CHAPITRE V
LES RAVINS 1)E l’hERMON.
Lady E"\ — Lady Hester Stanhope. — Les Druses de Deir-el-Aschair — Les temples de l’Hermon. — Racheya. — Deux vertueux protestants. Hasbeya. — Impression du dimanche. — La gorge de la Litany et le château de Belfort. — Le Bahr-el-Houled. — Les sources du Jourdain. — Banias. — Notre-Seigneur et saint Pierre. — Meis. — Un époux de quatorze ans. — Kedes-Nepbtali. — Safed.
23 Octobre. — Je parcours une dernière fois les bazars de Damas, sans me laisser tenter par les antiquités frelatées qui font la joie de la masse des touristes. 11 est possible, à la grande rigueur, que de vrais connaisseurs trouvent encore quelques curiosités; mais, en général, les soieries viennent de Lyon, et les lames fines de Sheflield. Le bazar des tabacs est assez comique. L’odeur y est si forte que tous les passants éternuent.
Les chiens des bazars sont aussi hargneux que les musulmans. Quelques galettes arabes, distribuées à propos, m’ont cependant fait faire plusieurs connaissances parmi ces toutous. Ce sont les amis intimes des ânes, qui sous aucun prétexte ne veulent marcher sur eux. Aussi un chien n’aboie jamais après un âne. Échange touchant de bons procédés.
Mous avons envoyé en avant hommes et bagages.
LES RAVINS DE l’HERMON.
Nous ne partons que dans l’après-midi, en voiture. Ce mode de locomotion tout nouveau en Syrie arrive fort à propos.
Nous avons été souffrants presque tous à Damas. Comme dans beaucoup d’autres endroits, les mois de septembre et octobre n’y sont pas sains. Les eaux, en coulant dans des canaux remplis d’immondices, perdent leur bonne qualité. Les hammals arméniens ont été les premiers attaqués d’un commencement de dyssenterie, c’est aujourd’hui mon tour. Je n’en jouis que plus de me trouver en voiture découverte, sur une bonne route, * dans un beau pays.
La route est celle de Beyrouth à Damas. C’est la seule de toute la Syrie. Elle a été construite dans ces dernières années par une compagnie française. Les directeurs, MM. de Perthuis, ont été amenés en Orient parles déplorables événements de I8/18 et la chute d’une famille à laquelle ils étaient profondément dévoués.
Nous quittons Damas par le Meidan, le lieu de campement de la caravane de la Mecque. La partie de la ville qui l’avoisine est occupée par des maisons de fonctionnaires construites dans le mauvais goût de Constantinople.
Çà et là, pour compenser la laideur des bâtisses, s’élèvent quelques platanes vraiment magnifiques et gigantesques*
A l’entrée du Meidan se trouve un café où s’arrête la voiture de Damas; C’est le lieu de promenade des chrétiens, à l’heure de l’arrivée de la diligence, un peu avant le coücher du soleil.
Nous traversons des ravins feuillus, des jardins ; puis* laissant Doummar à notre droite* nous montons sur des
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plateaux élevés que l’Hermon domine de sa masse grandiose. Un temps ravissant comme à Rome en automne. Pas un nuage au ciel, un vent frais, quelque chose de vif qui nous enchante après l’air lourd des jardins de Damas.
Un des derniers jardins que nous rencontrons, un peu moins mal tenu que les autres, a un kiosque dont l’apparence est tant soit peu britannique. C’est une des demeures d’une femme célèbre, si connue en Orient que je crois pouvoir conter son histoire sans être trop indiscret. Elle montre l’énergie incroyable de la race anglaise à la poursuite de ses fantaisies. Quand elles sont innocentes, tant mieux. Mais parmi ces fières et belles patriciennes de la très-vertueuse Angleterre, il se révèle de temps en temps des natures qui rappellent les reines orientales et les impératrices de Russie.
Mademoiselle D*** était une fille unique, elle épousa en 482A, toute jeune, lord E***, qui devait être plus tard ministre et vice-roi de l’Inde. Us n’eurent pas d’enfants et dès 1830 de grands scandales provoquèrent un divorce. Après quelques galanteries du beau monde, dont la fadeur la dégoûta, lady E*** vint en Grèce, où elle fut pendant quelques années la maîtresse d’un capitaine de brigands. Mais cette haute position ne lui suffisait pas. L’Orient lointain produisait sur elle cette fascination célèbre déjà dans les temps bibliques. Elle se remit en route et parcourut longtemps la Syrie et la Palestine à la recherche de son idéal. Elle fit enfin la connaissance du cheik Miguel, un des principaux chefs de la tribu des Anazées, assez laid, assez vieux, mais renommé dans tout le désert. Le mariage se fit. Elle vit maintenant en partie sous la tente maritale, errant avec