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CHAPITRE HI

Les Causes du dogmatisme libéral français

SOMMAIRE

Le caractère négatif du libéralisme français et ses causes. — Lutte contre le socialisme. — Saint-Simon, Fourier et J.-B. Say, la révolution de 1848 et Bastiat. — Le marxisme et les libéraux actuels. — Abolition des privilèges par la Révolution. — La liberté politique en France et ses destinées au xix° siècle. — Hostilité de la démocratie : les révolutions du siècle. — Emietttement des partis politiques.

Fidèle aux principes des fondateurs de la science, l’école libérale française oppose donc une vive résistance aux revendications qui s'élèvent de tous côtés contre l’optimisme exagéré de ses conclusions sociales, contre le culte excessif qu'elle a voué à la concurrence et contre son obstination à refuser l’intervention du pouvoir central. Certes, elle n’est plus aussi intransigeante que celle de Bastiat ou de ses contemporains: les besoins même de l’époque lui imposent quelques concessions, qu'elle ne fait, d’ail-

leurs, qu'à son corps défendant, et dans la personne de ses réprésentants les moins anciens. L'école historique lui inspire une profonde aversion avec sa doctrine de la continuelle évolution et laffirmation des «catégories historiques », à l'encontre des lois perpétuelles et immuables dont elle prétend voir dans l'univers la constante manifestation. Elle ne dédaigne pas, cependant, de puiser des exemples dans son enseignement, mais elle opère parmi eux une judicieuse sélection, et ne cite que ceux qui sont de nature à venir appuyer sa thèse individualiste. Son argument de prédilection consiste à comparer la société actuelle à celle d'autrefois, pour montrer les progrès incontestables qu'elle a réalisés, et en conclure que nous sommes ainsi arrivés à la forme définitive et parfaite de l’organisation économique, dont l'éducation de l’homme lui apprendra peu à peu la valeur. A l'opposé des économistes britanniques qui, revenus aux nécessités et aux contingences de la vie journalière, descendent de leur tour d'ivoire pour chercher des remèdes aux maux dont le spectacle les émeut et, trouvant dans l'Etat l'organisme le plus puissant, y font sans cesse appel, pour jouer le rôle de médecin, les libéraux français se cantonnent dans leur doctrine négative : ils n’attendent le progrès que de la réduction successive des attribu- Uons du gouvernement, et ne sont pas loin de déclarer, Comme Dunoyer, que l'idéal serait d'arriver à pouvoir les supprimer sans que la collectivité des

citoyens en souffrit. La divergence qui sépare les

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libéraux des deux pays est donc aussi profonde que celle que nous signalions, au cours de notre étude de Pévolution doctrinale en Angleterre, entre l'enseignement des maîtres de la première heure et le programme des néo-libéraux. Aussi, abordant maintenant la deuxième partie de la question que nous posions en tête du chapitre précédent, allons-nous essayer d’analyserles causes du caractère négatif du libéralisme français qui a survécu aux raisons qui en avaient nécessité l'avènement.

Les tentatives socialistes de la Révolution et l’échec du babouvisme n’avaient pas découragé les organisateurs d’une société fondée sur des bases meilleures et ils devaient mettre à contribution la science économique nouvellement créée pour y puiser des arguments favorables à leurs critiques. La liberté excessive leur sembla anarchique, la concurrence, voilant d’un euphémisme les vestiges des luttes guerrières et du régime féodal, qu'avait été impuissant à détruire le pouvoir affaibli du siècle précédent, vit se dresser contre elle la coalition de leurs efforts. Reprenant les anciennes visions chimériques des faiseurs de romans, ils proposèrent de substituer aux conflits où se débattait le désordre industriel, une coordination imposée par un chef compétent. L'Etat leur apparut comme la seule source de progrès social : € À lui appartiennent la « détermination du but de l’activité des sociétés et « des efforts nécessaires pour l’atteindre, la direction

« à donner à ces eflorts soit dans leur division, soit

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« dans leur combinaison, le règlement de tous les. - « actes collectifs et individuels, celui enfin de toutes « les relations des hommes entre eux depuis les « plus générales jusqu'aux plus particulières. Bien « loin donc d'admettre que l’on doive se proposer de « toujours réduire de plus en plus l’action directrice « dans le sein des sociétés, nous pensons qu’elle doit « s'étendre à tout et qu’elle doit toujours être pré- «sente car, pour nous, toute société véritable est « une hiérarchie. » (1). Les projets les plus extraordinaires germaient dans l’imagination des architectes d’une humanité meilleure. Saint-Simon rêvait d’une centralisation absolue, de la création d’une Eglise industrielle, ayant à sa tête un nouveau pape, dont l’aulorité morale serait seule assez puissante pour rétablir les rapports réguliers entre les membres divisés de la communauté travailleuse, et exclure de son sein les « frelons parasites » se nourrissant du labeur incessant de leurs semblables. Fourier cherchait une solution au problème de la rénovation sociale dans la réunion des activités en phalanstères, substituant la production collective à l’industrie individuelle. C'était, aux yeux des économistes d’alors, regardant, dans leur ardeur de néophytes, les principes individualistes comme l'expression de la vérité scientifique, diriger l'humanité en arrière et lui faire perdre le fruit de siècles de progrès. Aussi

conçoit-on aisément l'accueil que reçurent d’eux ces

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