‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 19 sur 127 · Jbid. t. I, p. 15g et suiv · texte numérisé non relu

Jbid. t. I, p. 15g et suiv

€ ce système de liberté, ils ont voulu mettre dans les « professions ce qu'ils appellent de l'ordre, c'est-à- «dire substituer un arrangement artificiel à un arran- «gement naturel, pour avoir le plaisir de régler «ce qui se serait réglé de soi-même. » — « Comme ils se mêlaient d’une chose à laquelle ils n’entendent rien, ils se sont le plus souvent conduits dans une idée d’uniformité dans des objets d’une nature très différente. » Cette matière réglementaire se couvre d'un prétexte banal, on veut perfectionner les arts, on veut empêcher qu'il y ait de mauvais ouvriers, on veut assurer le crédit et l'honneur des manufactures nalionales. Il se présente, pour remplir ce but, un moyen simple et naturel, c’est de permettre à chacun d’user de son propre jugement, de rejeter le mauvais, de choisir le bon, de mesurer les préférences sur le mérite et d’exciter ainsi l’émurlation de tous les artistes par la liberté du concours.

Seuls des arguments irrésistibles auraient donc pu légitimer l'intervention du souverain dans les affaires commerciales, il aurait fallu démontrer d'abord que « l'argent du public » connaissait mieux les intérêts des individus que les individus euxmêmes, ou bien prouver que la somme du capital social étant infinie ou inutile aux industries nouvellement créées, toute la richesse qu’elles produisaient était un bénéfice et un profit Cclairet net » au delà de ce qu’elle aurait été, à défaut des faveurs

spéciales dont elles avaient été l'objet (1). L'expé-

1. Bentham. Manuel d Economie poltique, ch. If, p. 124 (Œuvres choisies).

— 59 — rience ne s’opposait-elle pas au contraire, à l’affirmation de semblables hypothèses? le pouvoir économique constitué par le capital, le gouvernement était impuissant à le créer, tout ce qu’il donnerait à une personne, serait enlevé à une autre : il s’ensuivait donc que son intervention agissait plutôt comme obstacle que comme aiguillon de la prospérité. Tout effort pour encourager tel ou tel emploi du capital, pour en décourager tel ou tel autre, ou en assurer une meilleure distribution, produisait généralement un résultat opposé à celui que l’on visait. Aussi le principe que Bentham proclame bien haut c’est celui du « laisser-faire ». Il proteste contre la conception qui jusque-là a été jugée profonde politique des hommes d'Etat : « anéantir le commerce étranger, se suffire à soi-même, tout vendre et ne rien acheter » (1). Paraphrasant son illustre prédécesseur, il demande, pour favoriser l'accroissement de la richesse, l’abolition de’toutes les lois et règlements qui prétendent l’augmenter. Sécurité et liberté, là se bornent les désirs de l’industrie. La requête de l’agriculture, du commerce et des manufactures est aussi modeste que celle de Diogène à Alexandre : « Ote-toi de mon soleil ». Ils n’exigent pas des faveurs, ils demandent simplement qu’on leur assure une carrière facile et libre: € En résumé, dit-il, de même qu'il ne faut pas trop

«gouverner, laisser les hommes vivre à leur fan-

1, Bentham, op. cit., ch. VIIT p. 137.

TS

« taisie, sous la seule condition de ne pas nuire les « uns aux autres ; de même, pour accroître la « richesse, ce que l'Etat a de mieux à faire, c’est de «ne rien faire, rien, c’est-à-dire comme encourage- «ment positif, car il ne saurait trop ôter les entra- «ves, trop écarter les obstacles mis à l’aliénation « des biens fonds, ni trop favoriser la conversion «des communaux en propriétés individuelles. » (1).

Ennemi de la législation économique, Bentham ne pouvait pas abonder dans le sens d'Adam Smith quand celui-ci préconisait la réglementation du maximum du taux de l'intérêt de l’argent. Deux notes qu'il ajouta à l'édition de la Aichesse des Nations et son pamphlet sur. la Défense de l'Usure lui permirent de mettre à jour les opinions qu'il professait en cette matière, et qui n'étaient que l’application à une question pratique des théories dont nous avons essayé de dégager la teneur. Quelles raisons avait-on d’astreindre le commerce de l'argent à des restrictions, alors que l’on proclamait, d’autre part, la supériorité de la liberté commerciale ? L'effet certain de ces mesures étant de priver de capital les gens qui en avaient besoin, le législateur avait-il des raisons sérieuses pour justifier les entraves que leur causait son intervention ? Etaient-ce les prodigues qu’il voulait protéger contre les excès de leurs dépenses ? On n’ignore pas que ce sont surtout les « faiseurs de

Page 1