‹ Le libéralisme de Laurier [microforme]Chapitre 2 sur 7 · PER RS ONE · texte numérisé non relu

PER RS ONE

Les libéraux aimant la liberté, la veulent et la réclament pour chacun.

Laurier répondait vigoureusement av reproche que l’on faisait alors aux siens “de refuser à l'Eglise la liberté à laquelle elle a droit”, I] reconnaissait au clergé le droit strict de prendre part aux affaires politiques :

“Je suis loin, disait-il, de trouver opportune l’intervention du clergé... Je crois au contraire que le prêtre a tout à perdre, au point de vue du respect dû à son caractère, en s’immisçant dans les questions ordinaires de la politique. Cependant son droit est incontestable.”

Mais, ajoutait-il, ce droit n’est pas illimité ; il finit à l'endroit précis où il empièterait sur les droits d’un au-

tre, sur l'indépendance de l'électeur. Le prêtre peut discuter la politique ; mais il ne peut dicter à l'électeur une ligne de conduite, la lui imposer par l'intimidation religieuse ou au nom de la religion. Sur le terrain politique, il est un simple citoyen, s'adressant à des consciences libres.

C’est cette théorie éminemment large et conciliante que Laurier présentait à son auditoire de 1877 ; y aurait-il beaucoup à y retrancher aujourd’hui ?

Du reste, le jeune orateur ne s’en cachait pas, il recommandait au clergé la plus grande circonspection, sentant bien tout le danger d’une ingérance cléricale dans un domaine aussi temporel que la politique : “Y a-t-il sous le soleil un pays où l'Eglise catholique est plus libre et plus privilégiée qu'en celui-ci ? Pourquoi done iriez-vous, par la revendication de droits incompatibles avec notre état de société, exposer ce pays à des agitations dont les conséquences sont impossibles à prévoir ?”

(On verra plus loin qu’en 1896, sur la question du Manitoba, Laurier reconnaissait encore au clergé le droit strict de discuter la politique, bien que cela lui parût un dangereux exercice, mais non pas celui de dicter aux consciences dans ce domaine).

PUR A Re

En conclusion, Laurier traçait au libéralisme son pro-

gramme ; c’est à lui qu'il incombait d’unir les deux races canadiennes, de les rapprocher par le respect des croyances et des traditions. Et il savait tirer des circonstances en lesquelles il parlait un parfait symbole de l'union révée.

Il faut relire cette Page qui terminait la conférence de Laurier, car c’est l’une des plus belles qu'il nous ait laissées et elle contient Pour notre pays tout un enseignement. Faisant allusion au monument de Wolfe et de Montcalm qui se dressait à Québec à quelques pas de la salle où il parlait alors :

“Le drapeau britannique flotte sur la vieille citadelle de Québec ; il flotte ce soir au-dessus de nos têtes, et il

ne se trouve pas dans le pays un seul soldat anglais pour le défendre ; sa seule défense, c’est la reconnaissance que

nous lui devons pour la liberté et la sécurité que nous avons trouvées sous son ombre.

“Quel est le Canadien qui, comparant son pays aux Pays même les plus libres, ne se sentirait fier des institu-

Tel était en 1877 l'esprit de tolérance qui animait déjà Laurier, C’est ce même esprit que nous retrouverons en lui toute sa vie, le même souffle qui a Passé sur ses là. vres jusqu’au dernier moment.

IL. — Les discours sur l'affaire Riel, — La cause des insurrections, — Un appel à la conciliation. — La responsabilité du gouvernement MacDonald. — Les ultra-loyalistes du temps.

Il serait futile Pour moi, je le répète, de vouloir suivre Pas à pas la carrière du grand homme ; il me faut au con-

continua dès lors à occuper le premier rang parmi la Phalange libérale de Québec.

Parmi ses plus mémorables discours de l'époque figurent ceux qu'il Prononça sur l'affaire Riel.

Les débuts de cette affaire, qui fit alors tant de bruit remontaient à 1869, Le EOuvernement canadien avait acquis des territoires au Nord-Ouest qui étaient la propriété de la baie d'Hudson.

Il aurait fallu d'Ottawa une proclamation, annonçant

rieuse ; et finalement les Métis s’insurgèrent et: formèrent une sorte de Souvernement ayant Riel à sa tête. Jæs troubles de la Rivière-Rouge eurent un grand retentissement dans le Pays ; le gouverner 2t, après bien des tergiversations, sût y mettre fin ter: -irement, çn

mandat à Cartier, battu à Montréal ; mais en 1874, il fut réélu dans Provencher et quand il parut à Ottawa, on voulut lui refuser de prendre son siège à la Chambre.

Laurier avait prononcé un premier discours sur la question, en 1874, départageant les torts et taxant le gouvernement conservateur de la veille de négligence et de maladresse. Quant à Riel, élu par le peuple, il avait tous les droits de siéger et comme le disait Laurier en se résumant :

“Nous n'avons pas de preuves des faits sur lesquels repose le motif d'expulsion ; adopter cette motion ne serait pas seulement commettre un acte arbitraire, ce serait établir un précédent qui serait un danger perpétuel pour nos libres institutions.”

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