‹ Le libelliste, 1651-1652Chapitre 9 sur 23 · II · texte numérisé non relu

II

Ils étaient si proches Tun de l'autre, qu'ils eussent croisé le fer, si Paul ne se fût encore trouvé entre eux.

Paul comprit avec désespoir que la scène allait devenir plus sanglante!....

La sinistre place de Grève devait-elle être à tous leur tombeau ?

Un grand mouvement se manifesta dans la principale colonne de la garde bourgeoise ,• une vaste rumeur domina le fracas de la Grève , et les compagnies oscillèrent sur place au lieu de se porter en avant.

Miron, inquiet, sauta sur une borne pour plonger ses regards à travers les tanneries et les mégisseries où était engagée son arrière-garde.

Il crut entrevoir qu'on se battait du côté de la rue de Gèvres.

Un officier accourut à lui, Fair consterné.

— Colonel, nous sommes coupés : toutes les Halles nous tombent sur les bras !

Paul sentit une sueur froide découler de son front : son cœur battit avec une telle violence qu'il se sentit prêt à défaillir.

Un cavalier , monté sur un cheval noir, venait de tourner le coin de la rue de la Vannerie.

PENY. . 131

Peny jeta un cri de triomphe.

— Saint-André ! s'écria-t-il. Victoire ! — A nous, maintenant !

— Saint-André! répéta Miron, contemplant pour la première fois le redoutable Libelliste.

Une exaspération soudaine enflamma son cerveau comme une fièvre ardente.

— Monsieur! cria-t-il de toute la force de ses poumons, vous avez assez long-temps mené tout ceci d'une main invisible; puisque vous vous montrez enfin , vous jugez sans doute qu'il est temps de payer de votre personne. Ne versons point tant de sang pour rien : faites retirer vos gens, et avancez seul à seul contre moi! Je vous attends!...

— Oh! par pitié ! murmura Paul d'une voix étouffante, avez-vous oublié votre fille?

Miron tressaillit et laissa tomber sa tète sur sa poitrine, au souvenir de ce qu'il devait à cet homme.

Le regard de Saint-André avait rencontré celui de Paul : une pensée pénible sembla le voiler un instant.

— Je ne me battrai pas avec vous, colonel, répondit-il avec calme. Mais vous avez raison :

ne versons point tant de sang pour rien 1 INe vous obstinez point à une résistance qui n'aurait de résultat qu'un carnage inutile ! vos compagnies seraient écrasées avant que vous pussiez recevoir du secours I

Au nom de Monsieur, lieutenant-général du royaume , ouvrez vos rangs, et livrez le passage au peuple !

— Moi ! s écria Miron. Moi, céder à la sédition ! jamais.

Mais au même instant ses compagnies, pressées par la multitude des Halles , refluèrent tout entières sur la Grève, et les communications furent ouvertes de toutes parts entre les deux corps de l'armée populaire.

— Baissez vos piques ! cria le colonel. Tambours , battez la charge !

La garde bourgeoise se mit en haie, parut balancer un instant , puis obéit , car l'on entendait battre la marche à distance; d'autres colonels approchaient avec les forces de leurs quartiers.

En ce moment , d'immenses acclamations éclatèrent devers le pont Notre-Dame : un riche carosse déboucha bientôt sur la Grève;

PENY. ir,5

un bras de femme s'agitait hors de la portière, montrant un papier à la foule ébahie, et une voix perçante s'écriait :

— Main-forte, bonnes gens de Paris ! Mainforte au lieutenant-général du royaume ! — Voici les ordres de Monsieur au prévôt des marchands et au gouverneur de Paris , touchant l'ouverture des portes !

— Vive Mademoiselle ! vivent les Princes î hurlèrent des bouches innombrables.

— Rompez vos rangs ! dit Miron en remettant son épée dans le fourreau.

Et, prenant Paul sous le bras, il s'éloigna en silence avec lui.

Comme ils mettaient le pied sur le seuil du logis de la rue Saint-Germain , une forte détonation fit vibrer au loin toutes les vitres.

C'était le canon de la Bastille qui tirait sur l'armée royale.

€t m noB irùnca^ in ^tniationtm.

A la nuit tombante, un calme d'épuisement régnait dans Paris, tout haletant encore des agitations de la journée.

Seulement, dans les quartiers Saint-Benoît et Saint- André-des-Ars, le peuple, demeuré sur pied, regardait défiler à travers l'Université larrière-garde de M. le Prince, qui allait joindre le gros de ses troupes rangé dans le

pré des Chartreux, derrière le Luxembourg. L'armée de Turenne, n'osant poursuivre celle de Condé sous les boulets, de la Bastille, avait évacué le faubourg Saint- Antoine, et M. le Prince avait fait entrer dans Paris les restes de ses intrépides légions, sans être inquiété dans sa retraite.

Les attroupemens, occupés à voir passer dans la rue Hautefeuille le régiment de Bourgogne, pouvaient entendre s'élever des voix animées dans la tourelle du coin de la rue Percée.

Tous les yeux se tournèrent de ce côté , lorsque la porte de la maison s'ouvrit pour laisser sortir huit ou dixhommes,entrelesquelssedistinguait la large carrure et la tête chevelue de Peny. Une salve d'applaudisseraens, où le nom de ce grand faiseur d'émotions fut mêlé à celui de Saint-André, éclata soudain à l'apparition de celui-ci, qui s'était mis à la fenêtre pour dire adieu de la main à ses amis.

Il promena un instant ses regards sur toutes ces têtes levées vers lui avec curiosité ; puis il referma sa croisée pour se dérober aux bruits de la rue, et se laissa tomber su*^ une chaise, saisi d'une sorte d'étourdissement.

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— Ainsi tout cela est bien réel , se dit-il. Ces événemens, entassés en quelques heures, sont arrivés ailleurs qu'en songe ! J'ai donc passé de la parole à l'action : j'ai tiré l'épée en tête du peuple !.. Mais pour quelle cause, en apparence î)u moins ! — Bizarre destinée ! Louis de Bourbon allait périr, et c'est moi qui l'ai sauvé !...

Il s'enfonça dans une profonde rêverie jusqu'à ce que sa porte l'éveillât brusquement en roulant sur ses gonds.

— Paul! s'écria-t-il. Ah! je n'espérais pas vous revoir ici!

— A moins que vous ne m'en bannissiez vous-même, est-il donc rien au monde qui soit capable de m 'interdire ce logis?

-^ Je^le pouvais craindre maintenant!

— Maintenant ni jamais! — D'où vient cette pensée?; — Grand Dieu ! Estimiez-vous donc que j'eusse pris les armes contre vous et les vôtres, pour'avoir été vu dans des rangs dpposés? Je me serais plutôt donné de l'épée dans le cœur, et pourtant je ne pouvais non plus combattre contre le père d'Henriette ! — Nous avons bien souffert tous-î Quelle journée! Dieu fasse que nous n'en voyions plus de semblables!

Saint-André lui serra la main, en examinant avec sollicitude la physionomie pâle et fatiguée qui attestait la véracité du jeune homme.

Le visage de Paul s'éclaircit au reflet d'idées plus riantes , et il poursuivit :

— Vous étiez redevenu invisible depuis quelques jours, et je n'ai pu encore vous remercier que par écrit du nouveau service par lequel vous m'avez rendu la vie, le bonheur, ce qui vaut plus encore ! si toutefois le bonheur est chose dont on se puisse tenir pour assuré en ce temps-ci...

— Vous m'avez mandé, en effet , les suites du vol à main armée que nous avons exécuté sur la personne du sieur de Chompré, son expulsion de chez le colonel, et votre rentrée en grâce. Il n'est point survenu de fâcheux retour de fortune depuis lors?

— Non, non ! s'écria Paul. Nous avons fait en sorte de prévenir ses caprices, s'il plaît à Dieu : nous ne donnons pas à dame Fortune le temps de se reconnaître. Demain soir le contrat sera signé ; après demain ma bonne mère aura un enfant de plus, et moi, la meilleure et la plus gentille femme de Paris. »

Un mouvement de joie parut sur la figure du

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Libelliste : c'était le premier que Paul eût jamais vu s'y peindre.

Saint-André leva les yeux aux ciel comme si cet instant lui eût réappris k prier !

— Ah! reprit Paul d'une voix attrislée, que Dieu maudisse les discordes civiles ! Pourquoi faut-il qu'elles se jettent à la traverse de toutes nos affections! Sans elles je n'eusse point eu à regretter, durant faction la plus importante de ma vie , Vabsence de celui qui a conquis par ses bienfaits mon existence entière; sans elles vous m'eussiez servi de père... Quel père a plus fait pour son enfant? Qui oserait contester vos droits à ce litre?...

— Mes droits à ce titre!... Ah! tu dis vrai! murmura le Libelliste en cachant son visage dans ses mains.

Il se leva soudain :

— Puisque ma pensée seule sera près de toi à l'heure de ton union, reçois donc dès à présent ma bénédiction, — comme celle d'un père! — pour toi , mon fils ! — pour elle, ma fille !

Paul s'était incliné avec une impression profonde. L'absence des passions violentes qui tourmentaient d'ordinaire la face du Libelliste don-

naît il ses traits altérés une solennité saisissante; c'était avec cette sérénité mélancolique que Tombre de cet homme, enfin délivré des orages de sa carrière mortelle, fût apparue à son enfant bien aimé.

Ils restèrent un moment ainsi, abîmés dans une mer de pensées que la parole n'eût pu traduire ! . . .

Tout a coup une voix retentit sur l'escalier :

— ' Monsieur de Saint-André , l'on vous demande !

Saint -André ouvrit, et entrevit derrière le portier qui l'appelait un homme enveloppé jusqu'aux yeux dans son manteau.

— Voilà un monsieur qui vous veut parler sans témoins.

Saint-André introduisit l'inconnu dans une pièce voisine.

L'autre lança machinalement un coup d'œil furtif et oblique dans les ténèbres de la chambre, comme s'il eût été accoutumé à n'entrer jamais sans s'être assuré qu'il pourrait sortir.

— Nous sommes seuls, dit Saint-André, en lui désignant un siège.

L'étranger s'y installa avec refl'ronlerie un

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peu gauche d'un homme qui se fait impudent, faute de pouvoir se mettre à l'aise.

Le regard fixe et la physionomie sévère de son hôte kii inspiraient un embarras assez éloigné sans doute de ses habitudes.

Saint-André resta debout , les bras croisés , devant l'inconnu, attendant qu'il jugeât convenable d'expliquer le motif de sa visite, et cherchant à se rappeler ses traits assez remarquables.

— Hé donc? Décidément je vois que vous ne me remettez pas , mon maître ?

— Il est vrai !...

— Ce que c'est que le temps ! Les absens ont toujours tort avec lui î 11 vous les travaille si bellement, que leurs meilleurs amis ne les veulent plus reconnaître. ' — Nous avons pourtant été frères, tout au moins!

— Nous! — Serait-ce donc dans les guerres d'Allemagne?...

— Non ! non ! Je n'ai jamais fait la guerre en Allemagne !

Les sourcils de Saint -André se froncèrent; un souvenir confus paraissait lui revenir.

— De fait, reprit l'autre, assez d'années ont défilé depuis lors pour que vous ayez oublié les

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camarades de Bruxelles, voire la petite dame de Paris! Ileim?

— Canto ! s'écria Saint-André d'une voix tonnante. C'est donc toi, misérable !

— Hé! hé! dit l'étranger tout désappointé en se levant brusquement et reculant vers la porte, le temps ne vous a pas rassis, à ce qu'il semble !*— Vous avez la rancune longue !..'. Pour une lettre d'amour que j'ai omis de déposer en main propre, il y a quinze ans... Encore n'y a-til pas eu de ma faute.

— Ne feins pas de prendre le change ! Crois-tu donc que ton infamante célébrité ne soit pas venue jusqu'à moi? Crois-tu que j'ignore ton rôle dans l'affaire des rentes de l'Hôtel-de-Ville et dans celle du prétendu complot contre M. le Prince^? — Espion, faux témoin aux gages de la Cour, que viens -tu chercher dans la demeure d*un homme libre ?

— Que diable, monsieur Geoffroy , vous avez

* Le cardinal Mazarin, pour fomenter la haine mutuelle de Condé, de Gondy et de Beaufort, a^vait jadis aposté de faux témoins pour accuser ces deux derniers d'un projet d'assassinat sur la personne de M. le Prince.

des expressions !. . . Ces mots-là sont bons pour échauffer la populace; mais un homme d'esprit comme vous doit voir autrement les choses ! — Lorsque nous nous quittâmes à Bruxelles, vous allâtes courir l'Europe; j'étais moins compromis que vous ici, M. le cardinal de Richelieu me gracia. J'ai toujours eu l'âme reconnaissante : on me prit par les sentimens; ma foi, je consentis à rendre à Son Eminence quelques petits services....

— Voilà où devait te conduire cet esprit subtil et rusé dont tu étais si fier !

Un profond dégoût se peignait sur le visage de Saint-André, au souvenir de son ancienne familiarité avec un tel personnage.

— Ecoutez-donc : Tout animal, raisonnable ou non , apporte en ce monde son instinct et ses capacités. Vous aimiez le bruit, le renom : vous y êtes arrivé, quoiqu'un peu sur le tard; vous avez été votre grand chemin, comme dit M. de Beaufort; hé , hé ! — Moi, je préférais le solide : j'ai suivi une route plus couverte; et, si j'ai montré ma face à la renommée, c'est à mon corps défendant; mais, bah! n'en déplaise aux saints Evangiles, toute voie est bonne quand elle mène

au but! — Eh bien, nous avons tiré chacun de noire côté ; ce n'est pas une raison pour être moins bons amis : je souhaite de tout cœur vous prouver que je suis le vôtre. -^^

Il avait fait avec hésitation le geste d'étendre la main vers celle de Saint-André , mais il la laissa retomber en rencontrant un regard écrasant.

— ' Comme vous voilà dans les grands airs ! murmura-t-il entre ses dents. Vous avez trop de sens pour mépriser au fond de l'âme autre chose que les sols. Hé! que diable! on ne fait pas fi de moi partout, s'il vous plaît! M. le Cardinal m'estime !

L'amour-propre du mouchard était blessé : cet homme qui avait vendu sa conscience, son corps, son âme, sa personnalité enfin, avait gardé à lui son amour-propre :

Dernier sentiment qui survit, même chez l'esclave abâtardi sous le fouet, au naufrage de toutes les qualités distinctives de l'espèce humaine.

— Mazarin est digne en efl^ de t'estimer, répondit le Libelliste.

' — Vous avez tort de railler ! reprit le drôle.

d'un ton insinuant ; mais vous êtes bardé de préventions, d'idées.... que je croyais tout-àfait au-dessous de vous ^ — Vous êtes injuste envers ce bon M. le Cardinal : nul ne fait tant de cas que lui des gens de mérite; il vous prise fort, sur ma parole !

— En vérité! dit Saint-André fixant sur lui ses prunelles perçantes.

— En vérité. — Oh! vous ne soupçonnez pas le plaisir de besogner sous un chef qui met si bien les hommes à leur juste valeur! Un chef doux et abordable pour tout le monde ; point trop oublieux de son origine ! Quelle différence avec M. le Prince! Ce n'est qu'un vaniteux, regardant en mépris tout ce qui n'est pas noble de père en fils depuis Pharamond; un maître emporté, intraitable! Quelle mauvaise pensée avez-vous eu de choisir son service ?

— Moi ! je sers M. le Prince ! s'écria le Libellisle d'une voix rauque et altérée.

Il se remit et murmura :

— De quoi m*étonné-je, en eff^et?

— Eh quoi! n'était-ce donc pas pour ses inté- II 10

rets?... Diable! est-ce que vous auriez travaillé pour votre compte?

Une expression d'admiration ranima un instant le visage flétri de l'homme de police.

— Tant mieux, poursuivLt-il , s'il en est ainsi , vous pourrez traiter de puissance à puissance, puisque votre crédit dans le menu peuple vous appartient en propre.

— Je commence à comprendre !

— Hé! sans doute; j'étais sûr que vous en viendriez à prendre un bon conseil. Essayer de faire le Masaniello a pu vous tenter un moment, mais vous savez que tout cela ne saurait durer, et que chacun redeviendrait Gros-Jean comme devant, sauf ceux qui pourraient bien avoir le cou tourné vers leur derrière. — Ma foi , sans plus barguigner, je vais m acquitter d'une mission qui vous prouvera que nous sommes assez avant dans la confiance d'éminentes personnes. — M. le Cardinal désire être votre ami, et veut absolument acquérir vos talens et votre influence à la cause du roi. Consentez à entrer en communication avec la Cour; vingt mille écus sont à votre disposition dès aujourd'hui.

en attendant mieux, et une intendance vous sera réservée à la paix... Est-ce clair?....

— En effet ! — Je vous ai entendu jusqu'au bout, M. l'Ambassadeur ! Ecoutez ma réponse à votre tour ! — Si le maître qui vous envoie m'avait apporté en personne de telles propositions, il ne serait sorti que les pieds devant. — Quant à vous! — — N'ayez point de peur! Pensez-vous donc valoir la peine de mourir de ma main? — Quant à vous, je me contente de vous repousser du pied ; mais si vous vous avisez de reparaître ici ou aux alentours, je vous ferai pendre à la première poutre. — Et maintenant, dehors, misérable î

Puis, ouvrant la porte d'une main, il saisit de l'autre le drôle abasourdi , et le lança violemment hors de la chambre.

Paul, attiré par le bruit, s'élança de la tourelle à l'instant où Canlo s'accrochait à la rampe, après avoir roulé sur les plus hautes marches de l'escalier.

Le jeune homme et l'espion restèrent immobiles en s'envisageant; le double rayon de lu-

I4tt LE LIBELLIS'll..

mlère qui jaillissait des deux portes ouvertes éclairait en plein leurs visages.

Ils s'étaient reconnus, car le regard de Paul étincela d'une haine dédaigneuse; et une rao^e mêlée d'effroi empourpra d'un violet plus foncé les joues de l'espion.

Son œil s'était reporté du jeune homme sur Saint-André : une hallucination soudaine fit prendre à ses sourcils dressés et h sa bouche entrouverte un caractère infernal.

Jetant un coup d'oeil féroce h ses deux ennemis, il franchit les degrés quatre à quatre, et courut vers la porte de la maison.

Au bruit qu'elle fit en s'ouvrant, Paul se précipita brusquement à la poursuite de l'étranger, sourd à la voix de Saint- André qui le rappelait ; mais l'émissaire de Mazarin avait déjà disparu, quand le jeune homme mit le pied sur le pavé.

Il rentra, d'un air de mauvaise humeur.

— Pourquoi vous lancer ainsi aux trousses de ce coquin ?

— Il eût mieux valu dire : Pourquoi le laisser échapper, puisque nous le tenions?

ET NE NOS INDUCAS IN TENTATIONEM. Mî)

— Comment ! Le connaîtriez- vous ?

— Ma foi ! la connaissance , bien que des moins profitables, a manqué de me coûter assez cher ! — C'est là le larron qui faillit m'assassiner le soir où vous dévalisâtes son digne acolyte Chompré.

Et il raconta toute Thistoire à son ami.

— Le scélérat ! s'écria Saint-André dans une agitation extrême. Malédiction sur moi pour l'avoir lâché ! Si j'avais su . . . Mais pourquoi n'as-tu pas parlé, pourquoi n'as-tu pas crié à l'instant.'^.. . Je donnerais tout au monde à présent pour avoir brisé la tête à cette vipère !... Qui sait si nous n'en aurons pas un amer repentir ?

— Bah!... Après tout, c'est lui faire troj) d'honneur que de s'en occuper si long-temps ! Qu'il aille au diable comme il voudra, puisque nous avons fait la faute de ne pas l'y envoyer en droite ligne.

Mais Saint-André demeura soucieux et préoccupé.

— Qui peut venir à cette heure? dit-il tout à coup.

On avait heurté légèrement à deux reprises.

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Un homme entra sur la pointe du pied, et , s'avançant après avoir salué avec grâce, montra un visage replet , rubicond et spirituel, couronné d'une calotte noire et encadré d'un petit collet.

— Salut a mon illustre confrère ! dit-il en réitérant sa révérence.

— Monsieur Tabbé de Marigny ! s'écria Saint- André avec étonnement.

— Lui-même, mon cher monsieur. — J'étais possédé depuis long-temps du désir de faire votre connaissance. Faute d'introducteur, vous m'excuserez, je l'espère, de m'être présenté moi-même.

— Ce ni'est un grand honneur, monsieur, au contraire î

L'abbé regarda Paul avec quelque hésitation.

— Ce jeune homme est un autre moi-même, dit Saint-André répondant a ce coup d'œil. Il n'est rien qu'il ne puisse entendre dans ce qui me concerne !

Paul avait fait un mouvement pour se lever, mais il s'était senti retenu comme malgré lui par le nom de Marigny, de ce singulier per-

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sonnage, tour à tour homme d'église, d'intrigues et de plaisir, pamphlétaire, vaudevilliste, chansonnier ; mais toujours , sous tous ces titres , agent actif et dévoué de la maison de Condé.

La visite imprévue du célèhre abbé lui faisait pressentir quelque importante péripétie dans la vie de Saint-André,

Et il resta.

— Ah! monsieur, dit Marigny, sans autre préambule, vous avez fait aujourd'hui une action qui vivra dans la postérité : vous avez peutêtre sauvé la France !

— L'hyperbole poétique est si forte que je la comprends à peine !

— Il n'y a point ici de fleurs de rhétorique, c'est la vérité toute nue! Sans votre bienheureuse intervention à la tête de la multitude, M. d'Orléans n'eût pas délivré l'ordre d'ouvrir les portes; et si les portes fussent restées fermées , oIj en serions-nous présentement? — L'on a grandement parlé de vos faits ce soir aux Tuileries; et la conversation est tombée sur vous d'une manière assez particulière pour qu'elle

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mérite de vous être rapportée. — M. le Prince et M. de Beaufort s'étaiit rendus un moment chez Mademoiselle, le roi des Halles (non pas vous, qui l'êtes de fait, mais le titulaire), tout harassé qu'il fût, commença, selon sa coutume, à dénombrer tout ses exploits et les services par lui rendus au parti. — Sans moi, se prit-il à dire, nous ne serions pas ici en sûreté derrière les murs de Paris; nous grugerions encore le marmot là-bas , ou pUitôt nous n aurions plus rien à gruger en ce monde! — Hem ! j'estime que mon populaire a fait son devoir , et que mes commandemens ont été sui- . vis à point? — Mais un peu tardivement, ne vous en déplaise, interrompit Mademoiselle. Il me semble que vous étiez parti de trois heures et plus, sans avoir rien pu mettre en branle, quand un certain Saint-André entraîna les gens des Halles. — Saint-André! Saint-André! Heu! oui! il a mis le feu à la mine, mais c'est moi qui l'avais chargée. J'avais défendu à ces bonnes gens de se trop hâter, par prudence! — Grand merci pour ceux à qui votre prudence a fait avaler des balles pendant trois heures , répondit

Son Altesse Royale. Elle sut bien à quoi s'en tenir, ainsi que M. le Prince. Ces détails parurent faire sur celui-ci une forte impression; il ne s'attendait pas à recevoir de vous un tel office!

Le Libclliste entrouvrit la bouche, mais d n'en sortit qu'un sourd murmure, accompagné d'un sourire indéiinissable.

— La reconnaissance, poursuivit Marigny, est en proportion de la surprise; vous êtes porté aux nues chez Son Altesse. Vous avez puissamment aidé notre cause dans une occasion de haute importance, se dit-on; mais les circonstances ne sont pas moins urgentes présentement, bien que beaucoup plus favorables; et l'on ne voit pas ce qui vous pourrait empêcher de persévérer dans une si bonne voie. — Pourquoi , se dit-on encore, ne s'entendrait-on pas sur tous les points, et directement? ]N'a-t-on pas le même but, le bien de l'état et l'expulsion du despote! Enfin

— Enfin, dit froidement Saint-André, vous êtes chargé de me faire des ouverlurrs de la part de leurs Altesses?

— Par ma calotte! s'écria l'abbé, puisque vous

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y allez si franchement, je n'userai pas davantage mon éloquence en périphrases. — Voilà le fait ! Il y a des choses de conséquence sur le tapis , et je suis chargé de plus encore que vous ne pensiez, à savoir de vous aboucher avec M. le Prince en personne.

Saint-André fut ébranlé tout entier d'un mouvement terrible : sa chevelure se dressa sur son front , et il se détourna du rayon de la lampe.

Ni l'un ni l'autre de ses hôtes ne purent lire sur ses traits ce qui se passait dans son âme.

Il se releva cinq minutes après j sa face était terne, mais impassible, et son accent ferme, tandis qu'il répondait :

- — J'irai!

— Mais l'on vous atiend cette nuit, à l'instant même.

— Je vous suis!

Comme il portait la main sur le pêne, Paul lui serra fortement le bras,

— Ah ! Saint-André, que faites-vous? dit-il d'une voix émue et pénétrante.

Le Libelliste le regarda d'un œil fixe.

— Si c'était votre perte, la nôtre à tous, que vous allez chercher !

Saint-André s'arrêta un moment, en proie k de violens combats intérieurs; un triste murmure répondait dans son cœur comme une menace à la voix du jeune homme.

— Non! s'écria-t-il enfin. 11 le faut!

Et il partit.

ff'l^otel îre €on^i.

Lui, courir à une entrevue avec M. le Prince !

Dans quelques minutes, ils seront en présence.

Lui et Condé ! %u

N'est-ce pns là un de ces rapprochemcns monstrueux , impossibles , que forgent les visions du délire?

Et cependîmt il marche d'un pas aussi égal et aussi assuré, que s*il cédait à cette im-

pulsion mécanique qui nous entraîne souvent dans nos rêves-

Et c'est bien à l'hôtel de Condé qu'il s'achemine. Le voici déjà dans Tombre que projettent ses grands et sombres pavillons.

Quand Marigny eut répondu au qui vii^e des sentinelles , et que le heurtoir fit retentir la porte massive, des impressions si étranges assaillirent le Libelliste qu'il se sentit frappé de vertige.

Mais ce fut TafFaire d'un instant : avant qu'il mît le pied dans la première cour, la révolte de ses sens était comprimée, et son âme plus maîtresse d'elle-même que jamais.

Son guide lui fit passer deux cours , monter un haut etlarge escalier, traverser des corridors, des antichambres pleines de gentilshommes, presque tous profondément endormis.

Marigny, arrivé dans la dernière , réveilla un officier qui se leva en grommelant, demanda à Saint-André ses armes, pdis entra dans la pièce voisine.

Il reparut presque aussitôt, fit signe au Libelliste de le suivre, l'introduisit dans une vaste chambre, faiblement éclairée, et sortit après avoir annoncé :

— La personne qu'a fait appeler son Altesse!

Et Saint-André entendit résonner deux crosses de mousquets derrière la porte entrouverte.

Il laissa échapper un sourire sardonique, et avança.

Au fond d'une alcôve, sur un lit en désordre, il entrevit un homme à demi vêtu.

C'était M. le Prince !

Il venait de se réveiller du sommeil agité où l'avait plongé l'excès de la fatigue.

Ses vétemens froissés , son rabat souillé , le mouchoir d'une blancheur douteuse qui entourait son front, donnaient un caractère étrange à sa figure défaite, d'où saillait comme un bec d'aigle un nez busqué aux exorbitantes proportions.

Les voilà seul à seul ; car La Rochefoucaud , la tète fortedu parti, leconseil ordinaire de M. le Prince, est gisant entre la vie et la mort, et Condé a écarté ses autres confidens , comme si cette conférence singulière eût dû être ensevelie dans les ténèbres entre ces deux interlocuteurs si bizarrement réunis.

M. le Prince, sans regarder Saint-André, fit un geste de la main pour lui commander d'approcher.

mo LE LIBELLISTE.

L'autre avaiir^a d'un pas pesant jusqu'au pied du lit.

Condé tressaillit et se rejeta en arrière.

Ses yeux s'étaient levés involontairement. Ils rencontrèrent ceux du Libelliste.

Ces deux hommes ne s'étaient pas envisagés depuis la procession du 22 août!

Il se fit dans la ruelle un silence terrible.

Saint-André élait calme : il y a des haines si puissantes, que l'aspect même de l'objet haï ne saurait accroître la violence de leurs flammes.

Et pourtant son regard pesait sur le prince comme une masse de plomb, et Condé se retournait péniblement sur sa couche.

— Il semblait se repentir d'avoir voulu cet entretien, qu'il hésitait à commencer.

— Monsieur, dit-il enfin d'un accent un peu

voilé, vous avez bien mérité de nous Nous

ne comptions pas vous voir agir de la sorte — Nous n'avions pas droit d'y compter, à vrai dire ! — Mais laissons là le passé, puisqu'on ne peut revenir dessus , et —

Il s'interrompit court en entendant la respiration de son hôte devenir plus bruyante.

L'HOTEL DE GOTNDE. 16i

11 s'efforça de reprendre un ton de brusquerie militaire.

— Quels ont été les motifs de votre conduite ? peu importe ! Vous nous avez été utile , et nous ne serons point ingrats. — Ce n*est pas là un de ces services qui se paient avec de Tor, je le sais ; cependant l'or n'est point une chose à mépriser : en voilà ! ne vous en faites pas faute.

Le mépris étincela dans les yeux de Saint- André.

— Une telle offre, de ma bouche, reprit le prince avec hauteur, n'est point un salaire, mais une marque de bienveillance, et ma bienveillance ne saurait humilier, que je crois !

— Votre altesse dit vrai, répondit le Libelliste, et for est chose digne d'estime, surtout en guerre et en révolutions : je le prise ce qu'il vaut, mais ce n'est pas pour lui que je travaille.

— Que vous faut-il donc ? — Des honneurs ! — hum ! on verra...

— Je vous remercie, monseigneur, mais je ne les brigue point.

— Pourqoi diable vous donnez-vous tant de mouvement, alors?

— Pourquoi ? répéta Saint-André, et celte IL II

parole s'échiippa en sifïlanleiilro ses dcn(s serrées.

— Peut-être pour le inoiivemeiit lui-même î reprit- il tranquillement. La posture que je tiens dans le public n'est peut-être pas un moyen, mais un but pour moi ! — Si j'agitais pour agiter, si c'était la seule existence que je pusse supporter maintenant?...

— A la bonne heure; mais, comme la situation où se trouve l'état ne saurait être éternelle, et que la fortune ne tardera pas à décider entre nous etMazarin, vous ne pouvez rester en équilibre sans vous donner franchement avrc vos amis à l'un des deux partis. Vous l'avez compris aujourd'hui: nous servir une ibis, c'était vous engager à nous servir toujours, non point par accident, comme par le passé, mais corps et âme ! c'était vous faire notre homme, et nous vous estimons tel !

— Je me suis toujours maintenu indépendant jusqu'ici, — et le suis encore.

Coudé se mordilles lèvres jusqu'au sang.

— Il se prépare cependant des événemens que vous ne regarderez pas les bras croisés.

— Je ne m'y jetterai pas non plus à l'étourdie.

Condé sentait ses nerfs se crisper, son sang bouillonnant accélérait les ballemens de son cœur.

Le prince se voit réduit à solliciter l'alliance d'un libelliste , à tenter péniblement d'ébranler son orgueilleux sang-froid, à dévorer, devant un obscur démagogue, celle colère habituée de braver reine et ministre au milieu de leur cour!

Et ce démagogue est Geoffroy Saint-André!

Si un tiers eût pu analyser la physionomie mal contenue du Libelliste, il y eût vu poindre les joies si long-temps attendues, les joies amères d'un commencement de vengeance.

— Je ne refuse point de travailler de nouveau pour votre Altesse, dit enfin Saint-André, mais encore ne puis- je donner parole pour moi , et bien d'au Ires, sans être informé par avance de ce qu'on voudra de nous. 11 ne m'appartient point assurément d'interroger votre Altesse sur ses projets. Cependanl, pour les seconder

— Eh parbleu ! le plus important n'est un mystère pour àme qui vive! 11 nous faut l'arrêt d'union avec le parlement et la ville de Paris ! Il nous le faut à tout prix; vous le savez de reste.

— Nous vous y aiderons !

— C'est tort heureux ! mais il est essentiel d'en combiner les moyens , et je ne vous ai pas mandé pour autre chose. — Le prévôt des marchands a convoqué pour après-demain, à THotel-de-Ville, une assemblée de notables, où seront réunis le corps-de-ville, les députés des compagnies souveraines, et ceux de toutes les paroisses. Le prévôt et le gouverneur de Paris comptent faire tourner la délibération à noire détriment; il faut au contraire qu'elle nous assure la victoire! Ils nous ont fait 1 occasion belle. Ija haute bourgeoisie sera là tout entière; et, dussions-nous lui forcer la main , elle signera son pacte avec nous ! Nous saurons bien dicter les conditions.

— En faisant un exemple de ceux qui refuseront d'y souscrire? demanda Saint-André avec un coup d'oeil perçant.

— Heu! Je n'ai pas dit cela! Il ne doit

point y avoir d'exemple à faire. Il faut qu'il n'y ait pas à refuser, et que personne n'y songe! Il faut qu'ils tremblent, et c'est pour cela que je veux le peuple, parce que je ne peux pas envoyer là mes régimens en habit de guerre, par là, inordieu! comprenez-vous à présent?

— Oui, monseigneur I

— Maugrebleu ! s écria le prince, oubliant tout, hormis l'idée qui l'enflammait; que cette journée vienne à bien, et la France est à moi !

Saint-André tressaillit, et le regarda comme s'il eût voulu pénétrer dans les profondeurs de son âme et en apprécier les forces les plus secrètes.

Il reprit lentement :

— La France est à vous ! — Oui !- — Le Grand- Condé aura meilleure chance que le Grand- Guise !

— Guise î — Que veut dire ce rapprochement ?

— La reine et son ministre chassés, que reslet-il? Deux enfans, douteuse progéniture du froid Louis XIll, le roi et son frère; une femme en haul-de-chausses, M. d'Orléans. La couronne est trop large pour de tels fronts; elle vacille

déjà, prête à en glisser Que Votre Majesté

daigne étendre la main!...

Pendant cette courte allocution, les sentimens les plus opposés avaient allumé et obscurci tour à tour le visage de Condé.

Mais dans ces alternatives n'apparurenl ni le

166 LE l.IBELLISTE.

soulèvement d'une conscience austère contre de coupables insinuations, ni le doute d'une volonté forte qui pèse le pour et le contre d'un dessein déjà médité;

Non, rien que cette malheureuse irrésolution qui Ht loujours le fond de son caractère politique.

— Silence î s'écria-t-il long-temps après que l'autre eut cessé de parler. Je ne veux être que le premier sujet du roi! — Régent du royaume! — Rien de plus ! — Silence , si vous tenez à votre téteî

Saintr-André détourna aussitôt les yeux qu'il avait constamment fixés sur le prince; un dédain inexprimable contracta ses lèvres, et il dit d'une voix creuse et mordante :

— Votre Altesse peut compter sur moi !

— Il suffit ; je vous enverrai demain Flammareins... Ah! j'oubliais qu'il est mort hier! — Je vous enverrai La Mothe-Guyonnet pour s'entendre avec vous et Peny sur le menu de l'affaire. — Adieu, et songez qu'il s'est dit ici des choses dont vous devez laisser le souvenir derrière vous en repassant cette porte.

Saint-André s'inclina sans répondre, puis

il se redressa de toute sa hauteur, l'œd superbe et les narines gonflées, et il sortit.

M. le Prince se rejeta sur son lit, en exhalant un long soupir, comme si un poids accablant se fût levé de dessus sa poitrine.

Mais il ne put se rendormir, el Ton retrouva sur son oreiller l'empreinte de larmes de rage.

|)anîr^mamum.

Ou vont ces figures suspectes, qui se glissent et disparaissent successivement dans le chevet d'une boueuse ruelle du quartier Saint-Jacques?

Au fond d'une cour étroite et humide s'encaisse une salle basse , dont Tobscurité naturelle est redoublée par des nuages de fumée de tabac.

Dans cette grisâtre atmosphère apparaissent une trentaine d'hommes assis ou debout , eau-

sanl, gesticulant, ;ispirant tour a tour la vapeur du petun et le jus de la vigne.

Sur leurs ignobles faces sont imprimés tous les degrés du vice, depuis l'audace féroce du spadassin jusqu'au doucereux patellnage du fripon ; tous, excepté la dégradation brutale et stupide; car ces gens-là ont besoin d'intelligence pour vivre.

Cependant on ne saurait les prendre j)our un conventicule d'enfans de l'argot : leurs vêtemens , bien que souillés et sans goût, ne ressemblent en rien aux haillons officiels qui distinguent les dignitaires de la grande association bélistrale.

Un type commun et singulier les marque tous à travers les nuances si diverses de leurs physionomies : c'est 1 extrême mobilité et la malice inquiète de leurs regards qui tiennent plus du renard ou du chat que de l'homme.

Ils n'appartiennent pomt, en effet, à fassociation des Cours des ^Miracles : ils ont été poussés, qui par la misère et I inconduite, qui par i'éloignement pour les labeurs honnêtes, qui par la dépravation même d'un esprit amou-

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