‹ Le libéralisme de Laurier [microforme]Chapitre 3 sur 7 · AR COX · texte numérisé non relu

AR COX

Mais la secc: de insurrection des Métis en 1885 fut beaucoup plus sérieuse.

Ceux-ci se plaignirent que les conditions de l’arrangement convenu après les troubles de 1869, n'étaient pas respectées. Le gouvernement leur avait promis des terres dans la Saskatchewan ; les Métis soutenaient que l'octroi n'était pas conforme à ce qu'ils avaient droit d'attendre et ils demandaient que ces terres aient un front sur la rivière.

Je n’entends pas ici réveiller cette question morte de- Puis trente ans et qui est maintenant purement historique. Mon seul but est de montrer comment, sous les faits particuliers, s’affirmeit cette mentalité constante de Laurier, par où se manifestait déjà un large libéralisme.

Les Métis, ayant réclamé en vain l'attention du gouvernement pendant 5'usieurs années, invoquèrent l’intervention de Riel ; celui-ci accourut d'Ottawa et se mit à leur tête en 1885. L’insurrection éclata au mois de mars et fit l’objet d’un nouveau débat à la Chambre des Communes.

L'attitude prise alors par Blake, chef de l'opposition libérale et par Laurier fut que le gouvernement MacDonald avait été incroyablement négligent, qu’il aurait pu pacifier les Métis par des concessions intelligentes et qu'on aurait dû procéder par la conciliation. C'était bien une attitude toute libérale. Et Laurier terminait son discours par ces fières paroles :

“Ce n’est pas contre Sa Majesté la Reine qu'ils, (les Métis) se sont révoltés ; c'est contre la tyrannie du gou- Vernement canadien. Il est très possible que les Métis, à

n'aient pas été en réalité régime britannique parce que, jusqu'à présent, ce drapeau confié aux mains des dé-

fidèles et aussi loyaux que les autres : — Rendez justice à ces hommes, accordez-leur leurs droits, traitez-les comme vous avez traité le peuple du Bas-Canada depuis quarante ans ; et bientôt vous aurez le contentement, la paix, l'harmonie dans toute l'étendue de ces territoires où règnent aujourd'hui la discorde, la haine et la guerre, au détriment du pays.” X KI

Le gouvernement Passa outre, réprima la révolie par la force et Riel périt sur l'échafaud en 1886.

Cette exécution, qui avait comblé de joie les ultraloyalistes d'alors, scandalisa par contre tous les vrais

quel Laurier Prononça ce qui est resté dans le souvenir de tous, l’un des plus forts discours de sa longue carrière parlementaire,

11 défendit la cause de la modération, de Ja vraie et haute justice, de l'humanité, avec des accents et une éloquence qui lui firent donner dès alors le titre de “premier de tous les orateurs canadiens”, titre qu'il a glorieusement porté depuis lors jusqu’à ses 4 rniers jours.

Il ne voulut pas innocenter Riel,, isil montra que sa faute était excusable ; il établit € ns quelle mesure le

contrecoups.

Il montra que les Métis avaient accumulé pétitions sur pétitions, mais s'étaient heurtés à l'indifférence incurable du gouvernement :

“Quand la semence de l'injustice, disait-il, a trop longtemps germé dans le coeur de l’opprimé ; duand les années y ont accumulé une trop forte dose d’amertume pour

qu'il puisse plus longtemps ln contenir ; quand les humiliations, les déceptions ont rendu l’homme farouche, désespéré ; il arrive alors un moment où le moindre incident suffira pour déterminer une conflagration, tout comme une étincelle échappée dans ia prairie peut à certains moments y allumer un incendie que rien ne pourra éteindre,”

Ces hommes étaient dans le tort, soit ; et une fois la rébellion soulevée, il fallait la réprimer. Mais il fallait également proportionner le châtiment aux circonstances.

Un langage si fier et si tolérant scanialisait naturellemnet les journalistes et les députés torys. Mais Laurier ne s'en souciait ; il les devinait bien alors, tels qu’ils ont toujours été, tels qu’on les connaît encore aujourd'hui :

“Les torys, de tout temps, disait-il, se sont targués de loyauté pour la prêcher aux autres. Ils ont toujours ét forts en loyauté, tant qu’elle leur rapporte profit.”

(Ne dirait-on Pas, dans cette boutade de 1886, une condamnation du &ouvernement d'union de 1918, ultra-loyaliste à son avantage et si farouche au sujet de la vertu des autres ?)

Mais Laurier n’entendait Pas qu'on lui donne une leçon de loyalisme :

“Je ne permettrai certes Pas à ces hommes de me donner une telle leçon. Je suis sujet britannique, et je m'honore, autant que qui que ce soit dans cette Chambre, de ce noble titre, Mais que l’on n’attende pas de moi que je laisse ce gouvernement fouler aux pieds des compatrio-

représentants ; ce n’est pas là ce que j'entends par loyalisme ; j'appellerais plutôt cela de l'esclavage.”

Laurier discuta minutieusement les détails du procès. Il démontra d’abord que celui-ci n'avait pas été convena-

“On dit qu'il y a eu un procès équitable. Je le nie formellement. Je ne reviendrai pas sur les arguments qui ont été invoqués à ce sujet ; je me contenterai de signaler une seule particularité à l'attention de mes collègues. Cet homme a demandé un délai d’un mois pour son procès ; il a obtenu huit jours. Etait-ce là de la justice ? Etait-ce de la justice britannique ? Etait-ce donner “fair play” à l’accusé ?”

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Il serait fastidieux, à cette heure, de reprendre toute la dialectique serrée :+ ferme de l'orateur, portant sur des faits si lointains. Après avoir avec une Patience admirable refait l'historique des insurrections, Laurier rap- Pelait avec quelle obstination le gouvernement s'était ré. fusé à toute clémence :

“Après ce procès incomplet, disait-il, le jury a recommandé le prisonnier à Ja clémence du tribunal. Le ministre des Travaux Publics a dit l'autre jour que c'était chose toute ordinaire que ces recommandations à la clémence du tribunal, Assurément, ce ne sont pas là des choses eytraordinaires ; mais ce qui est très extraordinaire, par exemple, c'est que le &ouvernement ne tienne aucun compte de ces recommandations. C'est là le fait extraordinaire qu'on a vu en cette occasion.”

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