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CONDUITE DES LIBERAUX A PROPOS DES ECOLES DE MANITOBA

Combien grand est le mauvais vouloir de nos libéraux envers l’Eglise, et combien grande en même temps est leur hypocrisie, c’est ce que leurs diverses attitudes et manières d’agir dans la question des écoles de Maniba ont mis en pleine lumière. Très-satisfaits au fond de voir les catholiques de cette région privés de leurs écoles, ils ont toujours manœuvré de façon à atteindre ce double but : maintenir ces malheureux opprimés dans leur intolérable situation et sembler vouloir les en tirer.

Ils se sont, en effet fortement opposés dans les Chambres a 1 adoption d un bill, présenté par le gouverne ment Bowell et Tupper, lequel rendait justice aux catholiques de Manitoba à propos de leurs écoles, conformément aux termes de la dernière décision rendue à ce sujet par le Conseil Privé, en Angleterre, sous prétexte qu il fallait, avant d’en venir à cette mesure extrême, établir parfaitement par une enquête que réellement

les droits de ces catholiques avaient été sacrifiés par la loi Gfreenway. L’enquête demandée avait été faite dix fois et plus ; l’iniquité commise envers la minorité catholique était un fait de la dernière évidence ; bien plus, fous les évêques du Canada, l’archevêque de St Boniface à leur tête, imploraient prompte justice pour cette minorité depuis lomgtemps ; n’importe, nos libéraux continuèrent de prétendre qu’une nouvelle enquête était encore nécessaire. Ce qu’ils voulaient j>ar là était o-i ne peut plus clair aux yeux de tous ceux que n’aveuglait pas le parti pris : c’était de retarder indéfiniment la proposition d’une loi qui était le seul moyen de régler la question d’une manière juste et stable, afin que de retard en retard on finit par perdre cette question de vue et ne plus s’en occuper. Pour réussir dans ce dessein pervers, il leur fallait donner le change sur les sentiments dont ils étaient animés, et ne pas laisser croire que le système des écoles établi par la loi Gfreenvcay mettait le comble à leurs vœux. C’est ce qu’ils tentèrent d’obtenir en déclarant bien haut que si l’enquête avait lieu, et qu’elle établit que vraiment la minorité catholique de Manitoba avait été injustement privée de ses écoles, ils seraient des premiers à réclamer contre cette injustice et à exiger qu’elle fut réparée.

Il était trop évident qu’il n’était nullement besoin d’une enquête pour qu’on l’accordât. Le gouvernement Tupper présenta donc alors au Parlement fédéral un bill de nature à rémédier, au moins d’une manière satisfaisante, aux maux dont souffraient les catholiques de Manitoba. Nos libéraux lui firent la plus vive et la plus déloyale opposition, bien qu’ils sussent parfaitement que les évêques étaient favorables à cette mesure, et désiraient même fortement la voir adopter par les Chambres. Par d’interminables discussions sur chaque article du bill, ils réussirent à prolonger le temps

jusqu’à l’époque fixée pour la dissolution du Parlement, de sorte que ce bill qui avait subi sa seconde lecture ne put subir sa troisième et être définitivement adopté- 11 fallait maintenant courir les chances que pouvaient amener de nouvelles élections. Ils alléguèrent comme justification de leur inqualifiable conduite que le bill, présenté par le gouvernement, ne rendait à la minorité catholique de Manitoba qu’une justice dérisoire ; quant a eux, ils ne voulaient de ce que les évêques acceptaient, 0 était trop peu ; ils voulaient un bill donnant beaucoup plus. Disons de suite, par anticipation, que M. Laurier, grand chef et mélodieux porte-voix de tous ces hideux farceurs, a joliment su changer le plus en moins , tout en faisant croire à une foule d’hommes, qui ne sont pas pourtant plus sots que d’autres, en dehors du chapitre de la politique, que réellement moins est plus.

Tout ce beau zèle des libéraux, en faveur des catholiques de Manitoba, brillait avec d’autant plus d éclat, était d’autant plus retentissant, qu’on était quasi à la veille des élections générales : elles devaient avoir lieu dans quelques semaines. Ils ne négligèrent pas de les mettre a profit et haranguèrent le peuple par tout le pays. Du respect et de la soumission dûs à l’autorité des évêques, ils en firent un si prodigieux étalage alors, qu’ils ne leur en resta plus l’ombre, les élections terminées. Nos évêques avaient adressé aux fidèles un mandement collectif, leur rappelant que, dans les circonstances, ils étaient strictement obligés en conscience de ne voter que pour les candidats, qui se déclareraient en faveur d’un bill des écoles, conforme dans l’ensemble de ses dispositions à la décision du Conseil Privé. Les liberaux s’emparèrent de ce mandement, déclarèrent solennellement qu’ils l'acceptaient et s’en firent une arme en leur faveur. Pour montrer qu’ils avaient réellement rempli un impérieux devoir de conscience, en ne serai-

liant pas au gouvernement Tupper sur la question des écoles de Manitoba, ils promirent de faire bien mieux que lui à cet égard. Plusieurs d’entre eux cependant évitèrent avec le plus grand soin de s’engager à remplir cette promesse au moyen d’un bill qu’ils feraient adopter par les Chambres comme le voulaient absolument les évêques, et avec raison, pour que le règlement de cette question fut vraiment stable et définitif. Ils jurèrent leurs grands dieux qu’ils obtiendraient tout ce qu’ils promettaient, sans froissements ni luttes acerbes, par les seules voies de la conciliation.

Par toutes ces promesses et par ces solennelles assurances d’un bon vouloir, les libéraux delà Province de Québec se firent presque tous élire. Les protestants bien disposés, qui voulaient rendre justice à la minorité catholique de Manitoba, et qui avaient même fait des sacrifices de plus d’un genre pour en arriver là, furent surpris et très-mécontents de ce résultat. Dans un premier mouvement de mauvaise humeur, ils dirent qu’ils avaient été bien naïfs de soutenir une cause qu’ils croyaient tenir fort au cœur des catholiques, quand les catholiques la sacrifiaient d’une façon si leste, en élisant des libéraux ; mais ils ne tardèrent pas à comprendre que la Province de Québec avait été indignement trompée.

Le résultat des élections fut vite connu ; les libéraux étaient victorieux sur toute la ligne et le pouvoir tombait entre leurs mains. Dans l’exultation de leur joie,

. les principaux journaux du parti, auxquels M. Laurier, qui en était le chef, n’avait pas encore eu Le temps de donner la consigne d’être très-prudents, trahirent ses véritables sentiments. Ils se hâtèrent de proclamer qu’enfin c’en était fait de l’influence des évêques et d<! l’Eglise dans les affaires politiques ; que le peuple, asservi depuis trop longtemps sous le joug d’une autori

té religieuse, d’autant, plus tyrannique qu’elle opprime les consciences et nie les droits qu’a tout homme de se diriger par les lumières de sa propre raison, s’était souvenu de sa souveraine indépendance et avait enfin déclaré que les rôles étaient changé : à lui maintenant de dicter des lois, à tous les autres d’obéir. Afin de calmer les inquiétudes que devait naturellement faire naître ce langage de ses plus intimes amis et de ses plus chauds partisans, M. Laurier fit simplement déclarer publiquement, non pas qu’il le réprouvait, mais que ceux qui l’avaient, tenu n’avaient pas été autorisés à parler en son nom.

Peu après on l’entendit affirmer avec emphase, dans des discours regardés avec raison comme l’énoncé de son programme politique, que les clauses qu’on appelle aujourd’hui le règlement Laurier — Gfreenway de la question des écoles de Manitoba, étaient de beaueoup plus acceptables que celles du bill présenté par l’ancien gouvernement sur la même question, et que tous devaient être très-heureux de s’en tenir là ! C’était la plus odieuse trahison qui s’annoncait comme devant s’accomplir bientôt sous le voile de l’hypocrisie la plus raffinée En effet, sans consulter d’aucune façon la minorité catholique de Manitoba ou ses représentants officiels, M. M. Laurier, Tarte et Gfreenway avaient fart un projet de règlement de cette question des écoles ou compromis, lequel est devenu le fameux règlement adopté par le parlement de Manitoba dans sa dernière session, et qui, en somme, n’est qu’un pur simulacre de redressement de griefs, puisqu’il les laisse à peu près tous subsister, sous de fallacieuses modifications qtri n’en atteignent que la fmnne.

Penda tt que M. Laurier pérorait dans la Province de Québec, son compère et complice, M. Tarte, ministre des Travaux Public, le très-ardent défenseur pendant

longtemps, et jusqu’® ces dernières années, de la cause aujourd’hui soutenue par tous les vrais catholique.1-, s’exclamait, dans les Provinces de l’Ouest, sur les merveilles et les bienfaits des écoles où les enfants de toute race et de toute croyance sont réunis pour recevoir une éducation commune, et faire aussi l’apprentissage de la vraie fraternité qui devra les unir à l’époque de leur maturité, par des liens de plus en plus étroits. Cet homme, qu’on peut eu toute justice qualifier de renégat, parcequ’il n’a pas seulement abandonné ses principes politiques d’autrefois, mais qu’il a surtout renié les vrais principes religieux qu’il avait professés jusqu’à hier, sachant fort bien qu’ils sont partie essentielle de l’enseignement catholique, cet homme se mettait ainsi parfaitement d’accord avec M. Laurier. Ce dernier, en effet, comme il n’a pas craint de le déclarer très-ouvertement, s’est donné pour mission de fondre ensemble, pour former un tout d’une parfaite homogénéité, les divers éléments qui, dans le peuple du Dominion d’aujourd’hui, ne sont pas véritablement unis, mais seulement juxta-posés ; de faire disparaître, en un mot, tout ce qui s’oppose à la fusion de ces éléments.

Or, si ces paroles ont une signification, elles disent bien clairement que M. Laurier veut noyer les différentes croyances religieuses, qui vivent sous le ciel du Canada, dans les abîmes de l’indifférence religieuse ou du pur rationalisme. Il l’a d’ailleurs déclaré en termes formels, en plein parlement, lorsqu’il a dit, avant la défaite du gouvernement Tupper, que s’il avait à régie)' la question des écoles de Manitoba, il ne s’appuierait sur les principes d’aucune religion, mais sur d’autres qui leur sont supérieurs. Le prix de cette absurdité, si l’on peut parler ainsi, réside tout entier dan ; sa par faite saveur d’irréligion.

En parlant de la sorte, M. Laurier est fidèle aux tra-

ditions de son parti, tel que ce parti s’est toujours montré dans la personne de ses chefs II est aussi fidèle à lui-même, puisqu’il n’a été défait à Arthabaska. dans les commencements de sa vie politique, que pour avoir été convaincu de travailler au profit de l’impiété. On formerait un très-gros volume de tout ce que M. Tarte a dit et écrit contre lui en ce sens, car il Ta toujours représenté comme un libre-penseur des plus dangereux, qu’il importe de combattre avec la plus grande énergie. Et il y n’a pas à nier que M. Tarte ne connaisse parfaitement son homme. Si donc il 11’ apprécie plus aujourd’hui M. Laurier de cette façon ; s’il est devenu même son allié, son bras droit, son alter-ego, c’est que l’ambition et la cupidité lui ont tout-à-fait perverti le sens moral.

M. TARTE D’HIER ET M. TARTE D’AUJOUD’HUI. DENIERES ET DEGOUTANTES FOURBERIES DES LIBERAUX

Il fut un temps, pas très-loin de nous encore, où M. Tarte avait d’excellents principes, les faisait fort bien valoir et travaillait avec zèle à les inculquer dans tous les esprits. Voici donc comment, en ce temps-là, il jugeait la plaie du libéralisme qui nous dévore, dont il n’était pas encore atteint, mais dont il est devenu la triste victime, sous l’empire des deux passions que nous venons de signaler et qu’il ne sut pas maîtriser à temps.

" Le libéralisme est un singulier mélange d’idées vagues, illogiques tendant à la négation de l’Eglise .

àu fond, c’est la pensée libérale qu’il faut à l’Eglise la

permission de l’Etat pour agir et se mouvoir . Dans

notre pays il en est peu qui osent nier carrément à l’Eglise son autorité sur la société. On emploie les subter-

luges, on procède par étapes, on s’embusque derrière de bons motifs : on ne veut pas exposer la religio 1 à la haine : on demande de la réserver pour les grands dangers qui peuvent menacer la patrie, la nationalité, etc,

“ C’est par amour pour la religion qu’o.i cherche à la proscrire ! Le dévouement le plus pur pour le catholicisme inspire les efforts que l’on fait pour restreindre ses libertés ! ( Que M. Tarte d’hier peint bien M. Tarte d’aujourd’hui ! )

“ S, l’on soumet aux cours civiles les actes épiscopaux, les instructions des ministres de l’Eglise et même l’administration des sacrements, c’est simplement pour corriger les abus. Et on gémit d’êlre obligé d’en agir ainsi !

“ Au moyen de ces feintes hypocrites, le libéralisme a fait un large sillon dans notre sol, une tranchée profonde dans nos murs.

“ La position du clergé et, conséquemment, la liberté religieuse sont mises en jeu et sérieusement menacées. L’école libérale a conçu l’espoir et la dessein de fermer la bouche à la hiérarchie catholique, de la réduire à l’état de vassale, à une sorte de servage.

“ N’est-il pas étonnant que dans ce siècle, dont on vante avec tant d’orgueil la civilisation et les lumières, on suive une ligne de conduite que le paganisme luimême eût réprouvée ?

A propos des attaques des libéraux à l’adresse du clergé, il ajoutait :

“ Ceux qui dénigrent le clergé sont prêts à nous livrer pieds et poings liés à la majorité qui n’a ni nos intérêts, ni nos lois, ni nos croyances. ( Tout comme M. M. Tarte et Laurier livrent la minorité catholiques de Manitoba à la majorité que commande M. Gbreenway.)

Peu nombreux d’abord, ils ont payé d’audace et joué d’astuce. Ils ont pu ainsi faire des adeptes. Mais

Pon peut affimer saus crainte que la très-forte majorité des catholiques les répudie et les désavoue. S’ils remportent quelques succès, ce n’est qu’en cachant leurs couleurs, eu surprenant la bonne foi d’un grand nombre. ( Qu’hier ressemble donc à aujourd’hui ! )

“ Du moment que la question est posée sans ambiguité entre le clergé et ses adversaires, le peuple ne balance pas un instant. Ce qu’il importe donc, c’est de déchirer sans faiblesse les masques dont ils s’affublent. Toute concession faite à leurs clameurs tourne à leur avantage. Une concession obtenue, ils crient plus fort pour en obtenir d’autres. Le libéralisme poursuit hardiment et constamment son objet : l’affaiblissement de l’autorité de l’Eglise . En voyant l’école radicale pro¬

clamer hautement ses sympathies pour les hommes qui persécutent le catholicisme en France, il est impossible de ne pas voir que nous marchons à pas rapides à un effort suprême conte les droits de l’Eglise et du clergé. ( M. Tarte pouvait-il soupçonner alors qu’il serait à la tête de ceux qui tenteraient ce suprême effort ? ) Parlant du clergé, dont il regarde aujourd’hui comme néfaste l’influence qu’il exerce ou veut exercer sur les affaires publiques, M. Tarte d’hier disait : “ Le clergé catholique a-t-il trahi les intérêts de la patrie, pour être traqué comme, il l’est en ce moment ? Est-il une menace pour l’avenir du peuple canadien-français ? Son intervention dans les affaires publiques a-t-elle eu un effet désavantageux pour nous ? Menace-t-il l’ordre, la tranquillité, la liberté ? Quels sont ses ennemis? Pourquoi travaillent-ils à diminuer son influence, son action sur la société ? Le clergé nous veut -il du mal ?

“ Lorsque nos adversaires naturels portent contre le clergé catholique des accusations, nous n’en sommes pas

surpris . Mais nous ne pouvons nous rendre compte

des sentiments dont sont animés ceux de nos eompatrio-

tes, qui s'efforcent de soulever les préjugés contre la hiérarchie catholique, qui prodiguent la calomnie, l’injure, les démarches de tous genres pour anéantir l’influence la plus saine, la plus puissante qui soit au service de notre race. ” ( M. Tarte d’aujourd’hui doit se rendre parfaitement compte de ce que ne comprenait pas M. Tarte d’hier. )

Puis répondant aux questions qu’il s’est posées, M, Tarte continue : “ Ce que le clergé fut dès les premiers temps de la colonie, il continua de l’être jusqu’à ce jour. Ami dévoué, guide intelligent, protecteur fidèle, il créa ou dirigea à peu près tout ce qui s’est fait d’important.

“ Nous voudrions qu’on nous indiquât ceux qui, en dehors du clergé, auraient jeté les bases de notre système d'instruction publique ; qui auraient répandu ces connaissances qui ont mis notre race en état de revendiquer ses droits, et d’acquérir à peu près les libertés dont nous jouissons ? Ah ! ils sont bien ingrats les écrivains qui dénoncent le clergé comme ennemi de la liberté des canadiens-français ? ( Attrapez M. Tarte d’aujourd’hui, qui avez dénoncé de cette façon ce même clergé auprès du Saint-Siège lui-même, il n’y a pas encore un an. ) Peuvent-ils ignorer que sans l’influence du clergé, qui groupa la population, la maintint dans des bornes légitimes, la dirigea, nous eussions été depuis longtemps absorbés par des institutions fatales à notre autonomie ? ( M. Tarte d’aujourd’hui ignore cela et favorise de telles institutions.)

“ Remontez à l’histoire de la fondation de no maisons d’éducation, des hôpitaux, etc. , etdites-nous combien n’ont pas été fondées par des prêtres qui y o t sacrifié leur vie et leur fortune ? Et notre instruction supérieure, qui n’est pas surpassée en Amérique, qui la distribue au peuple, qui la donne ? Disons sans crain-

te le mot donner. Trouvez doue rien de plus beau que ces centaines d’hommes distingués, de savants, de littérateurs, qui passent les plus belles années de leur vie, souvent même leur vie entière, à instruire la jeunesse, sans autre rémunération que leur nourriture et leurs vêtements ?

“ Quand on songe que, grâces à ces dévouements, un jeune homme suit un cour classique, pour quelques piastres par an, on se demande ce qui adviendrait le jour où le clergé cesserait de se consacrer à cette grande œuvre de l’instruction publique ? ”

Ce qui adviendrait ? Le temps et les choses ont marché depuis que M. Tarte a écrit ces lignes. Ce qui adviendrait ? Mais on ferait comme fait M. Tarte aujourd’hui ; les yeux cloués par l’admiration sur l’œuvre, de M. Greenway à Manitoba, on formerait d’abord des vœux pour que cette œuvre prit racine dans la Province de Québec, puis ensuite on travaillerait à l’y emplanter. On ne tiendrait aucun compte des réclamations du clergé, maintenant si arriéré qu’il faut le tirer de l’ornière malgré lui.

Voyons enfin quelles idées avait M. Tarte d’hier suite rôle que prêtres et évêques ont joué parmi nous dans le passé et doivent y jouer dans l’avenir, si nous voulons prospérer et grandir. ” La grande majorité des membres du clergé, disait-il, vit dans la pauvreté, la privation. Est-on capable de dire la somme de bienfaits et d’aumônes distribuée annuellement par la hiérarchie catholique, malgré ses faibles ressources ? L’instruction publique, la colonisation, la conduite des paroisses, l’impulsion politique, ajouterons-nous, on! été pour une large proportion, sous le contrôle du clergé depuis la fondation de la colonie.

Avons-nous prospéré ? Avons-nous grandi ? Nous posons ces questions à tous les hommes de bonne foi.

La réponse, qui lie peut être douteuse, sera la meilleure solution du sujet le plus sérieux qui occupe les esprits les plus attentifs : le rôle futur du clergé parmi nous.

“ La part que prendra le clergé dans la politique et les affaires de cette province sera nécessairement calquée, au moins dans une bonne mesure, sur la conduite du peuple à son égard. Si, écoutant des conseils perfides, nous repoussons son assistance et refusons son labeur ; si nous le persécutons lorsqu'il nous offrira le secours de ses lumières; si nous le comblons d’avanies quand il mettra à notre service son influence ; enfin, si comme nation, nous déclarons que nous n’en voulons pas, il est bien évident que l’action de la hiérarchie catholique se fera moins sentir que par le passé

“ l’Eglise ne renoncera à aucun de ses droits ; elle se conformera à la nécessité des circonstances ; elle cédera à la force. Elle ne tient pas sa vie de l’Etat, elle peut subsister sans lui. S’il se sépare d’elle, s’il 1a, proscrit, il ne lui enlève rien de sa force et de son éclat ; il se prive d’un concours qui lui est indispensable ; il se suicide, voilà tout.

u Ce qui est vrai pour tous les peuples, l’est spécialement pour nous. Nous sommes placés dans une position qui exige que nos forces ne soient pas amoindries, que nos mouvements soient calculés avec soin, que notre vigilance ne soit jamais prise en défaut. Le clergé est sans contredit l’organisation la plus puissante, le corps le plus éclairé que nous possédons. 11 n’a pas d’autre intérêt que le nôtre ; il est composé de ceux de notre race. Tous les évêques de la province, tous les prêtres, à quelques exceptions près, sont des oanadiensfrançais, nés au milieu de nous, sortis du sein du peuple. Comment et pourquoi ce clergé ne nous serait-il pas dévoué, ne voudrait-il pas notre avancement et notre bonheur ?

À ceux qui demandent que le clergé soit proscrit de notre société, de natte politique , nous demandons par quelle influence morale ils se proposent de diriger à l’avenir le peuple ? Nous leur demandons s’ils réfléchissent à ce qu’ils font ! Nous n’avons pas peur de dire la Vérité, et nous sentons qu’elle doit être dite bien haut et bien fort dans le moment actuel. haltes disparaître le clergé de la politique, et le peuple canadien-français sera gouverné par l’argent, par la boisson, par les préjugés, par la mauvaise presse et, conséquence rapide, par l’élément anglais.

“ Nos adversaires le savent. Ils nous accuseront néanmoins de calomnier nos compatriotes. Non, nous ne calomnions pas en disant ces choses. Tous les peuples se ressemblent : trouvez-en un seul qui, s’étant séparé de la religion, ait échappé à la corruption, au joug des préjugés, à la tyrannie .

“ Que le clergé ne laisse pas détruire sa puissance ; nous l’en supplions dans l’intérêt de notre chère Province de Québec. ( Il faut suivre aujourd’hui ce conseil en luttant contre M. Tarte lui-même. Eût-il pu le croire possible, lorsqu’il écrivait ces lignes ? ) Elle ne restera française qu’en autant qu’elle restera attachée à l’Eglise qui l’a enfantée à la vie des peuples, qui a veillé sur elle avec toute la tendresse d’une mère au cœur pur et généreux. Certes, ces soins jaloux, dont nous avons été l’objet de la part de l’Eglise, sont parfois récompensés par une singulière ingratitude. ”

Rien de plus vrai que tout cela, rien surtout qui condamne plus formellement les principaux actes de M. Tarte en ces derniers temps. En effet, n’a-t-il pas, en compagnie de M. Laurier et d’une quarantaine d’autres leur faisant quene, porté plainte à Rome contre le clergé et, en particulier, contre les évêques ? Ne les a-t-il pas accusés d’être intervenus, aux élections de juin

1896, “ d’une façon violente pour entraver la liberté électorale, en prenant fait et cause ouvertement pour le parti conservateur à l’encontre du parti libéral, jusqu’au point de déclarer coupables de péché grave ceux des électeurs qui voteraient pour les candidats du parti libéral? ” Et, après avoir ajouté que les prêtres et les évêques abusent étrangement de leur autorité spituelle, au nom de laquelle ils agissent dans le domaine politique, eux qui n’ont la permission de figurer là que comme simples citoyens, M. Tarte et ses amis ne disentils pas au Saint-Père que “ nos prêtres et nos évêques menacent de jeter de nouveau le trouble parmi nous, et de compromettre non seulement les intérêts catholiques en ce pays, mais la paix et l’harmonie entre les divers éléments de la population, ” et ne lui demandent -ils pas en conséquence “ de leur défendre de s’occuper de politique comme ils font, et de protéger contre eux la couscience des électeurs catholiques ? ”

Protéger la conscience des catholiques contre l’action des évêques ! Quel langage ! Peut-on imaginer perfidie plus noire et hypocrisie plus huppée que celle de M. Tarte, lorsqu’il parle de la sorte ? Lui qui commit si bien les libéraux, qui a si bien dévoilé ce qu’il y a de criminel dans leurs desseins, et tout ce que ces desseins amèneraient de désastres, s’ils se réalisaient, peut-il s’étonner que l’on dise que c’est une faute, même grave et très-grave, de leur fournir les moyens, en les choisissant pour députés, de parvenir à leur but ? N’est-ce pas une conclusion qui s’impose, d’après les enseignements que Pie IX et Léon XIII ont donnés à propos de l’erreur libérale et qu’ils ont si souvent répétés. M. Tarte connaît cela aussi bien, peut-être mieux que nous. Avec nos libéraux, s’il s’agit de voter pour eux, quand une question religieuse est en jeu, il faut raisonner et agir comme dans le cas où il est question de francs-ma-

çoiis. Voter ponr les libéraux alors, oTest toujours voter en définitive pour la révolution, telle qu elle sévit en ce moment à l’Equateur, c’est-à-dire pour le mal le plus grave qui puisse fondre sur un peuple. Et il n’y aurait pas de mal à cela ? Ou, s’il y a mal, il n’est que léger ! À ce compte-là, nous suivons une théologie beaucoup trop sévère à l’égard de dommages de particulier à particulier, et nous inclinerions fort à penser que celui qui mettrait le feu à la maison de M. Tarte, pour le seul agrément de la voir flamber, ne pécherait pas du tout.

Inutile d’insister sur les autres dires de M. Tarte ; il s’est lui-même réfuté d’avance par ce que nous avons cité de lui.

Lorsque nos libéraux, l’automne dernier, ont porté à Rome leurs plaintes contre les évêques et le clergé en général, ils avaient pour but d’empêcher les évêques de se prononcer tous ensemble, par voie de mandement collectif, sur la valeur du fameux projet de règlement Laurier-Gfreenway, qu’ils s’efforçaient de faire regarder comme beaucoup plus avantageux que le bill du gouvernement Tupper. C’était fort habile de leur part. Par cette évolution, ils mettaient, pour un temps suffisamment long, leur méfait à l’abri de toute flétrissure ; ils se proposaient d’en tirer ensuite tout le parti possible dans les élections à faire, au profit de leur cause; ce méfait, enfin, finirait par prendre toutes les apparences, et aurait par conséquent tout l’honneur et le mérite d’un acte de dévouement à la cause catholique.

Comme les plaintes, portées contre nos évêques, ne parurent pas produire un grand effet à Rome, où elles furent très-probablement assez mal accueillies, à cause de leur forte odeur de passion mal comprimée, nos libéraux, qu’on ne prend guère au dépourvu, eurent de suite recours à une autre manœuvre, toujours dans le but d’empêcher nos évêques de parler, surtout avant les

élections de la Province de Québec, qu’ils voulaient emporter à tout prix. Ils se présentèrent donc de nouveau à Rome, et, cette fois, pour affirmer que si le Saint- Siège envoyait un délégué au Canada, à propos de la question des écoles, cause de toute l’agitation qui y régnait, ce délégué pourrait facilement, par voie diplomatique, obtenir de M. Green way des conditions trèsacceptables. Le Saint-Siège, toujours disposé à favoriser l'heureuse issue d’une affaire avec le moins de commotion possible, crut à nos libéraux et décida d’envoyer un délégué au Canada. Il était dans l’ordre que les évêques s’abstinssent d’agir dans une question, qui faisait l’objet tout spécial de la mission d’un délégué, tant que cette mission n’aurait pas été remplie, complètement terminée. C’est ce qu’ils ont fait, et c’est ce que voulaient nos libéraux, pas autre chose.

Mais examinons un peu la conduite de ces derniers, dans quelques-uns dans ses détails ; elle nous montrera, une fois de plus, combien ils sont francs, honnêtes et quelle foi on peut reposer en eux. Le délégué apostolique n’était encore qu’en route pour le Canada, que déjà la législature de Manitoba, pour se rendre aux vœux de M. Greenway, approuvait, comme règlement définitif de la question des écoles, le fameux coinpropris Laurier-Greenway, quoique l’on sût fort bien que ce délégué venait tout exprès, eu égard à de pressantes sollicitations, pour traiter de cette affaire. Et quelques jours plus tard, juste au moment où le délégué apostolique arrivait au Canada, M. Tarte, sous prétexte de répondre à un adversaire, lut en plein parlement l’acte d‘accusation porté à Rome par M. Laurier et lui, suivis de quarante autres tous canadiens-frauçais, contre le clergé et les évêques de la Province de Québec.

Ce fut vraiment un grand scandale ; et cet acte, venant d’un catholique, quoique tel par accident, comme il

dit, fut regardé comme atroce. Il l’est tellement, en effet, que nos annales parlementaires ne renferment rien qui lui soi! comparable, de la part même des protestants les plus fanatiques et les moins bien disposés envers notre clergé. Cet acte cependant révolte encore plus par la dégoûtante fourberie qui l’a dicté, que par le caractère saillant de malveillance extrême qu’il revêt à l’égard des évêques. M. Tarte voulait par là mettre le public sous l’impression que Rome blâmait l’attitude, prise par nos évêques dans les dernières élections fédérales à propos de la question des écoles, et qu’elle nous envoyait un délégué pour réprimer la violence, les excès et les abus dont les évêques et le clergé s’étaient rendus coupables, à son avis. C’était une éloquente manière de dire à tous qu’aux élections futures il n’y aurait plus à s’occuper de la direction donnée par les évêques.

Auprès de certaines gens, M. Tarte et ses amis tireront un autre profit de la présence d’un délégué apos-, tolique au Canada. Si quelqu’un, par exemple s’avise de leur dire : Mais, en fin de compte, vous n’avez pas assez fait en faveur des catholiques de Manitoba, ” ils lui répondront : “ Que voulez- vous que nous fissions de plus, et qui pouvait faire plus que nous ? Nous avons tâché d’obtenir le plus possible de M. Gfreenvvay, et comme ce qu'il a accordé ne paraissait pas suffisant à plusieurs, nous avons poussé le bon vouloir jusqu’à prier Rome, de nous envoyer un délégué qui, après avoir examiné et pesé toutes choses sur les lieux, travaillerait, s’il y avait moyen, à améliorer ce que nous avons fait et à obtenir davantage. Or, ce délégué, le seul qui pût réussir mieux que nous en cette affaire de Manitoba, s’est, tout comme nous, heurté à l’impossible. Ne nous accusez donc pas ; vous seriez très-injustes à notre égard, caT à l’impossible, nul n’est tenu. ”

Et après s’être cyniquement joué de tout honneur.

de toute bonne foi et de ce qu’il y a de plus respectable au monde,, nos libéraux, comme autant de hideux Taxils, s’applaudiront de leurs méfaits, et continueront à user de leur pouvoir pour outrager de plus en plus la justice et la vérité.

ON NE PEUT AVOIR D’ATTACHES A NOTRE PARTI LIBERAL SANS SERVIR PLUS OU MOINS LA CAUSE DU MAL.

Nous l’avons déjà dit, bon nombre d’hommes honnêtes, catholiques pratiquants et dévoués, marchent sous la bannière du parti libéral. Ce sont de précieux auxiliaires à son service, et l’on peut dire en toute vérité qu’ils co istituent sa vraie force, et que c’est par eux et à cause d’eux qu’il devient une pierre d’achoppement si redoutable, une constante menace d’un immense péril social. Ils sont là comme échantillons de bon aloi, ce qui induit en erreur sur la qualité du tout ; ils y sont aussi comme amorces, car c’est par leur moyen que les recrues lui viennent de tous côtés.

Ces braves gens sont sous l’empire d’une illusion qui ne se dissipe que rarement. Ils tiennent à leur parti comme à leurs entrailles, sont toujours prêts à amoindrir ou à excuser ses torts, s’ils lui en reconnaissent, et ils s’irritent outre mesure contre quiconque entreprend de les désabuser. Pour se justifier d’appartenir au parti libéral, ils allèguent que la machine constitutionnelle, dans notre mode de gouvernement, ne peut fonctionner que par la lutte des partis. Nou * l’admettons volontiers. Mais qui exige que l’impiété ou la haine du catholicisme s’incarne dans l’un ou l’autre de ces partis pour que la machine se meuve régulièrement,

que les intérêts du pays soient bien surveillés, sauvegardés, protégés et favorisés ? Rien absolument ; tout au contraire. Ne peut-on pas lutter à qui sera le plushabile administrateur, professera les doctrines les plus saines en fait d’économie politique, développera le mieux les ressources du pays, donnera un plus vigoureux essor aux entreprises utiles, favorisera davantage les vrais intérêts de tous par de sages mesures et de bonnes lois, sans être impie, mécréant, révolutionnaire, sans travailler à asservir l’Eglise pour faire régner l’irréligion ? Assurément oui : Et alors, quelle est la raison d’être de notre parti libéral tel qu’il s’est constitué ? La réponse est accablante pour lui.

Il y en a beaucoup aussi qui prétendent qu’on peut s’affilier à ce parti d’une telle façon qu’il n’en résulte aucun préjudice, soit pour les autres, soit pour soi-même. C’est encore une erreur. Quelque bons que soient les motifs des hommes honorables et pieux qui entrent dans ce parti, il est sûr qu’ils font un acte dangereux et très-préjudiciable à la société. En effet, leurs bonnes intentions n’empêchent point qu’ils donnent leur appui à des hommes pervers qui, de près ou de loin, font tout converger en politique vers l’anéantissement de l’autorité de l’Eglise et la déchristianisation de notre peuple. Maintenir de tels hommes au pouvoir, c’est participer à leurs méfaits ; c’est être coupable par conséquent. Tout en prétendant ne vouloir les appuyer que dans l’administration d’intérêts matériels, ils leur fournissent une arme toute-puissante pour l’exécution de leurs criminels desseins.

Il y a plus : on 11e peut guère même se défendre d’être entamé dans l’intégrité de ses principes religieux, si l’on fait alliance avec nos libéraux et si l’on s’obstine à rester dans leur parti. Enlr’autres preuves, en voici une qui parle bien haut. Afin de mieux se concilier l’opinion

publique, nos libéraux ont compris qu’il fallait, au moins pour un temps, modifier de beaucoup le langage de l’un de leurs principaux organes, la Patrie de Montréal, dont les doctrines ont toujours été très-avancées. On lui a donc donné pour nouveau directeur un homme tout-à-fait estimable et reconnu partout comme excellent catholique. Or, voici ce qu’il crut à propos de déclarer en prenant la direction du journal : “ Je n’ai pas besoin de le répéter : sur le terrain religieux, la Patrie est et sera franchement catholique ; non pas catholique de telle école et de telle nuance, mais catholique suivant le cœur et l’esprit de l’Eglise, croyant au dogme tel que l’Eglise l’enseigne, obéissant à la discipline de l’Eglise, telle que l’Eglise l’applique. ”

Il n’y a assurément qu’à louer de telles paroles. Mais ce Monsieur a malheureusement senti le besoin d’en atténuer la portée, afin sans doute de ne point cesser d’avoir un point de contact avec son parti. Il continue donc : “ Je veux qu’on me comprenne bien : par l’Eglise je n’entends pas telle ou telle autorité particulière dans l’Eglise, mais l’Eglise universelle que dirige aujourd’hui Léon XIII. Ce grand Pape commande par la profondeur de sa science politique et sociale, par la largeur de ses- vues personnelles, le respect et l’admiration de tous les peuples, de ceux mêmes qui ne reconnaissent pas son autorité doctrinale. ”

Ce langage n’a plus la rectitude du premier ; on y sent le louche, le tortueux qui veut se ménager une issue pour échapper au moins en partie à ce qui a été affirmé tout d’abord. Sans doute, c’est l’emeignement de l’Eglise universelle que nous devons recevoir, et pas d’autre. Mais comment nous arrive cet enseignement, sinon par ces telles ou telles autorités particulières dans l’Eglise, qui, sans être, chacune d’elles, l’Eglise universelle, sont cependant les voix autorisées par lesquelles

olle nous parle ? Comment M. le directeur de la Patrie veut-il que l’enseignement catholique nous arrive et s'impose à chacun de nous, si le fidèle est libre de rejeter renseignement du prêtre, parlant au nom de son évêque qui est en communion avec le Pape ? C’est se ménager assurément une grande liberté d’allures et en même temps une grande liberté de penser, que de ne pas vouloir admettre d’intermédiaires entre l’Eglise universelle et soi pour connaître les vérités à croire et les ordres à suivre. La simple raison démontre la nécessité de ces intermédiaires, et la foi nous enseigne qu’ils ont été institués de par autorité divine. Ajoutons que M. le directeur de la Patrie semble beaucoup plus respecter le Pape, à cause de ses qualités personnelles qu’à cause du privilège qu’il a d’être l’organe spécial et infaillible de l’Esprit-Saint. C'est du moins ce que donne un peu à entendre son insistance à louer Léon XIII de la manière qu’il le fait, et, si tel est bien le cas, cette manière un peu trop humaine d’apprécier l’action du Pape, dirigeant la sainte Eglise de Dieu, ne serait pas sans inconvénients.

Les catholiques libéraux invoquent enfin cette autre raison pour rendre compte de leurs prédilections en politique. Ils disent que le parti libéral vaut au moins autant que le parti conservateur, et qu’en pareil cas ils sont bien libres de choisir selon leur goût. Cette affirmation est justement le contre-pied du vrai. Notre parti libéral, eanadien-français, n’a aucune valeur réelle, puisqu’il n’est organisé qu’en vue de mal faire ; il sait presque toujours donner un pli plus ou moins mauvais à toute bonne mesure politique qu’il appuie ou met en avant. Le parti conservateur n’a pas ce vice d’origine, et ne l’a contracté à aucune époque de son existence. Il a toujours voulu servir les intérêts du pays, et nous lui devons tous les avantages, toutes les libertés dont

nous jouissons, et aussi tous les progrès dont nous sommes légitimement fiers ; il n’a jamais voulu mettre d’entraves à l’exercice de nos droits religieux ; ils les a, au contraire, défendus et protégés. Il a pu se tromper parfois ; mais, en somme, c’est dans son sein que se sont conservées et se conservent encore les nobles traditions de nos ancêtres, si vraiment patriotes et chrétiens. Qu’il se rencontre dans ses rangs des individualités plus ou moins honorables, des hommes imbus de mauvais principes, tout disposés à faire cause commune avec les libéraux, si certains intérêts temporels n’y mettaient point d’obstacles, c’est ce que nous sommes les premiers à reconnaître. Mais ces hommes n’ont jamais compté dans la classe dirigeante du parti, et quand ils ont tenté d’y exercer quelqu’influenee, on leur a toujours fait échec.

Quant aux alliances que le parti conservateur, tout comme le parti libéral, est dans la nécessité de contracter avec les protestants d’Outario et des autres provinces du Dominion, il les a toujours ménagées de telle sorte qu’il a généralement compté dans son sein ceux qui étaient le plus animés d’un véritable esprit de justice envers nous. Et l’an dernier même, quand les libéraux, pour tromper le peuple, faisaient hypocritement un crime aux conservateurs d’être les alliés des orangistes d’Ontario, c’était justement l’un des plus marquants d’entre ces derniers, l’honorable sir M Kenzie Bowell qui, malgré les mille obstacles qu’ils lui suscitaient, réclamait le plus hautement, le plus sincèrement et avec le dévouement le plus opiniâtre la justice qui était due à la minorité catholique de Manitoba. Nous avons beaucoup moi is à craindre des orangistes que des chefs du parti libéral et de leurs adeptes.

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