‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 29 sur 127 · Stuart-Mill, La Liberté, ch. I · texte numérisé non relu

Stuart-Mill, La Liberté, ch. I

exacte de son véritable intérêt. Les enfants et les

jeunes personnes doivent être l’objet d’une protection spéciale ; on ne peut en effet fonderici l’abstenüon du législateur sur le motif qui la justifie d’habitude, c’est-à-dire le fait que la plupart des gens voient leur bonheur avec plus d'intelligence et de justesse que ne pourraient le leur faire concevoir une loi ou l'indication d’un fonctionnaire ; en pareil cas l'incapacité de juger, l'absence de maturité du bon sens, permettent de lés assimiler à des animaux, et l’'hommed’Etat doit s’efforcer de les garantir contre la brutalité ou un travail excessif. Il serait, aussi, imprudent de livrer à elles-mêmes les sociétés commerciales que les administrateurs délégués ont souvent plus d'intérêt à mal qu'à bien gérer; pour sauvegarder leurs mandants, il importe que le législateur, sans se substituer à eux dans la direction des affaires, exerce une surveillance sévère sur leur action. En dépit des aflirmations optimistes de Smith et de ses successeurs, les intérêts des ouvriers sont loin de coïncider avec ceux du public en général, et cette divergence suffit à autoriser la fixation réglementaire des heures de travail. L'assistance ne peut être confiée à la seule charité privée, elle offre certes de grands avantages, mais il lui faut préférer les secours publics calculés de façon à ne pas donner à l’indigent une siluation aussi favorable que s’il travaillait. Enfin, la colonisation, les grands travaux, toutes les entreprises en un mot qui dépassent les forces des particuliers ou de l'association sont du

ressort de l'administration publique. Revenant à l’ancienne méthode empirique, au lieu de résoudre au moyen d’une formule abstraite ces complexes difficultés, Stuart Mill se posait donc en face de chaque situation la question de savoir ce qu'il fallait préférer de l’action ou de l’abstention gouvernementale (x). à

Jusque-là, somme toute, il ne se distinguait des économistes précédents que par la mesure, mais il est un point sur lequel il s’en détacha nettement et c’est celui qui lui valut, dans la suite, d’être traité de socialiste. La règle de non-intervention à laquelle il avait conclu, ne devait, à son sens, recevoir son application qu’en ce qui concernait la production des richesses ; là seulement il convenait de laisser l’activité individuelle se donner libre carrière : elle obéit, en effet, à des lois qui n’ont rien d’arbitraire ou de facultatif, et contre lesquelles l’homme ne saurait s’insurger. Il en allait autrement, au contraire, de leur distribution : pour celle-ci chose essentiellement humaine et contingente, ainsi que le prouvait sa variation avec les pays et les époques, il ne voyait aucun inconvénient à l'extension des attributions gouvernementales au delà de celles que lui concédaient ses devanciers. Seule la Société préside à la disposition des objets, même acquis au prix du travail personnel, et c’est par son consentement que

l'individu est autorisé à en conserver et à en trans-

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