‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 120 sur 127 · TOME · texte numérisé non relu

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gonisme s’atténuait un peu à cette communauté d’action ; revenant à la politique modérée d’infiltration (permealion), sentant l'impuissance à laquelle

la vouait son isolement, une fraction importante du Labour party évoluait vers les radicaux avancés, au programme économique peu différent du sien, et qui venaient également à l’idée que seules des concessions grandissantes aux besoins des masses pourraient Îeur faire regagner le terrain perdu. Les asso-

ciations politiques ouvrières demeuraient cependant

sourdes à ses avances : fidèles à leurs statuts, les deux principales :4°7Z."P. et las SD, °F. (Social Democratic Federation) répudiaient toute attache avec les libéraux et refusaient de soutenir leurs candidats même quand de leur opposition ou de leur abstention devait résulter le triomphe du conservateur. Aujourd’hui encore, malgré l’alliance passagère qu'ont créée les élections contre les troupes réactionnaires protectionnistes, le parti du Travail, dont 54 membres ont franchi les portes de Westminster, est divisé en deux groupes de force sensiblement égale, obéissant aux tendances divergentes que nous signalions il y a un instant. À gauche 29 députés, élus sous les auspices du Labour representalion commitee (1), constituent l'aile avancée, hardiment réformatrice ; en élisant comme prési-

1. Créé en 1900, il avait été précédé de la fondation du National commitlee of Organised Labour en 1898 pour provoquer le vote des pensions de vicillesse.

ral, elle a tenu à montrer au gouvernement combien précaire était la neutralité bienveillante qu'elle lui accordait. À droite, d'autre part, les vingt-cinq représentants du Liberal Labour sont décidés à soutenir de toute leur force le Ministère où siège M. John Burns, un de leurs leaders les plus influents, excellent exemple de l’évolution du socialisme marxiste à l’opportunisme radical (1). Fort difficile est à tracer la ligne de démarcation qui les sépare du néolibéralisme, dont ils partagent presque toutes les vues, sauf peut-être un attachement plus profond aux intérêts spéciaux de la classe ouvrière, mais tout porte à croire que dans un avenir prochain disparaîtra même la différence d'appellation qui constitue encore le plus sûr critérium de leur distinction. |

Privé de ses anciens chefs, Gladstone et Harcourt, divisé une première fois à propos de l'autonomie irlandaise puis par la politique impérialiste de Roseberg, le parti libéral offrait, à la fin du xrx° siècle et au début du xxe le triste spectacle d’une armée sans général livrée à la plus entière désunion. Il semblait avoir perdu auprès de la nation le prestige que lui avaient valu son long séjour au pouvoir et sa

1. Cf, Reynol'd's Newspaper, 18 février 1906. Review of Reviews, février 1905 et le Times du 30 janvier 1906.

dent M. Keir Hardie, ancien transfuge du parti libé-

A EE ligne de conduite prudente et pacifique, tandis que l'étoile des Tories brillait du plus vif éclat. Profitant

des sentiments chauvins, exaltés par la guerre boër, le Ministère Salisbury venait en effet, en 1900, de se

faire confirmer son mandat par le pays. Les masses

entraînées par les appels au jingoïsme se désintéressaient de la question sociale et, comme au temps des campagnes napoléoniennes, la publication de bulletins militaires masquait à leurs yeux la hausse des objets de consommation les plus usuels due aux taxes qu’on leur imposait.

L'heure de la réaction cependant était proche, la scission produite au sein du parti libéral par les querelles politiques, le souvenir des sages principes économiques allait la réparer et provoquer un retour à l'esprit traditionnel des whigs pacifiques. Les succès tardifs des armées anglaises dans l'Afrique australe n’avaient été achetés qu’au prix de sacrifices pécuniaires considérables ; les évaluations optimistes de M. Chamberlain avaient été rapidement dépassées ; il fallait, la paix rétablie, songer à combler le déficit budgétaire. Reprenant son projet de changement douanier, confiant dans l’enthousiasme qu'il avait su provoquer au milieu des cités populeuses, en incarnant en lui toutes leurs visées belliqueuses, le secrétaire d'Etat aux colonies crut le moment propice à en assurer la réalisation. Les échecs auxquels s'étaient heurtées ses tentatives de confédération offensive et défensive de la métropole et de ses possessions, la fin de non-recevoir opposée

par les gouverneurs à ses propositions de participa“ tion aux frais d'entretien de l'armée et de la marine, n'avaient pas abattu sa confiance. A peine revenu de l'Afrique du Sud, où il avait été parcourir les champs de bataille de la dernière guerre, il exposait à ses constituants de Birmingham son plan de réforme douanière. « À mon avis, disait-il, dans son discours « du 15 mai 1903, les germes d’une union fédérale, « propre à rendre l'Empire britannique tout puis- « sant, et influent au-delà des plus grandes espéran- « ces, sont déjà enfouis dans le sol, mais c’est une « plante frêle et tendre qui demande des soins « minutieux » (1). Il ne suffisait plus que l’Angleterre et ses dépendances fussent liées par des rapports d’allégeance, il fallait leur faire sentir les soucis d'intérêts communs, établir entre elles d’étroites relations, transformer l'empire en un vaste Zollverein qui ferait pour la grandeur du commerce britannique ce qu'avait fait l'union de l’Allemagne pour son développement. À cet effet, au libre-échange absolu de Cobden et de ses successeurs, il convenait de substituer une ceinture douanière, avec des droits différentiels aux produits coloniaux, contre un traitement de faveur aux marchandises métropolitaines. Il se défendait d’ailleurs d’être protectionniste, mais prétendait fournir une nouvelle et véritable interprétation de la liberté commerciale. Elle ne se bornait

1. Cf. Review of Reviews (Londres) 1903, vol. XXVII, p. 632 et suiv.

” pas, ainsi que l’affirmaient les free traders impénitents, à l’achat au marché le moins coûteux : pour- quoi faire de la sorte, volontairement abstraction de la considération, non moins importante, du marché de vente ? Craignait-on une hausse des denrées? C’était oublier qu'elle serait suivie d’une marche parallèle des salaires. Qu’importait, par exemple, à l’'ouvrier du Cap, de payer ses produits deux fois plus cher que son camarade d’Angleterre, si ses salaires étaient trois fois plus élevés? Enfin, pour se concilier la sympathie des classes laborieuses, les importantes sommes-que la perception des droits ferait entrer dans les caisses publiques, seraient, affirmait-il, consacrées à l'institution de pensions de retraites pour la vieillesse et autres améliorations sociales » (1).

En dépit de ses restrictions et des euphémismes dont il entourait l'expression de sa pensée, il ne voulait rien moins qu’un retour au protectionnisme, défunt depuis 1846, et l'esprit des concitoyens de Cobden ne s’y trompa point. De toutes parts s'élevaient des critiques. À Manchester même, berceau de Ia Ligue, l'Association parlementaire des manufacturiers de coton (Cotton Employer's Parlirmentary association) et le Syndicat des ouvriers réunis de l’industrie textile, votaient le 21 juillet une résolution décidant que « l’industrie cotonnière devant sa prééminence « au libre échange, toute imposition ou taxe sur la

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