DE LA TRANSFORMATION SOCIALE
11 n'y a pas de transformation sociale sans la religion, et celle-ci agit principalement par l'éducation. -^ Le devoir, dont on prétend faire l'unique base des lois, a besoin lui-même d'un appui. — La science isolée de la religion est impuissante à transformer le peuple. — Vains prétextes allégués par les adversaires de l'enseignement religieux pour le négliger.
Tout le monde est d'accord sur Furgente nécessité de réprimer des abus qui ont fait déjà tant de ravages et exercé sur les individus et les sociétés des influences si funestes. Mais nos lois et notre police, dit-on, sont impuissantes ! Quoi ! vous nous condamnez, donc à suivre la
— j86 pente ! La Grèce et Rome sont tombées quand râpre amour du gain, Tavidité des richesses s Y furent indroduits : alors Tégoïsme prit naissance, le luxe effréné remplaça l'austère simplicité, et la mollesse le mâle courage. Et ces vices des peuples en décadence nous les retrouvons chez nous ! N'avez- vous rien pour les combattre ? Ne connaissez-vous personne qui les puisse extirper ? Vous admirez les lois et les vertus qui ont fait la grandeur et la force des républiques antiques ; mais alors pourquoi votre jeune république se rit-elle des enseignements du Christ et des préceptes de F Église qui sont le perfectionnement de la morale puisée par les anciens sages dans la loi naturelle ? Que diriez-vous si quelques-unes des lois de Lycurgue étaient renouvelées en France ? Gomment oseriez- vous encore les approuver, vous qui criez à l'intolérance con» tre le jeûne ordonné par l'Église et l'appelez une folie ?
Jadis chaque famille était une république dont le père était le chef-, de nos jours l'enfant, ordinairement, en est le tyran. Maître à sa naissance, lorsqu'il a grandi, il ne sait pas plus se . soumettre aux lois de l'État qu'à l'autorité paternelle; devenu citoyen, il ne respecte pas cet
— i87 — 'ordre qu'il n^a jamais connu et qui consiste à rester chacun à sa place, et il jette partout la confusion et le trouble. Habitué au collège déjà à regarder son maître comme un valet; oserai-je le dire?... encouragé par son père quelquefois à en faire le sujet de ses plaisanteries, Penfant apprend à rire des hommes et des choses qu'il devrait estimer : et celui qui ne respecte rien est un être malheureux et nuisible, abandonné à ses passions; un seul frein lui reste : le désir d'arriver aux honneurs, où Ton parvient le plus souvent par la flatterie.
Ah ! ce n'est pas seulement le manque d'instruction qui a causé nos malheurs et contribué à nous faire descendre de notre rang parmi les nations ; ce sont encore les défauts de l'éducation, qui perpétuent au sein de notre société ce manque de principes dont tout le monde gémit.
« L'état social d'un peuple, dites-vous quelque part, Père Hyacinthe, ne peut changer si son état moral reste le même, et l'état moral d'un peuple est surtout déterminé par sa religion. » Et vous répétez quelques lignes plus bas : « Point de transformation sociale sans une transformation religieuse. » Si ces principes sont vrais, en un sens, et qui oserait les contester? jlai le droit de m'éton-
~ i88 — ner avec vous que ceux qui cherchent à relever la France se préoccupent si peu de l'éducation morale et religieuse des enfants, et que leur zèle se borne à la retirer autant qu'il est possible des mains du clergé ; car c'est là le moyen, Tunique, employé pour fortifier la morale et faire revivre les principes. Étrange manière de moraliser les peuples que de leur donner pour exemple Pinjustice ! Singulière façon de produire le bien que de vouloir se passer de ce qui l'engendre essentiellement : la religion! Inconséquence incompréhensible que d'admirer la sublime morale du Christ, sa perfection et sa force, et de la rejeter lorsqu'on prétend régénérer la société! Car, en général, on se garde bien d'approuver pour l'éducation des enfants les livres qui la renferment. Que devient, par suite de cette exclusion, le droit de la famille? Nous avons vu l'un des chefs des universitaires français et le premier penseur du parti avancé, M. Jules Simon, contraint de reconnaître l'impuissance de l'Etat en matière d'enseignement, en dehors du concours des familles, dont il est le délégué à Técole. Cette vérité est si évidente que nous la voyons proclamée par tous ceux qui ont traité la question avec quelque compétence.
« L'Etat n'a d'autre droit en matière d'enseignement, a écrit M. Ad. Dechamps, ministre d^État de Belgique, que d'être le mandataire des familles, de continuer dans l'école l'éducation de la famille, d'y diriger cette éducation selon le vœu formel des familles ; et celles-ci, personne n'osera le nier, demandent, exigent, en immense majorité, que cette éducation soit positivement religieuse. »
Eh bien ! cette vérité, que j'appellerai en quelque sorte primordiale : « L'enseignement appartient de droit naturel au père de famille, » on tend à l'oublier, à l'effacer, pour donner à TÉtat la direction complète, exclusive, absolue de renseignement. L'histoire nous parle de la république de Lacédémone où les enfants étaient séparés de la famille et réunis à TÉtat, qui les traitait au même régime d^un brouet noir. L'État moderne fait plus encore. Ce n'est pas la nourriture matérielle, il est vrai, qu'il prétend donner à la jeunesse; il cherche à prendre le monopole de l'enseignement intellectuel et de l'éducation.
On peut appeler cela la conscription des âmes. On avait déjà la conscription militaire, par laquelle rÉtat, dans un but de défense et de sauvegarde, disposait pendant quelques années du
— igo — temps et de la liberté, quelquefois même de la vie des citoyens. La conscription intellectuelle par les écoles consiste dans le droit que s'arroge rÉtat de disposer, pendant un certain nombre d'années, de la liberté et des âmes des jeunes gens, prétendant avoir seul le droit de former ces âmes, de leur enseigner ce qu'elles doivent savoir, ce qu'elles doivent penser, ce qu'elles doivent croire. Et Ton affirme que cette conscription, comme la conscription militaire, est faite pour la protection et la sûreté de TÉtat, pour le mettre en mesure de se défendre contre les dangers de certaines doctrines.
Qu'on ne nous accuse pas d'exagération. Voici, en effet, ce que nous lisons dans un journal qui est Torgane du parti actuellement au pouvoir, en Italie, // Popolo d'Italia :
« Il faut que l'école serve particulièrement à cette fin, qui est de créer la conscience nouvelle sur les ruines des vieilles croyances. »
Voici encore ce que disait naguère un homme politique que nous avons connu au petit séminaire de*** et dont l'esprit, malgré quelques errements, a du rester chrétien.
« Si peu nombreux que soient les élèves qui suivront le nouvel enseignement (l'enseignement