Cf, Ile partie, ch. III et conclusion
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ques de la spéculation y est nécessaire et l'Etat en est dépourvu ; l'espoir de gain, la crainte des pertes sont des stimulants de la conduite des affaires que remplacera difficilement l'esprit public. Il est à craindre que les ouvriers ne puissent, par leurs votes, exercer un contrôle sur les autorités qui les emploieront, et n’abusent de leur pouvoir pour exiger, outre le traitement auquel ils ont légitimement droit, des privilèges et des subsides extraordinaires, aux frais du reste des contribuables. Les devoirs industriels déjà imposés aux hommes publics sont pesants; le nombre des gens compétents n’est pas illimité, si l’on y ajoute encore le souci de nouvelles entreprises, leur énergie pourra s’énerver, ils failliront aux charges qui leur incombent, et incapables de surveiller étroitement leurs fonctions, la direction deviendra routine, la corruption et le gaspillage, qui les guettent, auront tôt fait de s’y introduire. Jusqu’à ce jour, évidemment, l’exploitation gouvernementale ne s’est heurtée à aucun échec, mais il est bon d'ajouter que les industries auxquelles il s’est essayé étaient simples et peu nombreuses. Diriger avec compétence le service des postes et télégraphes n implique nullement que le même succès couronnerait une entreprise de navigation commerciale. Les municipalités réalisent de beaux bénéfices avec la fabrication et la fourniture du gaz ; est-on en droit d'en conclure qu'elles pourraient, également, se livrer, avec profit, à la filature ou au tissage du coton ? Si elles ont mené à bonne fin les quatre ou
HR cinq services dont elles se sont attribué la gestion, il serait, pour le moins, téméraire d'affirmer qu'il en serait de même s'ils se multipliaient au point d’atteindre la centaine : un verger qui nourrit une douzaine d'arbres fruitiers serait fort en peine d’en nourrir un millier (1).
L'Etat, soutiennent donc les libéraux, ne saurait se montrer trop prudent avant de s'engager dans le domaine industriel : il est de son devoir de s'assurer de la capacité des autorités pour ces fonctions sup- -plémentaires. Mais, déclarent-ils aussi, rares sont les cas où l’on ne peut pas confier à une grande cité le contrôle des tramways ou de Ia fourniture du gaz et de l'électricité : les avantages en sont si considérables pour les ouvriers et les contribuables, que les essais doivent être faits, à moins que des raisons irrésistibles ne militent contre eux ; cependant la route est trop sombre « pour permettre de fixer «à coup sûr le point où ils doivent s'arrêter. Des «expériences sont nécessaires et quand la munici- « palisation d’un service paraît devoir réussir, il «faut encourager les villes à les tenter : chaque cas « doit être jugé à son propre mérite. Sur les ques- «tions spéciales de la nationalisation des chemins « de fer et des canaux, ils réservent leur opinion, «recherchent des informations plus précises et atten- « dent les fruits d’une discussion plus approfondie
«avant de se lancer dans l’action législative. » (2).