‹ Le libelliste, 1651-1652Chapitre 6 sur 23 · II · texte numérisé non relu

II

Les muscles de sa bouche se contractèrent, comme si un violent effort brisait son âme soulevée contre sa propre volonté.

— Allons, murmura-t-il, ce parti est le seul qui nous reste!.... Je saurai le prendre!

Une Bataille h vue ^t (tloe\\et.

Le spectateur indifférent ou neutre, qui se fût placé dans le clocher de Tabbaye Saint-Antoine *, au risque d être dérangé dans ses contemplations par quelque projectile égaré, eût joui d'un spectacle tel qu'en aimaient les dieux d'Homère, tel qu'en admira le second des Scipions, lors-

* Située dans la grande rue du faubourg du même nom.

qu'il vit du haut d'une colline deux armées africaines s'exterminer à ses pieds;

Le plus beau tableau dont se puisse enivrer l'œil d'un homme, au dire de l'historien latin!

Lescombattans étaient moins nombreux cette fois, mais jamais la valeur éprouvée, l'excellente discipline des soldats, l'égale habllelé des chefs, et la nature du champ de bataille n'avaient pu faire pressentir une lutte plus meurtrière ni plus prolongée.

De la position dominante indiquée plus haut, vous eussiez distingué au loin les vieilles bandes de Turenne, courbées en demi-cercle du village de Charonne jusqu'à la Seine, leur front décrivant une parallèle menaçante au fossé palissade du faubourg;

Autour de vous le faubourg Saint-Antoine , élargissant en patte d'oie ses trois rues principales , coupées ça et là de fortes barricades;

Le vaste faubourg, qu'on dirait abandonné de son peuple entier, à voir ses carrefours animés seulement par des grand 'gardes aux casaques toutes grises de poussière; à voir ses cultures et ses marais fourmillant de soldats qui travaillent

Page 1