‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 66 sur 127 · S. et B. Webb, op. cit., ch. IT, p. 1o7 et suiv · texte numérisé non relu

S. et B. Webb, op. cit., ch. IT, p. 1o7 et suiv

pas à considérer comme telles toute tentative de débauche des ouvriers par les grévistes, même le simple fait de manifester leur désapprobation de la continuation du travail (1). | gs Le vote de ces mesures fut suivi d'une période chaotique et d'agitation révolutionnaire, entretenue d'une part par le mouvement socialiste d'Owen, réaction contre l'individualisme économique intransigeant, de l’autre par le mouvement chartiste politique, réclamant pour le peuple le suffrage universel et la participation aux affaires publiques. Après avoir effrayé les autorités par leurs violences de toutes sortes, les chefs en comprirent la variété et la classe ouvrière, qui y avait contribué, ne tarda pas à s’en retirer. Elle commençait à s’apercevoir qu'un usage immodéré des nouveaux moyens d’action mis à sa disposition était plutôt de nature à lui nuire qu à lui profiter : il convenait de modérer ses revendications, de montrer que l'association n’était nullement incompatible avec la liberté et qu'elle n'avait pour but que de déterminer l'amélioration des rapports entre capitalistes et travailleurs. Les groupant dans leur sein par une adhésion purement volontaire, et sans recourir à la contrainte pour les obliger à s’y affilier, les unions voulaient mettre les ouvriers, vendeurs du travail, sur un pied d'égalité avec le patron qui en était l'acheteur. En en ras-

1. Seignobos. Histoire politique de l'Europe contemporaine, eh Al; p.31 Rp,

semblant les éléments producteurs, elles faisaient du labeur une marchandise comme les autres, comme elles soumise à la loi de l'offre et de la demande : elles n’attentaient en rien à la liberté patronale ou ouvrière et n'avaient pour effet que d'éviter les injustices dont cette dernière avait été, jusque-là, vicüme, sans avoir, le moins du monde, l'intention d'en faire subir aux autres. Les résultats peu brillants qu'avaient produits les grèves, leur en avaient inspiré une certaine répugnance, elles fondaient de grandes espérances sur la conciliation avec les patrons et arrivaient ainsi à se considérer comme les liens nécessaires, comme les représentants de la classe ouvrière dans ce rôle d’arbitres. Ce fut la période d'organisation des Trade-Unions dans toute l'Angleterre ; la fédération des unions locales permit la création d'organes puissants comme l'Amalgamated Engineers Associalion, groupant sous les ordres d’un comité central plusieurs centaines de sections régionales. Ce n’était toutefois là qu’une existence précaire : tolérées par la loi, les associations n'étaient pas réglementées par elles, et elles étaient ainsi placées à la merci des décisions Jjurisprudentielles. Des événements fàcheux vinrent attirer sur elles l'attention du législateur et, de l'enquête à laquelle il se livra, sortit enfin la charte de leur consécration officielle.

L'explosion de Sheffield, les désordres de Manchester (1) amenèrent la nomination d'une Commis-

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