‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 12 sur 127 · Adam Smith, op. cit., 1. IV, ch. 2, t. 2, p · texte numérisé non relu

Adam Smith, op. cit., 1. IV, ch. 2, t. 2, p

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époque ? En dehors des considérations pratiques qui

en nécessitaient l’avènement, sur quel fondement philosophique devait-elle reposer? En la préconisant, Adam Smith ne subissait-il pas l'influence de la psychologie contemporaine ? Convenait-il enfin de lui laisser se donner libre cours, et s’il fallait y mettre un frein quelles en seraient les conditions et les limites ?

S'emparant de lui dès le berceau pour ne le quitter qu’à la mort un seul mobile semble présider à toutes les actions de l'individu : celui d'améliorer son sort, d'accroître sans cesse son bien-être par l'augmentation constante de sa fortune. Toutes ses facultés se concentrent vers ce but ; guidé par l'instinct de son propre bénéfice, il recherche toujours pour son capital l'emploi le plus fructueux. Mais en lui mettant au cœur ce désir égoïste, la sage nature a tout fait pour le bonheur collectif, car le soin qu'il se donne pour assurer son avantage le conduit spontanément à préférer précisément le genre d'emploi le plus profitable à la société (1). C'était sous forme économique renouveler la théorie philosophique de Mandeville : l'harmonie et l'identification de l’intérêt général et particulier. Adam Smith en voyait partout les heureuses manifestations. La hausse de la rente par le fait des progrès sociaux, l'accroissement de la fortune du propriétaire foncier auquel elle per-

met d'augmenter son «€ pouvoir d'achat du travail

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ou du produit du travail d'autrui » contribue à l’enrichissement de !a nation entière. Si l'amélioration des terres de la culture et tous les progrès de la puissance productive du travail tendent à diminuer le prix réel des objets, cette baisse entraine une demande plus active du travail ou des produits, qui se traduit enfin par une hausse simultanée des produits et des salaires, harmonisant ainsi et identifiant les intérêts des trois classes, composant la société : les proprictaires fonciers, les industriels et les salariés (1). Reprenant les vues exprimées par Hume, ne prêche-t-il pas, ailleurs, la solidarité des nations civilisées ? Son chapitre sur la marche du progrès et de l’opulence chez les différents peuples n'est-il pas la démonstration de la communauté des intérêts entre les villes et les campagnes (2) ?

Si donc en travaillant à son propre bonheur l’individu réalise inconsciemment celui de ses semblables, le mieux n'est-il pas de laisser cette activité s'exercer en toute liberté, de laisser faire les forces naturelles qui nous mènent au meilleur résultat, en y apportant le moins d'entraves possible ? Et à la lumière de l'expérience, guidé par son érudition profonde, Adam Smith consacre son œuvre entière au développement de cette idée : il applique son principe à l'examen des systèmes et des mille obstacles

absurdes dont la sottise des lois humaines est venue

1 Adam Omith, 0p: cil., 1. Ch RENE, D: 216,217. 2. Adam Smith, 0p. cit., 1. IL, chap. rv.

si souvent embarrasser la marche de cette force vers la prospérité et l'opulence (1). C’est contre le mercantilisme étroit qu'il dirige les premiers coups de sasavante attaque. Eblouis par l'attrait de l'or, ignorant que le travail est la seule source véritable de toute richesse, en vue d'assurer l’afflux de métaux précieux ou une « balance favorable du commerce », les Etats ont frappé de droits prohibitifs l'entrée des marchandises étrangères, portant ainsi atteinte aux sages principes de la division du travail aussi utile entre nations qu'entre individus (2). Pourquoi se condamner de la sorte à la production d'objets que des avantages naturels permettent à d’autres peuples de nous fournir à meilleur marché ? N'est-ce pas diriger artificiellement l’industrie vers un emploi autre que ne le commanderait l'intérêt bien compris ? Faut-il donc appeler sagesse et prudence chez ün gouvernement ce que nous ne manquerions pas de taxer de folie chez une famille particulière ? Qui n’en traiterait le chef de dément, s’il allait s’approvisionner au marché le plus coûteux, alors qu’à côté on lui offriraitles mêmes produits à des conditions plus avantageuses (3) ? Et cependant, les dirigeants ne font pas autre chose quand, au moyen de barrières ou d’encouragements, ils favorisent l’essor d'industries

Adam Smith, op. ctt., L. IV, ch: v, t2, p.143; 2 Adam Smith, op. cit. IV}/ch;v/$ 93, 142;p" T7. 3 Adam Smith, op. et, LL IV/ch-21.2,p:97;

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qui péricliteraient sans eux, et obligent les consomma- /

teurs à supporter les frais de ce développement artificiel. La liberté commerciale, en assimilant les nations aux provinces d’un même empire, serait le meilleur remède contre les inconvénients d’une hausse immodérée des prix, et le plus efficace préservatif contre les dangers d’une famine ; elle porterait dans chaque pays les capitaux vers la direction la plus favorable au bénéfice universel. Le système agricole, ou physiocratique, plus récent et qui n'avait pu encore donner la mesure de sa valeur, est à son tour passé à l’examen de sa critique, et, en dépit de son apologie de la liberté naturelle, il n'échappe pas à ses reproches, car il tend au développement inusité de l’agriculture au détriment du commerce manufacturier, où Smith prétend voir le seul véritablement productif, et il rompt ainsi l'équilibre et l'harmonie qu'il importe de voir régner partout.

Puisque ces systèmes sont incapables de satisfaire notre désir de vérité, c'est donc celui de la liberté naturelle qui, à raison même de sa facilité et de sa simplicité, se présente à nous, et Smith nous en donne alors la formule dont la portée n’a rien des exagérations qu'y apportèrentses successeurs. «Tout homme, € tant qu'il n’enfreint pas les lois de la justice, « demeure en pleine liberté de suivre la route que «lui montrent son intérêt et son capital, concurremment avec ceux de toutes les classes d'hommes ». Dès lors le législateur ou le politicien doit s'abstenir

de montrer aux particuliers la route à tenir pour

l'emploi de leur fortune ou de leur activité, car, ce faisant, il s'embarrasserait d'un soin inutile, puisque,

laissée à elle-même, l'initiative humaine saura mieux reconnaître son véritable intérêt. S'il s'essayait à la tâche de & surintendant général de l’industrie », à laquelle ne suffiraient ni la sagesse humaine niles connaissances les plus étendues, le souverain s’exposerait àse voirlromper de mille manières et s’arrogerait en outre une autorité et un pouvoir que Smith juge imprudent et dangereux de confier, non seulement à un individu, mais même à un conseil ou à une assemblée élective. Aussi, simples et à la portée de toute intelligence moyenne, sont les attributions qu'il lui assigne : défendre la société contre toutes les violences ou invasions des autres sociétés indépendantes, protéger ses membres contre l'oppression et l'injustice, assurer enfin la construction et l'entretien de travaux que le manque d'intérêt ou de ressources suffisantes empêcherait les particuliers d'exécuter (1).

Les fonctions de l'Etat paraissaient si restreintes qu’elles ne permettaient pas, semblait-il, la moindre incursion dansle domaine industriel et commercial ; mais avec son rude bon sens d'Ecossais, instruit par la lecture de documents historiques, conscient de la longue évolution nécessaire à l’accomplissement des

progrès humains, au point même de considérer que

tt AdamiSnith, op... A OIVe ch, 1x, in" fine, te 2, p. 327-328.

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«s'attendre à l'avènement de la pleine liberté com- « merciale en Angleterre était une aussi grande folie « que de s'attendre à voir jamais réaliser la Républi- «que d'Utopie » (1), Adam, Smith n'hésita pas à faire de multiples concessions aux besoins pratiques et aux contingences de la vie nationale. C’est là qu'il faut chercher l'explication des soi-disant contradictions qu'on a cru trouver dans son livre; lui-même ne se les dissimule pas, mais l'instinct de la conser-. vation et du développement lui paraît cependant préférable aux conséquences extrèmes des principes logiques.

C'est ainsi qu'après avoir analysé les dispositions de l’Acte de navigationetles causes de son établissement, c’est-à-dire la jalousie contre les Hollandais, il en reconnaît les nombreux inconvénients ; car, comme celui d’un simple boutiquier, l'intérêt de la nation est d’acheterle meilleur marché pour vendre le plus cher. Interdire aux navires étrangers de venir débarquer leurs marchandises dans nos ports, ou les y grever de droits exorbitants, c'est aller à l'encontre du premier de ces préceptes, obliger ces étrangers à venir, sur simple lest, s’approvisionner dans nos villes, n'est-ce pas, sous une autre forme, leur en fermer également l'accès? Nous semblons à plaisir diminuer le nombre de nos vendeurs, sans nous apercevoir qu'ils pourraient, à leur tour, devenir acheteurs de nos produits. Et cependant, comme

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