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tion et les guerres avaient arrêté Pitt dans son œuvre d'émancipation, et plus de 1150 articlesfiguraient au tarif des douanes comme soumis à l’acquittement de droits. Le rétablissement de la paix avait suscité dans le royaume les plus grandes espérances, en lui faisant entrevoir la perspective d’un soulagement de la misère par un abondant approvisionnement; mais c'était compter sans l’'égoïsme des landlords, plus soucieux de leurs intérêts et de la hausse de leurs fermages que du bien-être de la nation. Vivant des revenus que leurrapportaient leursterres, il leur fallait assurer à leurs tenanciers un facile et fructueux écoulement de leurs produits. Aussi, mettant en jeu l'arme puissante de la législation, ils avaient, dans ce but, organisé un système de protection parfaitement abusif, Fixant à une limite élevée, variable du reste avec les époques, le prix qu'ils. jJugeaient rémunérateur, ils soumettaient les importalions à des droits prohibitifs quand ce cours n’était pas atteint. Pour raréfier encore le blé sur le marché intérieur, ils en encourageaient l'exportation par des primes. À la faveur des guerres européennes les baux avaient suivi une marche ascendante, lorsque, brusquement en 1814, l’afflux des blés polonais et prussiens vint jeter la consternation parmi les fermiers et les propriétaires. Une mesure urgente s’imposait contre la ruine qui les menaçait, et, dépassant toutes les bornes qu'ils avaient respectées jusque-là, ils n’hésitèrent pas à prohiber purement et simple-
ment l'entrée des grains étrangers tant que le blé
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national resterait au-dessous de 90 shillings le quarter. C’élait le digne couronnement de la législation céréale (1). | ;
Le pays commençait pourtant à s’agiter, les troubles révolutionnaires, dont les centres industriels étaient le théâtre, la misère croissante, due aux mauvaises récolles et la hausse considérable que subissait le pain, ouvraient les yeux à la partie de la nation que n’aveuglait pas l'intérêt personnel. L’enseignement économique libéral pénétrait, du domaine théorique, dans les cercles commerciaux. Les marchands de Londres présentaient, en 1820, à la Chambre des communes une pétition rédigée par Tooke, où ils vantaientles avantages dela liberté deséchanges et demandaient le renversement des barrières douanières ; la Chambre de commerce d'Edimbourg formulait un vœu analogue (2). Hommes pratiques, ne voyant dans l’abaissement du prix des subsistances que le moyen d'assurer une diminution correspondante des salaires et de leur coût de production, les industriels, dont l'idéal était la fabrication à bon marché, réclamaient enfin la libre importation des objets de consommation.
Le gouvernement lui-même comprenait la nécessité d’un adoucissement de la rigueur du régime, et le nouveau ministre du Commerce, Huskisson, élevé
à l’enseignement libre-échangiste d'Adam Smith,
1. Rambaud. Histoire des doctrines économiques, p. 305. 2. Boutmy. Le Dével de la Constit. anglaise, p. 328.
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ouvrait dans le système protectionniste une première brèche, à la faveur de laquelle devaient bientôt passer toutes les autres réformes. Il mettait un peu de clarté dans la complexité des règlements douaniers, supprimait certaines prohibitions d'importer et d’exporter, abaïssait quantité de droits tels que ceux sur les soies, facilitait le commerce entre l'Angleterre et l'Irlande, jusqu'alors entravé par la douane intérieure, apportait des tempéraments à la rigueur de l'acte de 1660, concluait avec l'étranger des traités de navigation à concessions réciproques, substiluait enfin, à la loi de 1814, une échelle mobile autorisant l'importation du blé dès qu’il atteignait le prix de 53 shillings le quarter, et le soumettant à un droit de moins en moins élevé au fur et à mesure qu'il s'en éloignait (1). Certes ces réformes étaient loin de réaliser l'idéal rêvé par les libéraux, mais il fallait faire la part des résistances auxquelles se heurtait le ministre, même parmi ses collègues tories, et tout en dénotant de sa part un réel souci d’amélioration, elles constituaient un sensible progrès sur l’ancienne réglementation oppressive.
L'arrivée au pouvoir du duc de Wellington, la retraite d’Huskisson, après quelques mois de collaboration marquèrent le début d’une ère de réaction contre les idées libérales. Elles subirent alors une éclipse que contribuèrent à accentuer les préoccupations dont la réforme électorale était l’objet. L'’hosti-