‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 27 sur 127 · Price, op. cit,, p. gr etsuiv · texte numérisé non relu

Price, op. cit,, p. gr etsuiv

— 94 = anglais, partagé entre l'esprit traditionnel et les tendances nouvelles. Pendant longtemps, la doctrine de Bentham avait suffi à dicter sa conduite, elle s'était même exagérée au point d'aboutir à l’égoïsme le plus intransigeant, mais elle commençait à ne plus répondre aux besoins du moment, el pour caractériser cette phase de la théorie, nous ne pouvons mieux faire que de l’étudier chez celui qui la personnifia si brillamment. Il ne réussit, sans doute, jamais à dépouiller entièrement les impressions de sa première éducation, il lui en resta toujours un profond amour de la liberté, mais ayant pu apprécier les inconvénients et la sécheresse d’une méthode purement rationaliste et déductive, il crut devoir y introduire une pointe de sentiment, et son rêve fut de concilier les nouvelles théories avec les anciennes, en montrant que les prétendues lois économiques n'avaient rien de l'absolu que leur attribuaient leurs premiers formulateurs enthousiastes. IL avait d’abord, comme eux, cru qu’elles pouvaient être réduites en quelques formules simples, mais la vérité s'était fait jour en lui. Qu’était le néant des livres humains en présence de l’immensité des phénomènes qui nous entourent ? Combien grande était l’erreur de ceux qui avaient pris, pour les attributs normaux de l’humanité toujours en marche, les caractères moraux ou intellectuels d’une période déterminée (1)? Loin

1. St. Mill. Principes d'Economie politique, 1. IT, chap. I, t. 1, p. 293 et suiv.

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de considérer comme résolu, par la règle de la liberté absolue, le problème des fonctions économiques du gouvernement, il lui apparut comme un des plus ardus de la science sociale et il s'y consacra avec passion. La discussion dont il était l’objet à son époque, lui en fit comprendre l'importance et la complexité, et il eut la perception très nette-qu’elles ne feraient que croître avec les progrès de la civilisation (1). Quel rôle convenait-il donc de lui attribuer ? Quelle était la limite entre le domaine de l’activité individuelle et celui de l'initiative de l'Etat? Conclutil, comme les Manchestériens, à la supériorité absolue de la première sur la seconde et à la réduction graduelle des fonctions gouvernementales ? Fallait-il au contraire étendre son champ d'action ? La réponse à ces différentes questions va nous permettre de fixer les principaux traits de son libéralisme et de déterminer son apport à l’évolution de l’idée libérale.

Si dans les Principes d'Economie politique, et surtout dans les dernières éditions, il paraissait sacrifier l'individu à la société, il s’appliqua dans son ouvrage sur la Liberté à en revendiquer hautement les droits.

Ses préférences allaient bien, comme nous le verrons plus loin, à une organisation démocratique, dont il préconisait l'avènement ; il ne s’en dissimulait cependant pas les inconvénients, et il jugeait utile de déterminer la nature et les limites du pouvoir que

1. St. Mill. Principes d'Economie politique, 1. V, ch. Is t. 2,p. 349.

peut légitimement exercer sur les individus un gou-

vernement, même lorsqu'il est responsable envers

le plus fort parti de la communauté. Il y a, disait-il, dans tout homme, un cercle qu’on ne peut permettre à un gouvernement de franchir et il doit comprendre tout ce qui est relatif à la vie intérieure et extérieure de l'individu sans affecter les intérêts des autres (1). Nombreux étaient aussi les inconvénients de l’ingérence excessive de l'Etat, dans le domaine industriel, et le minutieux exposé qu'il en fait ne serait pas déplacé dans l’ouvrage du plus pur individualiste. Elle ne peut, en effet, s'exercer que par voie de contrainte ou d'interdiction et exige des citoyens une contribution pécuniaire d'autant plus lourde qu’elle est loin d’être librement consentie. Le véritable mode d’action, du gouvernement est celui de l’exemple, de l’appel à la conscience des particuliers. Quant aux mesures prohibitives, elles ne sont supportables que si elles répondent aux sentiments de la majorité des gens bien intentionnés.

L’accroissement de l'influence et du pouvoir de l'Etat, entraîné par les demandes constantes d’intervention, la tyrannie qui en résulte est même, peut-être, plus à redouter dans une communauté démocratique qu’autocratique, « l'individu opprimé « par le souverain n’y trouvant pas, comme dans

« une autre organisation sociale, un pouvoir rival « auquel il puisse demander réparation ou, tout au

7, Stuart Mill, op. cit., 1, XI, ch. xt, $ 2, t.», p. 915,

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€ moins, sympathie » (1). N’avons-nous pas, d’auire

part, sous les yeux l'exemple des multiples échecs des gouvernants qui ont voulu se mêler d’entreprises commerciales ou industrielles ? Le mobile de l'activité privée leur fait défaut ; ils ne sont pas guidés, comme elle, par l'intérêt personnel ; de plus, quelque supérieurs que soient ses fonctionnaires, l'Etat ne peut monopoliser tous les talents du pays qui, restés libres, concourent tous à un but unique par des moyens différents, préférables certainement à un régime uniforme. Enfin, le travail, le jugement, le contrôle de soi-même sont les stimulants naturels du perfectionnement moral que l'Etat doit se garder d’atténuer en faisant de cette culture l'apanage exclusif de quelques hauts préposés. On arriverait, de la sorte, à creuser un fossé infranchissable entre

gouvernants et gouvernés, alors que la discussion,

l'association des efforts, l'administration des intérêts collectifs est la grande école du patriotisme et la source de l'intelligence, trait distinctif des peuples

libres. Une analyse aussi complète des objections à .

l'intervention gouvernementale l’amenait tout naturellement à la conclusion qu'il place en tête d’un de ses paragraphes. «Le laisser-faire est la règle générale » et, comme Malthus, il déclare que c’est à ceux qui demandent l'ingérence de l'Etat à faire la preuve

de leurs raisons (2).

#210id,, LV; cb:-xr7; SS, 1.2; p.017.

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