Herbert Samuel, op. cit., p
là inconnu de la population, du commerce et de la richesse, d’une activité débordante du Parlement de l’administration et des assemblées locales ainsi que du respect des droits des minorités.
Aussi, loin de s’effrayer de la poussée de la marée démocratique, les libéraux actuels demandent la suppression de tous les obstacles s’opposant encore à l'instauration d’un véritable gouvernement représentatif. Leur programme politique est celui que préconisaient, au début du siècle dernier, les radicaux philosophes de l'Ecole de Westminster. Le gouvernement populaire ne présente plus pour eux les inconvénients qu'y voyaient leurs ancêtres. Ils en vantent les avantages : il élève le caractère de la nation, améliore la nature des électeurs en leur donnant conscience de leur liberté, de l'importance de leur rôle et de la responsabilité qu’ils assument. Ils savent qu'ils appartiennent à une communauté libre et qu'entre leurs mains reposent les destinées du pays ; le centre de leurs intérêts s’élargit, ils prêtent une attention plus soutenue aux vastes problèmes d'ordre interne et externe ; leur esprit subit, à leur insu, un progrès, et leurs connaissances s’approfondissent ; seule la notion de liberté assure le développement intégral de la capacité humaine. La démocratie permet, en outre, d'adopter plus exactement la législation aux aspirations de la masse de la nation: rien de plus caractéristique à cet égard, affirment les libéraux, que l’évolution des lois anglaises
au cours du xix° siècle : à chaque extension du droit
de suffrage correspond, au Parlément, un souci grandissant des intérêts du nombre ; 1832 favorise les manufacturicrs, en 1867 ce sont les ouvriers qui bénéficient des attention du législateur, la réforme de 1884 est enfin le point de départ de mesures favorables à la classe rurale. Si donc les masses populaires doivent être l’objet de la sollicitude continue des Chambres, la seule façon de la leur assurer est de leur donner le moyen d’exercer sur elles un contrôle constant et énergique. Une constitution démocratique jouit enfin, à leur avis, d’une qualité qui répond bien à l’amour de la stabilité, cher à leur tempérament ; avec elle disparaissent ou s’atténuent les dangers d’une révolution ; aucune classe n’éprouve l’irritation causée par la sensation d’une injuste exclusion, les citoyens obéissent facilement aux lois qu'ils savent avoir été faites par leurs représentants librement élus. Siles classes populaires ont quelque raison de se plaindre de leur situation, un changement de ministère suffit à donner satisfaction à leur mécontentement, les gouvernants ne se retranchent point derrière des privilèges constitutionnels, dont le renversement doit précéder le moindre progrès, les réformateurs n’ont pas à attaquer les institutions fondamentales du pays pour en obtenir l’amélioration (1).
Les objections que dirigent les timorés ou les
égoïstes contre le développement de l'esprit démo-