‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 110 sur 127 · LUE RUE À PE SUR PRE D EREUR NC · texte numérisé non relu

LUE RUE À PE SUR PRE D EREUR NC

seule elle peut garantir la distribution équitable des récompenses suivant le mériteet la capacité, et per-

“mettre l'application intégrale de la maxime morale :

&A chacun suivant ses œuvres. » Autour de nous, du reste, dans l’ordre naturel, tout n'est-il pas concurrence : mieux que ne pourrait le faire l'assemblée ou le monarque le plus éclairé, la lutte pour l’existence assure spontanément la sélection des plus aptes et des plus dignes. Elle développe le génie inventif par la perspective de bénéfices à réaliser, poussant les individus à mettre en action toutes les facultés

dont ils sont doués, et favorisant ainsi les progrès

industriels dont tirera profitla masse dela société (r). L'histoire elle-même est mise à contribution pour prouver que la marche en avant de l'humanité n’est qu'une longue évolution, au terme de laquelle, surtout sous l'influence des économistes du xix° siècle, la libre concurrence a été peu à peu substituée à l’ancien régime d'oppression, d’entraves et de monopoles. L’'Angleterre, qui, seule des nations euro: péennes, a osé en pousser le plus loin l'application intégrale, leur fournit un excellent exemple de la puissance de ses eflets par le spectacle de la prospérité dont l'instauration du libre-échange a été le point de départ. Sans souci des conséquences immorales que peut entrainer un système de compétition

outrancière, où les faibles, qui ne sont pas toujours

1. Leroy-Beaulieu. Traité d'Economie politique, 3 par- Ue, ch. IV, p.624 et suiv.

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les indignes, se voient souvent foulés aux pieds par les forts ou les peu scrupuleux ; confiants dans l’ex- .cellence des lois naturelles dont le libre jeu garanüt, mieux que l’action humaine, la réparation des maux inévitables de la lutte pour la vie, les libéraux modernes érigent la concurrence en article de foi, en dehors duquelil n’est point de salut. Il n’y a pas, sous un tel régime, place pour l'intervention du législateur, puisque, mieux que par sa contrainte ou ses indications, le simple intérêt individuel, abandonné à lui-même, assurera la réalisation du bonheur social. Faciliter cet acheminement de chacun vers cet idéal, en écartant de sa route tous les obstacles qu'on aura pu y placer, maintenir à l’extérieur la paix avec les nations étrangères par l’organisation d’une forte défense, propre à faire respecter partout le nom et l'honneur nationaux, entretenir, dans le pays même, une police peu tracassière aussi peu sensible que possible à la susceptibilité de la liberté individuelle, à cela se réduiront donc lesfonctions positives du pouvoir central (1).

C'est qu’en effet, entre le Gouvernement, représentant la collectivité nationale, et l'individu, nombreux sont les groupements que la nature, la sympathie et la communauté d'intérêts ont créés. Leur force, supérieure à celle des particuliers isolés, les

rend propres à remplir le rôle et les fonctions que

1. Lercy-Beaulieu. L'Etat moderneetses fonctions, iv.Ilf, ch. IetIl,

les socialistes et les interventionnistes voudraient voir confier à l'Etat. L'homme a, par essence même, l'instinct et le goût de l'association ; il a su, quand il l’a fallu, mettre en commun les efforts individuels pour mener à bien des œuvres philanthropiques, religieuses où commerciales. L'expérience quotidienne nous offre l'exemple du développement des corps savants, des sociétés industrielles, des syndicats professionnels, aussi anciens que le monde, mais que la liberté seule a autorisés à prendre leur complet essor. Loin d'être toujours de la compétence du gouvernement les besoins collectifs seront donc, le plus souvent, mieux satisfaits par l'association des particuliers. Seule.elle sauvegarde leur liberté et leurs intérêts et ne contraint pas la société entière à coopérer à une œuvre dont quelques uns tirent seuls profit. Plus souples dans leur action que l'Etat, dont elles n'ont ni la rigidité ni l'esprit de monopole, la concurrence à laquelle elles se livrent entre elles les soustrait aux désasireux effets que ne manque pas de produire la concentration des entreprises aux mains d'un seul gérant. Uniquement préoccupées du but qu'elles assignent à leurs efforts, elles ne s’en laissent pas distraire par les soucis de la politique, dont ne parvient jamais à se débarrasser l’exploitaüon gouvernementale. Obéissant aux lois d'une sage économie, elles sont, en outre, à raison même de leur caractère, placées sous le contrôle du pouvoir central qui est à même d’e2 réprimer les abus,

alors que le gouvernement, devenu seul pourvoyeur

des besoins nationaux, n'aura au-dessus de lui aucune autorité capable de réglementer son action. Elles constituent ainsi un excellent exemple pour l'Etat démocratique qui pourra prendre modèle sur elles, il aura mêmeintérêt à y chercher un appui, car elles échappent à l'instabilité quile caractérise (1). Toutes les associations sont, du reste, loin de leur inspirer la même confiance : ils ne voient pas d’un bon œil les tentatives syndicalistes récentes des ouvriers, ils craignent, qu'à l'abri des lois qui les autorisent, ne renaisse l'esprit de monopole et d’exclusivisme des institutions de l’ancien régime, que la Révolution proscrivit par haine de toute entrave à la liberté individuelle. Aussi le contrat collectif de travail, dont l'établissement n’a pas été un des traits les moins curieux du monde industriel moderne, et que les Trade-Unions ont réussi, en Angleterre, à faire rentrer dans le domaine de la légalité, leur permet-il de donner libre cours à leur hostilité.

Le fossé qu'ont creusé les libéraux modernes entre l'Etat et l'individu est devenu de plus en plus profond avec les progrès de la démocratie. Tant qu'elle était reléguée dans les écrits des théoriciens, elle ne provoquait chez eux que sympathie ou indifférence, mais sa mise en œuvre dans le monde entier a été le signal d’une levée de boucliers de l’école libérale.

Plus que jamais, dans une société démocratique les

1. Leroy-Beaulieu. L'Etat moderne et ses fonclions, lv. IL, ch. Let IL.

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attributions gouvernementales doivent être diminuées, et l'Etat réduit à n'être qu'un « chien de garde à tenir enfermé dans son enclos ». Si dans un régime monarchique ou théocratique, le mode même de désignation ou de fonctionnement du pouvoir central est une garantie d'indépendance et de coïncidence avec l'intérêt général ; le principe de l'élection au suffrage universel le met complètement au service de la masse des intérêts particuliers. La fonction primordiale que lui assignent les individualistes, le maintien du bon ordre et la sauvegarde de la sécurité nationale contre les agressions extérieures, ne saurait être remplie avec tout le soin désirable; distrait par les tâches multiples que lui impose la nécessité de satisfaire aux besoins électoraux : n’ayant à sa tête qu'un personnel instable, fréquemment renouvelé, il sera incapable de répondre à la confiance que la nation met en lui. Dans son ouvrage sur l’£tat moderne et ses fonctions, M. Leroy-Beaulieu énumère minutieusement ce qu’il appelle les «motifs de modestie » de l'Etat reposant sur le principe de la représentation populaire. L’engouement momentané, plus que le souci des véritables intérêts, sera le guide de la conduite des détenteurs du pouvoir issus de la masse des citoyens par une élection elle-même soumise à des mobiles plutôt sentimentaux. que de vrai mérite. N'ayant pas plus d'intelligence que le reste de la nation, ils obéiront done, comme elle, aux passions du moment, sans

faire cas des conflits qu’ils pourront créer. Les fluc-

luations répétées de l'opinion publique, brûlant, aujourd’hui ce qu’elle adorait la veille, contribuent à faire du gouvernement de nos jours un modèle d'incohérence que seule la réduction progressive de ses attributions permettrait peut-être d'atténuer. L'Etat démocratique qui devrait, semble-t-il, être paressence même un symbole d'impartialité apparaît au contraire comme complètement privé de cette qualité. Le mode de recrutement par le suffrage universel assure la possession de sa direction, non pas à la nation tout entière, mais à un parti qui, soucieux de la conserver, comblera ses créatures de places et de faveurs pour entretenir leur fidélité. C’est le triomphe du népotisme et de l'oppression des minorités. Il n’a pas comme les particuliers le frein de la concurrence et de l'intérêt privé pour diriger son action et modérer l'excès de ses dépenses: rien ne vient l’engager à proportionner les moyens aux fins à réaliser. Sous l'influence des nécessités électorales, désireux de donner satisfaction aux reyendications sans cesse plus pressantes de la foule des solliciteurs qui demandent, sur les budgets nationaux, la récompense de leurs services, le gouvernement est mal armé pour résister à l'emploi inutile des contributions du pays. Leur total suit journellement une marche ascendante dont s’effrayent les esprits prudents, les sinécures se multiplient et, au mépris de toute logique, ce ne sont plus les fonctions qui créent les organes, mais les organes qui créent les fonctions.

Frappés enfin des inconvénients de la centralisation

que Laboulay appelle un « socialisme mitigé », et Jules Simon, un «€ communisme administratif », la décentralisation devient la base du programme politique des libéraux. Sous le second Empire ils l’adoptent comme mot d'ordre dans tous leurs livres et dans tous leurs discours. Dans la France Nouvelle, Prévost-Paradol trace le plan d'un self-government, aussi facilement applicable dans un pays monarchique que républicain, et le programme de Nancy de 1865 y tend exclusivement (1). Son développement en Angleterre où il joue un rôle important, où la plupart des fonctions que rempiissent chez nous les ministres ou leurs subordonnés sont de la compétence des conseils municipaux ou de comtés, leur fournissent un exemple de ses avantages et ils ne cessent de la citér comme un modèle à imiter.

La doctrine professée par les descendants français de l’ancienne école orthodoxe présente donc un caractère essentiellement négatif : à leurs yeux, l'individualisme est la théorie qui restreint graduellement les attributions gouvernementales, en étendant le champ de l’activité privée, qui condamne tout empiétement de l'Etat sur le domaine qu'ils prétendent exclusivement réservé à la liberté indivi-

duelle (2). Leur optimisme exagéré les aveugle sur

1. Henry Michel. L'idée de l'Etat. L, III, La déviation de l'individualisme.

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