‹ Le libéralisme dans la province de Québec [microforme]Chapitre 12 sur 23 · ECOLES · texte numérisé non relu

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Il était trop évident qu'il n’était nullement besoin d'uneenquête pour qu'on l'accordât. Le gouvernement Tupper présenta donc alors au Parlement fédéral un bill de nature à rémédier, au moins d'une marière saüisfaisante, aux maux dont soutfraient les catholiques de Manitoba. Nos hbéraux lui firent la plus vive et la plus déloyale opposition, bien qu'ils sussent parfaitement que les évêques étaient favorables à cette mesure, et désiraient même fortement la voir adopter par les Chambres. Par d’interminables diseuson< sur chaque article du bill, ils réussirent à prolonger le temps

jusqu'à l’époque fixée pour la dissolution du Parlemen de sorte que ce bill qui avait subi sa seconde lectur ne put subir sa troisième et être définitivement adopt [] fallait maintenant courir les chances que pouvaien amener de nouvelles élections. Ils alléguèrent comm justification de leur inqualifiable conduite que le bill présenté par le gouvernement, ne rendait à la minorit catholique de Manitoba qu'une justice dérisoire ; quan à eux, ils ne voulaient de ce que les évêques acceptalent c'était trop peu ; ils voulaient un bill donnant beaucou] plus. Disons de suite, par anticipation, que M. Laurier grand chef et mélodieux porte-voix de tous ces hideui farceurs, à joliment su changer le plus en moins, tout en faisant croire à une foule d'hommes, qui ne sont pa pourtant plus sots que d’autres, en dehors du chapitr de la politique, que réellement moins est plus.

Tout ce beau zèle des libéraux, en faveur des catho liques de Manitoba, brillait avec d'autant plus d'éclat, était d'autant plus retentissant, qu'on était quasi à la veille des élections générales : elles devaient avoir lieu dans quelques semaines. Ils ne négligèrent pas de les mettre à profit et haranguërent le peuple par tout le pays. Du respect et de la soumission düûs à l’autorité des évêques, 1ls en firent un si prodigieux étalage alors, qu'ils ne leur en resta plus l'ombre, les élections terminées. Nos évêques avaient adressé aux fidèles un mandement collectif, leur rappelant que, dans les circons: tances, 1ls étatent strictement obligés en conscience de ne voter que pour les candidats, qui se déclareraient en faveur d’un bill des écoles, conforme dans l’ensemble de ses dispositions à la décision du Conseil Privé. Les libéraux s’emparèrent de ce mandement, déclarèrent solennellement qu'ils l'acceptaientet s'en firent une arme

en leur faveur. Pour montrer qu'ils avaient réellement rempli un impérieux devoir de cons:ience, en ne se ral-

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liant pas au gouvernement Tupper sur la question des écoles de Manitoba, ils promirent de faire bien mieux que lui à cet égard. Plusieurs d’entre eux cependant évitèrent avec le plus grand soin de s'engager à remplir cette promesse au moyen d'un bill qu'ils feraient adopter par les Chambres comme le voulaient absolument les évêques, et avec raison, pour que le règlement de cette question fut vraiment stable et définitif. Ils jurèrent leurs grands dieux qu'ils obtiendraient tout ce qu'ils promettaient, sans froissements ni luttes acerbes. par les seules voies de la conciliation.

Par toutes ces promesses et par ces solennelles assurances d’un bon vouloir, les libéraux de la Province de Québec se firent presque tous élire. Les protestants bien disposés, qui voulaient rendre justice à la minorité catholique de Manitoba, et qui avaient même fait des sacrifices de plus d'un genre pour en arriver là, furent surpris et très-mécontents de ce résultat. Dans un premier mouvement de mauvaise humeur, ils dirent qu'ils avaient été bien naïfs de soutenir une cause qu'ils croyaient tenir fort au cœur des catholiques, quand les catholiques la sacrifiaient d'uue façon si leste, en élisant des libéraux ; mais 1ls ne tardèrent pas à comprendre que la Province de Québec avait été indignement trompée.

Le résultat des élections fut vite connu : les Hbéraux étaient victorieux sur toute la Hgne et le pouvoir tombait entre leurs mains. Dans lexultation de leur joie les principaux Journaux du parti, auxquels M. Laurier qui en était le chef, n'avait pas encore eu Le temps de donner la consigne d'être très-prudents, trahirent ses véritables sentiments. Ils se hâtèrent de proclame: qu'enfin c'en était fait de l'influence des évêques et de l'Eglise dans les affaires politiques : que le peuple, as

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té religieuse. d'autant plus tyrannique qu'elle opprinse les consciences et nie les droits qu'a tout homine de se diriger par les lumières de sa propre raison, s'était souvenu de sa souveraine indépendance et avait enfin déclaré que les rôles étaient changé : à lui maintenant de dicter des lois, à tous les autres d'obéir. Afin de calmer les inquiétudes que devait naturellement faire naître ce langage de ses plus intimes amis et de ses plus chauds partisans, M. Laurier fitshinpiement déclarer pubiiquement, non pas qu'il le réprouvait, mais que ceux qui l'avaient tenu n'avaient pax été autorisés à parler en son nom.

Peu après on ‘ent lit affirmer avec emphaxe, dans des discours regardés avec raison comme l'énoncé de son programme pollique, que les elauses qu'on appelle aujourd'hui le règlement Lanrier— Greenway de la question des écoles de Manitoba, étaient de beaueoup plus acceptables que celles du bill présenté par l’ancien gouvernement sur la même question, et que tous devaient être très-heureux de s’en tenir là ! C'était la plus odieuse trahison qui s’'annongçait comme devant s’accomplir bientôt sous le voile de l'hypocrisie la plus raffinée En effet, sans consulter d'aucune façon la minorité catholique de Manitoba ou se: représentants officiels, M. M Laurier, Tarte et Greenway avaient fat un projet de règlement de cette question des écoles où compromis, lequel est devenu le fameux règlement adopté par :e parlement de Manitoba dans sa dernière session, et qui, en somme, n'est qu'un pur simulacre de redressement de griefs, puisqu'il les laisse à peu près tous subsister, sous de fallacieuses modifications qui n’en atteignent que la forme.

Penda it que M. Laurier pérorait dans la Province de Québec, son compère et complice, M. Tarte, ministre des Travaux Public, le très-ardent défenseur pendant

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longtemps, et jusqu'à ces dernières années, de la cause aujourd'hui soutenue par tous les vrais catholique:, s'exclamait, da: les Provinces de l'Ouest, sur les merveilles et les bienfaits des écoles où les enfants de toute race et de toute croyance sont réunis pour recevoir une éducation commune, et faire aussi l’apprentissage de la vraie fraternité qui devra les unir à l’époque de leur maturité, par des liens de plus en plus étroits. Cet homme, qu'on peut-en toute justice qualifier de renéœat, parcequ'il n'a pas seulement abandonné ses principes politiques d'autrefois, mais qu'il à surtout renié les vrais principes religieux q'1i avait professés jusqu'à hier, sachant fort bien qu'iis sont partie essentielle de l’enseignement catholique, cet homme se mettait ainsi parfaitement d'accord avec M. Laurier. Ce dermier, en effet, comme il n'a pas craint de le déclarer très-ouvertement, s'est donné pour mission de fondre ensemble, pour former un tout d'une parfaite homogénéité, les divers éléments qui, dans le peuple du Dominion d'aujourd'hui, ne sont pas véritablement unis, mais seulement juxta-posés ; de faire disparaitre, en un mot. tout ce qui s'oppose à la fusion de ces éléments.

Or, si ces paroles ont une signification, elles disent bien clairement que M. Laurier veut noyer les différentes croyances religieuses, qui vivent sous le ciel du Canada, dans les abimes de l'indifférence religieuse ou du pur rationalisme. I] l’a d'ailleurs déclaré en termes formels, en plein parlement, lorsqu'il à dit, avant la defaite du gouvernement Tupper, que S'il avait à régle la question des écoles de Manitoba, 11 ne s'appuierait sur les principes d'aucune religion, mais sur d'autres qui leur sont supérieurs. Le prix de cette absurdité, si l'on peut parler ainsi, réside tout entier dan: sa par: faite saveur d'irréligion.

En parlant de la sorte, M. Laurier est fidèle aux tra-

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ditions de son parti, tel que ce parti s'est toujours montré dans la personne de ses chefs Il est aussi fidèle à lui-même, puisqu'il n'a été défait à Arthabaska, dans les commencements de sa vie politique, que pour avoir été convaincu de travailler au profit de l'impiété. On formerait un très-gros volume de tout ce que M. Tarte a dit et écrit contre Ini en ce sens, caril l’a toujours représenté comme un libre-penseur des plus dangereux, qu’il importe de combattre avec la plus grande énergie. Et il y n’a pas à nier que M. Tarte ne connaisse parfaitement son homme. Si donc il n’apprécie plus aujourd’hui M. Laurier de cette façon ; s’il est devenu même son allié, son bras droit, son alter-egro, c’est que l'ambition et la cupidité lui ont tout-à-fait perverti le sens moral.

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