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qu’il puisse plus longtemps la contenir ; quand les humiliations, les déceptions ont rendu l’homme farouche, désespéré ; il arrive alors un moment où le moindre incident suffira pour déterminer une conflagration, tout comme une étincelle échappée dans la prairie peut à certains moments y allumer un incendie que rien ne pourra éteindre.”
Ces hommes étaient dans le tort, soit ; et une fois la rébellion soulevée, il fallait la réprimer. Mais il fallait également proportionner le châtiment aux circonstances.
Un langage si fier et si tolérant scandalisait naturellemnet les journalistes et les députés torys. Maïs Laurier ne s’en souciait ; il les devinait bien alors, tels qu’ils ont toujours été, tels qu’on les connaît encore aujourd’hui :
“Les torys, de tout temps, disait-il, se sont targués de loyauté pour la prêcher aux autres. Ils ont toujours été forts en loyauté, tant qu’elle leur rapporte profit.”
(Ne dirait-on pas, dans cette boutade de 1886, une condamnation du gouvernement d’union de 1918, ultra-loyaliste à son avantage et si farouche au sujet de la vertu des autres ?)
Mais Laurier n’entendait pas qu’on lui donne une leçon de loyalisme :
“Je ne permettrai certes pas à ces hommes de me donner une telle lecon. Je suis sujet britannique, et je m’honore, autant que qui que ce soit dans cette Chambre, de ce noble titre. Mais que l’on n’attende pas de moi que je laisse ce gouvernement fouler aux pieds des compatriotes sans amis, sans défenseurs, sans protecteurs et sans représentants ; ce n’est pas là ce que j'entends par loyalisme ; j'appellerais plutôt cela de l’esclavagie.”
Laurier discuta minutieusement les détails du procès. Il démontra d’abord que celui-ci n’avait pas été convenablement conduit : ;
“On dit qu’il y a eu un procès équitable. Je le nie formellement. Je ne reviendrai pas sur les arguments qui ont été invoqués à ce sujet ; je me contenterai de signaler une seule particularité à l'attention de mes collègues. Cet homme a demandé un délai d’un moiïs pour son procès ; il a obtenu huit jours. Etait-ce 1à de la justice ? Etait-ce de la justice britannique ? Etait-ce donner “fair play” à l'accusé ?”
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Il serait fastidieux, à cette heure, de reprendre toute la dialectique serrée et ferme de l’orateur, portant sur des faits si lointains. Après avoir avec une patience admirable refait l’historique des insurrections, Laurier rappelait avec quelle obstination le gouvernement s’était réfusé à toute clémence :
“Après Ce procès incomplet, disait-il, le jury a recommandé le prisonnier à la clémence du tribunal. Le ministre des Travaux Publics a dit l’autre jour que c'était chose toute ordinaire que ces recommandations à la clémence du tribunal. Assurément, ce ne sont pas là des choses extraordinaires ; mais ce qui est très extraordinaire, par exemple, c’est que le gouvernement ne tienne aucun compte de ces recommandations. C’est là le fait extraordinaire qu’on a vu en cette occasion.”
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Mais ce qui doit nous occuper surtout, — dans une étude du caractère général de la nôtre, — c’est le principe dominant qui guidait Laurier en cette occasion.
Pour lui l'exécution Riel, outre qu’elle était d’une rigueur inutile, offrait l'inconvénient plus grand encore d'apporter une mauvaise solution à une situation délicate. Elle ne pouvait qu'exaspérer les Métis, au lieu de les concilier. Et il concluait par une page magnifique qui contenait la leçon dernière de son admirable discours :
“Ah ! oui, le gouvernement a convaincu tous ceux dont il parle, Métis, Indiens, colons de race blanche, de la force de son bras, de sa toute-puissance à châtier. PIût au ciel qu’il se fût donné tant de peine pour les convaincre tous, Métis, Indiens et colons de race blanche, de son désir, de son bon vouloir de leur rendre justice, et les traiter g'énéreusement ! S’il avait pris le même soin pour faire le bien qu’il a pris pour punir le mal, jamais il n’eût eu besoin de prouver à ce peuple que la loi ne sauraït être violée impunément, parce que jamais la loi n'aurait été violée en rien.”
Pour les Métis, Laurier les plaignaient beaucoup plus qu’il ne songeait à les condamner. Ils n'avaient pu obtenir justice par la paix et ils l'avaient demandé à la guerre ; ils avaient offert leur vie même pour la défense de leurs droits :
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“Leur chef est dans la tombe ; ils sont eux-mêmes dans les fers, mais du fond de leurs cachots, déjà ils peuvent voir qu'elle s’est levée sur leur pays l’aurore de cette liberté qu'ils ont réclamée en vain, mais pour laquelle ils ne se sont pas battus en vain.”
Car, au moment où parlait Laurier, déjà plus de deux mille réclamations des Métis avaient été reconnues ; et le gouvernement promettait enfin à ces territoires une représentation, que depuis si longtemps réclamait l’opposition libérale.
“C’est la dernière conquête de cette insurrection, concluait l’orateur. Oui, je le répète encore, leur martyre a préparé le triomphe de leur pays ; et ce seul fait nous prouve qu'il y avait là cause suffisante, indépendamment de toute autre, pour se montrer clément envers celui qui est mort et ceux qui survivent.”
C'était là de nobles accents qui soulevaient autour de la personnalité de Laurier l’admiration enthousiaste de tous les amis de la liberté !
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III. — Laurier devient chef de lopposition. — Les biens des Jésuites. — La question du français dans le Nord-Ouest. — Les écoles du Manitoba. — La victoire de 1896.
En 1887 Laurier était devenu chef de l’opposition. libérale ; et malgré la crainte qu’il avait que sa nationalité et sa religion ne nuisent au succès de son parti, — c’est une hésitation à laquelle il fit souvent allusion dans la suite, — on le convainquit d'accepter ce poste. Et l’on sait à quelle gloire il devait conduire les destinées du parti libéral.
Chef de l’opposition Laurier resta fidèle à ses principes de tolérance et de liberté.
Ici encore, il me faut choisir ; j'en veux citer quelques exemples essentiels qui répondront des autres,
En 1889, Dalton McCarthy avait proposé en Chambre une résolution demandant au gouvernement fédéral de désavouer l’acte de la législature de Québec rétablissant les Jésuites en possession de leurs biens. (Mercier était alors premier ministre à Québec).
Le gouvernement MacDonald refusa de se rendre à la demande de McCarthy et de son petit groupe de fanatiques. Et prêtant main-forte au gouvernement, en toute liberté d’esprit et de conscience, Laurier défendit avec beaucoup de chaleur la cause des Jésuites (il n’est pas mauvais de le rappeler), en même temps qu’il réclamait pour sa province le droit strict de légiférer en la matière.
“Pour notre part, disait Laurier, nous avons toujours soutenu que le seul moyen de maintenir la confédération est de reconnaître que, dans sa sphère, dans la sphère que lui assigne la constitution, chaque pr-vince est aussi indépendante du contrôle du parlement fédéral, que l’est ce dernier du contrôle des législatures provinciales.”
Un autre des arguments de Laurier c'était que l’arrangement donnait satisfaction même à la minorité protestante de notre province.
L'acte avait été adopté unanimement dans Québec et M. Mercier avait pu parler dans les termes suivants de l'attitude prise par ses collègues protestants :
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“Te remercie les députés protestants de la modération qu’ils ont montrée en discutant cette question. C’est d’un bon augure. L’unanimité, qui existe maintenant, est une preuve que les différentes races dont se compose notre population, vivent en paix et en harmonie et étudient les questions les plus délicates avec cet esprit de conciliation qui a fait des merveilles, lorsqu'il est convenablement dirigé.”?
Cette législation cependant ne donnait pas satisfaction à certains amis protestants d’Ontario et de l’ouest. Mais, puisque les protestants de la province de Québec étaient si tisfaits, qui pouvait trouver à redire ?
Mais c'était surtout sur ses grands principes de tolérance et de conciliation que Laurier appuyait son attitude :
“Depuis plus d’un siècle les libéraux anglais ont été champions de la liberté dans tout le monde, et si nous avons la liberté aujourd’hui, telle que nous la comprenons dans Ce pays et dans notre siècle, c’est en grande partie aux efforts du parti libéral d'Angleterre que nous le devons. Il y a longtemps qu’ils ont compris que la liberté n’est pas seulement pour les amis de la liberté, mais pour tout le monde. Il y a longtemps qu’ils ont compris que la sécurité de l’Etat dépend absolument de la plus entière liberté accordée à toutes les opinions, que chacun doit avoir la liberté de son opinion, qu’elle soit bonne vu mauvaise, et qu’il faut accorder la plus entière liberté à toutes les opinions et laisser le jugement du peuple décider entre le grain et l’ivraie, choisir l’un «et rejeter l’autre.
“Voilà le principe que, dans la mesure de mes forces j'ai essayé depuis des années d’inculquer dans l’esprit de mes concitoyens d’origine française. Ce principe, joint à une fidélité inébranlable aux principes les plus larges de la liberté constitutionnelle, c’est l’étoile qui me guide et que, dans la position que j’occupe aujourd’hui et dans toute position que je pourrai occuper pendant ma vie, je m'efforcerai toujours de suivre.”
Le gouvernement MacDonald, à qui la fière attitude de Laurier avait singulièrement facilité la tâche, repoussa la proposition McCarthy ; et les Jésuites furent confir-
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més dans la propriété que leur avait concédée Mefcier à Québec.
C’est une promesse qu’il a noblement tenue, qu’il tenait encore l’année suivante, en 1890, quand McCarthy revenant à la charge par un autre sentier, demandait la suppression de la langue française au Nord-Ouest. Laurier fit bien voir l’odieux de la demande et tout le danger de cette agitation anti-française pour l’avenir du pays ; il réclama les droits de ses compatriotes à leur langue, en un remarquable discours qui devint en même temps un plaidoyer d’érudition en faveur de l’éducation bilingue.
“Il est d’une nécessité absolue pour nous, Canadiensfrançais, d'apprendre l'anglais ; mais — il ne m'appartient pas de donner des conseils à qui que ce soit — si j'avais un conseil à donner à mes amis anglo-canadiens, je leur dirais qu’ils feraient bien aussi d'apprendre le français. Les Anglais sont une race fiè-2, maïs les Romains étaient aussi une race fière ; et après qu’ils eurent conquis l’univers, un Romaïn avouait que l’éducation de son fils n’était pas complète, s’il ne savait pas le grec aussi bien que le latin.”
Comme ces paroles ont singulièrement gardé toute leur actualité.
Mais à mesure que j’avance en cette étude rapide de la vie de Laurier, je réalise mieux la témérité de l’entreprise. Nous traversons un pays merveilleux, riche en sites naturels et en souvenirs historiques ; et nous n’avons que le temps de jeter un coup d'oeil. Il nous faut avancer toujours, dépassant tant de paysages nobles et beaux, qu’on ne sait plus s'il vaut mieux admirer ou regretter de passer si vite.
Je voudrais cependant relever, avant d’en venir aux années de pouvoir, l'attitude de Laurier à la veille de l’élection de 1896, sur la fameuse question des écoles au Manitoba. Elle:tient toute en un paragraphe, mais il est un splendide exemple de sa mentalité.
Laurier était déjà, — comme il le fut toute sa vie, — dénoncé par les extrémistes des deux partis (tory, ou conservateur, ou unioniste d’une part ; bleu, ou castor, ou
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nationaliste de l’autre, ce ne sont là que des étiquettes). Les réactionnaires de tous les coins du pays l’attaquaient.
Nous ne pouvons entrer dans les détails de cette vaste question qui a défrayé pendant des années la discussion politique au point d’en devenir fastidieuse. Nous ne voulons qu’en retenir le caractère général de l’attitude de Laurier.
Placé entre les fanatiques manitobains qui voulaient l’entraîner aux extrêmes et le parti castor de Québec, auquel s'était rallié publiquement une part importante du clergé de la province, Laurier s’opposa à l’ingérence du gouvernement fédéral dans les questions scolaires, réclama pour chaque province sa liberté en la matière et combattit le fameux bill soi-disant “réparateur” de Sir Chs. Tupper.
Comme cette attitude nous paraît sage aujourd’hui où nos propres libertés scolaires dans Québec peuvent être menacées au parlement d'Ottawa, le sont déjà par la résolution Edwards.
Chaque province a droit de légiférer sur son système scolaire, telle était l'attitude de Laurier, dans son discours sur la 2ème lecture du bill, le 3 mars 1896. C'était une attitude de suprême et courageuse dignité qui s’exprimait par les paroles suivantes :
“Quand bien même des menaces venant, comme on me le dit, des hauts dignitaires de l'Eglise à laquelle j'appartiens me seraient faites, je ne prononcerai jamais de paroles d’amertume contre cette Eglise. Je la respecte et je l’aime. Je ne fais pas partie de cette école qui a longtemps dominé en France et dans d’autres parties de l’Europe continentale, qui refuse aux ecclésiastiques le droit de se mêler des affaires publiques. Non, je suis un libéral de l’école anglaise. Je crois en cette école qui a toujours prétendu que c’est le privilège de tous les sujets, grands ou petits, riches ou pauvres, ecclésiastiques ou laïques, de participer à l'administration des affaires publiques, de discuter, d’influencer, de persuader, de convaincre, mais qui a toujours refusé, fût-ce au plus grand, le droit de dicter même au plus petit la ligne de conduite qu’il doit suivre.”
(Laurier répétait là la théorie qu’il avait déjà si no-
ORITOREES
blement exprimée dans sa conférence sur le libéralisme, dix-neuf ans plus tôt ; c'était dans la pensée une constance et une logique parfaite).
Et il ajoutait, en magnifique conclusion :
“Je représente ici non seulement les catholiques, mais les protestants, et je dois rendre compte de mon administration à toutes les classes. Catholique et Français d’origine, je suis iei chargé par la confiance des hommes qui m'entourent, de grands et importants devoirs, en vertu de notre système de gouvernement constitutionnel. Je suis ici le chef reconnu d’un grand parti composé de catholiques et de protestants, dont la majorité est formée de ces derniers.
“Va-t-il être dit qu’occupant une position de cette nature, l’on me dictera la ligne de conduite que je dois suivre en cette Chambre, pour des raisons qui peuvent s’adresser aux consciences de mes collègues catholiques, mais qui ne s'adressent pas de même aux consciences de mes collègues protestants ? Non.
“Tant que j'occuperai un siège en cette Chambre, tant que j'occuperai le poste que j’occupe, chaque fois qu’il sera de mon devoir de prendre sur une question quelconque cette position, je la prendrai, non pas au point de vue du catholicisme, non pas au point de vue du protestantisme ; mais je la prendrai pour des motifs qui peuvent s’adresser aux consciences de tous les hommes, indépendamment de leur foi, pour des motifs qui peuvent animer tous les hommes aimant la justice, la liberté et la tolérance.”
Et l’on sait quel fut le résultat de cette attitude.
Le parti libéral combattit en Chambre par tous les moyens le bill “réparateur”. Le gouvernement Tupper, qui n’avait plus que quelques mois à vivre, se raccrocha au pouvoir jusqu’au dernier jour ; mais il dût enfin venir devant le peuple.
Et le 23 juin 1896 le parti libéral, Laurier en tête, remportait la victoire aux élections générales.
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IV. — La victoire de 1896. — La guerre sud-africaine. — La question des écoles en 1905. — Laurier au grand Congrès eucharistique de de Montréal : un exemple unique de tolérance et de liberté.
En 1896, notre pays était sage et son peuple bien avisé; j’ajouterai que personne n'était alors privé de
son droit de vote,
Le pays porta Laurier au pouvoir le 23 juin 1896 ; et en échange Laurier donna à son pays seize années de paix, de prospérité, d’un progrès inouï dans tous les domaines. Et ce fut la période la plus prodigieuse de toute notre histoire.
Que pouvait faire une nature d’élite et un caractère de l’élévation de Laurier, sinon de mettre en pratique, avec une constante ferveur les principes qu’il avait préchés dans l’opposition ? Ce n’est pas sans orgueil, ni sans regret que nous songeons à ce qu'était le Canada d'alors. Nous avions un gouvernement vraiment libéral, un gouvernement de concorde et de tolérance, jouissant de la confiance de toutes les parties du dominion, rendant justice à toutes pour le plus grand bien du pays; et maintenant nous avons un gouvernement d’union, mais unioniste de nom seulement, un gouvernement par décrets et par coercion, un gouvernement qui ne représente rien de la minorité et seulement les préjugés de la majorité !
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Au pouvoir, Laurier restait fidèle à ses grands principes,
Ici encore, il m’est impossible de citer de nombreux exemples; je dois me contenter d’en rappeler brièvement quelques-uns. L’un des plus brillants discours de sa carrière de pouvoir, fut celui qu’il prononça au sujet de la guerre sud-africaine et de la part qu’y prit le Canada. Cette guerre était alors en notre pays un objet de vive discussion; et on a gardé souvenir d’une résolution blâmant le gouvernement d’envoyer des troupes en Afrique, bien qu’il ne s’agit alors que de volontaires.
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Sir Wilfrid Laurier, dans un vigoureux discours, justifia la conduite de son gouvernement, expliqua les raisons qui avait fait agir l'Angleterre ‘“‘dont il fallait dire, à sa gloire, que cette guerre l’avait trouvée non-préparée”” ; et il exprima surtout l’espoir que cette participation aurait pour effet d’unir les divers éléments du Canada, en les habituant à la poursuite d’un même idéal :
‘“ L'oeuvre d’union, d'harmonie et de concorde entre les deux principales races fe ce pays n’est pas encore terminée, disait-il, nous savons par ce qui s’est passé la semaine dernière qu’il nous reste encore beaucoup à faire à cet égard. Mais, M. l’Orateur, il n’y a rien comme d’avoir souffert ensemble, d’avoir enduré les mêmes souffrances pour unir les hommes et les nations.
“En ce moment, dans le Sud-africain, les hommes représentant les deux éléments de la famille canadienne se battent pour le même drapeau. Déjà, plusieurs sont tombés au poste d'honneur en payant le suprême tribut à leur patrie commune, Leurs dépouilles reposent dans la même fosse pour y dormir jusqu’à la fin des temps, dans un embrassement fraternel. Ne nous est-il pas permis d'espérer, — je le demande à mon honorable ami— que dans ce tombeau ont aussi été ensevelis jusqu'aux derniers vestiges de notre antagonisme passé ? Si ce résultat doit se produire, s’il nous est permis d’entretenir cet espoir, l’envoi de ces régiments aura été le plus grand service qu’on ait jamais rendu au Canada, depuis la confédération.
Il se présenta en 1905 une autre question d’écoles, celles des nouvelles provinces d’Alberta et de Saskatchewan; et on n’a pas oublié qu’à un moment donné, le ministère Laurier fut menacé d’une crise. Mais Laurier fut alors inébranlable et sut résister aux assauts qui lui vinrent de tous côtés; du fanatisme tory qui demandait les écoles publiques refusant aux populations mixtes de ces nouvelles provinces les privilèges de Québec ou d’Ontario, et des ultra-zélés de notre propre province qui par leurs réclamations excessives risquaient de tout perdre,
‘Nous avons incorporé dans la résolution, disait
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Laurier, deux propositions: l’une portant que la minorité a le pouvoir d’établir ses propres écoles, et l’autre qu’elle a droit à une part des deniers publics.”
Cela était conforme à la loi de l'Amérique britannique du nord (le B. N. A.) ; et, ajoutait l’orateur, si au lieu d’être en 1905 on avait légiféré en 1867, il est très certain que les nouvelles provinces eussent obtenu ces privilèges à l’égal des anciennes.
Le haut prestige et l'influence de Laurier réussit à obtenir à nos compatriotes de l’ouest, en cette circonstance, un traitement de concession dont aujourd’hui encore les évêques de l’ouest se déclarent satisfaits et qui est à coup sûr fort supérieur à celui des Canadiensfrançais d’Ontario.
C’est en usant de diplomatie et de tact que Laurier réussit à rallier l’assentiment de ses ministres (la démission de M. Sifton ne fut qu’un leurre), et à faire adopter son bill avec des modifications qui n’en changeaient pas le motif essentiel,