‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 65 sur 127 · S. et B. Webb, op. cit., ch. II, p. 7à · texte numérisé non relu

S. et B. Webb, op. cit., ch. II, p. 7à

naître les succès de la Révolution, et, imbue d'idées plus libérales, consciente des dangers que faisait courir à la société tout entière la misère des travailleurs accrue par les entraves légales, la bourgeoisie prit la tête d’un mouvement réformateur. Un ancien ouvrier tailleur enrichi, Place, disciple de Bentham,

” mena la campagne, secondé par Hume, leader du

parti radical philosephe, à la Chambre des Communes. Pour dissimuler le but véritable de leurs démarches ils adoptèrent une fort habile tactique : ils obtinrent des ministres Peel et Huskisson, la nomination d'une commission d'enquête chargée d’examiner les effets économiques des interdictions légales contre la liberté d'émigration des ouvriers, d’exportation de machines et de coalition des travailleurs ; la troisième question, la plus importante à leurs yeux, passait ainsi à la faveur des deux autres. L’enquête eut lieu, et, le 22 juin 1824, le bill était voté, sans être remarqué au dedans par les membres de la Chambre des communes, au dehors par les journaux. Il consacrait pour les ouvriers le droit de se coaliser, en vue d'obtenir l'augmentation des salaires ou la diminution de la durée dutravail, mais ilmaintenait comme délit toute violence ou intimidation ayant pour but d’obliger les travailleurs à quitter leur ouvrage ou les patrons à modifier la direction de leur entreprise. Grisés par la possession de l'arme nouvelle que leur donnait la loi, attribuant à sa privation tous les malheurs dont ils avaient souffert

jusqu'alors, les ouvriers s’empressèrent d’en faire un

usage violent pour réclamer uneamélioration deleur situation. Les manufacturiers et les armateurs comprirent alors les conséquences de l'acte dont ils avaient si inconsidérement facilité le vote. Aussi, dès l'ouverture de la session de 1895, ils demandèrent son abrogation et le retour à l'ancien régime. Ils parvinrent même à circonvenir Huskisson et obtinrent de lui une nouvelle Commission d'enquête dont Wallace, directeur de la Monnaie, fut nommé président, et où seul Hume représentait la défense des classes laborieuses. Malgré le désir d'Huskisson de satisfaire les industriels, l'intervention des ouvriers prit un caractère si menaçant, que le bill des constructeurs de vaisseaux fut rejeté et à sa place fut adoptée la loi du 6 juillet 1825 (1). Elle maintint le principe du droit de coalition, tout en étendantles cas délictueux el en permettant de poursuivre en vertu du Conspiracy act, tous ceux qui ne tombaient pas sous le texte même de la loi. Désormaisles ouvriers pouvaient librement s'entendre pour faire hausser les salaires ou raccourcir la journée, mais non pour toute autre cause telle que la limitation du nombre d’apprentis ou l'interdiction du travail à la pièce. Une peine de trois mois de prison avec hard labour punissait en outre tout essai « d'obstruction ou de molestation ». Ce n’était là, somme toute, qu’une demi-mesure, une demi-liberté, car, profitant du vague intention-

nel de ces deux derniers termes, les juges n’hésitaient

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