‹ Le libéralisme [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 7 · PEN EE · texte numérisé non relu

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la force et 1n sagesse de l'Eglise catholique. Ne suivant jamais aucune bannière purement politique, elle conservo sa qualité de mère à l'égard de tous ses enfants, et ses ministres, sur le champ de bataille, tendront une main charitable aux vaincus comme aux vainqueurs (1).”

Messieurs, permettez-moi ici une remarque qui a son opportunité, Après ces paroles, vous ne devez pas être surpris, si l’Université Laval, qui s'efforce de suivre en tout la conduite de l'Eglise, et de se conformer aux doctrines romaines, ne veut pas non plus s'attacher à aucune bannière purement politique. Elle a été fondée pour toute l1 jeunesse catholique du pays, et elle veut, elle aussi, conserver sa qualité de mère à l'égard de tous les catholiques, afin qu'après la bataille, qui se reuouvelle souvent dans notre patrie, elle puisse tendre une main charitable eux vaincus «comme aux vainqueurs.

(1) Droit public do l'Eglise, vol. III, titre xxxvi1.

Analyso do la leçon précédonte. Question 4 étudier : un gouvernement catholique pout-il proclamor la liberté civilo don cultes, — {in quoi consisto la porfootion do ln société oivile.-La religion ent nécessairo pour assuror l'obsorvation dos lois, [os politiques do tous les temps ont compris cette vérité, ob l'expérience des siècles la confirmo,—[La religion catholique ost la plus apto à procuror la stabilité dos états, Citation de saint Augustin,Un gouvernement catholique, lorsque los circonstancos no l'oxigont pas, ne pout point, sans renier sn foi, proclamer ln liberté civile des faux cultos.—Un gouvernement catholique doit protégor la véritable religion à l'exclusion des faux cultes : lo bion de la nation comme celui des particuliers le demande,—Paroles de Grégoire XVI et

‘ de Pie IX sur co sujot.-—Un gouvernement catholique doit donner plus qu’une protection légale à l’Eglise.--Qu'est-ce qu’un peuple chrétion d’après De Maumigny.-—Le gouvernement, en Espagne, dans la Nouvelle-Grenade, au Moxique et en Italie, sc tombé dans lo libéralisme, — Lo progrès ne consiste pas toujours à a)ior on avant.—Il y a un moyen- | âge bien enviable.-Conditions et effets de la coexistence de l’Fglise et | de l'Etat, d’après Mgr Audisio,

MESSIEURS,

Dans certaines circonstances, la tolérance civile ou politique est non-seulement permise, mais encore obligatoire et nécessaire. C’est l’enseignement des PP. Taparelli et Perrone, de Mgr Audisio, de saint Thomas, de Suarez ; doctrine certaine et même catholique, dit Mgr Audisio. En effet, si elle n'était

pas certaine et pratiquement sûre, Rome n'aurait pas pu tolérer ou même autoriser par le serment qu’elle permet, des constitutions qui, comme en France, à différentes époques, et en Belgique, déc'arent ot consacrent la liberté civile des cultes,

Mais alors pourquoi ce qui est permis en France, en Belgique, en Canada et dans bien d’autres pays, ne le serait-il pas en Espagne, en Italie, au Mexique et dans la Nouvelle- Grenade ? Parce que tous les pays ne se trouvent pas dans les mêmes circonstances. Cette question revient à celle-ci : pourquoi dans certaines circonstances déterminées, un homme a-t-il le droit d’ôter la vie à un injuste agresseur pour sauver la sienne, tandis qu’un autre placé dans des circonstances diflérentes ne le peut pas ? C’est que souvent les circonstances font surgir de nouveaux droits et de nouveaux devoirs, qui se dressent en face des droits et dos devoirs préexistants, et que, sans les détruire, ils leur apportent des modifications et des restrictions pratiques.

Maintenant, messieurs, voici la vérité ou la pronssition que je veux prouver ce soir contre les partisans du libéralisme. Un gouvernement, ou un prince catholique, qui est à la tête d’une nation catholique, n’a pas le droit de proclamer la liberté civile des cultes ; au contraire il doit protéger,

éfendre et favoriser la vraie religion à l’exclusion des autres cultes, autrement il tomberait dans le tolérantisme ou le libéralisme ; et ainsi le gouvernement, en Espagne, en Italie, au Mexique et dans la Nouvelle-Grenade, en autorisant la liberté civile des cultes, a forfait à son devoir et s’est rendu coupable de libéralisme.

Si nous voulons établir solidement cette vérité, il est nécessaire de prendre les choses d’un peu plus haut. Le grand malheur pour la plupart des publicistes et des politiques, c'est de ne voir les choses que de bien bas, et de ne point s'élever au-dessus de la matière,

En Te

Rationnellement, théologiquement, et par conséquent politiquement,—car la vraie politique doit s’accorder avec la raison ct la révélation, —on quoi consiste la perfection de la société civile? Dans l'obtention de sa fin, me direz-vous. Fort bien ; mais quelle est la fin de la société ? La fin prochaine et immédiate do la société civile, c’est la paix, la tranquillité, le bonheur temporel réalisé dans ses membres, Mais, vous arrêterez-vous à cette fin ou à cette perfection ? Si c’est Là tout ce que vous ambitionnez, vous n'allez pas plus loin que les matérialistes et les utilitaires. Pour trouver la perfection de la société civile, il faut s'élever au-dessus de la matière et du temps; il faut ne pas perdre de vue sa véritable destination, qui n’est autre que celle de l'humanité et de chaque homme en particulier, Et, vous connaissez la destination de l'humanité et de chaque individu qui la compose, c’est de retourner à Dieu : nous avons prouvé cette vérité dans la leçon sur la loi naturelle. Puisque la fin dernière de la société civile n'est autre que la destination do l’homme, il devient évident que sa fin prochaine et immédiate n’est qu’un moyen par rapport à la fin dernière des membres associés, un acheminement vers le but suprême de l'humanité. D'où il suit que la société civile la plus parfaite est celle ou la fin prochaine et immédiate, la félicité terrestre, se trouve subordonnée à la fin dernière des associés, et en harmonie avec la tendance de l'humanité vers le bien infini, fin que Dieu lui-même, auteur de l’homme et de la société, a fixée.

Nous venons d'indiquer le principe fondamental qui doit diriger tout gouvernement qui ne se conduit pas d’après une politique de fantaisie, mais d’après la loi primordiale de la nature humaine ; et en même temps vous voyez où se trouve la perfection de l'administration politique et de la société, Sans doute, que le devoir de guider les hommes dans les

véritables voies du salut est incommunicable, et n'appartient qu'à la puissance spirituelle, à l'Eglise ; mais concourir à cette œuvre, en protégeant, en couvrant de son bouclier et en escortant cette noble compagne, comme nous le dirons dans un instant, c'est le devoir sublime de tout gouvernement qu: ne veut pas conduire les hommes comme des êtres purement matériels, mais comme des êtres moraux et animés d’un esprit immortel.

Rappelez-vous ce que nous avons dit dans notre introduction , lorsque nous avons recherché où se trouvait la véritable grandeur ou la vraie civilisation d’un peuple, nous avons montré que ni le progrès matériel et industriel, ni le développement politique et social, ni même le progrès intellectuel et artistique, ne peuvent donner à une nation ja véritable grandeur, parce que tout cela peut exister sans que la fin dernière ne soit atteinte. Un peuple, avons-nous dit, de même que l'individu, doit surtout regarder le ciel. Par conséquent, la nation véritablement grande sera celle où la religion, qui est en même temps l’amie des sciences, des lettres, de la vraie liberté et du progrès matériel, règnera en souveraine, réunissant toutes les forces dans un même faisseau, rammenant toutes les voix à l'unisson pour les rattacher à Dien. Fnlevez la reiigion, vous détruisez le lien ani réunit toutes les intelligences et les volontés, vous bris ez l'unité qui est l'essence de l’ordre, et aussitôt apparaîtront la séparation, l'opposition, le combat, le désordre et le malheur. Je ne nie pas qu'il pourra exister encore des signes ct des manifestations de perfection extérieure, mais ils ne seront qu’une apparence trompeuse de prospérité et de civilisation, absolument comme le fard qui peut bien simuler la fraîcheur du teint, dit Taparelli, mais qui ne sera jamais un signe de santé,

Entrons un peu dans le développement de ces idées, et montrons d’abord que la religion est nécessaire pour assurer

l'observation des lois. Quels sont les deux grands moyens de tout souvernement pour faire observer les lois ? Punir ceux qui les violent, et récompenser ceux qui les respectent. Cependant le premier moyen, le gouvernement ne le possède que d’une manière très-imparfaite : en cffet, la loi pourra bien restreindre quelques attentats publics, mais que de fautes, que d’infractions secrètes qui sont hors de son atteinte ! Le deuxième moyen, récompenser les observateurs fidèles des lois, lui fait complètement défaut : quel est le pouvoir du gouvernement dans la distribution des récompenses ? Que fait-il pour le citoyen qui observe les lois de son pays ? On sait que dans la formation originaire de la société civile, il a été entendu que les gouvernés obéiraient aux gouvernants, et que ceux-ci en échange les protégeraient. Vous obéissez aux lois de l'Etat ; la société se trouve engagée envers vous. Comment acquittera-t-elle cette dette ? En vous couvrant de sa protection. Mais, voici un citoyen qui viole les lois ; pour que l'équilibre fût observé, la société devrait lui retirer sa protection puisqu'elle est le prix del’obéissance,humainement parlant. Toutefois, qu’arrive-t-il le plus souvent ? C’est que le violateur des lois, surtout lorsqu'il est habile et rusé, demeure sans châtiment, profite de tous les avantages de la société, tandis que le fidèle observateur de ces mêmes lois ne recevra aucune récompense, et que même, dans plusieurs circonstances, il sera la victime des infractions des autres. Et le moyen de remédier à ce désordre ? L'Etat ne le possède point, ëûs les gouvernements n’ont jamais employé que le châtiment, et nullement la récompense,

Il y a donc nécessité de recourir à une autre puissance qui soit capable d'étendre son action sur tous les esprits et sur toutes les volontés, qui soit en état d'infliger des peines à tous les violateurs des lois, que l'infraction soit publique ou secrète, et qui puisse offrir des récompenses à tous les

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observateurs, c’est-à-dire, aux bons citoyens. Ce pouvoir, c’est la religion ; elle seule tient dans sa main ces deux puissants ressorts, les châtiments et les récompenses ; elle seule peut les appliquer dan de justes proportions, de manière à atteindre tous les mérites, toutes les belles actions, ainsi que toutos les fautes t tous les crimes. Par conséquent, la religion est d’une nécessité absolue pour assurer le respect et l'observation des lois, et par 1à même conserver la vie à tout gouvernemer b, UC3 Vrais He de tous les temps ont compris cette ventes eb l'expérience des siècles est venue la confirmer.

“ Les villes et les nations les plus attachées au culte divin, dit Xénophon, ont toujours été les plus durables et les plus sages, comme les siècles les plus religieux ont toujours été les plus distingués par le génie.” “ L’ignorance du vrai Dieu est, pour les Etats, la plus grande des calamités ; qui renverse la relision, renverse le fondement de toute société humaine.” Paroles sublimes, politique profonde, dignes du génie de Platon.

“ Cherchez, reprend à son tour le célèbre Hume, cherchez un peuple sans religion; si vous le trouvez, soyez sûr qu’il ne diffère pas beaucoup des bêtes brutes.”

Savez-vous comment Machiavel traite ceux qui tentent de renverser la religion ? Il les appelle : “ Hommes infâmes et détestables, destructeurs des royaumes et des républiques, ennemis des vertus, des lettres et de tous les arts qui honorent le genre humain, et contribuent à sa perfecticgx"

En deux mots, de Bonald indique le rôle politique de l& religion : “ Elle met l’ordre dans la société, parce que seu’e elle donne la raison du pouvoir et des devoirs.”

Mais voici un dernier témoignage tombé de la bouche d’un homme non suspect de bigoterie : “ Si le monde, dit Voltaire, était gouverné par des athées, il vaudrait autant être sous l'empire immédiat de ces êtres infernaux qu’on

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