Henry Michel, op. cit., t. IIT
avis, été trop loin en substituant un extrême à l’autre en faisant de tout citoyen un souverain au petit pied. Le suffrage universel succédait d’un coup au suffrage restreint, le peuple, la foule remplaçaient l'oligarchie bourgeoise, et l'arme que la loi venait de leur mettre entre les mains allait être promptement employée à satisfaire les revendications longtemps contenues du prolétariat. Les bouleversements politiques dont notre pays a été le théâtre, au cours du xix° siècle, et qui ont tous été la cause de perturbations économiques en détournant l’atlention du législateur des besoins du pays, n’ont pas été sans doute étrangers à cette aversion des libéraux pour un système de gouvernement représentatif absolu. De la Révolution, alternativement très individualiste quand elle supprimait toutes les associations par crainte des anciennes corporations, et très socialiste quand elle promulguait la loi du maximum, ils n’ont conservé le souvenir que des excès de l’indignation populaire. Ils n’oublient pas qu’elle aboutit, en fin de compte, à la dictature napoléonienne, contre laquelle leur maître Jean-Baptiste Say osa presque seul élever la voix. Nous disions plus haut l’impression que produisit sur eux la République de 1848, trop tôt venue, octroyant sans réserve aux masses ignorantes le droit de suffrage, cherchant à faire passer dans le domaine de l’applicalion les aspirations communistes des agitateurs de l’époque, obligée de noyer dans le sang les émeutes de Juin, et succom-