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CHAPITRE

Le Libéralisme naturaliste et évolutif Adam Smith et Malthus

SOMMAIRE

a) Adam Smith. — Sa méthode et son but, — Etat de l'Angleterre à son époque. — Le besoin de liberté. — L'harmonie des intérêts. — La critique des systèmes restrictifs. — La liberté naturelle. — Sa définition. — Le rôle du Gouvernement. — Les exceptions au principe.

b) Malthus. — Son esprit pratique. — Les réformes graduelles. — La vis medicatrix naturæ. — La controverse protectionniste. — Son idéal. — Equilibre de l'agriculture et de l’industrie. — Le moyen. — Protection modérée.

Dès 1559, en publiant son Traité des Sentiments moraux, Adam Smith, à cette. époque professeur à l'Université de Glasgow, laissait deviner l'esprit et

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la méthode qu'il adopterait dans sa rédaction des Recherches sur la richesse des nations. De même qu'il voyait dans le sens moral le résultat de la comparaison, souvent répétée chez l'individu, des impressions de sympathie ou de répulsion, éprouvés au spectacle des actions de ses semblables, il devait baser ses théories économiques sur l'expérience des siècles passés, sur les effets que mettait sous ses yeux l'application des systèmes alors pratiqués, et conclure, en se plaçant au point de vue de la simple opportunité, à la nécessité de la liberté. Le but qu'il assignait à l’économie politique n'était-il pas, comme il l’affirmait dans une définition fort critiquée, de « procurer au peuple un revenu ou une subsistance « abondante et de fournir à l'Etat ou à la commu- «nauté un revenu suffisant pour assurer le service € publie » (1)? Et comment l’atteindre sinon en favorisant la production à bon marché qui seule satisfait l'intérêt des consommateurs et partant de la société tout entière ?

Cependant, autour de lui, quel était le tableau qu'offraient l’agriculture et l’industrie de son pays? Tout n’y allait-il pas à l'encontre de l'idéal qu'il poursuivait ? Tout n’y contribuait-il pas, au contraire, à une factice élévation des prix ? Ignorant les progrès modernes, la rotation des ensemencements, l'élevage scientifique du bétail, l'usage des prairies artificielles, l’agriculture, sauf en quelques

1, Adam Smith, op. cit., 1. IV, ch. I, t 2, px.

rares comtés, en était restée aux procédés primitifs du moyen âge. Vestiges surannés d'un temps où elles avaient eu leur utilité, de multiples entraves s’opposaient au libre choix du travail, ou à sa circulation dans le pays: à côté de la loi du domicile, dont nous signalions plus haut les effets, la loi de l'apprentissage contraignait les ouvriers à sept ans de quasi-servage avant d'acquérir la faculté d'exercer leur métier. Des règlements locaux ou des usages aussi sévèrement appliqués assuraient la limitation du nombre des maîtres et des travailleurs, et rien n'en peut mieux montrer la rigueur que l’exemple célèbre de James Watt, inventeur de la machine à vapeur, se voyant refuser, par la corporation des forgerons d’Edimbourg (hummersmen), le droit d'exercer son métier, et obligé de chercher un refuge pour son atelier dans les murs mêmes de l’Université. Enfin, contrastant avec la liberté du commerce intérieur, dont le manque de communications suffisantes constituait le seul obstacle, le commerce extérieur était sous le coup de mesures restrictives aussi nombreuses que vexatoires. Désireux d’ € assurer une balance favorable », en augmentant les exportations et en diminuant les importations, il n'était pas de moyens que n’eussent employés les gouvernants : droits élevés ou prohibitifs, drawbacks et primes à la sortie, traités favorables avec les pays étrangers ou établissement de colonies lointaines (1).

1. L.-L. Price. À short history of Political Economy in England, p. 5.

— for Jointe à l'instruction acquise par des lectures abondantes, et conservée grâce à une mémoire prodigieuse (son ouvrage ne renferme presque aucune note ou référence), à l'expérience puisée en un long séjour à l'étranger, à sa conviction que la main d’une Providence secourable présidait aux destinées de l'Univers et au progrès du genre humain, la vue de cette situation laissa dans son esprit l'impression d’un besoin intense de liberté, et, de fait, comme l’a dit Toynbee, «ce fut le premier etle dernier mot de sa philosophie politique et économique..., chaque page de ses écrits en est illuminée » (1). € Que l’on rende, « s'écrie-t-il, à tous les autres sujets de Sa Majesté, « comme on l'a fait aux marins et aux soldats, cette « même liberté naturelle d'exercer telle espèce d'in- « dustrie qu'il juge à propos, c’est-à-dire qu'on « détruise les privilèges exclusifs des corporationset « qu'on révoque le statut d'apprentissage, qui sont € autant d’usurpations faites sur la liberté naturelle ; « qu'on y ajoute la suppression de la loi du domi- « cile, et alors, ni la société ni les individus n'auront « pas plus à souffrir d'un événement qui disper- « serait quelques classes particulières d'ouvriers « qu’elles n’ont à souffrir du licenciement des sol- « dats. » (2). Qu'entendait-il donc par cette liberté naturelle où il prétendait trouver le remède aux

maux dont souffrait la société économique de son

1eLALEPNCEN Op. ci, D. 6:

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