‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 117 sur 127 · NÉE · texte numérisé non relu

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bant enfin, comme la première, sous le coup d'Etat du 2 Décembre.

Les violences de la Commune de 1891, la reprise de Paris aux fédérés après un siège mémorable, contribuaient enfin à ancrer chez eux la répugnance qu'ils nourrissaient contre la représentation populaire. Elle n’était propre, à leurs yeux, qu’à finir dans l'oppression de la minorité par la majorité, ou au rétablissement du pouvoir personnel, appuyé sur le consentement d’une grañde partie du pays, aveuglée par les concessions et les promesses aux classes laborieuses, comme en avait donné un exemple le plébiscite de Napoléon III. Ennemis de la démocratie, ils ne l’acceptent donc qu’à regret ; obligés de s’incliner devant la force ascendante de la volonté populaire ils s’obstinent dans leur demande de réduction graduelle des attributions d’un gouvernement, dont Ja tyrannie est, pour eux, cent fois plus à redouter sous un régime démocratique que dans un empire monarchique ou théocratique.

Sous la poussée des événements, pour faire corps contre les tentatives réactionnaires, radicaux et libéraux se sont unis en Angleterre contre l’adversaire commun et, par des emprunts réciproques à leurs anciens programmes, ont réussi à se confondre au point de voiler aujourd’hui toute différence entre leurs théories. Ainsi donc se serait maintenue la traditionnelle dualité des partis sans l'apparition d’un nouveau venu sur la scène politique : l’élément du travail. Cet avénement ne modifie cependant pas de

fond en comble la vie britannique, etilne fait qu'ap-

porter une preuve de plus de l'intérêt qu’attachent nos voisins aux questions économiques, sur lesquel-

les sont presque exclusivement fondées aujourd’hui

les divergences des groupements parlementaires.

Constitués au xvrr° siècle, à raison de leurs dissenti-

ments sur les prérogatives du souverain, Whigs et Tories en sont arrivés à reléguer à l’arrière-plan leurs querelles politiques, pour se séparer seulement sur les solutions à apporter aux problèmes du bienêtre matériel des classes ouvrières, de la politique fiscale ou commerciale. Une pareille transformation vaut qu'on s’y arrête, et il est curieux de rechercher à quelles causes attribuer un changement qui a permis à la réforme du régime foncier ou du libre échange de devenir des tremplins électoraux.

Nantis dès le xvur siècle de toutesles libertés politiques et du parlementarisme, représentant pour eux le système idéal de gouvernement, ayant réduit les attributions royales à celles d’un monarque constitutionnel soumis à la volonté des mandataires de la nation, n’ayant été troublés, pendant les cent dernières années, ni par le souci d’une guerre européenne ni par la crainte d’une invasion ou d’une révolution, les hommes d'Etat anglais ont pu consacrer toute leur attention aux questions sociales et industrielles. Les divisions historiques du monde parlementaire leur fournissaient un cadre excellent pour y couler leurs idées, elles répondaient si bien à leur besoin de direction, à leur respect des leaders,

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des conducteurs d'hommes, à la discipline qui les

caractérise, qu’ennemis par tempérament de l’aban-

don des vieilles institutions, ils jugèrent inutiles de les supprimer, et préférèrent les conserver en les adaptant aux besoins nouveaux. Les querelles du début du siècle avaient, du reste, contribué à ranger la nation sous les plis des bannières des deux grands partis, suivant leurs aspirations économiques, et, bien que modifiées, les raisons de ce groupement subsistent encore aujoûürd'hui, Défenseurs de l’ordre établi, les {andlords, ardents panégyristes des Cornlaws et du protectionnisme, appartenaient tous à l’armée tory ; quant à l’élément réformateur, aux industriels nouvellement appelés à la vie publique,

ils obéissaient aux ordres des leaders libéraux et

réussissaient même à faire passer dans leur camp bon nombre de Peelites que n’aveuglait pas l'intérêt personnel. L'évolution démocratique, en assurant une représentation plus exacte de la souveraineté populaire, n’a fait qu’accentuer cette transformation. Foncièrement utilitaires, pratiques, ayant la compréhension exacte de la maxime primum vivere, deinde philosophari, les masses électorales, sauf peut-être au temps des crises jingoïstes et belliqueuses de ces dernières années, n’ont jamais été guidées, dans la désignation de leurs députés, que par le

souci de mettre à la tête du gouvernement des hom- :

mes capables de leur assurer la satisfaction de leurs

besoins matériels.

Combien est différent le spectacle qu'offre chez

nous le fonctionnement du régime parlementaire ! Au lieu de deux partis alternativement au pouvoir par le libre jeu de la volonté nationale, nos sénateurs et députés s’éparpillent en une foule de groupements dont les vagues étiquettes sont peu propres. à nous renseigner sur le programme économique qu'elles couvrent, et que leurs partisans seraient sans doute eux-mêmes souvent embarrassés de nous exposer. D’organisation plus récente que dans l’île voisine, ils se créèrent, en effet, au gré des événements politiques et leur composition ressentit, au cours du siècle dernier, l’effet des nombreuses et profondes modifications de nos institutions. En remplaçant la monarchie par la République, la Révolution fit œuvre moins définitive que celle qu'elle accomplit dans le domaine économique et social, et la souveraineté nationale, proclamée en 1792, à part un éclat de brève durée après 1848, subit une éclipse que fit seule cesser la constitution de 1855. La dictature napoléonienne, la monarchie à tendances absolutistes de Charles X, le gouvernement bourgeois de Louis-Philippe, l'empire autoritaire de Napoléon III, divisaient les partis politiques en monarchistes ou impérialistes, défenseurs dévoués du souverain, et républicains, peu nombreux, mais ardents à la lutte, menant une campagne vigoureuse et sans relâche contre le rétablissement du pouvoir personnel. À peine restaurée, en 1870, la République voyait, à son tour, se dresser contre elle, au sein même de l’Assemblée nationale, un puissant parti

monarchiste qu'avait grand peine à tenir en échec

la coalition des troupes républicaines. Enfin la réaction vaineue après le 16 mai, les fractions parlementaires se reformaient encore passagèrement sur les questions qui passionnaient successivement l’opinion. L'enseignement laïque, la crise boulangiste, la polilique religieuse, divisaient, tour à tour, les chambres en petites unités, agissant alternativement de concert ou séparément, sans direction précise et sans cohésion. à

Objet de multiples variations, la forme même du gouvernement n’a pas, comme en Angleterre, conquis le respect de tous les politiciens et, loin de planer au-dessus des questions de parti, elle est une des causes les plus habituelles de divergence. Nous n’avons pas encore appris à connaître tous les rouages du régime parlementaire, nouvellement adopté, et à en utiliser les avantages, que d’aucuns proposent déjà de le supprimer et proclament sa faillite. Notre constitution confère au président des prérogatives dont il n’use pas ; la seule tentative qu'il ait faite de son droit de dissolution s’est heurtée à Popposition du pays et l’a contraint à se démettre de ses fonctions. Au lieu de prendre vigoureusement en mains la direction des affaires, les ministres vont chercher, dans les groupes politiques, le mot d'ordre de leur attitude, et dépensent leur activité à répondre aux interpellations incessantes que provoquent leurs moindres décisions. Résultat fatal de l’excessive cen-

tralisation qui nous oblige à recourir à un vote des

Chambres pour nombre de matières d'ordre purement local ou régional, nos élections se font, la plupart du temps, sous l'empire de considérations de

clocher. Ce ne sont plus des principes mais des idées générales, des spectres électoraux, périodiquement agités, qui dictent aux citoyens le choix de leurs représentants. Comme aux temps des états généraux le député moderne est plutôt le mandataire de la circonscriplion qui l’a choisi qu’un membre véritable d’une assemblée nationale. Soumis au caprice et au contrôle des comités locaux, il devient entre leurs mains l'instrument, le porte-parole de leurs revendications particularistes. Aussi, sauf chez quelques rares politiciens, il est impossible de retrouver l’intégralité de l’ancien enseignement libéral. Les proteclionnisties, qui nient les vertus du libre-échange, vantent, comme les orthodoxes, celles de la propriété individuelle et de l'association privée ; si les socialistes voient dans le libre-échange l’acheminement vers l'unification et la pacification du monde, ils appellent, en revanche, de tous leurs vœux une intervention grandissante de l’Elat, et espèrent y trouver le moyen de substituer à la société individualiste actuelle l’organisation collectiviste de l'avenir. Entre ces deux extrêmes, ayant seuls une exacte notion de leurs aspirations économiques, et représentant, les premiers les agriculteurs et les industriels unis dans le crainte commune de la concurrence étrangère, les seconds les masses ouvrières prêtes à monter à l’as-

saut du régime capitaliste, les nuances les plus variées

reflètent la trace de leur influence. Comment donc, dans cette confusion d'appellations diverses, aussi

instables que disparates, concevoir, comme cheznos

voisins, les éléments d’une union ferme sur un programme économique nettement déterminé ?

Aussi peu soucieuse que ses mandataires des nécessités économiques, peu compatibles avec le tempérament national, dirigé plutôt vers les considérations générales, les constructions harmonieuses et logiques et les spéculations utopiques, la masse électorale les ignore ou s’en désintéresse, Quant à la bourgeoisie, à l'exception de ses membres inféodés au protectionnisme, elle se passionne pour des questions futiles dépensant en pure perte, la force de résistance qu'oppose ailleurs la coalition de tous les groupes vraiment libéraux aux progrès menaçants des socialistes. Seuls ceux-ci, munis de revendications économiques précises et du plan de la cité future qu'ils étalent habilement aux yeux éblouis des déshérités, savent où les mène la lutte électorale. Il est temps qu'unissant leurs efforts, les partisans de la propriété individuelle et du progrès social ne se voilant plus la face devant les misères actuelles, en reconnaissant loyalement l’existence et proclamant hautement la nécessité de remèdes, ne se bornent plus à les chercher dans les avantages de la libreconcurrence et du « laisser-faire » avec ses conséquences immorales, ou dans le palliatif de l’association volontaire. Que la démocratie, instruite des leçons du passé, parvenue à la réalisation de la

forme constitutionnelle qui répond le mieux à ses

aspirations, s'intéresse aux nécessités de la vie pra-

tique, fasse trêve aux mesquines querelles politiques qui l'hypnotisent et l’épuisent sans profit pour

la nation, s’inspire de l'exemple que lui donne, de l’autre côté de la Manche, la démocratie britannique, R consciente de: sa puissance et de ses droits, et apporte aux grands problèmes économiques une solution également éloignée des dangereux excès du collectivisme et du nihilisme administratif des économistes orthodoxes.

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