CONCLUSION
A la désagrégation du parti libéral, démembré en 1886 par la désertion des.Unionistes sur la question du Home Rule, scindé encore par le vent de folie que soulevait en Angleterre la guerre du Transvaal, et le déchaînement des passions belliqueuses s’ajoutait une nouvelle cause de faiblesse ; la création d’un « parti indépendant du travail » fondé sur la base de revendications particularistes. Longtemps bercés par les promesses des libéraux et les protestations démocratiques des radicaux, liés à eux par la reconnaissance des réformes dont ils leur étaient redevables, les ouvriers avaient mêlé leurs voix à celles des électeurs du parti officiel. Mais la conscience de leur pouvoir politique et le désir de le mettre au service de l'amélioration de leur condition, commençaient à les rendre sceptiques sur les services qu’ils pouvaient attendre de députés bourgeois, inféodés, comme les Tories, aux préjugés capitalistes. L'idée d’une représentation de classe germait dans la décision du Congrès des Trade-Unions de 1869, et, en 1874, s’établissait la Labour representation League. L’intransigeance de lattitude des libéraux sur
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l'appui des ouvrierset ils éprouvaient pour la première fois les effets de cette défection : elle se traduisait par
Je retour triomphal des conservateurs au pouvoir. Les masses prolétaires n'étaient cependant pas encore
prêtes pour l’organisation, les Trade-Unions, converties au libéralisme orthodoxe se refusaient à insérer la politique dans leur programme, et les quelques ouvriers que les centres miniers envoyaient siéger à la Chambre, s’y incorporaient purement et simplement au gros de l’armée libérale et en suivaient docilement le « leader » (1).
Ce fut aux environs de 1888 seulement que le mouvement séparatiste reprit avec plus de vigueur et il était destiné, cette fois, à un certain succès. Abandonnant les questions politiques dont n’avaient que faire les classes laborieuses, le Congrès de Bradford décidait que les travailleurs s’uniraient en un organe indépendant prêt à donner l’assaut au pouvoir législatif sans se commettre avec aucun des partis classiques, leur accordant ou leur refusant alternativement son concours, suivant qu'ils défendraient ou combattraient les mesures populaires. À cet effet les Trade-Unions créaient une Labour Electoral Association, non pas dans le but de soulever une classe contre l’autre, mais d’infuser au sein du Parlement un ferment nouveau sous la forme d'hommes dévoués
1. Par exemple Thomas Burt (M. P. de Northumberlana en 1874). À. Métin, Socialisme en Angleterre, p. 255.
l'amendement criminel de la loi de 1870 leur aliénait è
à la cause ouvrière et prêts à la soutenir avec compétence. Sentant le danger de la marée montante de ces aspirations, que ne suflisait pas à calmer le Home Rule, seule partie positive de leurs manifestes électoraux, les libéraux crurent bon d'y ajouter quelques promesses plus propres à se concilier les forces ouvrières. Ce fut l’objet du programme de Newcastle et de sa motion omnibus, réunissant sous une même rubrique les éléments les plus disparates. Ils ne parvenaient pourtant pas à désarmer les ouvriers, suspectant la bonne foi de ces soi-disant réformes et n’y voyant qu'un piège grossier destiné à s'assurer leurs suffrages. Ces derniers continuaient à sonner l'alarme contre le fossile old Liberalism, fondaient de nombreuses Zabour Association et suscitaient, partout où ils le pouvaient, des candidatures ouvrières qui, à défaut de succès, travaillaient à l’échec des whigs et à La victoire des tories. Leur défiance n’était d’ailleurs pas il faut l'avouer, dénuée de fondement ;les libéraux n'avaient pas sincèrement à cœur le désir d'arriver à une véritable représentation ouvrière, et s'ils patronnaient quelquefois les candidats du travail, c'était dans des forteresses tories où leur défaite était certaine. C’est pourquoi, rompant toute solidarité avec les parlementaires, les leaders trade-unionistes, réunis en conférence à Bradford, les 13 et 14 janvier 1893, votaient la fondation de l’Zndependent Labour Party (. L. P.), en vue de présenter et de soutenir la candidature de représentants de classe à l'exclusion de tout aspirant des par-