‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 109 sur 127 · Bastiat. Harmonies. Avis à la Jeunesse, p. 8 et 9 (Œu · texte numérisé non relu

Bastiat. Harmonies. Avis à la Jeunesse, p. 8 et 9 (Œu

vres, vol. VI).

troubler l’harmonieux arrangement. Mais son œuvre bienfaisante peut encore être féconde : qu'il détruise les obstacles dont il s’est, jusqu’à ce jour, complu à entraver la libre fonction de lois providentielles, qu’il fasse disparaître les causes de conflits que l’homme seul à introduites dans toutes les parties du monde économique : échange, richesse, capital, propriété, production, consommation, rente, salaire, épargne, population. Il n’est pas à appréhender que l'instauration de la liberté économique absolue soit le signal d’une guerre anarchique : mieux que par l'intervention factice et ignorante d'un législateur, la Providence saura maintenir l'équilibre et la concorde entre les intérêts et guider, d’une main sûre, la société vers le bien et le progrès. La question sociale nous force à envisager ses pressants problèmes, et nous ne pouvons nous soustraire à la recherche de sa solution. Mais elle nous étonne par sa simplicité même : à la complexité des prétendus remèdes qu'ont voulu y apporter nos prédécesseurs, substituons la liberté, remplaçons la contrainte, conséquence fatale de l’antagonisme par la libre activité et linitiative individuelle. Emporté par son enthousiasme, confondant, ainsi qu'il ressort du passage que nous citions plus haut, société et gouvernement, à l'époque où l’individualisme trouve en Angleterre sa formule économique dans l’enseignement de l'Ecole de Manchester, Bastiat imprime au libéralisme français une direction dont il ne s’est pas

encore départi. Entrainé par la réaction contre les

vues pessimistes des derniers orthodoxes et par sa lutte contre le socialisme, dont nous retracerons plus loin les phases, il proclame l'harmonie universelle et rend l'intervention humaine seule responsable de tous les maux dont nous souffrons.

Bastiat fut sans doute plutôt un polémiste qu'un doctrinaire ; entré tard dans la mêlée politique il n'eut pas le temps de terminer l’œuvre magistrale qui devait couronner sa vie ; son souci de l'actualité a fait disparaitre aujourd'hui beaucoup de l'intérêt que présentaient ses pamphlets pour ses comtemporains ; cependant son esprit domine encore chez nous une bonne partie de l’enseignement éconoimique, et l'analyse du libéralisme français, tel qu’il ressort des ouvrages de ses représentants les plus autorisés, va nous permettre de retrouver sans effort la trace de son influence. Transmise jusqu’à nos jours par Michel Chevalier, qui mit en pratique dans l'élaboration du traité de commerce de 1860 avec l'Angleterre ses vues libre-échangistes, et par Joseph Garnier, qui en donna un excellent résumé dans son 7railé d'Economie politique, la doctrine libérale, comme nous le disions au début a trouvé asile aujourd'hui dans les écrits de MM. de Molinari, doyen des économistes français, Léon Say et Leroy-Beaulieu, ce defnier toutefois plus éclectique et combinant ingénieusement les vues théoriques avec les leçons de l’expérience. La liberté revêt chez eux le caractère d’une entité, d’un dogme intan-

gible dont il convient d'assurer le développement et

qu’il faut préserver des moindres atteintes. Elle prend l'allure d’un antagonisme irréductible entre Findividu et l'Etat, inconnu des premiers défenseurs de la doctrine. Si Spencer ne fut pas prophète en son pays, son enseignement a traversé le détroit et sa formule man versus state a fait fortune en France parmi les libéraux contemporains. Certes la thèse individualiste présente quelques différences, suivant qu'on l’étudie chez M. de Molinari, qui en est resté le plus pur représentant ou chez M. Leroy-Beaulieu qui, éclairant davantage la doctrine à la lumière de la pratique, en déduit la nécessité de faire quelques conventions à l’interventionnisme, dont on sent chaque jour davantage monter la vague envahissante ; mais, abstraction faile de ces nuances, qui ne sont, en somme, que la manifestation d’une diversité de conceplions, nous pouvons retrouver dans leurs livres, les mêmes principes qu'avaient mis en faveur les économistes du début du xix*° siècle. S'emparant de l'idée d'harmonie universelle où Bastiat voyait la manifestation de la bonté et de la justice providenüielles, ils arrivent à confondre et à identifier la vérité économique et morale. Ils bornent le rôle du savant à la recherche des lois naturelles qui président au gouvernement des sociétés humaines et assignent à l'individu et au politicien le devoir de les observer. L'homme est impuissant à modifier, par son intervention, l’action de ces lois qu'il n’a pas contribué à instituer et devant lesquelles il doit s’in-

cliner, sous peine d’être brisé. À quoi lui servirait,

d’ailleurs, d’y faire une stérile opposition ? Même s’il en avait le pouvoir, le souci de son intérêt lui commanderait de les accepter, car elles sont les meilleures possibles. « Les lois qui président au capital, au « salaire, à la répartition des richesses, dit M. Leroy- « Beaulieu, sont aussi bonnes qu'inéluctables, elles « amènent l'élévation graduelle du niveau hu- « main. » (1).

La première est celle de la libre concurrence, dont toute ingérence factice du gouvernement n’est propre qu’à entraver le jeu ; c’est le phénomène économique par excellence, celui dont l’existence a été la raison même de la fondation de la science, et toutes les variétés de l’activité industrielle en ressentent les bienfaisants effets. C’est la rencontre de tous les intérêts, particuliers ou généraux, de toutes les facultés économiques livrées à elles-mêmes en l’absence de contrainte, divergeant souvent, coïncidant fréquemment, mais arrivant toujours, en fin de compte, à s'accorder pour le plus grand bénéfice des individus et de la société. Il n’est aucune des manifestations de la vie économique qui échappe à ses avantages : grâce à elle la production des richesses cesse d’être anarchique, pour se baser sur la loi de l’offre et de la demande, véritable boussole que les producteurs ne doivent jamais quitter des yeux. Sans elle la répartition, faite par une autorité tyranni-

que, obéit à la loi de la faveur et du népotisme,

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