‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 23 sur 127 · MEN CES · texte numérisé non relu

MEN CES

que leur position géographique ou le retard de leur civilisation auront placés en état de notoire infériorité économique vis-à-vis de leurs voisins, üreront du libre-échange un bénéfice plus considérable : ils suppléeront ainsi par les importations, aux imperfections dont les auront dotés la nature ou leur indolence.

Le postulat placé à la base de leur raisonnement, à savoir qu'un Etat n'importe jamais que les objets dont la production serait plus coûteuse chez lui que chez la nation exportatrice, s'oppose d’ailleurs à toute tentative de restriction du libreéchange, seul avantageux. Recourrons-nous, à son défaut, au système de la réciprocité, et n’admettrons-nous les produits que dans la même proportion, ou en les astreignant aux mêmes droits que les pays avec lesquels nous sommes en relations ? N'est-ce pas tomber volontairement dans les mêmes erreurs qu'eux ? L'expérience n’a-t-elle pas maintes fois démontré que la nation établissant une barrière douanière était la première à en souffrir ? Si les autres sont assez peu conscientes de leurs intérêts véritables pour marcher à la ruine, estce une raison suflisante pour les suivre sur ce terrain et nous exposer à subir leur sort ? Certes, l'idéal serait de voir toutes les contrées du monde unies dans les liens d’un commèrce aussi étendu que celui qui relie les provinces d’une même nation ; mais si, dans l’assemblée des peuples, l’un obéissant à des considérations erronées de classes

ou de politique élève autour de lui une muraille

dont l'effet est de renchérir pour ses habitants

tous les objets de consommation, il serait absurde de voir les autres se soumettre, par mesure de

réciprocité, à payer volontairement plus cher les

produits qu’ils importaient autrefois à meilleur compte du pays qui s’est ainsi isolé de la grande famille des nations ? Il n’est pas enfin jusqu'aux représailles que Smith lui-même, nous l'avons vu, acceptait encore, tout en ayant soin d'en énumérer longuement les inconvénients, qui ne soient l’objet de leurs plus vives critiques : plus profonde que celle

- des précédents est leur répercussion sur le pays

qui y recourt, considérables en sont les inconvénients et aucune raison ne peut, à leurs yeux, en justifier l'emploi. Aussi n'est-ce plus, comme Ricardo, la destruction lente et graduelle des restrictions au commerce extérieur, c’est leur retrait immédiat, absolu et sans condition qu'ils réclament (1). Pas d'échelle mobile faisant varier les droits avec le prix, pas de droit fixe, si minime soit-il. Ils ne vont pas toutefois jusqu'à prêcher la suppression complète de tous les droits de douane: il en est qui n'’offrent pas le caractère d'encouragement artificiel des industries nationales, ce sont ceux que l'Etat n'impose que dans le but de remplir son Trésor, ceux-là trouvent grâce devant eux ; mais ils demandent la

chute de ceux que l'intérêt exclusif de quelque classe

1. Bastiat, op. ct. Cobden, Discours de Manchester, octobre 1842, p. 91.

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privilégiée a fait établir, ils cherchent à déchirer le voile de l'indépendance de la nation, sous le couvert duquel se sont introduits successivement tous les monopoles, se prêtant mutuellement un appui contre les attaques dontils sont l'objet, formant une forteresse en apparence inexpugnable, et qui ne sont, en somme, qu’une seule et même chose : la spoliation de la multitude laborieuse par le petit nombre. Respectueux, du reste, des droits de leurs adversaires, ils ne demandent pas contre eux des mesures d'exception ; ils désirent seulement les voir rentrer dans le chemin de la liberté et de la justice, où ils pourront à loisir jouir des fruits de leur travail ou de celui de leurs ancêtres (1).

Les avantages de la liberté du commerce international dépassent d’ailleurs les limites du marché intérieur et ne se bornent pas à assurer le bonheur du consommateur national. Ne contribue-t-elle pas à faire sentir aux peuples la solidarité qui les unit comme les citoyens d’un même pays? Les malheurs qui atteindraient l’un d'eux auraient chez tous les autres un tel retentissement que leur intérêt leur commanderait de ne pas les laisser s’accomplir. « Fonder la liberté commerciale, disait Cobden, «c’est fonder en même temps la paix universelle, « c’est relier entre eux par le ciment des échanges « réciproques tous les peuples de laterre. » (2).

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