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tes encore que celles de son illustre prédécesseur
et maitre, sur les fonctions économiques du gouvernement et, tout en adoptant la plupart de ses vues, le détermina à en pousser plus loin certaines conséquences et à en rejeter certaines autres. Des longs voyages qu'il avait faits en Europe, des nombreuses observations qu’il avait recueillies sur les mœurs et les conditions d'existence des peuples modernes et de l'antiquité, il lui était resté un esprit pratique qui le poussait à sacrifier davantage que Smith aux exigences de l'humanité. L'idéal, pour lui, ne se résumait plus dans la production à bon marché si elle ne devait être achetée qu’au prix des souffrances intolérables du monde ouvrier. « Si un «pays, disait-il, n’avait d'autre moyen, pour deve- «air riche, que de demander le succès dans la lutte «à la réduction des salaires, je dirais sans hésiter : « Périssent ces richesses ! Il est à désirer que les « classes ouvrières soient bien payées pour une rai- « son bien plus importante que toutes les considé- «rations relatives à la richesse, je veux dire pour «le bonheur de la grande masse de la société. » (1). Il était opposé à une application rigide des principes de la science, et recommandait de faire la part des obstacles inhérents aux lois de chaque pays et à sa position géographique, et de la perturbation désastreuse où le plongerait une brusque réforme, de
nature, non seulement à en accabler les auteurs
1, Malthus, Principes d'Economie politique, page 36r.
FRANS CAE
sous le poids du mépris et de l'indignation publics,
mais à jeter le discrédit sur les règles dont ils auraient tenté l'application. De la loi des pauvres elle-même, qui constituait à ses yeux la principale entrave au progrès, et auprès de laquelle, disait-il, le mal d’une « énorme detie nationale» n'était que de peu d'importance, il ne demandait pas la suppression immédiate : le mal était si profondément enraciné et l'assistance si largement accordée, qu’il ne proposait, pour sa part, que son Gabolition graduelle et même très graduelle » (1).
Il ne niait certes pas les avantages considérables de la liberté naturelle, les effets bienfaisants de l'initiative individuelle tempérée par la concurrence, il proclamait même que le régime de la plus parfaite liberté commerciale produirait une distribution plus égale du capital et augmenterait ainsi le progrès et le bonheur (2). Il plaçait sa confiance dans les efforts salutaires de la nature humaine, à l’instar des meilleurs médecins qui prodiguent peu de remèdes à leurs patients, laissant faire la &« vis medicatrix naturæ » et considérait comme les plus habiles les hommes d'Etat les moins disposés à interrompre la direction spontanée des industries et des capitaux. Il fallait sans cesse avoir en vue la liberté pour s’en rapprocher le plus possible, mais
il ne pouvait s'empêcher de la traiter comme une
1. Malthus. Principe de Population, 1. TIE, ch. vr, p- 387: 2. Malthus. Jbid., 1. IIL, ch. xn, p. 447.
RP CS illusion ou une utopie ». Elle restait cependant la grande règle générale, et c'était à ceux qui s’en voulaient écarter à nous indiquer les raisons de leur conduite (1). Cette reconnaissance de la valeur théorique du principe ne lui en dissimulait pas les difficultés d'application, et son souci des résultats praliques l’amena à y apporter de multiples tempéraments. Il n'ignorait pas les inconvénients d’une ingérence abusive de l'Etat, ses préférences allaient à un régime où le gouvernement s'abstiendrait d'intervenir dans le domaine économique, mais elles ne l’aveuglaient pas au point de lui faire rejeter les exceptions qu’il convenait d'admettre. Il protestait, au contraire, avec force contre ceux qui proposaient de réduire le souverain à un rôle purement négatif et les accusait d'amener la déconsidération des principes généraux de la science, en les rendant absolument inapplicables dans la pratique. La limite même des attributions gouvernementales, si nettement tracée dans les traités didac‘iques, perdait, à ses yeux, presque toute sa rigueur quand on l’examipait, dans le détail, à la lumière de l'expérience: des doutes sérieux s’élevaient alors sur la part qu'il fallait assigner, par exemple, au souverain en matière d'instruction, d'assistance aux indigents, de construction de canaux, d’expéditions coloniales, etc. L'alütude qu'adopta Malthus dans la question
protectionniste, qui passionnait alors l'Angleterre,
1. Malthus. Principes d'Economie politique. Avant-propos. Oualid l
nous fournit, d’ailleurs, une excellente illustration
du caractère réaliste et contingent de son libéralisme. Le souci de la sécurité nationale avait bien déterminé Adam Smith à admettre quelques exceptions au principe de la liberté du commerce international, mais sa lutte contre le mercantilisme témoignait néanmoins de ses ardeurs libre-échangistes. Plus sceptique, au contraire, devait se montrer 'Malthus sur l'opportunité d’une division internationale du travail et l’assimilation des contrées aux provinces d’un vaste empire. La comparaison lui semblait tout au moins hasardeuse et, ému par le spectacle des misères de son temps en Angleterre, il s’attacha à atténuer les néfastes effets de la consécration exclusive de l’activité nationale à la seule industrie, au détriment de l’agriculture. Désireux de voir les subsistances croître en raison de la population, alors que, d’après ses observations, résumées dans sa célèbre formule mathématique, elles croissaient en progression arithmétique, tandis que l’augmentation de la population suivait une progression géométrique, il ne pouvait se décider à compter sur les importations étrangères pour assurer la nourriture de la nation. Un pays exclusivement industriel s’approvisionnait facilement chez ses voisins tant que durait sa prépondérance commerciale, mais outre qu’il se trouvait ainsi placé, vis-à-vis d'eux, dans une situation de dépendance, qui le mettait à la merci de leur diligence ou de leur
indolence, il estimait une pareille distribution en
peuples agricoles, commerçants ou voituriers essentiellement accidentelle et temporaire. Aussi longtemps que l’agriculture produirait des prix rémunérateurs il n’y avait, sans doute, pas à craindre la direction de ses capitaux vers un autre emploi; mais le jour où aurait lieu une baisse des profits elle entraïînerait à sa suite un afflux de numéraire et de bras vers les industries, causant ainsi la ruine des usines étrangères qui les approvisionnaient jusqu'alors (1). L'idéal lui paraissait donc la combinaison, dans une même nation des systèmes agricole et commerçant, et le maintien de leur équilibre. Un pays qui se nourrit lui même ne peut, en effet, se trouver tout à coup réduit à une décadence inévitable par la concurrence étrangère, il n’est pas exposé aux dangers de l’ignorance ou de la paresse de ses fournisseurs ; au cas où l’un des deux produits de sa richesse vient à diminuer, les capitaux de l’autre, se reportant sur lui, diminuent l’acuité de la crise en soutenant les prix par l'augmentation de la demande et la diminution de l'offre. « En un mot, un pays où l’agriculture, «les manufactures, les affaires de commerce et «toutes les différentes parties d’un territoire étendu « agissent et réagissent les unes sur Îles autres, « chacune à son tour, pourrait évidemment aller en
« augmentant constamment sa richesse et sa force,