E, Boutmy. Le Développement de la Constitution et de la
“rité et le succès à la puissance d’un gouvernement central entreprenant et protecteur quand,’ autour d'eux, le spectacle des effets merveilleux de l’initiative privée dans toutes les branches de l’activité humaine les persuade que seuls la liberté, l’indépendance et le self help en sont les causes ?
Ces heureux résultats n’avaient, toutefois, été obtenus qu'au prix de nombreux sacrifices ; cette substitution d’une puissance oligarchio-aristocratique à la débile autorité royale avait entraîné, à sa suite la ruine lente mais sûre, de la classe rurale moyenne. C'était pour se faire pardonner ses usurpations constantes que la gentry, par crainte d’une intervention de l'Etat, avait assumé les charges publiques dont nous essayions de donner une idée il y a un instant. Reconstituée au retour de Charles If, elle avait habilement tiré profit de l’aide prêtée au nouveau roi Guillaume III, pour s'assurer d'importants privilèges. Formant la majorité dans la Chambre des communes, dont la Déclaration des Droits avait accru le rôle, elle tenait ainsi les ministres à sa merci sous la menace d’un renversement. Maîtresse du Parlement, son ambition ne connut bientôt plus de bornes
Société politique en Angleterre, p.259 et suiv. Psychol. du peu-
ple anglais, p. 388.
AS Anglais ardt l'habitude d'associer la prospt-
etelle s’efforça d’exclure des collèges, en les dépossédant de leurs terres et en les privant ainsi de leur cens foncier, les quelques électeurs qui osaient ‘encore manifester des velléités d'indépendance. Le remplacement de la petite par la grande industrie vint prêter un appui vigoureux à ces exproprialions ; réunissant dans les centres une foule d'ouvriers, la formation d’agglomérations urbaines nécessitait des approvisionnements considérables auxquels ne répondaient plus les anciens modes de culture, et favorisait ainsi la création de vastes exploitations agricoles extensives, plus propres à satisfaire les besoins nouveaux. Privé du supplément des ressources qu'il tirait autrefois du petit atelier adjoint à sa terre, trouvant dans le développement de la colonisation ou dans l’appel de bras des villes industrielles, une compensation relative de la perte qu'il éprouve, le yeoman se montre moins récalcitrant à se dessaisir de sa petite propriété. Le squire lui substitue un fermier, tenancier à volonté, soumis à une menace perpétuelle d’éviction ; il donne à ses intendanis l’ordre de faire raser les maisons des villages désertés et, bientôt, à la place des cottages riants, entourés d’un verger et clos d’une haie, l'œil, aussi loin qu'il peut s'étendre, n'aperçoit plus que les immenses et monotones prairies des lati- Jundia. L’aristocratie terrienne apparaît alors à l'apogée de sa puissance, il n’est pas de privilégiés qu'elle ne s’octroie, la législation n’est, entre ses
mains, qu'un moyen de salisfaire ses intérêts, la
Ca
ET représentation nationale n’est plus qu’un leurre, puisque les grands landlords président à l'élection de l'immense majorité des membres du Parlement, et qu'ils forment la presque totalité de la Chambre des pairs.
En dépitde l'empressement qu’apportaient ces favorisés de la fortune à l’accomplissement deleurs devoirs sociaux, en dépit du « socialisme conservateur »
qu'ils essayaient d'instaurer, pour faire paraître moins profond aux autres classes le fossé qui les séparait d'elles, une réaction devait fatalement se produire et ce fut la révolution industrielle qui vint sonner l'heure du réveil de la classe moyenne. Dans l’histoire du monde économique, peu d’inventions ont eu une répercussion aussi considérable que celles qui furent, à cette époque, l’œuvre de savants ou de modestes artisans anglais : elles transformèrent de fond en comble les conditions du travail, substituèrent la grande manufacture à l’'humble atelier rural, rassemblèrent dans l'enceinte ou à l’entour des villes des masses d'ouvriers, créant ainsi une nouvelle race d'hommes, auxquels le contact et l'échange d'idées firent paraître plus pénible l’organisation sociale que la gentry avait établie à son profit. L'augmentation énorme de la population, la désertion rapide des campagnes, l’étendue grandissante des domaines aristocratiques et la disproportion flagrante entre la puissance politique et la faiblesse numérique de cette poignée de 150.000 gen-
tlemen,accentuaient chaque jour davantage la scission
entre les deux parties de la nation. Le moment appro-
chait où, conscients de la force que leur donnait leur
nombre, les travailleurs des villes et leurs employeurs allaient demander une part plus active dans les affaires du pays et un rôle plus important dans la désignation de ses représentants (1).
La législation elle-même était loin de correspondre aux besoins qu'avait fait naître la situation nouvelle de l’industrie. Devenu une véritable marchandise, que l'ouvrier aurait dû être capable de pouvoir, à son gré, porter à l'endroit où il était demandé, le travail était entravé par la loi du settlement, vestige suranné de la réglementation minutieuse du règne d’'Elisabeth (1). Supportable tant que l'ouvrier trouvait facilement à s’employer dans le voisinage de sa demeure, cette obligation de domicile, et la faculté, pour les autorités paroissiales, de renvoyer un homme du lieu où il avait choisi de résider, pesaient lourdement sur le travailleur auquel la grande industrie enlevait ainsi son gagne-pain. Ilest vrai que, pour atténuer la rigueur de cette oppression, les magistrates, voilant sous l’euphémisme d’allowances le nom d’aumônes, avaient imaginé un ingénieux sys-
tème de secours, comblant le déficit creusé par celte
contrainte dans le budget de l'ouvrier ; mais c'était