinat mystérieux du père Thomas, capucin très-estimé qui exerçait la médecine à Damas, réveilla ces haines et produisit une sensation profonde. — L’affaire est restée si obscure entre les accusations ardentes des uns et les dénégations formelles des autres, qu’il est bien difficile d’arriver à la vérité. — Nous ne nous prononcerons donc pas à ce sujet, d’autant plus que le plan de ce journal ne comporte pas une véritable enquête judiciaire. — Nous observerons seulement que les grandes familles juives d’Europe, si éclairées, si au-dessus d’un fanatisme qui n’existe plus, Dieu merci, ni d’un côté ni d’un autre, eurent peut-être tort de s’impressionner si vivement de cette affaire. — Elles firent croire à une pression que leur richesse rendra toujours facile en Orient.
Mais ce sera toujours le cas des petites églises. Qnand on est relativement peu nombreux, la solidarité devient plus étroite et moins raisonnée. Les jansénistes étaient ainsi autrefois, et de nos jours les quakers, les frères moraves et d’autres petites sectes protestantes. C’est
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une chose excellente au point de vue des affaires, mais • elle obscurcit les yeux pour la recherche de la vérité. Les Juifs n’échappent pas entièrement à cette tendance, et les plus distingués d’esprit d’entre eux sont intraitables quand on aborde des questions de ce genre.
Au moment de l’invasion des Arabes, Damas était presque entièrement chrétienne. Au centre de la ville s’élevait la cathédrale, sous le vocable de Saint-Jean- Baptiste. En examinant attentivement les bazars, on trouve des traces des colonnades corinthiennes et des arcs de triomphe qui l’entouraient.
La capitulation d’Abou-Obeidad (63 A) conserva aux chrétiens la moitié de ce vaste édifice. Ils en furent chassés par le cinquième calife de la famille des Omniades Abdel-Melek (685-705) qui, après avoir abattu les murailles profanées, construisit une mosquée nouvelle, une des merveilles de l’Orient. Ce monument fut livré aux flammes par Tamerlan (1A00). Il en reste cependant certaines parties.
Jusqu’à ces dernières années, l’entrée de cette mosquée, restaurée aussitôt après le départ des hordes tartares, était absolument interdite aux chrétiens. Le duc et la duchesse de Brabant furent les premiers qui y pénétrèrent, en 1856.
Depuis 1860, où les officiers français qui allaient à Damas y circulaient sans qu’on osât leur dire une parole, il est possible de la visiter, pourvu qu’on soit accompagné du drogman d’un consulat et d’un janissaire. Les pourboires sont très-élevés; malgré cela, les autorités de la mosquée sont malveillantes, frémissantes de rage, et on ne voit jamais chez eux ce désir de montrer qu’ont maintenant les prêtres de la mosquée
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d’Omar à Jérusalem, qui voudraient bien avoir perpétuellement chez eux des ducs de Luynes ou des messieurs de Saulcy.
Exaspérés de voir examiner avec des lorgnettes de curieuses mosaïques à fond d’or, avec des branches, des fleurs, etc. , qui datent probablement d’ Abdel-Melek, ils les ont recouvertes d’un affreux badigeon.
Les colonnes de granit de la nef sont aussi badigeonnées, ainsi qu’une cage autrefois en bois doré qui couvre le souterrain où les musulmans prétendent qu’est enterrée la tête de saint Jean-Baptiste.
En somme, cette mosquée fameuse n’a de beau que sa grandeur et ses belles proportions qui rappellent les anciennes basiliques. Les murs extérieurs (mieux vus du toit des bazars) sont en grande partie de construction romaine. Une porte en bronze entourée d’une inscription arabe ajoutée après coup, figure des calices et d’autres emblèmes chrétiens.
La mosquée de Damas a trois minarets : celui de l’occident le plus élevé de tous; celui d’Isa (Jésus), où une tradition musulmane assure qu’Isa, fils de Miriam, descendra avant la fin du monde, et le minaret de la Fiancée (Madinet-el-Arous), élevé par le calife Walid.
Nous y montons pour y jouir de la plus belle vue d’ensemble sur la ville de Damas.
Ces ascensions déplaisent singulièrement aux orthodoxes qui craignent qu’on puisse parfois apercevoir des femmes non voilées sur les terrasses ou dans les jardins intérieurs.
Le temps est admirable. La vue est belle sur la ville dont on serait loin de soupçonner les vastes palais, les jardins, quand on parcourt ses rues sales et tortueuses.
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Au loin on aperçoit les vastes marécages où se perd le Barada, le désert, et terminant le paysage au sud, la ligne délicate et gracieuse des sommets du Hauran, le pays druse par excellence.
Nous profitons du drogman et du janissaire du consulat pour visiter l’intérieur de plusieurs maisons. Celle de la famille d’Ali-Bey est la plus belle. La cour intérieure est vaste, avec des orangers et des oliviers séculaires. Un salon avec de vieilles dorures et des incrustations en marbres rares est vraiment remarquable ; mais il est gâté par d’affreux meubles tout à fait dans le goût d’un épicier retiré des affaires.
La maison qui me plaît le plus peut-être est celle du consul de France. Outre qu’elle est vraiment belle et ancienne (la bibliothèque surtout, bleue et or, avec des morceaux de glaces incrustés) elle est arrangée avec goût et pleine d’objets curieux, rapportés par M. Rousseau de ses longs voyages.
Le consul de France, M. Rousseau, est de la famille du grand écrivain.
Il descend d’un cousin dont parle Jean-Jacques, et qui suivit un ambassadeur de France à Constantinople. Il se maria en Orient. Sa famille, devenue française, y continua à servir la France.
Le consul de Damas est né à Alep, où son père était consul général. Il possède le précieux avantage de parler et d’écrire facilement l’arabe et le turc. Beaucoup de fonctionnaires européens, par leur ignorance de la langue, finissent par devenir les esclaves de leurs drogmans. Il faut une rare force de volonté pour résister à cette influence,
Énergique, connaissant bien l’Orient où il a passé la
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plus grande partie de sa vie, d’une probité au-dessus de tout soupçon (ce n’est malheureusement pas si souvent le cas dans ces pays) , M. Rousseau était désigné par l’opinion publique pour le poste de consul général à Beyrouth.
Depuis mon retour en Europe, il y a été appelé par le ministre des affaires étrangères. Puisse-t-il réussir dans ce poste agréable comme résidence, comme importance politique, mais difficile à cause des défauts et des qualités mêmes de nos protégés maronites et de la fourberie de Daoud-Pacha. Ce sera une compensation pour le triste séjour qu’il a fait à Djeddah, et où sa charmante jeune femme a eu le courage de le suivre, malgré l’affreux climat et le souvenir des massacres alors récents.
Je ne vais pas faire une visite à l’émir Abd-el-Kader; avouons-le, j’ai peu de curiosité dans ce genre. Je ne sais pas assez l’arabe pour avoir une conversation agréable et suivie. Quant aux visites ordinaires en Orient, avec la limonade, le café, la pipe et les salamalecs d’usage, c’est assommant.
Il faut avoir la passion des formalités pour pouvoir résister à leur ennui , mais ceux qui sont rompus à la vie insipide des salons modernes, de ce qu’on appelle le monde, aiment tout ce qui rappelle ce vide et cette gêne, et s’y complaisent comme les ivrognes au cabaret.
Le reste de notre séjour à Damas se passe en promenades dans les bazars, dans les jardins. L’extrême malveillance de la population, qui ne nous épargne ni les pierres lancées par des gamins, ni les injures que nous comprenons fort bien, diminue singulièrement le charme de ces excursions.
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Un petit épisode me frappe assez comme peinture de l’Orient.
En nous promenant dans le vaste cimetière au sud de la ville, nous cherchons le tombeau de Fatime, fille d’Ali. Ne la confondez avec l’autre Fatime, sa mère, fille de Mahomet, qui mourut à Médine trois mois après la mort de son père, de chagrin peut-être, d’avoir vu les droits d’Ali méconnus par le vieux fourbe Abou- Bekr.
Mais ce tombeau est difficile à trouver. Les Damasquins, à qui nous demandons de nous l’indiquer, ne répondent pas ou nous prodiguent les épithètes ordinaires. Nous allons renoncer à voir ce monument, assez médiocre du reste, quand passent quelques Persans établis à Damas. Ils nous y conduisent avec bienveillance et empressement, et leur plaisir extrême de voir un étranger au courant de la tragédie de Kerbela se traduit en une invitation à aller visiter leurs maisons.
C’est que l’infortune d’Ali et de ses fils est pour les musulmans Chyites comme le récit de la Passion pour nous autres chrétiens.
J’ai déjà dit quelques mots des Sunnites et des Chyites, à propos des Moutoualis d’Afka; mais l’histoire d’Ali a eu une telle influence sur l’Orient, qu’il me sera peut-être permis de la rappeler en quelques mots.
A la mort du prophète (7 juin 632), Ali son cousin, un de ses premiers disciples, le gendre de sa fille unique Fatime, le chef hériditaire de la famille Hashem semblait être appelé par la force des choses à succéder à Mahomet. Brave, généreux, guerrier et poëte, il répandait sur l’islam naissant tout l’éclat d’une nature
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sympathique et ardente. 11 n’était pas brutal comme Omar, cruel comme Kaled ;mais sa noble nature répugnait aux petites habiletés du vulgaire. Pendant qu’il était tout entier à sa douleur, la femme favorite de Mahomet, Ayesha, dont la conduite, pour le moins trèslégère avec un beau jeune chamelier, avait donné bien des soucis à son époux, formait une intrigue qui amenait au califat son père, Abou-Bekr (632-634). Ali se soumit non sans murmurer. Plus tard il consentit à servir sous le calife Omar (634-644), et fit la conquête de la Perse où son humanité, sa grandeur d’âme, le firent aimer. Ce ne fut qu’à la mort du troisième calife Othman, assassiné en 656 dans une insurrection, qu’Ali monta sur le trône, vingt-quatre ans après la mort de Mahomet.
Son règne ne fut pas heureux. La veuve de Mahomet, Ayesha, qui avait voué une haine de marâtre à toute la race de Fatime, se mit à la tête d’une insurrection qui fut vaincue dans un combat que les Arabes appellent « la bataille du Chameau. »
Peu après, Moawiah, gouverneur de Syrie, fils de cet Abou-Sofian, chef de la famille des Omniades, qui avait été longtemps le défenseur des idolâtres et l’ennemi le plus acharné de Mahomet, leva l’étendard de la révolte. Après plusieurs rencontres, où la générosité et la modération d’Ali contrastèrent avec la férocité du chef Omniade, une trêve intervint. Ali se rendait vers l’Euphrate à la rencontre des renforts qui lui arrivaient de la Perse, quand le poignard d’un assassin le frappa à Koufa (660).
Ses fils, Hassan et Ilossein, affaiblis, abandonnés d’une partie de leurs troupes, furent obligés de se reti-
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rer à La Mecque, où Moawiah n’osa pas les inquiéter, Hassan, doux et charitable, vénéré de tous ceux qui rapprochaient, vécut résigné à la volonté de Dieu, jusqu’au jour où il fut empoisonné à l’instigation du calife Omniade (669) .
Mais Ilossein, brave et téméraire, n’avait pas la résignation de son frère. A la mort de Moawiah, son fils Yesid monta sur le trône de Damas. C’était un vil et lâche tyran. L’élite des musulmans était indignée de voir cette ignoble famille usurper la place des petit-fils de Mahomet. Une grande fermentation régnait en Perse, où les vertus d’ Ali n’étaient pas oubliées.
Hossein se décida à se mettre à la tête de l’insurrection. 11 quitta secrètement la Mecque avec sa famille et ses amis les plus fidèles. La difficulté était de traverser le désert pour arriver à l’Euphrate. Il prit sans doute le chemin Djebel-Shomer, où règne aujourd’hui Telal, l’allié des Wahabites, pays entièrement inconnu en Europe avant le récent voyage de Palgrave.
Il approchait de Koufa, où était mort son père, quand il fut entouré par les troupes de Yésid, prévenu à temps.
Le fils d’Ali dédaigna de se rendre (10 octobre 680). Je ne puis mieux faire que de citer la belle description de Gibbon :
« Au matin du jour fatal, il monta achevai, tenant d’une main son épée et de l’autre le Coran. Sa troupe, dévouée à la mort, ne comptait que trente-deux cavaliers et quarante fantassins; mais sur les flancs et à l’arrière elle était garantie par les cordes des tentes et par une tranchée profonde, pleine de fagots allumés, suivant l’usage arabe. L’ennemi s’avança il contre-cœur, et un de leurs chefs déserta, suivi de trente des siens, pour partager une mort inévitable. Contre tous les
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assauts, dans chaque combat particulier, le désespoir des Fatimites les rendit invincibles; mais la foule qui les entourait les harcela de loin avec des llèches, et les hommes et les chevaux succombèrent l’un après l’autre. Les hostilités furent suspendues des deux côtés pour l’heure de la prière, et la bataille finit enfin par la mort du dernier compagnon de Hossein. Seul, épuisé, blessé, il s’assit a la porte de sa tente. Là, pendant qu’il avalait une gorgée d’eau, une flèche l’atteignit à la bouche, et son fils et son neveu, deux beaux jeunes gens, furent tués entre ses bras. Il leva les mains au ciel; elles étaient teintes de sang; mais il fit une dernière prière pour les vivants et pour les morts. Dans un transport de désespoir, sa sœur, sortant de la tente, conjura le général des Koufians de ne pas permettre que Hossein fut massacré devant ses yeux ; une larme tomba sur sa barbe vénérable, et les plus endurcis de ses soldats reculèrent quand le héros mourant se jeta parmi eux. Shamar, nom détesté des vrais croyants, inaccessible aux remords, leur reprocha leur faiblesse, et le petit-fils de Mahomet tomba percé de trente-deux coups de lance et d’épée. Après avoir foulé aux pieds son cadavre, ils transportèrent sa tète au château de Koufa, où l’inhumain Obeidollah le frappa à la bouche avec un bâton. Hélas ! s’écria un vieux musulman, sur ces lèvres j'ai vu les lèvres de l’apôtre de Dieu î «
Les tombeaux de Mesched-Ali et de Mesched-Hossein sont en pays Sunnite; mais l’avarice des Turcs permet à une foule de Persans d’y venir pleurer leurs saints. Le 10 octobre est un jour de lamentations et de deuil, le vendredi saint des contrées Ghyites.
La sœur de Hossein, Fatime, dont nous venons de voir le tombeau, resta prisonnière à Damas.
Ses plus jeunes enfants furent épargnés ; ce sont d’eux que descendirent les califes Fatimites de l’Égypte et de la Syrie, les sultans du Yémen et les souverains actuels de la Perse. Ils le prétendent du moins.
Mais leur postérité la plus illustre sont les neuf Imans, les grands saints de la Perse, dont le dernier, Mahadi, vit toujours, dit-on, endormi dans une caverne
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comme saint Jean ou Frédéric Barberousse, et doit venir avant le jour du jugement renverser le trône de Dejal, F Ante-Christ des musulmans.
Les chérifs de la Mecque qui gardent, depuis 1200, ans la Kaaba, sont les descendants de Hassan. Leur origine est aussi incontestable que celle des Bourbons ou des Hapsbourgs. On sait, par les première livres de la Bible, l’importance extrême que les peuples sémites, qui ne changent jamais, ont toujours attribuée aux généalogies.
Damas est incontestablement une des plus anciennes cités de l’univers. Elle est mentionnée dans la Genèse à propos de la victoire qu Abraham y remporta sur Chodorlahomor, roi d’Élam (noms qui sembleraient indiquer, à, ce que l’on prétend, une origine aryenne). A l’époque juive, on y voit régner la famille des Ben-Hadad’s, ennemis héréditaires des rois d’Israël. Tous ces princes sont connus par le même nom, comme les Pharaon’s en Égypte. Après la guérison de Naaman, le prophète Élisée exerce une grande influence dans cette ville et contribue à l’usurpation de Hazaël, comme il avait fait triompher à Samarie, Jehu sur la famille d’Achab.
Lisez dans le livre des Rois le récit si curieux des conspirations du prophète.
Son choix ne fut pas heureux. Hazaël et Jéhu sont d’ affreux types des despotes sanguinaires de l’Orient.
Theglath-Phalasar, roi de Ninive, s’empara de Damas et transporta ses habitants sur l’Euphrate.
Damas resta soumise aux Perses. Nous avons vu le dernier Darius, Codoman, y laisser une partie de ses richesses et de son harem quand il marchait à la rencontre d’Alexandre.
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Sous les Romains, Damas était une ville importante, sans rivaliser pourtant avec la nouvelle capitale de la Syrie, Antioche.
Les Arabes s’en emparèrent, en 634, à la suite de la défaite de l’empereur Iléraclius.
Moawiah, après la mort d’Ali, y établit le siège de son empire, et sous la dynastie des Omniades elle fut la métropole de ce califat immense qui allait de l’Atlantique à l’Himalava.
Les croisés ne prirent point Damas. En 41 48, Louis VII, roi de France, Conrad, empereur d’Allemagne et le roi de Jérusalem Baudoin III (1144-1162) vinrent l’assiéger. Mais, après de brillants combats, la discorde, comme toujours, se mit dans le camp chrétien qui manquait d’unité de commandement. On se retira.
C’est à ce siège que Saladin fit ses premières armes, lui qui, trente-neuf ans plus tard, devait détruire le royaume de Jérusalem et régner en souverain à Damas.
C’est ici qu’il mourut (1493) et que son porte-étendard promena par son ordre, dans toute la ville, un linceul au bout d’une lance en criant : « Voilà tout ce que le maître de l’Orient emporte avec lui de sa gloire et de ses richesses. »
En 4400, Damas vit arriver sous ses murs Tamerlan. L’impitoyable Tartare, zélé Chvite, voulait punir la capitale de ceux qui avaient persécuté la race d’Ali.
La ville fut livrée au pillage et aux flammes. Les femmes étaient violées et éventrées, les enfants massacrés. Les soldats tartares, selon leur coutume, élevaient à l’entrée du camp une pyramide de têtes humaines.
Cependant le conquérant philosophait avec quelques
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docteurs musulmans qu’il avait épargnés parce qu’il les regardait en quelque sorte comme des confrères.
« Je suis un pauvre mortel boiteux et décrépit, leur disait-il ; pourtant le seigneur a soumis à mes armes et la Perse, et les Indes, et toute l’Asie. Je ne suis pas un homme de sang et, Dieu m’en soit témoin, je n’ai jamais fait la guerre pour conquérir, mais seulement pour me défendre contre mes ennemis. »
Peut-être le croyait-il? Peut-être Napoléon pensait-il, lui aussi, défendre les intérêts de la France en marchant sur Moscou et s’imaginait intéresser vivement le cœur des femmes, des mères et des sœurs quand, après avoir annoncé la mort de cinq cent mille hommes sacrifiés à sa folle ambition, il assurait au pays que la santé de Sa Majesté n’avait jamais été meilleure. (Expression textuelle du vingt-neuvième bulletin publié dans le Moniteur du 17 décembre 1812.) (1).
Damas se releva promptement de ses ruines et peu
(1) Je crois intéresser le lecteur en lui mettant sous les yeux les lier* nicres phrases de ce document fameux. Napoléon avait, pendant longtemps, laissé la France sans nouvelles. Enfin, avant d'abandonner les restes de son armée, il se décida à rédiger un bulletin où il avouait toute l’étendue du désastre. Il le terminait ainsi :
« Notre cavalerie était tellement démontée, que l’on a pu réunir les officiers auxquels il restait un cheval pour former quatre compagnies de 150 hommes chacune. Les généraux y faisaient les fonctions de capitaine, et les colonels celles de sous-officiers. Cet escadron sacré, commandé par le général Grouchy, et sous les ordres du roi de Naples, ne perdait pas de vue l’empereur dans tous ses mouvements.
La santé de Sa Majesté n’a jamais été meilleure. »
Le délire de la personnalité implacable a-t-il jamais été aussi loin ? Si l’on veut voir maintenant jusqu’où peut arriver la platitude officielle, il faut lire dans les Moniteurs des jours suivants les adresses de ces grands corps de l'Etal qui, moins de deux ans après, voteront ladé • chèance du maitre.
Ce sont des souvenirs qui devraient élro plus présents à l’esprit des monarques absolus et de leurs trop humbles serviteurs.
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de temps après fut incorporée à l’empire ottoman. Sa position est si heureuse que depuis des milliers d’années et malgré de grands désastres elle n’a jamais subi les fluctuations prodigieuses si fréquentes dans les cités d’Orient.
Elle est encore florissante et peuplée, quand quelques pauvres paysans errent seuls parmi les ruines informes d’Antioche, et que le désert s’est fait sur Babylone et Ninive.