‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 91 sur 127 · LT NN UE · texte numérisé non relu

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élevait, dès 1973, la voix contre les abus de ce trafic infâme. Convaincues que la suppression de la traite, en tarissant la source de son recrutement, entraînerait progressivement la disparition de l'esclavage, les puissances prenaient, en 1812, l'engagement solennel d'en empêcher la continuation par tous les moyens en leur pouvoir. On ne songeait pas aux conséquences fâcheuses que produirait, pour les colons, la privation de la main-d'œuvre sur laquelle ils comptaient pour la culture de leurs champs de cannes. Le15 mai 1823, Buxton déposait une motion améliorant le sort des esclaves, et elle était votée après l’adjonction d’un amendement de Canning, mais les colonies protestèrent avec force contre celte ingérence gouvernementale, contraire, disaient-elles, aux principes de la Constitution. Le gouvernement dut s’incliner et recourir à la création de magistrats spéciaux, chargés de la protection des noirs et de cours devant lesquelles étaient portées leurs requétes. Ils se heurtèrent au mauvais vouloir des maîtres et la nécessité d’un remède plus violent se fit sentir. Prenant une résolution énergique, le ministère libéral de Lord Grey se décida enfin, en 1833, à faire voter l'abolition de l’esclavage dans les colonies anglaises, tout en accordant aux anciens maitres une indemnité de 20 millions de livres sterling (500 millions de francs). Soigneusement graduée et répartie sur une période de cinq à sept ans, la réforme s’opéra sans donner lieu à la moindre perturbation ;

800,000 hommes passèrent ainsi de la subordination

et de l'esclavage à la liberté et à l'indépendance, et les progrès rapides que firent, à la suite, les possessions occidentales, ou fleurissait autrefois la maind'œuvre servile,démontrèrent la vérité des affirmations des défenseurs du travaillibre (1). A la même époque venait à expiration le privilège de l’aristocratique compagnie des Indes dont le capital s'élevait à 6 millions de livres. Pour éviter une trop rude atteinte aux gros actionnaires, le souverain signait avec elle un compromis, maintenant les territoires de la compagnie sous son gouvernement jusqu’en 1844. La révolte des Cipayes, qu’on noya dans le sang, fit sentir le besoin d’une réorganisation profonde et activa la transmission des pouvoirs de la compagnie à la couronne. Nommé par le monarque, un vice-roi remplaça l’ancien gouverneur ; pour veiller aux affaires de’l'Inde et en défendre les intérêts au Parlement anglais, un ministère spécial était créé à Londres (2).

Le manque de liberté politique et surtout de représentation suffisante, la mainmise du Conseil législatif, organe du pouvoir central, sur la Chambre émanée du suffrage populaire, provoquaient une vive irritation chez les Canadiens qui voyaient ainsi mal récompenser le loyalisme montré pendant la guerre de l'indépendance américaine. Dès 1828 une

pétition de 57.000 colons était présentée au roi, el

1. Leroy-Beaulieu, op. cit., t. T, p. 193 et suiv. 2, Ibid:,11, IE, p. 4r2 et 46.

Huskisson, alors ministre des Colonies, la renvoyait à un Comité de la Chambre des Communes. Imbu des idées britanniques de la taxation du peuple par le peuple, ce dernier, dans son rapport, condamna la fâcheuse pratique, adoptée par le Gouvernement, de lever de larges contributions sür le Canada, sans lassentiment de l’Assemblée représentative. Le Parlement fit droit à ces justes demandes, mais le remède était tardifet insuffisant. En 1837, à l’avènement de la reine Victoria, la révolte éclatait dans les hautes et les basses provinces, et le prompt envoi de Lord Durham, pour s’enquérir de leurs griefs, pouvait seul mettre fin à cette rébellion. Moins sourd que les tories aux besoins d'Outre-Mer, convaincu que le régime, qui avait maintenu la paix en Angleterre et lui avait assuré des siècles de prospérité, ne pouvait être nuisible à ses dépendances, issues de la mère patrie et peuplées, comme elle, de descendants des anciens Bretons indépendants et fiers, le Ministère libéral de Lord Russell n’hésita pas à adapter sagement la constitution britannique à la politique coloniale. Peu à peu, suivant les circonstances ou sa situation, chaque possession de la couronne se vit attribuer le principe du self-government pour tous les objets d'intérêt local el la responsabilité des ministres devant l’Assemblée coloniale. Un coup d'œil sur l’histoire du siècle nous en donne, d’ailleurs, une excellente illustration.

Dès 184ole Canadaest doté d’un gouvernement responsable, C’est le premier pas vers la réalisation du

Home Rule qui devait en faire un Etat presque indépendant en face de son puissant voisin: les Etats- Unis. D’autres libertés lui sont successivement octroyées : en 1848, ilacquiert le droit de nommer aux fonctions administratives, privilège jusque-là exclusif de la métropole ; pour faire droitaux exigences religieuses des Canadiens français, les réserves territoriales sont en 1853 affectées à l'entretien du clergé catholique. Le retrait des troupes qu'y entretenait auparavant la Couronne le rend, en 1865, seul maître de la défense de son territoire. Enfin, en 1867, lorsque les provinces d'Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse se groupent pour former le Dominion et constituer un organe central, l'Angleterre, loin d'en prendre ombrage, les encourage et les favorise pour créer à côté dela grande République américaine un centre britannique, où les émigrés trouveront mieux qu'ailleurs le souvenir des libertés nationales. Aujourd’hui donc, sauf pour la politique extérieure, le Canada jouit de la plus grande indépendance, et il peut même, à sa guise, sans avoir recours au consentement du souverain, signer avec l'étranger des conventions commerciales (1).

Longtemps considérées comme un lieu de déportation des criminels, les colonies australiennes commençaient aussi, vers la même époque, à secouer le joug qui pesait sur elles, à formuler leurs demandes

1. Revue Encyclopédique, 1900, p. 190-194. GC. Béguin. L'Impérialisme.

d'autonomie, et, en 1840, Sydney s'opposait à un débarquement de convicts. La métropole n'avait d'autre alternative que de céder ou de recourir à la force. La solution la moins violente l’emporta. Successivement en 1850, 1855, 1856, 1860 et 1875, l'Australie proprement dite, la Tasmanie, la Nouvelle- Galles du Sud, la « Queensland » et l’Australie occidentale furent pourvues d'un Conseil législatif, autorisées à élaborer leur constitution et munies d'un gouvernement responsable devant leurs assemblées parlementaires. L'installation de l’Allemagne, en Nouvelle-Guinée, la nécessité d'une législation uniforme sur l'entrée de la main-d'œuvre jaune, le désir naturel de groupement, signe des progrès de la civilisalion, vinrent enfin mettre un terme à l'hostilité que ne cessaient de se témoigner ces colonies aussi divisées, au point de vue douanier, que si elles eussent appartenu à des puissances différentes. Les nombreuses tentatives de fédération australienne, faites depuis 1885, aboutirent en 1900. Ratifiant sans modification la constitution votée par les parlements coloniaux, la Couronne décida l’avènement d’un nouvel Etat : la & Commonwealth of Australia», confédération des anciennes dépendances. Comme le Canada, les liens qui l’unissent à la métropole sont fort lâches, et la liberté la plus complète lui est laissée de veiller elle-même à l'élaboration de

ses larifs à la signature des traités de commerce (1).

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