‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 100 sur 127 · Seignobos, op. cit., Ch. IT, p · texte numérisé non relu

Seignobos, op. cit., Ch. IT, p

LT Es

PE + Y PA de à "2 à % Hu Pi :

cl Lg

bills. Le premier, restritif, avait été préparé en un laps de temps si court qu’on le surnomma le bill des dix minutes ; la réprobation qu'en souleva la présentation aux communes détermina son retrait immédiat et son remplacement par le second plus compréhensif, ce qui valut au Ministère. la démission de trois de ses membres réactionnaires. En comité, Disraëli dut se résoudre à adopter les amendements qu'introduisit l'opposition libérale dans les mesures anti-démocratiques qui remplissaient son projet.

Le nombre des personnes admises à la franchise fut ainsi porté au quadruple de celui-ci primitivement fixé, et le bill, qualifié par Lord Derby de « plongeon dans l'inconnu », par Lord Salisbury de «reddition conservatrice » et que Disraëli dénonçait en 1866 comme un « essai d’américanisation des institutions anglaises » devint finalement la loi de 1867 (1). Elle procédait à une redistribution des sièges, en enlevait cinquante-huit aux bourgs, pour les répartir entre l'Angleterre, l'Ecosse et les comtés. Le droit de suffrage était, dans ces derniers, accordé aux occupants d’une maison de 12 livres sterling de revenu, dans les bourgs aux habitants d’un immeuble soumis au poor tax, dans les villes enfin tout locataire payant un loyer annuel de 10 livres (250 francs) avait le droit d'exiger son ins-

cripuüon sur une liste électorale. La représentation

1. The Work of Liberalism since the great reform act (1832- 1905), p.8et 9.

HAE Tr

prenait dès lors un caractère beaucoup plus démocratique ; la population du corps électoral augmentait dans les comtés de 50 o/o, dans les bourgs anglais de 200 0/0 et dans les écossais de 300 0/0. Désormais, les ouvriers des villes conquéraient droit de cité dans la désignation des députés nationaux, et la législation allait perdre son caractère de mesure de classe pour obéir davantage aux exigences générales. Groupés dans leurs associations, exerçant par leur nombre et par l’action de leur comité parlementaire une grande influence sur les députés qu'ils tenaient sous leur dépendance, les ouvriers étaient appelés à jouer un grand rôle dans la vie politique anglaise et, désireux de s’attirer et de conserver leur appui, les ministères faisaient voter une série de lois protectrices de leurs intérêts. Le but de leurs demandes électorales, c'est-à-dire l'autorisation et la réglementation du droit de grève, fut le plus tôt atteint et la loi de 1850, nous le savons, constitua, Jusque dans ces derniers temps, la charte de Trade-Unions britanniques. De 1875 à nos jours de multiples Factory Acts, dont l’application est garantie par des inspections fréquentes et le droit de réglementation du secrétaire d'Etat, les lois sanitaires de 1889, le Work:men's compensation act de 1897, consolidant les précédents et amendé par la loi de 1900, témoignèrent de la soliicitude du législateur pour les classes laborieuses. Les partis politiques reconnaissaient la force nouvelle qu’elles puisaient dans leur

bulletin de vote et la nécessité de se les concilier

pour arriver etse maintenir au pouvoir!

L’agitation et l'organisation ouvrières avaient suffi à absorber l'attention du Parlement ct à la détourner de la classe rurale, dont la prospérité masquait, du reste, l'incapacité électorale ; mais la crise qu’elle traversait aux environs de 1872 força Gladstone à s’en occuper. Le mode de votation dont la réforme était réclamée, dès la fin du xvinr siècle, par les radicaux philosophes et que Bentham déclarait être la mesure la plus propre à assurer la véritable représentation nationale, lui fournit l'occasion de manifester l'intérêt qu'il portait aux habitants des campagnes. Par le ballot act de 1872, substituant le vote secret à l'expression orale du choix d’un député, il parvint à soustraire les tenanciers à l’étroite surveillance que faisaient autrefois, les jours de scrutin, peser sur eux les /andlords. Une autre réforme plus générale s'imposait, mais l’éclipse que subissait alors le parti libéral, à la suite de la défection des troupes ouvrières, empêcha Gladstone de l’accomplir. Son retour triomphal au pouvoir, après la célèbre campagne du Midlothian contre Beaconsfeld, la ramena au premier plan. En 1883 le Congrès annuel du parti libéral l’inscrivait à son programme et, à deux reprises différentes, le premier ministre en obtenait facilement le vote. Désormais disparaissait l’inégalité, maintenue jusque-là, entre la franchise des bourgs et celle des comtés : la loi nouvelle

les assimilait complètement. On poursuivait, en effet,

un but rationnel : la représentation du peuple, et le moyen qu'on employa ne fut plus la redistribution mais la création de nouveaux sièges dont le nombre fut porté de 658 à 670. Les comtés étaient divisés en circonscriptions électorales, procédant chacune à lélection d’un député. Enfin, la conséquence la plus importante de la loi était l'octroi aux ouvriers agricoles du droit de suffrage (1). Au peu d’attention dont ils avaient été l’objet de la part des pouvoirs publics succéda alors un zèle extrême de satisfaire leurs désirs. Le vote successif des allotments acts assurant la création de cottages à bon marché, du Small Holdings act favorisant et facilitant la constitution d’une classe de petits paysans propriétaires, de l’Act d'instruction gratuite et de l’Act des conseils de paroisse, remplaçant les anciens magistrates par une assemblée élective pour la plupart des questions d'intérêt local, prouvèrent suffisamment le fait que la sollicitude des gouvernants croît en raison directe de la puissance politique.

Ainsi donc, insensiblement, par l'effet de mesures successives, sans avoir, comme en France, recouru à des mouvements révolutionnaires violents, le peuple, prenant conscience de sa force, s’emparait des fiefs électoraux autrefois détenus par les classes privilégiées : la gentry ou les manufacturiers. La lenteur des progrès témoigne de l'esprit de tradition de

l'Angiais, appréciant dans uue institution son ancien-

Page 1