‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 36 sur 127 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

et pour ses adhérents les questions de tempérance, de logements ouvriers etc., ont acquis une importance que ne leur reconnaissaient pas les libéraux de la première heure uniquement préoccupés de la production (1).

Sans doute, comme son nom l'indique, le libéralisme est resté le parti du progrès et de la liberté, mais ce vocable à pris un sens qu'ignoraient ses ‘ancêtres : la liberté ne consiste plus aujourd’hui en l'absence d’entraves et de restrictions à l’activité humaine ; on en conçoit même parfois l'utilité, et, loin de récriminer contre elles, on reconnaît qu’elles ont souvent tendance à la développer plutôt qu'à lui porter atteinte. Non-intervention gouvernementale ne signifie pas nécessairement liberté, il y a des restrictions économiques auxquelles l’homme peut plus difficilement se soustraire qu'aux restrictions légales. Le système industriel plie sous son joug irrésistible tous ceux qui en font partie : l’ouvrier est tenu de se soumettre aux règles de son métier et aux usages de son atelier, sous peine de renvoi. Dirat-on du conducteur obligé de travailler douze heures par Jour, treize jours sur quatorze, qu'il agit de sa propre volonté, sous prétexte qu'aucune loi ne l'y contraint ? Et la faculté d'aller ailleurs n’est-elle pas illusoire quand, partout autour de lui, en son pays et à l'étranger, les conditions sont les mêmes. Sui-

vant la forte image de M. Herbert Samuel, l'individu

1, Herbert Samuel, op. cit., ch. II.

est aussi libre de prendre parti dans la société actuelle que le passager d'un train lancé à toute vitesse est capable de le quitter ou d'en modifier l’allure (1). Les Trade-Unions mêmes, malgré les progrès qu'elles ont fait faire à la classe ouvrière, ne sont pas toujours de force à assurer la pleine liberté du travailleur : les conditions d'admission, si minimes soient-elles, ne sont pas à la portée de tous ; nombreux sont les métiers dont les membres ne peuvent s’y affilier ; leur terrain d'action est restreint à raison même de la violence du moyen dont elles disposent : la grève est une arme trop lourde dont l’emploi doit être réservé aux revendications importantes, et qu'on ne peut émousser au redressement des faibles injustices. Elles sont souvent impuissantes enfin à sauvegarder la liberté de louvrier contre la force écrasante du besoin économique. Au nom même de la liberté, l'intervention de l'Etat est donc nécessaire. Les premières lois de fabrique, réduisant la journée des femmes employées dans l’industrie, fut bien considérée comme une atteinte à leur indépendance ; peut-être même un plébiscite parmi elles eût conclu à leur rejet ; mais elles ont été le seul moyen de délivrer ces malheureuses, vouées autrefois à un labeur incessant, de même que les mesures dirigées, au début du xrxe siècle contre la pratique barbare du duel, ont réussi, tout en la limitant, à affranchir la liberté d’une coutume oppressive (2). Seule

Page 1