‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 113 sur 127 · Exposilion de la doctrine Saint-Simonienne (p · texte numérisé non relu

Exposilion de la doctrine Saint-Simonienne (p

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février et armé du suffrage universel, le gouvernement, entrainé par l'opinion, prenait, dès le début, l'engagement solennel de garantir par le travail l'existence de l’ouvrier ; il fixait lui-même la limite de la journée de travail, instituait enfin une & Commission chargée de s’enquérir du sort des travailleurs ». C'était la récompense de l’appui que lui avaient prêté les masses laborieuses dans le renversement de la Monarchie de Juillet. Les économistes relevèrent alors le défi que leur lançaient ces destructeurs de l’ordre établi et se jetèrent dans la mêlée pour y défendre leurs principes. Nul ne s’y montra plus ardent que Bastiat : toujours sur la brèche, il répandait à flots son style alerte et cinglant en pamphlets contre les utopies des nouveaux réformateurs. « Il est difficile, écrivait-il, de dire si « l’anarshie a passé des idées aux faits ou des faits « aux idées, mais il est certain qu’elle a tout envahi: « le pauvre s'élève contre le riche, le prolétariat « contre la propriété, le peuple contre la bourgeoi- « sie, l’agriculture contre l’industrie, la campagne « contre la ville, la province contre la capitale, le

« régnicole contre l'étranger et les théoriciens sur-

viennent qui font un tout de cet antagonisme. » (1). Aussi, tour à tour les plus marquants d’entre eux sont l'objet de ses plus violentes attaques. A Louis

Blanc, « fonctionnaire revêtu d’une autorité révolu-

1. armonies, ch. Il. Journal des Economistes (septembre 1848).

tionnaire et illimitée » il reproche le projet qu'il a déposé d’uniformiser les salaires aux besoins, au lieu de le proportionner au mérite. « La question «revient dit-il, à celle-ci : un mètre d’étoffe porté « sur le marché par un paresseux se vendra-t-il pour «le même prix que deux mètres offerts par un homme laborieux ? » (1). Le Droit au Travail que venait de publier Lamartine, reprenant les arguments de Blanc, de Considérant et de Proudhon, lui valait une magistrale épître de Bastiat, le blâmant de mettre son immense talent au service d’une aussi mauvaise cause (2). Le socialisme sentimental de Pierre Leroux et autres défenseurs de la fraternité légale ne trouvait pas grâce devant lui, et, présent à toutes les mémoires est resté le souvenir du duel célèbre qui s’engagea dans la Voix du Peuple, entre Proudnon et lui, sur la question de la gratuité du crédit. Bastiat y déploya toutes les ressources de son esprit : « Prenez garde, s’écriait-il, je vous avertis que je « me réserverai toujours le rôle d’emprunteur, mon «exemple sera sans doute suivi et il y aura force « emprunteurs dans le monde. Pourvu que les pré- « teurs ne fassent plus défaut nous mènerons tous « joyeuse vie » (3).

1. Bastiat. Petits pamphlets. « Propriété et loi » (Œuvres, vol. IV, p. 295).

2. Lettre à Lamartine à l’occasion de son écrit intitulé : Du Droit au Travail (Œuvres, vol. I, p. 256).

3. Petits pamphlets. Gratuité du crédit (Vol. V. pages 93 et 313.

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= = "994 se © La trève, qu'occasionna la défaite du socialisme après 1848, ne fut pas de longue durée. Le libre

échange dont le traité de 1860 devait marquer le

triomphe, absorbait suffisamment l'attention des

libéraux et la détournait des questions intérieures. Mais revêtant une nouvelle forme, le socialisme renaissait alors, non moins menaçant, des écrits allemands de Marx et de Lassalle. Imprégnés de l’enseignement historique que préchaient les jeunes générations, les gouvernements se laissaient insensiblement aller au socialisme d'Etat, qui, pour n'être pas empreint d’un caractère révolutionnaire, ne semblait pas moins périlleux aux individualistes sous son aspect pacifique et évolutionniste. Aussi, plus vif que jamais reprit le combat entre les anciens adversaires ; les publications et les ouvrages se multipliaient, M. de Molinari, dans le Journal des Economistes, M. Paul Leroy-Beaulieu, dans L’Economiste français et dans son livre sur le Collectivisme, s’attachaient à réfuter les erreurs et les sophismes de la doctrine dite scientifique. M. Léon Say, petitfils du grand vulgarisateur, portait à la tribune du Parlement français l’enseignement de son aïeul et protestait avec véhémence contre les empiétements gouvernementaux dans une sphère qu'il disait réservée à l’activité individuelle.

C’est à cet antagonisme violent, et presque séculaire, entre les libéraux et les socialistes qu'est due, croyons-nous, la première cause de la fixité de la doctrine des premiers. Entrainés par l’esprit de

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réaction, conséquence fatale de cette longue lutte,

aveuglés par une hostilité systématique, ils n'ont pas su, comme en Angleterre, faire les concessions nécessaires et puiser dans le programme socialiste les réformes utiles et réalisables. Enfermés dans les limites étroites de leur dogmatisme exagéré, ils n’ont pas compris que, partant de points de vue différents, l'entente n’était possible qu’au prix de concessions mutuelles. La production constitue pour les orthodoxes, la seule source véritable de la richesse et tous nos efforts doivent tendre à son développement : seul un régime de libre concurrence de quasinihilisme administratif leur paraît de nature à en assurer la réalisation. Arriver à -une meilleure distribution de la richesse, provoquer au besoin, pour y atteindre, l'intervention de la contrainte gouvernementale, tel est, à l'opposé, le programme que les écrivains socialistes soumettent à l'attention du législateur (1). Plus éclectiques que les libéraux intransigeants, les whigs contemporains ont su, en Angleterre, concilier les nécessités de la concurrence dans le domaine de la production, avec l'intervention modérée de l'Etat en vue de répartir plus équitablement la richesse, dont la distribution a souvent été faussée par les privilèges et par l'injustice.

Notre pays n'offrait d’ailleurs pas, comme le Royaume-Uni, le spectacle des effets des privilèges d’un autre âge. À l’ancienne distinction entre nobles

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