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Mais ce qui doit nous occuser surtout, — dans une étude du caractère général de la nôtre, — c'est le principe dominant qui guidait Laurier en cette occasion.
Pou: lui l'exécution Riel, outre qu’elle était d'une rigueur inutile, offrait l'inconvénient plus grand encore d'apporter une mauvaise solution à une situation délicate. Elle ne pouvait qu'exaspérer les Métis, au lieu de les concilier, Et il concluait Par une page magnifique qui contenait la leçon dernière de son admirable discours :
“Ah ! oùi, le Bouvernement a convaincu tous ceux dont il parle, Métis, Indiens, colons de race blanche, de la force de son bras, de sa toute-puissance à châtier. Plût au ciel qu’il se fût donné tant de peine pour les convaincre tous, Métis, Indiens et colons de race blanche, de son ‘désir, de son bon vouloir de leur rendre justice, et les traiter généreusement ! S'il avait pris le même soin pour faire le bien qu’il a pris pour punir le mal, jamais il n’eût eu besoin de prouver à ce peuple que la loi ne saurait être violée impunément, parce due jamais la loi n’aurait été violée en rien.”
Pour les Métis, Laurier les plaignaient beaucoup plus qu’il ne songeait à les condamner. Ils n'avaient pu obtenir justice par la paix et ils l'avaient demandé à la guerre ; ils avaient offert leur vie même pour la défense de leurs droits :
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“Leur chef est dans la tombe à ils sont eux-mêmes dans les fers, mais du fond de leurs cachots, déjà ils peuvent voir qu’elle s'est levée sur leur pays l'aurore de cette liberté qu'ils ont réclamée en vain, mais pour laquelle ils ne se sont pas battus en vain.”
Car, au moment où parlait Laurier, déjà plus de deux mille réclamations des Métis avaient été reconnues ; et le gouvernement promettait enfin à ces territoires une représentation, que depuis si longtemps réclamait l'opposition libérale.
“C'est la dernière conquête de cette insurrection, concluait l'orateur, Oui, je le répète encore, leur nartyre a préparé le triomphe de leur Pays ; et ce seul fait nous prove qu'il y avait là cause suffisante, i-dépendamment de toute autre, pour se montrer clément envers celui qui est mort et ceux qui survivent.”
C'était là de nobles accents qui soulevaient autour de la personnalité de Laurier l'admiration enthousiaste de tous les amis de la liberté !
III. — Laurier devient chef de l'opposition. — Les biens des Jésuites, — La question du fran- Gais dans le Nord-Ouest, — Les école: du Ma.
nitoba. — La victoire de 1896.
et sa religion ne nuisent au succès de son parti, — c'est une hésitation à laquelle il fit souvent allusion dans la suite, — on le Convainquit d'accepter ce poste. Et l'on sait à quelle gloire il devai, conduire les destinées du parti libéral.
Chef de l'opposition Laurier resta fidèle à ses prineipes de tolérance et de liberté.
Ici encore, il me faut choisir ; j'en veux citer quelques exemples essentiels qui répondront des autres,
une résolution demandant au Souvernement fédéral de désavouer l'acte de la législature de Québec rétablissant les Jésuites en Possession de leurs biens. (Mercier était alors premier ministre à Québec).
Le gouvernement MacDonald refusa de se rendre à la
demande de McCarthy et de son petit groupe de fanatiques. Et prêtant main-forte au gouvernement, en toute liberté d'esprit et de conscience, Laurier défendit avec beaucoup de chaleur la cause des Jésuites (il n’est pas mauvais de le rappeler), en même temps qu’il réclamait Pour sa province le droit strict de légiférer en la matière.
“Pour notre part, disait Laurier, nous avons toujours soutenu que le seul moyen de maintenir la confédération est de reconnaître que, dans sa sphère, dans la sphère que lui assigne la constitution, chaque Pr-vince est aussi indépendante du contrôle du parlement fédéral, que l'est ce dernier du contrôle des législatures provinciales.”
Un autre des arguments de Laurier c'était que l’arrangement donnait satisfaction même à la minorité protestante de notre province.
L'acte avait été adopté unanimement dans Québec et M. Mercier avait pu parler dans les termes suivants de l'attitude prise par ses collègues protestants :
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“Je remercie les députés protestants de la modération qu'ils ont montrée en discutant cette question. C'est d'un bon augure. L'unanimité, qui existe maintenant, est une preuve que les différentes races dont se compose notre population, vivent en paix et en harmonie et étudient les questions les plus délicates avec cet esprit de conciliation qui a fait des merveilles, lorsqu'il est convenablement dirigé.”
Cette législation cependant ne donnait pas satisfaction à certains amis protestants d'Ontario et de l'ouest. Mais, puisque les protestants de la province de Québec étaient sitisfaits, qui pouvait trouver à redire ?
Mais c'était surtout sur ses grands principes de tolérance et de conciliation que Laurier appuyait son attitude :
“Depuis plus d'un siècle les libéraux anglais ont été champions de la liberté dans tout le monde, et si nous avons la liberté aujourd'hui, telle que nous la ccnprenons dans ce pays et dans notre siècle, ‘:st en grande partie aux efforts du parti libéral d'Angleterre que nous le devons. Il y a longtemps qu'ils ont compris que la liberté n'est ps seulement pour les amis de la liberté, mais pour tout le monde. Ily a longtemps qu'ils ont compris que la sécurité de l'Etat dépend absolument de la plus entière liberté accordée à toutes les opinions, que chacun doit avoir la liberté de son opinion, qu'elle soit bonne vu mauvaise, et qu’il faut accorder la plus entière liberté à toutes les opinions et laisser le jugement du peuple décider entre le grain et l'ivraie, choisir l’un et rejeter l'autre.
“Voilà le principe que, dans la mesure de mes forces j'ai essayé depuis des années d’inculquer dans l'esprit de mes concitoyens d’origine française. Ce principe, joint à une fidélité inébranlable aux principes les plus larges de la liberté constitutionnelle, c’est l'étoile qui me guide et que, dans la position que j'occupe aujourd’hui et dans toute position qua je pourrai occuper pendant ma vie, je m'efforce”ai toujours de suivre.”
Le gouvernement MacDonald, à qui la fière attitude de Laurier avait singulièrement facilité la tâche, repoussa la proposition McCarthy ; et les Jésuites furent confir-
més dans la propriété que leur avait concédée Mercier à Québec.