‹ Le libéralisme du P. HyacintheChapitre 4 sur 19 · DI · texte numérisé non relu

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aveuglement ils dirigeront contre la société. Car les sociétés ont pour base des principes et des lois sans lesquelles elles ne peuvent subsister, et que le peuple bien souvent s^est cru le pouvoir de détruire, le jour où on lui dit qu'il était libre. Le droit pour lui ne fut plus qu'une chose qui se prouve par Tépée *, il effaça le mot justice et mit à la place la force, la force matérielle, car il n'en connaît guère d'autre, qu'il emploie sans discernement comme sans raison, la force brutale même dont il fit l'instrument de sa jalousie et de sa justice*, il pensa que la liberté supprimait le mot devoir ^ il ne connut plus ni maître, ni frein, ni loi, et il disait alors : La liberté est au-dessus de toute loi. Et nul jamais de ceux qui l'avaient poussé là ne se leva pour lui dire qu'il se trompait. Sa volonté devint sa règle et fut sa vérité, ou plutôt il n'y eut plus ni vérité, ni morale, tout fut livré à l'arbitraire, et il sembla que la liberté c'était l'abolition de Tautorité, la suppression de tous les droits, la confusion du juste et de l'injuste, du vrai et du faux, l'autorisation de dépouiller ceux qui étaient sans défense et d'opprimer la faiblesse. Ce fut un cloaque immense où grouillaient le vice et la honte à côté de la vertu et du courage, et d'où sortit un

maître puissant, un tyran superbe, posant sa main sur toutes les bouches, son épée froide et nue sur les cœurs palpitants, son pied sur toutes les têtes.

Cest Phistoire de^ révolutions sanglantes. Car les opinions renferment des principes, des germes que la parole et la presse de par le monde répandent à foison, comme s'il importait peu ce qu'ils produiront, ainsi que le vent disperse la graine sans penser ce qu'elle deviendra, un jonc qu'il fera ployer ou bien un arbre, refuge de l'oiseau dans la tempête. Et le négociant qui retranche de son rayon la marchandise douteuse parce qu'il ne veut pas tromper sa clientèle; et le juge qui punit les crimes ; et l'avocat qui fait profession de défendre la vérité; et le prince qui dit : Le peuple est ma famille et je suis son père; et le sage philosophe qui passe ses veilles à la recherche de la vérité et du bonheur; et cet homme qui ne voudrait point, dans l'âme de son fils, laisser développer des principes qui lui paraissent faux ; et la société tout entière comme une marâtre dit: A celui dont l'intelligence a besoin de guide, à l'aveugle, au malheureux qui dévore sans regarder, jetez à pleines mains, jetez sans remords ce qui tue comme ce qui fait

vivre; laissez le poison étaler ses fleurs superbes à côté de riiumble et solitaire plante; laissez le mensonge avec la vérité; toutes les doctrines ont droit à la lumière ; il n'est pas juste de protéger ce qui est bon, d'extirper ce qui est mal.

Ne poursuivez pas ou j'aurai mon tour.

Qu'importe à ceux qui prétendent éclairer les peuples et dont la parole dirige les hommes; qu'importe que le monde soit trompé et victime de son erreur?. ils n'ont point de responsabilité. Ils n'ignorent point la cause des bouleversements des empires et des malheurs populaires, mais leur mission est de regarder impassibles et muets comme si leurs yeux aimaient à se repaître de sang, de cadavres et de ruines? Contemplerontils la lutte avec indifférence ? Applaudiront-ils à la force, ou leur âme va-t-elle s'apitoyer sur le "sort des vaincus?.... Peut-être ils attendent, ils désirent les jours de la mêlée pour saisir un lambeau de pourpre et une « part de royauté. »

Briser la coupe empoisonnée près des lèvres qui vont boire la mort, arracher le poignard à la main de celui qui va se percer le sein, est-ce un devoir ou un crime ? Et quand l'homme s'arroge tant de libertés, pourquoi n'y a-t-il que celle de

— r)4 — faire du bien qui lui soit interdite, et pourquoi Test-elle au nom de la liberté ?

Presque tous nos philosophes et nos légistes sont devenus sceptiques, ils ont après toutes leurs recherches, après mille déductions, écrit ce mot de glace : « Qui sait?... » Le plus haut degré de la science est de ne rien affirmer, et leur sagesse consiste à n'avoir point de croyance. Ils nous disent, les savants, que nous nageons dans le doute, et c'est avec le doute qu'ils attaquent et qu'ils se défendent.

Cependant ils prétendent édifier des systèmes, et sur quelles bases ? Ils ont rejeté le seul fondement solide et durable de la morale et des lois : la vérité. La vérité est le ciment qui unit, le peutêtre est quelque chose qui désagrège tous les éléments et les dissout. La morale n'est qu'un mot si les croyances n'ont rien qui les appuie; les lois ne peuvent reposer que sur des principes certains, et la sagesse ne peut exister que dans le vide. Depuis que l'opinion, avec ses visages différents, a remplacé la vérité, il n'y a plus rien de

stable, tout s'affaisse, tout s'écroule. Le doute est une onde qui fuit entraînant avec elle tout ce qu'on bâtit sur ses bords. Que de fois, depuis un siècle, vos constitutions n'ont-elles pas été bouleversées ! que de systèmes ont surgi pour être engloutis l'instant d'après ! La grandeur et la puissance s'évanouissent comme les pensées; le sol mal affermi fait chanceler toutes choses et jette partout la confusion et le désordre.

Mais ils sont parfois superbes dans leur entêtement, et bien crédules, ces esprits forts qui feignent de ne rien croire. Se trouvent-ils en présence de faits nombreux dont la raison ne se ïnd pas compte, mais attestés par des témoignages qu'il n'est pas permis de révoquer en doute, si ces faits contrarient leurs opinions, avec un insolent sourire ils leur opposent la dénégation écrite d'un seul homme qui, sans approfondir le sujet, se borne à expliquer son incrédulité en disant : Je ne crois pas parce que je n'ai pas vu, et parce que je ne comprends pas. Ils nient les faits pour ne pas croire aux principes, et ils ne veulent pas des principes qui confirmeraient les faits. Pour les persuader, il faut des preuves sans nombre et ils s'irritent de la prudence d'un

adversaire qui ne veut pas s'en rapporter entièrement à leurs appréciations. Mais comment feront-ils pour croire à Phistoire ? comment parviendront-ils à réunir la somme d'autorité que réclame leur raison lorsque des écrivains content des choses qu'ils n'ont point vues, et qu'il faut encore diminuer la créance qu'ils méritent du poids de la négation et du silence des autres historiens.

Ils me diront peut-être que rien dans ces choses ne contrariant leur raison, il faut moins de preuves pour les convaincre. Je veux bien l'admettre. Mais lisez et prêtez l'oreille : n'entendezvous point le langage étrange des incrédules de toute sorte? Ne voyez- vous point la bizarre confusion des idées, des opinions et des choses se livrant un combat mortel? Les uns nient le progrès de l'humanité, ou, forcés de le reconnaître, le maudissent comme un crime, et poussent la sauvagerie et la haine jusqu'à lui rejeter à la face les biens qu'il leur apporte; les autres ne veulent pas croire à l'éternelle lumière qui, venue du ciel, prête à l'homme sa flamme et ne peut rien recevoir de lui. Esprits étroits qui ne voient que d'un œil! on dirait qu'ils ne sont pas bien sûrs que Dieu soit l'auteur de toute science.

Ils ne veulent pas croire que c"est Lui, le maître de Tunivers, qui, une à une, à mesure que l'homme grandit, lui découvre ses merveilles. Ainsi que fait le père pour son enfant, sans jamais rompre le lien de dépendance et de soumission qui unit la créature à son Créateur, à la raison qui se développe, au jugement qui se forme appuyé sur les leçons de Dieu, c'est encore Dieu qui ouvre des horizons nouveaux, et les suivant de Poeil, les soutenant de sa force, les laisse marcher dans la carrière.

Ah ! je sais bien que Thomme souvent dépasse la limite, et c'est alors qu'il tombe; ce n'est pas de vouloir la liberté que je lui fais un reproche, mais d'entretenir une fausse idée de cette chose sublime et de ne pas apprendre à en user; c'est de ne pas savoir, ou peut-être vouloir allier dans une même pensée, dans un même monde, l'éternelle sagesse, l'immuable lumière et le développement de rintelligence humaine, la vérité qui est et la vérité que Phomme cherche, Dieu parfait et rhomme perfectible.

La gloire de l'Église, épouse du Christ et mère d'enfants qui vivent sur la terre, sera d'avoir compris et associé la stabilité et le mouvement, le repos et la course de l'humanité. Tandis

— d8 — que d^une main ferme elle retient les esprits sous le joug de réternelle vérité, elle étend l'autre bras pour guider et protéger les sciences. Au milieu de Pespace elle a fixé son soleil, et ses astres errants vont à d'autres mondes demander leurs secrets. Elle condamne ceux qui, réfugiés sous son drapeau, le déshonorent et voudraient en son nom immobiliser l'intelligence, la raison, et les peuples qui croient voirie diable partout essayent de fermer le rideau que Dieu écarte. Elle condamne aussi ceux qui, prosternés devant l'intelligence humaine, rapportent à elle seule tout progrès, et prétendent soumettre la religion à ses lois. A celui qui, sous prétexte qu'il ne comprend point, refuse de croire les mystères que Dieu a révélés, elle montre ces mystères non moins incompréhensibles que la nature le force d'admettre, comme un défi qu'elle lui jette, un soufflet appliqué sur son aveugle vanité, une vengeance pour son incrédulité.

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Cependant ces hommes qui doutent de tout exigent parfois tant de crédulité ! Je les entends lorsqu'ils s'entretiennent de politique, je les entends nous dire d'un côté : La France s'est formée, agrandie, elle a été florissante sous les rois pendant quatorze siècles*, revenez donc. Français, à la monarchie de Louis XIV. Et de l'autre : La monarchie ne peut plus vivre sur le sol libre de notre France ; cinq maîtres depuis le commencement de ce siècle se sont emparés d'elle et ils ont été renversés. Voyez comme sont prospères les États-Unis. Et les républicains ne peuvent souffrir qu'on les reporte vers le passé., et les royalistes ne veulent pas qu'on leur oppose une république lointaine qui ne compte encore qu'un siècle. Et tandis qu'ils se montrent l'un à l'autre le modèle qu'ils trouvent conformes à leurs opinions, opposant la Russie à l'Angleterre, la vieille Amérique à la vieille France, qu'ils présentent pour pièces de conviction l'application de leurs principes par un seul peuple quelquefois différent par les mœurs, le caractère,

— 6o -^ la civilisation, les influences sociales, les époques, et qu'ils veulent être approuvés, ils se renvoient ces mots : « Que me font vos exemples ? Un exemple ne suffit pas pour fonder un principe. »

Et c'est cependant à la raison, qui se laisse aller aux contradictions que nous trouvons partout, que nos doctrines tendent à enlever tout frein et à donner la supériorité même lorsqu'il s'agit de religion. Inconséquents et aveugles, les hommes qui punissent le crime sont aussi ceuxlà qui trouvent juste de laisser subsister les principes qui y conduisent. Ils me paraissent sincères, mais je ne sais, hélas! quel bandeau ils ont sur les yeux. Tandis que d'une main la société signe l'arrêt qui met en prison le voleur et fait monter l'assassin sur l'échafaud, ce que quelques-uns appellent le progrès moderne lui fait écrire de l'autre : Que toutes les doctrines sans exception puissent vivre et se développer, nous n'avons pas le droit de les retrancher. Il abat les fruits et laisse subsister l'arbre ^ que dis-je? il le protège et veut qu'on le respecte.

J'ai, nous dit une liberté moderne, fait place à tous les systèmes, à tous les enseignements; les chances sont égales ou plutôt tout l'avantage

— 6i -est pour la vérité à qui je donne ainsi l'occasion de remporter un éclatant triomphe. Est-ce insolence ou simplicité? Non, certes, les chances ne sont point égales. Le sol n'est-il donc rien pour la plante ? La position n'est-eile rien pour une armée en un jour de bataille? Les braves ne sont-ils pas morts tandis que la ruse, la lâcheté, la faiblesse remportaient des victoires? La terre, sachez-le, est devenue le champ du mensonge; la vérité n'y peut vivre qu'à force de soins et de culture; et vous jetez auprès d'elle l'erreur que le sol favorise, et qui tantôt fortifiée par les passions humaines, étoufiera la plante du ciel, languissante déjà sur un sol étranger. Le laboureur, lui, passe au crible la semence qu'il doit jeter en terre, il arrache l'herbe qui étouffe la fleur, détruit le ver qui ronge le pied de l'arbre.

Mais soit, regardez avec complaisance grandir le serpent et pousser les dents du tigre ; pour attaquer le mal, attendez qu'il ait saisi sa victime; et de quel droit la lui arracherez-vous?... et avec quelles armes, quand votre ennemi sera devenu plus fort que vous? Lorsque toutes les opinions sont légitimes, ces actes qui en sont l'expression sont légitimes aussi ; nul n'a le droit de punir un

-^ 02 — homme qui agit conformément à des croyances autorisées. Permettre à un individu de choisir ce qui lui paraît meilleur, et le garrotter au nom de la société qu'il troublerait en Taccomplissant, serait une inconséquence et une insulte.

Juge, descendez de votre tribunal, il n'y a plus de criminels ; le criminel ce serait vous si vous attentiez à la liberté des actes ; quand la raison a été déclarée indépendante, le voleur peut dire que la propriété est un vain titre, que la terre est à tous, qu'il est juste que le pauvre prenne au riche de quoi satisfaire ses besoins ou ses caprices: l'assassin peut avoir une vengeance à exercer, et la vengeance lui apparaître comme un devoir. Avocat, pourquoi employer tant d'heures à prouver l'innocence de votre client ? Vous avez pour lui une excuse si facile ! Le crime cesse d'être un crime, il n'y a rien de répréhensible lorsqu'il est la règle forcée de l'homme vicieux conséquent avec lui-même.

Et c'est la conclusion immédiate et inévitable de vos principes, venin que le serpent caché sous les fleurs dépose comme un germe qui se développe et produit la mort. Car le mépris de l'autorité doctrinale de l'Église, c'est cette indépenpendance de laquelle il est facile de déduire le

•^ 63 — droit de juger de toutes choses, d'ériger sa volonté en loi suprême et d'agir conformément aux opinions justes ou erronées que Ton se fera des choses.

Vous m'objecterez peut-être que je recule les" bornes au delà de la vérité, que mes conclusions sont outrées, qu'il est des limites que la raison n'a jamais essayé de franchir. Soit, j'en conviens avec vous : la vertu commande le respect, et le vice malgré lui l'admire et se cache. Il est des principes tellement naturels que chacun les retrouve en lui-même, unis en nous, pour ainsi dire, faisant partie de notre âme, que dès lors l'homme n'a point créés, mais qui semblent avoir été traduits d'un texte primitif et universel, et que chaque peuple inscrivit en tête de son code. En vain vous lui en demanderiez la raison, il vous répondrait par les principes eux-mêmes et par leur universalité. La raison et la volonté humaines n'ont point osé les attaquer : elles sont venues mourir là comme les flots d'une mer calme expirant sur ses bords. Mais quand se leva la tempête, les vagues n'ont-elles point rompu les digues ? et quand la liberté fut laissée aux passions, montrez-moi donc les bornes qu'elles ont su respecter ; elles couvrirent la

raison elle-même et n'épargnèrent rien. En vain vous vous flattez de leur opposer des barrières, il n'en est plus. Lorsqu'un peuple abusé supprimait les lois, vous l'avez laissé faire et vous le forcez à respecter les vôtres. Vous ne le saisirez que le jour où il s'arrêtera de lui-même épuisé de fatigue. Et ce jour-là, tandis qu'il se reposera, un maître lui passera une chaîne au cou et le fera rentrer sous le joug. Ces commotions sociales qui renversent tout n'ont abouti jamais qu'à substituer un maître à un autre maître. Regardez seulement la Révolution française. Les siècles avaient en quelque façon consacré bien des injustices et des abus, et les libertés dont le peuple jouissait alors avaient besoin d'être élargies, mais on brisa d'un seul coup toutes les chaînes, et il bondit furieux ; puis ramassant ses liens, U étreignit ceux qui avaient été ses maîtres. Lancé dans la carrière ouverte, il se déploya et déborda partout. Il détruisit ce que les siècles avaient élevé, lesgrandeurs, lesbeautés, la gloire de la nation française *, il n'estima plus rien que la force des armes et la gloire qu'on ramasse dans le sang. De par la liberté il détruisait, pillait, égorgeait ; il en avait le droit : Dieu ne fit-il pas l'homme libre?... Et puis un jour

son courroux s'apaisa, vaincu par la fatigue, il voulut se reposer, il s'endormit... et s'éveilla aux mains d'un soldat. Ce soldat, lui aussi, avait aimé la liberté et il l'aimait encore; il aimait la gloire, il aimait d'être aimé, aussi il aurais voulu donner la liberté à tous les peuples du monde, faire invoquer son nom, s'entendre par tous appeler libérateur, mettre les rois au rang des sujets. Il était fier, le soldat, et ne voulait s'abaisser que devant Dieu. Il sentait au fond de son âme cette passion qui fait les conquérants et les grands hommes ; l'ambition, c'est la marque des grandes âmes, et Mirabeau disait que la vertu consiste à savoir la tourner vers le bien. Quand donc il n'eut plus d'ennemis à vaincre, le guerrier français, ne pouvant étancher sa soif de conquêtes, après avoir combattu pour la liberté il voulut en triompher. Séduit d'ailleurs par la beauté du sceptre, enivré de louanges, entouré de flatteurs, admiré de tous, qui eût pu résister à tant de séductions, attendre plus patiemment que lui une couronne avec le titre de roi ou d'empereur ? Cependant on lui a reproché son infidélité ; mais lui, il vivait avec le peuple, il l'avait étudié, il l'avait vu à l'œuvre, et sentant peut-être quecepeupleavaitbesoin d'un maître, il

s'était dit : Je me suis battu pour lui dans ses rangs, je Tai conduit à la victoire, et j'ai bien quelques droits à son amour et à son obéissance. Mais vous qui essayez de faire dans Tordre moral ce qu'il fit dans l'ordre politique, avezvous du moins les mêmes motifs d'excuse qu'il avait ? Toutefois, je ne veux pas juger ici les révolutions ni les hommes qui y prirent part; je ne veux point tenir cette balance où beaucoup les ont pesés devant l'histoire*, mais aveuglés souvent par leurs vues particulières, ne montrant que les principes ou les résultats, oubliant les crimes ou les gloires, ils ont émis des opinions trop diverses pour n'être point contestables. Je comprends les révolutions qui bouleversent les empires, mais je ne saurais les approuver. Je pense que les résultats ne peuvent jamais justifier les moyens criminels, et que les choses bonnes qui nous ont été données par nos révolutions auraient pu s'obtenir plus lentement, c'est vrai, mais du moins sans honte. Ce que je veux surtout, c'est montrer la cause des excès des peuples, la source de ce terrible courant qui les entraîne en les souillant de sang et de boue. Sans doute le despotisme des souverains a eu quelquefois sa part de responsabilité, les causes matérielles ont joint

leur effort aux causes morales qui les avaient engendrées, mais ce sont les fausses doctrines qui, prêchant une indépendance funeste à la vérité, à la justice, à Tordre, ont éloigné Thomme du bonheur en éveillant dans son âme des désirs qu'il ne peut satisfaire, et l'ont poussé aux excès pour lui faire atteindre le fantôme.

Peuples abusés, vous laisserez- vous donc toujours tromper par les mêmes mensonges, oubliant chaque jour la ruse de la veille? Enfants qu'on amuse avec des hochets, qui les brisez et qui pleurez ensuite, qui prenez un mannequin pour la réalité, l'expérience ne vous viendra-t-elle jamais ! On Ta fait grand, on Fa paré, on lui a donné un nom qui fait croire à la chose, et vous avez été séduits par l'éclat, trompés par l'apparence. Cependant les plus coupables ce n'est pas vous -, il est difficile de résister à l'appât qu'on vous présente. Mais il faut surtout accuser ceux qui ont versé à la multitude, avec la liqueur, le poison qui produit un délire affreux, qui lui ont mis aux mains une arme qu'elle ne connaissait point et dont elle ne savait point se servir, qui lui ont jeté des mots dénaturés, corrompus dans le sens qu'on leur donnait, livré les lois, la morale, la conscience, la vie des citoyens, et

qui lui ont laissé croire que la liberté se fonde au milieu des cris et du tumulte, et se repose dans le sang.

Ceci me rappelle le mot d'un homme qui parle volontiers de la liberté, de la liberté politique, de la liberté de conscience, de toutes les libertés imaginables ; il a souvent aux lèvres le mot liberté. Il se dit libéral et il Test, vous allez voir. Il disait donc : Pour avoir la paix et la liberté en France, il faudrait égorger prêtres et religieuses. Vous Tenterdez. Eh bien! c'est lui, lui-même, qui reprochant à l'Église son in tolérance, ose conseiller cette douce mesure. Et il nomme cela: justice, liberté, respect de la conscience. Et qu'est-ce donc qu'il nommera crime, oppression ?

Je sais bien que certains hommes appellent ainsi les moyens de persuasion qu'emploie l'Église pour propager la vérité, tandis que leur prétention d'être plus libéraux que les autres semble excuser leurs injustices et leur donner le droit d'être cruels : pourquoi font-ils ce qu'ils reprochent aux autres ? « C'est par ce moyen seu-

lement, nous disent-ils, que nous arriverons à Tordre et à la liberté. » D'abord ils outragent rhistoire, le bon sens, la vérité; mais passons là-dessus : je ne prétends pas rectifier toutes leurs opinions ; qu'ils me disent seulement si la fin, suivant eux, justifie les moyens, et s'il ne faut que répondre de ses bonnes intentions pour avoir le droit de détruire et d'égorger. Une remarque : ils sont donc bien peu sûrs de leur argumentation, de la force de leurs raisonnements; ils jugent donc bien peu solides leurs pièces de conviction , puisqu'ils ne voient point d'autre moyen d'avoir raison de leurs adversaires que de les empêcher de se défendre ; qu'en pensez vous ?

Et ne me reprochez point de généraliser le fanatisme aveugle d'un seul individu. Ces mots sortis de la bouche d'un homme, je les aurais attribués à la passion qui s'évanouit ou bien à l'exaltation d'un cerveau malade, si les mesures violentes qu'ils réclament n'étaient pas le système d'une opinion qui se dit libérale, et si jamais ce système n'avait été essayé, en se restreignant toutefois dans des limites qu'il n'osait point franchir. Remarquez-le, je ne parle pas ni de notre révolution de gS, ni de la Commune

qui naguère ensanglanta Paris, mais de TAUemagne que vous regardez comme le porte-flambeau du dix-neuvième siècle, et à qui vous avez prodigué les louanges. « Ces loyales et robustes consciences allemandes » font saisir les prêtres et les évêquespour les jeter en prison. C'est ainsi que leurs gouvernements, selon ses espérances, se reconnaissent le devoir de protéger les droits de leurs sujets catholiques, aussi bien les droits des prêtres que ceux des laïques.

La même chose se renouvelle en Suisse. Votre ami M. Michaud, que vous avez entraîné dans votre chute, s'est fait plus que vous encore l'ennemi acharné de l'Église catholique -, il cherche à r étouffer sous le poids de ses incessantes publications. J'ai parcouru ces livres. Tous, chaque chapitre et chaque phrase, suintent la haine. L'ancien vicaire de la Madeleine ne se contente pas d'exhaler ce sentiment malsain, de le jflger dans des élucubrations plus singulières les unes que les autres; il a des visées plus hautes, il cherche avant tout à le semer dans le cœur des gouvernements : son programme exige une intervention à main armée. « Le minimum de répression nécessaire doit s'étendre aux agissements de la papauté, à l'administration extérieure

~ 71 — de r Église romaniste, à ses ordres religieux, à son clergé séculier et à la gestion de ses biens temporels. »

Que les gouvernements s'entendent pour bâillonner le pape et le sabrer s'il le faut. De la sorte, il ne condamnera plus les hérésies, il ne résistera plus aux exigences de ses persécuteurs, sa parole n'affermira plus les consciences faibles, et l'Église décapitée s'en ira à la discrétion, à la merci de toutes les erreurs.

Que les gouvernements lancent leurs gendarmes contre le clergé séculier qui prêche, baptise et administre les sacrements^ qu'ils le fassent saisir, condamner arbitrairement, emprisonner ou chasser comme on chasse un troupeau de bandits^ de la sorte les apostats s'installeront en paix dans les églises et les presbytères vides des cantons catholiques.

Je sais bien que les gouvernements et leurs protégés appellent les mesures violentes employées contre TÉgUse des moyens de légitime défense. Ce sont les grands mots qui voilent leurs injustices, qui légitiment la violation des traités et des droits les plus sacrés, c'est le Hnceul dans lequel on ensevelit la victime. Déjà le vieil empire romain avait trouvé ce prétexte, et tous les

gouvernements depuis Font invoqué. Que réclamaient-ils ? de quelles agressions avaient-ils à se défendre ? L'Eglise leur avait-elle volé des provinces? Non; elle avait accepté l'indépendance qu'on lui avait offerte, elle n'en voulait pas davantage. Elle distribuait les couronnes que princes et peuples déposaient entre ses mains, et donnait aux nations les terres du nouveau monde. Troublait- elle la paix des empires? Non, plutôt elle la rétablissait; elle disait aux sujets : « Soyez fidèles à vos princes; » faisant aux nations comme aux individus une loi de la justice, elle sauvegardait les intérêts de tous, et les rois venaient la prier de terminer leurs différends.

Pour avoir le droit d'invoquer la légitime défense, il fallait imaginer des griefs ; et quoi de plus facile ! Pour attaquer il fallait des prétextes, on en a trouvé. Quant aux causes, elles ont été différentes pour les hommes et pour les époques, mais il en est qui sont permanentes : la justice inflexible avec laquelle l'Église remplit la mission qu'elle a reçue d'annoncer à tous la vérité et de reprendre avec douceur, mais avec fermeté, le prince orgueilleux comme l'humble sujet; la jalousie irritée de voir grandir l'influenee de celle

que les puissances temporelles ont parfois regardée comme une rivale ou une ennemie. Leur frayeur est la frayeur d'Hérode à la naissance du Christ, etleur cruauté futparfoiségaleàsa cruauté.

On appellerait lâche et assassin Phomme armé qui se battrait contre un ennemi sans armes; et les gouvernements ont employé la violence contre une puissance qui n'a point de soldats et ne se défend qu'avec la patience et la parole de la vérité qu'elle n'a pas le droit de tenir secrète. La courtoisie n'a point examiné si les armes étaient égales; elle s'est dit que peutêtre l'un des adversaires serait blessé, mais que l'Église immortelle ne tuerait point le gouvernement ; ceux qui n'ont de foi qu'à la force matérielle ont même applaudi à l'injustice, et la vertu et l'austère courage du libéralisme moderne l'ont approuvée. Car le libéralisme dont je parle ce n'est point la liberté, ce n'en est que le masque et le nom, c'est le mensonge de la liberté.

Ce parti grandissant sous une enseigne trompeuse est une génération de traîtres qui souvent se firent aimer à leur naissance et puis maudire ensuite. Ils réclament pour tous des libertés qui appartiennent essentiellement à tous, que les gouvernements trop absolus ont souvent violées

pour leur malheur et pour celui de leurs peuples; et lorsqu'ils les ont obtenues, ils prétendent seuls en profiter et à leur tour ils deviennent tyrans. Les représailles sont-elles leur but? Non. Est-ce Tamour de l'autorité qui les guide par des voies détournées ou les fait suivre le large chemin cachant des armes sous leurs manteaux? Peut-être. Mais beaucoup dont les vues sont droites n'ont trahi la liberté que parce qu'ils ont été entraînés par d'autres moins sévères ou sollicités par les passions lorsque le succès a semblé couronner leurs efforts.

Pourquoi la Révolution, après avoir proclamé la liberté des cultes, a-t-elle forcé les citoyens à se prosterner devant une divinité qu'on ne voulut point, qu'on n'osa point peut-être appeler du nom de vérité ? On adorait la Raison déifiée sous l'image de la raison avilie, dégradée, esclave des passions les plus infâmes, la raison qui n'était plus et que des instincts pervers remplaçaient. Pourquoi cette même Révolution, qui avait réhabilité les membres de la société privés justement de leurs droits, a-t-elle dressé des échafauds permanents pour ceux qu'elle appelait les ennemis de la patrie, parce qu'ils ne pensaient pas ainsi que ses maîtres ? Ceux qui d'une main gra-

vaientsur les murailles : Liberté, Égalité, Fraternité, de Tautre montraient au peuple, derrière cette même muraille, le citoyen dont la conscience était inviolable et qu'il fallait saisir ; plus loin, Pobscure prison où on le devait jeter. Et les bourreaux faisaient tomber les têtes pendant que Ton chantait :

Descends, ô Liberté, fille de la nature; Le peuple a reconquis son pouvoir immortel : Sur les pompeux débris de l'antique imposture, Ses mains relèvent ton autel.

Le soldat qui s'était battu pour la liberté et avait dit : « L'empire de la loi finit où commence celui de la conscience», n'a-t-il pas dit aussi qu'il ne voulait point qu'il s'établît de nouvelles religions « que les juifs ne sont pas de la même catégorie que les protestants et les catholiques, qu'il faut les juger d'après le droit politique et non d'après le droit civil, puisqu'ils ne sont pas citoyens» ? Ne voulait-il pas leur interdire le commerce parce qu'ils sont juifs ? N'estce pas ce que vous appelez liberté qui persécute en Suisse et en Allemagne ? Et ne sont-ce pas encore les libéraux de France qui aujourd'hui voudraient nous retirer la liberté de l'enseigne-

ment, souvent accordée sur le papier, refusée dans la pratique? Je n'examine pas quelles seront les conséquences de la création des universités libres au point de vue de PÉtat. Toute chose a ses avantages et ses inconvénients. Mais ce que je constate, ce sont les restrictions que les plus avancés en fait de libéralisme croient devoir apporter à leurs principes.

Ils sentent que la liberté ne peut être absolue, et c'est ainsi que souvent leurs actes démentent leurs paroles et qu'ils se trouvent en opposition avec eux-mêmes. Et parfois ils éprouvent je ne sais quel besoin de restreindre d'autant plus la liberté qu'ils l'ont prêchée plus haut. Car de tant de contradictions et d'inconséquences, s'il faut accuser l'inconstance humaine, ce qu'il faut reconnaître surtout, c'est que la faiblesse et la petitesse de l'homme, jointes à son ambition, en font ordinairement un être exclusif.

Charmé par une image lointaine, il laisse son imagination en grandir les traits et les défigure en voulant les reproduire. Séduit par une pensée, il la poursuit, il veut la saisir, lui donner un corps, l'animer; son regard troublé confond l'ombre et l'objet; ne voyant qu'une chose, il en exagère les proportions et ne sait point la mettre

/ / en harmonie avec tout ce qui Tentoure ; il voudrait en remplir Tunivers. Il dresse un colosse au milieu du désert qu'il a fait-, parce qu'il est exclusif, il devient excessif; la sève destinée à plusieurs germes ne nourrit qu'une plante qui grandit sans porter de fruits et qu'un jour la foudre renversera comme elle frappe l'arbre solitaire au milieu de la plaine. Souvent l'homme ne sait point garder de limites; et quittant la sphère dans laquelle Dieu l'avait placé, son intelligence est ua soleil qui brûle ce qu'il devait réchauffer et laisse dans l'ombre ceux qui attendaient sa lumière, un astre éloigné de son orbite qui pâlit et s'éteint devant l'astre immortel, un rayon qui s'évanouit.

C'est ainsi que sont tombés les esprits subtils et les intelligences les plus fières, surtout lorsqu'elles ont été servies par la vanité et par une imagination vive et passionnée qui trop souvent rompt son frein. C'est ainsi que l'homme fit des remèdes un poison, du souffle qui anime, un air qui corrompt, de la puissance qui attire et dirige dans le chemin, une force aveugle qui engendre la mort, semblable à ces machines roulantes dans l'espace, que la vapeur entraîne sans guide, perdant, non sans danger, des forces

qui auraient pu être utiles, et ne s'arrêtant que faute d'aliments ou vaincues par Tobstacle qui les brise.

Mais qu'est-il besoin de vous opposer les restrictions apportées à la liberté par les libéraux eux-mêmes ; rappelez-vous le sacrifice que vous avez fait un jour à Cologne de votre liberté et de votre conscience.

Un vieux catholique, Reinkens, cherchait à établir au congrès de cette ville que les pi^êtres préposés à la confession des femmes troublent la paix des foyers. Il recueillit de chaleureux applaudissements-, sa verve caustique excita la gaîté railleuse des auditeurs; il eut à la tribune un véritable succès que Ton couronna plus tard en nommant Torateur, aimable et piquant, évêque des vieux catholiques allemands. Et ce jour-là, vous qui pardonniez au nom du Christ autrefois, vous avez laissé Timpie insulter à ce ministère auguste que vous avez exercé et vos disciples s'en moquer. Vous avez effacé ces lignes éloquentes et vraies qu'un jour vous aviez écrites : « Vous ne pouviez pas, vous, prêtres domestiques, disiezvous à répoux et au père, réaliser dans sa pléni-

tude et son efficacité la rémission des péchés... Nous sommes donc venus comme vos auxiliaires, comme vos suppléants.... Nous nous sommes souvenus que le Fils de Thomme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre, et en son nom, au nom de son Église, nous avons préféré cette absolution qui signifie et opère tout ensemble la délivrance des âmes.

« Voilà ce que nous avons fait, et nous avons bien fait !

« Et pour faire cela, nous avons prêté Toreille à des aveux que vous ne pouvez pas entendre.* Laissez-moi vous le dire, il y a des aveux qui doivent se faire à Tépoux et au père ; mais il en est d'autres qu'il ne serait ni sage, ni moral, ni même possible de lui confier. Il y a des confidences qui, au lieu de rapprocher les âmes, les désuniraient pour jamais, qui élèveraient des montagnes et creuseraient des abîmes entre l'imprudent qui les aurait faites et Timprudent qui les aurait écoutées. Dans la sainteté, dans Taustérité, dans la majesté du sacrement , nous pécheurs comme vous , mais ministres du Christ, nous avons entendu ces secrets terribles que nous livraient les âmes, nonseulement parce que Dieu le leur prescrivait

— 8o — comme un devoir, mais parce que la nature le leur imposait comme un besoin. Nous avons entendu à travers leurs larmes et leurs sanglots; nous avons entendu, mais nous n'avons pas parlé, et nous avons sauvé ceux que vous auriez perdus.

a Voilà ce que nous avons fait, et nous avons bien fait. »

Malgré les sinuosités que Ton remarque parfois dans ce discours, quelle différence entre ce langage et celui que plus tard vous approuviez par votre silence :

« Il existe des preuves sans nombre, a . dit Reinkens, que les femmes qui se font un devoir fréquent et rigoureux d'épancher leur cœur au confessionnal, et de s'adresser aux prêtres avec crainte et vénération, comme sHls tenaient la place de Dieu^ il est prouvé, dis-je, qu'elles perdent toute contenance devant les exigences des ecclésiastiques, qu'elles font des promesses et qu'elles tolèrent mille questions au sujet de la famille, dont le résultat est qu'elles perdent pour toujours la paix domestique, ou que leurs maris se soumettent et s'annihilent moralement à leurs propres yeux comme aux yeux des autres. »

^^^^CSnme s'ils tenaient la place de Dieu! » Vous Pavez entendu et vous n'avez point parlé; vous qui sans cesse vous défendez d'être un chien muet, vous avez consenti à le devenir, et vous

»ez laissé croire que vous vous êtes trompé ou que us avez étrangement trompé les autres lorsque, « ministre du Christ, vous avez entendu ces secrets terribles que vous livraient lésâmes )>,

(prsque vous avez écrit : « Nous nous sommes buvenus que le Fils de l'homme a le pouvoir le pardonner les péchés sur la terre, et en son kom, au nom de son Église, nous avons proéré cette absolution qui signifie et opère tout ensemble la délivrance des âmes. » Quelle confiance peut inspirer un homme qui s'abuse sur des matières aussi graves? Je ne veux pas dire qu'il se joue des autres, car vous ne l'avez pas fait. Non, mais pour conserver l'unité aussi longtemps que possible, ou bien descendant involontairement la pente funeste, vous, qui ne prétendez point faire de concessions de doctrines, mais ce qui voulez conserver la foi ancienne, telle que vous l'avez reçue de vos parents et de vos maîtres, dans l'école et dans l'Église », vous vous êtes humblement soumis au jugement de vos disciples, vous avez essayé d'abolir la confcs-

sion, vous avez changé d'opinion ou consenti à ce sacrifice que vous nous reprochez faussement d'avoir fait : le sacrifice de votre liberté et de votre conscience ! ! !

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