CM DUT ME
On ne saurait rappeler plus bel exemple de sa tolérance en matière religieuse que celui que nous donna Laurier en l’église Notre-Dame, à Montréal, lors du grand congrès eucharistique de 1910 (on me pardonnera de franchir si rapidement les étapes, mais je ne puis qu’effleurer les cîmes.)
On n’a pas oublié les attaques dont Laurier fut alors l’objet de la part des orangistes parce qu’il assista aux manifestations de ce Congrès (elles jouèrent un rôle important aux élections de 1911.) Cependant son attitude y fut aussi prudente que recommandable. Et quand, dans la vaste assemblée de l’église Notre-Dame Laurier fut invité à prendre la parole, il donna un fier spectacle de courage, d’élévation de vues et de haute tolérance, Parlant dans la chaire catholique, aux plus hauts dignitaires de l'Eglise, Laurier n’en oublia pas moins qu’il était comme premier ministre le représentant de toutes les croyances et de tous les cultes. Et il prononça ces mémorables paroles:
‘Le gouvernement, ne devant songer qu'aux inté-
ÉARNe CURE
rêts de son peuple, n’a pas à s’immiscer dans les affaires de conscience, autrement que pour assurer à chaque citoyen la pleine liberté de ses croyances. Les devoirs d’un chef d’Etat, ne sont-ils pas de sauvegarder en même temps les intérêts généraux du pays et les intérêts particuliers, c’est-à-dire les croyances de chacun. C’est sur ce principe que doit être établie la politique de celui qui est appelé à gouverner une nation, car ces vérités sont éternelles et il est reconnu que l’esprit d’intolérance a toujours poussé un pays à sa déchéance et à sa perte.”
Et si l’on tient compte de la majesté du lieu, de la solennité de l’occasion et de la grandeur de l'évènement, on devra admettre que jamais dans l’histoire de notre pays on n’a rendu à la liberté religieuse un hommage plus élevé et plus remarquable.
Vogue
V. — Laurier et l’impérialisme. — La défaite de 1911 : la réciprocité. — Dans l’opposition. — La question du Keewatin. — Le tribut.
Ces principes de tolérance et de liberté d’ailleurs que Laurier faisait rayonner au sein de la nation, il voulait également que le Canada en jouisse dans l’empire ; et c’est ce qui explique la noble et fière attitude qu’il a
toujours tenue, — et notamment aux conférences impériales de 1902 et de 1907, — en face des menées impérialistes.
Dans tout l'empire anglais, le parti impérialiste qui voulait tout centraliser à Londres et que le Canada ne fût qu’une colonie payant tribut, n’ayant qu’un semblant d'autonomie, — ce parti ne trouva nulle part d’adversaire à la fois plus digne et plus puissant que Sir Wilfrid Laurier.
Laurier sut concrétiser en des formules lumineuses les aspirations du Canada libre et autonome :
“Daughter in my mother’s house, mistress in my own,’”? disait-il en reprenant avec un rare bonheur l’expression de Rudyard Kipling.
“Il faut fonder l’unité impériale sur la liberté locale, ”? disait-il encore en donnant la vraie ‘thèse des relations impériales.
Pour lui l’empire était une alliance de véritables nations, unies par le sentiments mais libres de leurs actes ; ‘a galaxy of sister-nations,” autre formule qui fit fortune.
Cette question nous entraînerait trop loin pour que je puisse la développer ici ; mais il m’était impossible de n’en pas faire mention dans cette série de petits tableaux rapides et à peine dessinés.
Le Canada vécut une vie de paix et de progrès jusqu’à sa fatale erreur de 1911.
De fait, notre pays était si prospère qu’il se mit à douter de ses propres aptitudes à augmenter encore cette prospérité. Ce sera le persistant mérite des auteurs du pacte de réciprocité, que le principal argument qu’on