‹ Le libelliste, 1651-1652Chapitre 21 sur 23 · LE GRAND CHATELET · texte numérisé non relu

LE GRAND CHATELET

dents serrées , et montra du doigt à son compagnon un groupe d'individus qui portaient à leur chapeau un chiffon de papier blanc, en signe de ralliement, et criaient à tue-téte :

— Du pain et le retour du roi !

La masse des assistans écoutaient ces clameurs d'un air triste , sans s'y joindre , mais sans en témoigner de désapprobation.

Saint-André et Peny avancèrent : une grande agitation régnait sur le pont; puis toutes les rumeurs s'éteignirent à la fois.

— Voilà, criait une voix perçante, voilà la relation de l'accueil fait par Leurs Majestés à messieurs les syndics et colonels quarteniers ! Voilà les paroles données par le roi touchant sa rentrée dans sa bonne ville de Paris, sitôt qu'elle sera remise dans son obéissance, et dégagée de celle des fauteurs de rébellion! — Voilà la promesse d'amnistie générale, sauf pour les membres rebelles du parlement, les serviteurs des princes et les auteurs de l'horrible massacre de riIôtel-dc-Ville!

— Infômes hypocrites! murmura Peny. — Us vous égorgeront en expiation d'assassinats soudoyés par eux-mêmes, peut-être ! Vous voulez donc leur livrer votre tête ?

5t<> LE LIBELLISTE.

— Heureux les yeux fermés à toujours ! — C'est vous qui l'avez dit ! — Irais-je reprendre le chemin de l'exil pour traîner ma misérable carrière quelques années de plus? — Ma résolution ne changera point!

— Promettez-moi du moins de ne pas vous jeter au-devant des bourreaux. Vous ne rentrerez point chez vous; je vais vous conduire dans ime retraite sûre, — s'il en est toutefois! — Promettez-moi de ne pas l'abandonner !

Saint-André acquiesça vaguement à la promesse qu'exigeait son ami, et le suivit avec indifférence.

— Adieu donc maintenant, puisque vous le roulez I

Une grosse larme roula dans les yeux de Peny.

— Adieu pour jamais î

Peu de jours après , Geoffroy Saint-André fut arrêté dans le cimetière Saint-Germain-

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