‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 108 sur 127 · Journal fondé en 1817 par Dunoyer et Ch, Comte · texte numérisé non relu

Journal fondé en 1817 par Dunoyer et Ch, Comte

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ils y voyaient un acheminement rapide vers le socialisme qu'ils ne cessèrent également de combattre, et Dunoyer proposait un moyen énergique de mettre fin à cêt envahissement progressif des organes gouvernementaux sans profit pour la nation: c'était la diminution du nombre des fonctionnaires par la suppression de leurs émoluments et la gratuité des services publics.

La campagne libre-échangiste qui passionnait l'Angleterre aux environs de 1840, suscitait chez nous l’éclosion du talent d’un ardent polémiste qui allait mettre sa verve au service de sa défense et de sa propagation. Découvrant alors sa voie, jusque-là méconnue, Bastiat apportait sa première contribution à la littérature économique sous la forme d'un article du Journal des Economistes nouvellement créé, où il flagellait le mercantilisme et le protectionnisme, dont les préjugés avaient victorieusement résisté aux attaques des premiers doctrinaires. Secouant l'indifférence de. ses contemporains, il s’attacha à les initier aux questions dont retentissaient les meetings de la Ligue. « Liberté à chacun, « s’écriait-il, à chacun la juste rémunération de ses

«œuvres, à chacun juste et naturelle accession à

l'égalité, en proportion de ses efforts, de son intel- « ligence et de sa moralité. Libre-échange avec l’uni- € vers, paix avec l'univers, et distinction radicale de « ce qui est et de ce qui n’est pas, la mission du gou- «vernement et de la loi. L'association réduite à

€ garantir à chacun sa liberté et sa sûreté contre

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« toute agression soit au dedans, soit au dehors, €impôt équitable pour défrayer convenablement les «€ hommes chargés de cette mission et non pour ser- « vir de masque, sous le nom de débouchés, à l’usur- « pation extérieure, voilà se qui s’agite en Angleterre « sur le champ de bataille, en apparence si restreint «d'une question douanière. » (1). À ses yeux, en effet, l'intérêt du consommateur était le seul qui coïncidât avec celui de la communauté, et les droits protecteurs, favorisant les bénéfices des manufacturiers etautres producteurs,n'’étaient propres qu’à jeter le trouble dans l'harmonie que la sage main de la Providence avait établie dans l’univers entier. Le naturalisme du xvine siècle, dont les physiocrates avaient été inspirés retrouvait en lui un fervent apôtre et sa dernière œuvre, que la mort l’empêcha d’achever, fut un hymne à la concordance des intérêts. Les lois naturelles qui président au développement des sociétés forment un tout harmonique et harmonieux, dont l’action simultanée suffit à assurer la marche de l'humanité vers le progrès matériel aussi bien que moral. Toutson livre sur Les Harmonies devait être consacré à la démonstration de cette théorie qui prenait chez lui les allures d’une véritable religion. C'était, à son idée, le retour à la vérité scientifique dont avaient été détournés Ricardo et Malthus par le spectacle des misères contemporaines.

N’avaient-ils pas, en attribuant aux lois naturelles

r. Bastiat : Cobden et la Ligue : Introduction.

des effets inéluctables mais désastreux donné des armes redoutables aux assaillants de la société moderne ? Comment pouvaient-ils prêcher la liberté si tels devaient en être les résultats ? Ils en étaient réduits à les comparer à ceux, plus malheureux encore, qu'entraînerait un régime de contrainte et d’oppression (1). Bastiat, au contraire, ne voyait autour de lui que concordance ordonnée. Les lois providentielles, loin de précipiter la société vers le mal, l’acheminaient vers le souverain bien, et c’est celte foi seule qui lui permettait d'envisager sans crainte l'avènement de la pleine liberté : au pessimisme des successeurs du grand Ecossais il opposait l’optimisme du maitre, à leur acceptation résignée des conséquences fatales de la destinée, il substituait une confiance absolue dans les heureux effets de son libre jeu (2).

On comprend, dès lors, la nature du rôle que pouvait être appelé à jouer le gouvernement sous un pareil régime. Plus absolues que celles de ses prédécesseurs furent les conclusions qu'apporta Bastiat à la question de ses attributions, et il marque la troisième étape que traversa chez nous, la pensée individualiste. Jean Baptiste Say acceptait encore quelquefois l'intervention du pouvoir central.

1. Bastiat : « Appel à la Jeunesse française (Préface des [armonies) (OEuvres complètes. Vol. VE., p. 18-19).

2. Bastiat: /Jarmonies (Préface, « Avis à Ja jeunesse ». ŒEuvres complètes, vol. VI,p. 11).

Duüunoyér, tout en y étant hostile, lui reconnaissait

cependant une fonction considérable. Avec Bastiat,

au contraire, un seul souci devait l’animer : le respect de la justice. « La science économique, dit-il

dans l’Appel à la Jeunesse, consiste à discerner ce qui doit être et ce qui ne doit pas être dans les attributions de l'Etat... La question revient donc à ceci : Quelles sont les choses que les hommes ont le droit de s'imposer les uns aux autres par la force ? Or je n’en sais qu'une dans ce cas, c’est la Justice, je n’ai pas le droit de forcer qui que ce soit à être religieux, charitable, instruit, laborieux, mais j'ai le droit de le forcer à être juste, c'est le cas de légitime défense: Or, Hl°né-peut exister dans la collection des individus aucun droit qui ne préexiste dans les individus euxmêmes. Si donc l'emploi de la force individuelle n'est justifié que par la légitime défense, il suflit de reconnaitre que l’action gouvernementale se manifeste toujours par la force pour en conclure qu’elle est essentiellement bornée à faire régner l’ordre, la sécurité, la justice. Toute action gouvernementale, en dehors de cette limite, est une usurpation de la conscience, de lintelligence du travail, en

un mot de la liberté humaine ! » (1). C’est qu'en

effet sa lourde main, en s’appesantissant sur les

rouages du mécanisme universel, ne pourrait qu'en

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