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-: Cest cet esprit pratique, utilitaire, dénué de yisées ulopiques qui les sépare -des socialistes. Les libéraux ne les considèrent plus comme des ennemis, Mais comme des enthousiastes, illuminés par leur foi dans l’omnipotence de l'Etat. Pour eux, la voie n'est pas obscure : la socialisation de toutes les industries, loin de les effrayer, est l'idéal auquel ils aspirent: l'Etat serait le seul capitaliste, le seul agriculteur: toute la population serait à son ser- :vice. L'idéalisme trouvait autrefois sa formule dans lindividualisme à outrance, le collectivisme est aujourd'hui devenu la panacée : Karl Marx est son prophète et les groupes socialistes son instrument d'élection. Certes, les libéraux partagent avec lui l'indignation contre l’état économique actuel, ils désirent se joindre à lui pour renforcer l’action curative du gouvernement, qui donne souvent d'excellents résultats, mais un point les laisse sceptiques. C’est celui de savoir si la substitution de la société à l’individu n’empirera pas, au lieu de l'améliorer, la situation présente. «Ils refusent d'accepter, les yeux fer- « més, un plan de changement douteux et de s’enga- «ger dans une voie pénible vers la cité promise, « dont la grandiose architecture et les magnifiques «jardins pourraient n'être qu'un mirage au milieu « du désert.» (1). On a, d'autre part, souvent accusé le libéralisme d’armer la révolution et de
nous mener à la destruction de l’organisalion sociale ;
1, Herbert Samuel, op. cit., p. 152.
mais son œuvre destructrice est semblable à celle de l’horticulteur qui déterre les graines, taille la vigne ou le lierre pour assurer la croissance des arbres producteurs. Déraciner les opinions fausses, supprimer les institutions dangereuses, paraîtront peutêtre au pusillanime des empiétements répréhensibles, aux esprits plus hardis et plus réfléchis ils ne sembleront pas moins bienfaisants que l’œuvre de sarclage et d'élagage du jardinier (1). Tout en reconnaissant la nécessité des réformes, en encourageant l'adoption, le libéralisme n’aspire pas au bouleversement de la société, il a conservé au fond du cœur un reste de conservatisme et de traditionalisme : il prêche la stabilité gouvernementale, l’assurance du crédit public, le maintien de la paix, l’observation des contrats, la protection de la possession légitime de la propriété : il cherche, en un mot, à combiner les deux éléments qu'Auguste Comte et ses disciples voient en œuvre dans toute collectivité humaine le principe de tradition et de permanence et celui du progrès (2).
1 100. p-222 2. Herbert Samuel, op. cit., p. 191.