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propriétaire et locataire y collaborent proportionnellement; pourquoi alors ne pas opérer ouvertement la division plutôt que de l’abandonner aux fluctuations incertaines des mouvements économiques ? A supposer enfin que l'incidence atteigne le seul occupant, il est rationnel de mettre fin à cette injuste situation en contraignant le bailleur à contribuer aux dépenses dont ils tirent un si grand profit.
Couronnement de la lutte que mènent avec tant de vigueur les Whigs anglais contre les privilèges séculaires des landlords du Royaume-Uni, cette mesure présente un contraste frappant avec l'attitude du libéralisme français attaché à la défense des droits et de la situation actuels de la propriété foncière. Chez nous les propriétaires forment une grande partie du corps de la nation, et celle sur laquelle les tendances avancées ont le moins de prise ; en Angleterre, au contraire, la terre est concentrée aux mains de quelques possesseurs fortunés. D'autre part l’immense majorité du parti libéral se recrute parmi Les industriels et les habitants des centres ouvriers ayant à souffrir de ce monopole foncier. La taxation des plus-values constitue à leurs yeux le remède le plus propre à soulager ce malaise des populations urbaines. Allégée d'une partie des impôts qui l’oppriment, l’industrie consacrerait les ressources ainsi mises à sa disposilion, au développement des ateliers et des manufactures. N'ayant plus intérêt à maintenir vacants des terrains dont la valeur aug-
menterait sans peine, puisque bâtis ou non ils
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seraient soumis à l'imposition, les propriétaires s’'empresseraient d’y faire élever des constructions, . apporteraient ainsi une solution au pressant problème des logements ouvriers et contribueraient à la disparition des foyers d’épidémie et de vice que constituent les s/ums des grandes villes. La place que consacre le parti libéral à l'amélioration du sort des classes laborieuses, à la réforme sociale comme il l'appelle, le désir d’ässurer le développement de l'éducation, de l'hygiène, de la beauté même des centres urbains, le souci de ne pas voir les autorités locales arrêtées dans leur œuvre d’émancipation par le manque de ressources, lui font un devoir de considérer le prélèvement de l’unearned increment et des plus-values urbaines en général comme un nouveau mode d'impôt équitable et rémunérateur, grâce auquel, sans ajouter aux charges déjà lourdes des contribuables actuels, les municipalités pourraient se procurer aisément les fonds dont elles ont besoin (1).
1. La question des plus-values foncières est une des plus intéressantes de l'Angleterre moderne. Nous regrettons de n’y pouvoir consacrer un plus long développement. La littérature est abondante sur la matière. Entre autres citons, outre les publications de la Land law Reform association et de l'English league for the taxation of land values. — H. Samuel. Liberalism, pp. 196-206.—J. Dundas White. Economic ideals, ch. I. Reportof Judge O'Connor (Royal Commission of local Taxation). La Chambre des Communes par 319 voix contre 61 a voté le 23 mars 1906 le passage à la deuxième lecture du bill
sur la taxation des plus-values foncières dansles villes écossai-
ses (cf. le journal Land Values d'avril 1 906).
La politique commerciale du parti libéral, elle, n’a pas changé, c'est toujours l'esprit de Cobden qui l’anime : liberté d'importation et d'exportation ; ouverture du marché mondial aux produits de tous les pays ; et nous apprécierons plus loin l'importance qu’elle a eue dans l’histoire de ces dernières années (1). En matière industrielle, au contraire, il ne répugne plus à la gestion de l'Etat, il ne voit plus en elle une effrayante calamité, il la considère même en certains Cas, comme un sérieux moyen de progrès. L'exploitation par les villes des services publics comme le gaz, l’eau, les tramways en a révélé les avantages incontestables : seule, elle permet l’application intégrale de Ia réglementation du travail ; grâce aux garanties de solvabilité que présentent les administrations, elles peuvent emprunter des capitaux à meilleur compte que les particuliers ; les bénéfices dont elle est la source sont un appoint fort respectable qui vient alléger les finances municipales : elle se prête enfin à merveille à la direction des monopoles. Rien d'étonnant, dès lors, à ce que l'Etat soit devenu, dans ces derniers temps, le plus grand industriel du Royaume-Uni, faisant ainsi de chaque citoyen un actionnaire de la plus vaste entreprise nationale. La gestion collective à cependant des inconvénients dont il serait puéril de se dissimuler l'importance : l'esprit d'initiative, caractéristique de
l’action personnelle, lui fait défaut : le goût des ris-