‹ Le libéralisme [microforme]Chapitre 12 sur 16 · RAS · texte numérisé non relu

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absolue des cultes, est, pour ainsi-dire, le père des autres théories, il est tout naturel que nous commencions par montrer en quoi consiste cette erreur.

Qu'est-ce donc que le tolérantisme!

Impossible de répondre à cette question sans faire une distinction. Nous l’avons déjà dit dans une autre leçon, la distinction est une arme non-seulement utile, mais en quelque sorte nécessaire ; sans elle, il serait bien difficile d’arriver à la science. C'est l'arme favorite du théologien et du philosophe ; aussi, est-elle en honneur dans toutes les grandes écoles de philosophie et de théologie. Défionsnous de tous ceux qui dédaignent la distinction; ce sont des gens qui, n’avant pas les connaissances suffisantes pour parler et écrire avec précision sur les matières difficiles et délicates, trouvent plus commode d’user de phrases et de mots vagues et mal définis.

Afin de pallier leur mince savoir, ils s’etforcent d'afficher un superbe mépris pour tout ce qui respire la science et la véritable méthode scientifique.

IE faut distinguer deux espèces de tolérance : l’une civile, l’autre religieuse ; l’une politique , l’autre théologique. Un souverain ,

un gouvernement quelconque accorde aux sujets d’un Etat la permission ou la faculté de professer la religion qu'ils veulent: voilà la tolérance civile où politique. Dire, enseiuner que l’on peut se sauver dans les différentes religions ou sectes. qu’elles s'appellent catholique, grecque schismatique, luthérienne où Calviniste: voilà la tolérance religieuse où théologique.

Dans la bouche de l'individu, cette doctrine est une absurdité et un blasphème, comme nous l'avons prouvé dans la ‘lernière leçon.

Placée sur les levres d’un souverain ou des ministres d'un gouvernement, elle est également une erreur et une impiété ; parce qu’un souverain Où un gouvernement, quel qu'il soit, ne peut pas accorder ce qu'il n’a pas lui-même, le droit de faire le mal, d’enseioner, de croire ou de professer l'erreur. Comme nous le démontrerons dans un instant, les lois civiles peuvent et même doivent, dans certaines circonstances, tolérer ce que Dieu et l'Eglise réprouvent; mais créer, donner le droit de le faire, jamais : la raison et La foi s'y opposent. Nous n'avons pas besoin de faire ici une longue démonstration, vû que les arguments donnés dans la leçon précé-

ON dente, pour prouver que l'homme n’a point le droit de ne pas croire ou de choisir à son gré entre les différentes religions, démontrent également qu'un souverain , où un gouvernement, ne saurait non plus avoir ce droit ou cette liberté. Les chefs et les conducteurs des peuples doivent, comme tous les autres hommes et même plus qu'eux, respecter les lois inviolables imposées à l'intelligence et à la volonté, et s’v conformer. De même qu'il n'y à pas deux lois naturelles, l’une pour les gouvernants, l’autre pour les gouvernés, de même aussi il n°v à pas deux religions véritables, l’une pour les souverains, l’autre pour les sujets.

Nous ajouterons cependant quelques nouvelles considérations. Quel est le principe fondamental et banal du tolérantisme religieux ou dogmatique dans l'Etat ? Le voici: toutes les religions, toutes les sectes, bien qu'elles renferment des doctrines contradictoires, sont également bonnes et agréables à Dieu. La raison ne saurait admettre une semblable assertion. Que dit en effet la raison? IL v a un Dieu, un être incréé et créateur, source de toute rectitude. Ce Dieu exige un culte, des devoirs de la créature raisonnable; ül

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n’est pas même libre de ne point les exiger.

Et la loi, la règle qu’il a donnée pour les intelligences, comme pour les volontés, est unique : chercher la vérité et s’y attacher, tendre vers le bien et l’'embrasser. Dieu est tout à la fois la vérité et le bien souverain. Donc , l’homme, être raisonnable, qu'il soit sujet ou souverain, n’a pas le droit de nier l'existence de ceite obligation , ni de s’v soustraire. À cette première loi, ou à ce premier culte naturel, nous savons que le même Dieu a ajouté, dans sa bonté et sa sagesse infinies, une autre loi, un autre cuie, la loi et le culte révélés, qui ne contredisent en rien la religion naturelle , mais la perfectionnent et l’élèvent.

Messieurs , nous vous le demandons, puisque Dieu à bien voulu manifester sa volonté aux hommes, qu’il est lui-même venu leur dire : Ne vous v trompez pas ; de même qu’il n'y à qu'un Dieu, de même aussi il n’y a qu'une foi et qu’un baptême , c’est-à-dire une seule religion véritable; et, si vous ne voulez pas croire à ma parole et y conformer votre conduite, redoutez ma justice. Après cela , comment un souverain pourra-t-il, sans insulter à sa raison, sans abuser de la li-

sr ON. Le berté de pensée, dire à ses sujets : Vous pouvez vous sauver dans toutes les religions, libre à vous de choisir entre les différents cultes, ils sont tous également bons ? Ne serait-ce pas proclamer , au moins implicitement, que ce qui s'exelut nécessairement .

la vérité et l'erreur, sont la mème chose et peuvent s’allier ensemble ? Que Dieu ainie et sauve également ceux qui obéissent à sa volonté et ceux qui la méprisent, ceux qui croient sa parole infaillible et ceux qui la rejettent, ou, ce qui revient au même, que Dieu regarde d'un œil indifférent la vérité el l'erreur , le vice et la vertu, la soumission et la révolte ?

Il n’est pas nécessaire d’insister davantage devant un auditoire catholique pour prouver que le tolérantisme religieux est une erreur grossière , une insulte à la raison, un blasphème et une impiété. IL est facile en outre de comprendre que la tolérance religieuse universelle, comme l'indifférentisme absolu , détruit toutes les religions , puisque, par le fait qu'il les suppose toutes également vraies , il déclare implicitement qu'elles sont toutes fausses ou au moins douteuses. La vérité est une et absolue, et ne peut pas se

— YO — plier ainsi el servir à des systèmes contradictoires. Il n'est pas moins évident que le tolérantisme religieux ne saurait être soutenu que par ceux qui n'ont point de religion, ou qui ne sont pas convaincus de la vérité de celle qu'ils professent. ES prêchent le tolérantisme pour tâcher de procurer à leur âme agitée une paix et une tranquillité qui les fuient.

Rapprochons maintenant la doctrine contenue dans la première proposilion avec celle que la raison et la foi viennent de nous démontrer. « À notre époque , il n’est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l’unique religion d'Etat , à l'exclusion de tous les autres cultes. » Doctrinalement, th6ologiquement, que signifie cette affirmation ? Elle signifie qu'aujourd'hui, non-seulement il n'est plus nécessaire , mais il n’est même plus utile que la vérité soit suivie et embrassée à l’exclusion de l'erreur ; en d’autres termes, que l’homme a acquis le droit absolu, la liberté de choisir l'erreur et le mal ; qu’à notre époque, non-seulement il n’est plus nécessaire, mais qu’il n’est pas même utile que les peuples qui composent une nation, professent , à l'exclusion des faux cultes, la vraie,

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l’unique religion enseignée par Dieu lui-mème. Elle signifie qu’il n’est plus vrai qu'audessus des intérèts temporels ‘qui divisent les hommes et les peuples, il existe un intérût commun et le même pour tous , l'intérêt religieux ; qu'il n’est plus vrai que nous sommes tous appelés à la vérité, qui est une, à la perfection et à la sainteté, qui ne sauraient changer.Elle signifie que la religion catholique , qui, d’après la volonté expresse de son divin fondateur , est destinée à donner aux hommes la paix et le bonheur, en réunissant toutes les intelligences , toutes les volontés et tous les cœurs par les liens d’une charité universelle, n’est plus propre à atteindre ce but sublime.

Vous le voyez, Messieurs, reconnaître dans la diversité des cultes, comme le proclame cette proposition , un fait légitime ou conforme à la règle, c’est anéantir le caractère de la vérité, que ni les temps ni les lieux ne peuvent faire varier ; &’est méconnaitre, pour tout dire en un mot, notre unité d’origine, de nature et de destinée, qui fixent l’unité de relation avec Dieu.

La liberté absolue des cultes érigée en

principe est donc une chimère , une erreur ,

une impiété. Toujours et partout le principe de l'intolérance religieuse ou dogmatique resera maitre de la position, parce qu'il est la vérité, et que la vérité est indestructible, attendu qu’elle est éternelle.

Après cela, ce qui devrait étonner, surtout un catholique , c’est que l'Eglise ne füt pas nécessairement intolérante pour le tolérantisme ou le libéralisme religieux. Car ceux qui lui reprochent cette intolérance , lui reprochent rien moins que son droit à l'existence. Oui, faire renoncer l'Eglise, comme on le prétend, à son origine, à sa constitulion et à sa mission divines , c’est lui dire de disparaitre du monde, de cesser d'exister. Et en définitive cette brutale sommation ne s’adresse pas seulement à l'Eglise, mais elle s’adresse aussi au Fils de Dieu, qui lui a dit, voici la mission: Va par le monde entier , et annonce aux hommes ce que je leur ai moimême enseigné : Je suis la voie, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père si ce n'est par moi.

Comme l'Eglise ne peut pas renoncer à son existence, elle devra toujours anathématiser cet enseignement: À notre époque, àl n'est plus utile que La religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'Elat,

à l'exclusion de tous les autres cultes. On pourra bien renouveler les persécutions des premiers siècles, charger ses pontifes de chaines , el c'est ce qui se passe de nos jours au milieu d’un siècle qui se vante d’avoir réalisé la liberté des cultes ; on pourra tirer le glaive contre elle, égorger ses enfants ; mais, lui faire avouer qu’elle n’est pas la vérité, qu’elle n’est pas la seule arche de salut; lui faire admettre qu’elle n’est point l'épouse unique et sans tache du Fils de Dieu, jamais. Et tout catholique, qu’il sait prince ou sujet, qu'il habite l’ancien ou le nouveau monde, qu'il soit espagnol, italien, français, mexicain ou canadien, S'il veut conserver l’honneur , l’avantage de marcher sous le drapeau de l'Eglise, qui est à la fois sa mère et sa reine , devra plutôt donner sa vie que de dire: Ma religion n’est pas l’unique et vraie religion , la seule qui dans tous les temps, dans tous les pays, dans toutes les situations, puisse procurer le plus efficacement le bonheur des individus et des peuples.

Lorsque le philosophe , ou le théologien, traite la tolérance dogmatique ou religieuse il est à l'aise: les principes sont clairs, les conséquences naissent d’elles-mèmes, et les

preuves sont écrasantes pour les tolérantistes ou les libéralistes. Mais lorsqu'il s’agit de la tolérance politique, la question devient difficile et délicate.

La tolérance civile ou politique, qui consiste à permettre, non point tous les cultes, ce serait contraire au sens commun, mais l'exercice plus ou moins public de plusieurs cultes différents à côté du culte catholique, peut-elle être permise, peut-elle devenir nécessaire dans certaines circonstances , même pour un gouvernement catholique ?

Messieurs , nous voilà rendu entre Carybde et Scylla. Il faut cependant passer, et, pour cela , il faut trouver un milieu , qui ne consiste pas à sacrifier une partie de la vérité que nous venons d'établir, mais, selon l’expression de Taparelli, à suivre une vérité qui chemine entre deux erreurs contraires.

Au début de sa divine comédie , le Dante, égaré dans une forêt rnseure , raconte ses frayeurs et nous dépeint son abbattement. Il est sur le point de désespérer, lorsque soudain le soleil brille sur la montagne qu’il doit gravir ; ies forces et le courage lui reviennent, et il continue sa route. Mais à peine a-t-il fait quelques pas, qu’une panthère,

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un lion et une louve affamée lui ferment le passage , el lui font de nouveau perdre l'espoir d'arriver au sommet de la colline.

[L va revenir vers le vallée. Mais un guide charitable et éclairé se présente à lui, et se charge de le conduire en lui faisant éviter tous les dangers.

À la vue des difficultés qui se présentent devant nous, si nous ne devions compter que sur nos forces et nos lumières personnelles, nous désespérerions de les surmonter ; mais les guides que nous nous sommes donnés, el qui sont sur les collines de la ville éternelle, nous rassurent, et nous font entrer avec courage dans cette forêt de difficultés, espérant, à leur suite, trouver le véritable passage et éviter les écucils.

Toutefois, nous ne voulons pas parier le premier. Nous demandons à nos guides de répondre eux-mêmes à la question que nous avons posée.

Voici comment s'exprime Taparelli dans son Essai sur le droit waturel (1). Pour ce philosophe la tolérance politique ou civile « est la condescendance de l'autorité sociale qui permet ou ne punit pas le dissentiment (1) Livre IV, chap. IV. Note et texte n° 889.

manifesté par quelques-uns de ses membres en matière de religion sociale. » Cette tolérance, d'aprés cet auteur, est quelquefois une mesure de prudence et même un devoir.

« Supposez, dit-il, que des troubles survenus dans la société, ou des moments de létharcie politique, aient amené de regrettables désertions de la religion publique ; supposez qu'une portion considérable de la société se soit soustraite à fout lien religieux , la tolérance politique pourra, dans ces circonstances, ètre une mesure de prudence, et même une mesure obligatoire. »

Laissons de côté, pour le moment du moins, la nature des circonstances requises ; que disent ces paroles de Taparelli ? Que, dans certaines circonstances, la tolérance politique est exigée non-seulement par la prudence , mais encore par la conscience, puisqu'elle peut être une mesure de prudence, voire même une mesure obligatoire.

Ce n’est là que l’assertion d’un philoso-

; phe, et les philosophes se trompent souvent. Hé bien ! écoutez un théologien dont la doctrine est regardée comme très-sûre, non-seulement à Rome, mais dans toutes les écoles de théologie, le P. Perrone. Après avoir défini

la tolérance civile ou politique , « la liberté où la faculté qu’un prince ou un gouvernement accorde aux sujcts de professer la religion qui plait davantage à chacun,» il ajoute: € Il y à des circonstances dans lesquelles nonseulement cette tolérance est licite, mais encore nécessaire. » Plus loin, lorsqu'il réfute l’'objection suivante : l’intolérance des catholiques a été la cause de guerres, de sédilions et de massacres nombreux, après avoir répondu que ces malheurs n’ont pas été produits par l'intolérance religieuse, mais bien par l’intolérance civile, il dit : « Si cette opinion prouvait quelque chose, elle démontrerait qu’il existe certaines circonstances dans lesquelles Les princes ou les chefs d’un état doivent tolérer la diversité de religions, ce que nous ne nions nullement (1). »

On ne saurait s'exprimer plus clairement ; il est impossible de se méprendre sur la pensée du célèbre théologien, qui se montre encore bien plus large, bien plus tolérant que Taparelli, pour ne pas dire plus libéral. En effet, selon ses expressions, dans certaines circonstances, la tolérance civile des cultes ou plutôt des religions , c’est le mot dont il se sert, (1) De Vera Relig. vol. I, p. 868, 369, 376.

est non-seulement permise, mais encore nécessaire, et il l'avoue et l’enseigne ouvertement.

Evidemment, diront queltues zélateurs outrés, cette doctrine est trop relàächée : il n’y a que des Jésuites qui soient capables de l’enseigneur. Si Pascal revenait sur la terre, il ajouterait une nouvelle lettre à ses Provinciales.

Eh bien , non ! cet enseignement n’est pas particulier aux RR. PP. Jésuites. Mgr Audisio n'appartient pas à la compagnie de Jésus, c’est un séculier ; il va nous dire à son tour ce qu’il pense de la tolérance civile des cultes.

Après avoir prouvé que le gouvernement a une obligation naturelle et divine comme l'individu, de rechercher quel est le culte véritable, et de le favoriser par les moyens convenables , vérités que nous démontrerons plus tard , il poursuit ainsi (1): « Comme il s’agit ici d’une obligation naturelle et divine, le gouvernement ne peut s’en dispenser, qu’à raison de ces désastres ou de ces dangers qui contraignent parfois la vérité de céder sa place, mais non ses droits à l’erreur. Donc, là où pour de semblables motifs on proclame (1) Droit public de l'Eglise, vol. III, titre xxxIII.

l'égalité ou la liberté des cultes, les faux cultes n’acquerrent jamais un droit réel, ils n’en sont pas susceptibles ; mais seulement un droit légal, une simple personnification civile, que les magistrats toutefois comme les autres citoyens doivent respecter en cette qualité. » Ensuite, il établit , suivant les diverses circonstances sociales, les degrés qui peuvent exister dans la liberté des cultes. « Le culte est privé, s’il s'exerce en famille. Il commence à devenir relativement publie, et est dit toléré, s’il est pratiqué librement par ses adeptes dans un lieu commun et public entre eux, sans pubiicité extérieure toutefois ; lélle est à Rome la condition du jadaïsme et du protestantisme. Le culte est dominant lorsqu'il est, comme le catholicisme à Rome, juridiquement entouré de la pompe et de la so- Icanité extérieure. Si plusieurs cultes , ainsi que leurs adeptes , jouissent vis-à-vis de la loi des mêmes droits publics, civils et poliliques, ces cultes sont libres et égaux. Enfin, si l'Etat en professe un, celui-ci s’appelle la religion de l'Etat... Voila comment la liberté des cultes se trouve départie dans une mesure plus ou moins large. Et comme la raison et la règle de cette mesure ne sau-

raient se déduire de la bonté ni de la vérité intrinsèque des cultes , il faut de toute nécessité qu’on les infère des EXIGENCES COM- PARATIVES DE LA SOCIÉTÉ. »

Ainsi donc, Mgr Audisio, tout en maintenant l'impossibilité de la tolérance dogmatique ou doctrinale , ne se contente pas d’affirmer que la tolérance civile des cultes peut être quelquefois pratiquée, mais encore il nous la montre réalisée sur une assez large échelle à Rome même.

Mais nous entendons les descendants des Jansénistes se récrier de nouveau et nous dire: ce n’est pas là la pure doctrine, la saine théologie, c’est la théologie des compromis, la théologie modernisée. Hé bien, non! C’est la théologie ancienne, mais toujours nouvelle pour ceux qui ne l’ont jamais sue. Consultons un thcologien et en même temps un philosophe qui n’est pas moderne , et qui , de l’aveu de tous, enseigne la saine doctrine, saint Thomas. L'ange de l’école, dans sa Somme Théologique (1), donne les principes de la tolérance civile. [ls sont parfaitement d’accord avec ceux des théologiens romains ; ils sont même encore un peu plus larges, com-

me vous pourrez iacilement en juger. Voici ses paroles, citées par Mgr Audisio (1).

« Le gouvernement humain dérive du gou- « vernement divin et doit l’imiter. Or Dieu, « quoique tlout-puissant et souverainement « bon , permel néanmoins dans le monde cer- « tains maux qu’il pourrait empêcher, de peur « que, ces maux disparaissant , il en résultàt «en somme moins de bien et plus de mal.»

Par conséquent, en particulier et dans le conflit du bien et du mal, il peut y avoir des raisons sociales de tolérer non-seulement les cultes qui renferment du vrai, mais mème , dans des cas urgents , ceux qui ne contiennent que l'erreur. « Ainsi donc, continue « saint Thomas, bien que les infidèles offen- «sent Dicu par leurs cérémonies, on peut « les tolérer, soit à cause dun certain bien « qui en découle, soit à cause du mal qu'on « évile par là... Quant aux infidéles dont le « culte, entièrement faux, n’offrirait aucune «utilité, on ne doit les tolérer en aucune « manière, si ce n’est peut-être pour éviter « quelque mal, par exemple , pour prévenir «les scandales ou les dissensions qui pour- «raient provenir de là, ou ne pas mettre (1) Dreït public de l'Eglise, vol. III, titre XXXIV.

« obstacle au salut de ceux qui, moyennant « la tolérance, peuvent être amenés insen- « siblement à la foi. »

« Suarez, le plus subtil et le plus fidèle commentateur de saint Thomas d'Aquin, élncide amplement ces principes dans son traité de Fide (4). En conséquence, ils ont toute la valeur d’une doctrine certaine et catholique.»

Messieurs, nous vous avons dit que nous ne voulions ètre que l’écho de l’enseignement romain sur Cette question délicate, comme sur bien d’autres; notre tâche est remplie.

Donc, d’après la doctrine et les idées romaines , qui reflètent l’enseignement de l’Eglise, la loi civile peut en fait, dans certaines circonstances , autoriser et permettre la liberté des cultes, pourvu qu’elle ne les approuve pas dans leur rapport avec le salut des âmes, mais qu’elle se contente de les envisager dans leur rapport avec l’ordre social.

Maintenant, quelle est la raison philosophique déduite du droit naturel, qui autorise cette doctrine ? La voici : chaque société est obligée de tendre à sa fin et a droit aux moyens légitimes qui peuvent la lui faire obtenir. Or, quelle est la fin immédiate de (1) Disp. XVIII, sect. 4, n. 9.

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toute société civile? Le bonheur temporel, la paix , la prospérité et la concorde , fin que Ja raison , la morale chrétienne et la doctrine révélée regardent comme bonne. Un gouvernement pourra donc, afin d'obtenir cette fin honnûte, user de tous le moyens légitimes.

Or, tolérer civilement les différents cultes est dans certains cas quelque chose de licite , comme nous l’avons démontré; donc, pour éloigner ies maux qui pourraient troubler le paix , la tranquillité de la société, un gouvernement est autorisé à permettre la liberté civile des cultes, même c’est son devoir. Ce qui n'empêche pes que les chefs des peuples, tout en usant de tolérance à l'égard des faux cultes , pour éviter de grands malheurs, ont toujours , à l'égard de Dieu et de la société, l'obligation de promouvoir le véritable culte, dans les limites de leurs pouvoirs et de leurs attributions ; parce que l’idéal d’une sociélé parfaite , c’est l’union des intelligences et des volontés ; or cette perfection, cette union, ne peuvent se réaliser que par la véritable religion. Donc, les gouvernements ont l’obligation, d’après la mesure voulue par ies circonstances , de tendre à réunir leurs sujets dans l’unique et véritable croyance, l'Eglise

catholique , parce que la tolérance civile des cultes n’est pas un bien absolu, mais seulement un bien relatif.

Nous venons de poser des principes ; vous nous demanderez peut-être la manière de les appliquer dans la pratique , et jusqu'où peut s'étendre la tolérance civile. Nous dirons d’une manicre générale que La sagesse et la prudence doivent jouer un grand rôle dans la démarcation des limites, autremeni la liberté civile des cultes dégénèrerait facilement en licence, — Cette règle est bien générale, nous direz-vous. - Nous en convenons, mais impossible d’en donner une plus précise, qui puisse servir pour tous les temps et pour tous les pays ; et, il faut avoucr que ces questions sont des problèmes faits pour embarrasser les esprits les plus clairvoyants et les mieux disposés envers la vérité. «Les habitudes, dit Fraysinous , le génie des peuples, les conjonciures, peuvent amener dans la conaaite des gouvernements ‘les mesures différentes, mais toutes également sages. »

Voilà un pays, l'Espagne par exemple, où le culte catholique est la religion de toute la nation, alors le gouvernement doit maintenir cette unité religieuse qui intéresse à un

si haut degré la tranquillité et le bonheur temporel de ce peuple , ainsi que sa fin dernière. Mais s'agit-il d’un pays où différents cultes sont professés par des portions considérables de la société ; dans ce cas, la sagesse et la prudence peuvent conseiller au gouvernement une frute autre ligne de conduite.

« Plusieurs théologiens très-graves, dit le chanoine Muzzarelli, ont reconnu qu’en certains cas il est permis et quelquefois nécessaire de tolérer les personnes et les rites des infidèles et des hérétiques, pour ne pas empêcher de plus grands biens ou ne pas causer de plus grands maux, surtout quand l'autorité ne peut légitimement empêcher leur culte. On doit cependant alors avoir grand soin de ne permettre que ce que lon croit utile et nécessaire, de ne pas confondre la tolérance des infidéles avec celle des hérétiques, la tolérance des persones avec celle de la divulgation des erreurs, la permission d’un culte privé avec celle d’un culte publie, la nécessité de permettre une de ces choses avec Îa nécessité de les permettre toutes, une tolérance limitée et prudente de quelque religion fausse avec une tolérance illimitée et univer-

selle de toutes les sectes, enfin la simple permission quelquefois licite avec la faveur positive et scandaleuse toujours illicite. Si l’on ne distinguait et séparait pas ces différentes espèces de tolérance pour les appliquer aux circonstances et aux besoins, on étendrait trop loin et on interprêterait mal les sentiments de ces grands 'héologiens sur cet article. »

Diana (tract. 1%, t. 9.) soutient avec raison qu'un prince catholique ne peut rien établir dans ses états sur la liberté de conscience sans le conseil et l’approbation du Pape, auquel il appartient dans les cas douteux de juger ce qui est licite ou illicite relativement à l’honneur de Dieu , à la sûreté de la religion et au salut des fidèles. »

Nous n’avons pas besoin de dire que nous souscrivons pleinement à cette doctrine.

Îl est facile au moyen de cet enseignement, qui est la doctrine catholique, de défendre l'Eglise contre les attaques injustes de ses ennemis. Mais pour cela il est important que nous ne perdions pas de vue la distinction établie entre la tolérance dogmatique ou doctrinale, el la tolérance civile ou politique. Les adversaires de l'Eglise ne veulent pas

admettre cette distinction , afin d’être plus à l'aise dans leurs invectives et leurs accusations d’intolérance. « Ceux qui distinguent l'intolérance civile et l'intolérance théologique se trompent à mou avis, dit Rousseau dans son Contrat Social, Il est impossible de vivre en paix avec des gens qu’on croit damnés. Ne pas les hair, serait hair Dieu qui les punit. IL faut absolument qu'on les ramène, ou qu'on les tourmente. »

Non-seulement nous pouvons distinguer ces deux espèces de tolérance , mais elles sont de leur nature tellement distinctes que soutenir le contraire est une erreur, vü que l'objet de la tolérance civile et celui de Ja tolérance religieuse n’est pas le même: l’un est temporel , l’autre spirituel. C’est le devoir d’un roi ou d’un magistral quelconque de déterminer et d’infliger les peines encourues par ceux qui troublent la tranquillité publique.

L'Eglise de son côté a le devoir de déclarer que ceux qui, d’une manière coupable , appartiennent à une religion fausse sont hors de la voie du salut; mais, tout en faisant cette déclaration, non-seulement elle les tolère, mais elle les aime , leur fait du bien, et s’efforce par tous les moyens possibles de

leur procurer le salut , suivant en cela l’exemple de Jésus-Christ et des apôtres, qui ne se contentérent pas de vivre en paix avec ceux qui persévéraient obstinément dans leurs | | erreurs, mais encore usérent de bonté et de

| bienveillance pour se les concilier. C’est ainsi que nous devons agir, dit Perrone auquel A nous empruntons cette réponse, parce que nous | ignorons complétement, si un jour ils n’ouvri- | ront pas les veux à la lumière et n’embras- | serons pas la vérité. Tant que les hommes | vivent, nous devons conserver et nourrir | l'espoir qu'ils se convertiront, ce qui d’ailleurs arrive assez souvent (1).

(1) Voici la difficulté telle que poste par Perrone { dans le vol. 1‘ de sa théologie, page 885, n. 327, édition romaine, et la réponse qu'il lui donne, n. 328. Intolerantia civilis nullo modo distingui potest ab intolerantia religiosa; duae enim hae intolerantiae sunt prorsus indivisibiles ; impossibile siquidem est pacifice | vivere cum iis, qui tanquam inimici Dei habentur (a); ergo.

Resp. N. A. quoad omnes partes. Non solum enim distingui possunt duac istae intolerantiae, sed distingui omnino debent, ut distinguuntur et differunt inter

se objectum temporale et spiritualc. Regis enim seu ma- 1 gistratus qualiscumque est pocnas in delinquentes con- HA tra incolumitatem reipublicae decernere, vel eas infli-

(a) Zta J. J. Rousseau, Emile, Liv. IV, tom. IIT.

dmn-

he vec uUrs , de insi quel ous vri- ‘ASnes rrir ail-

En résumé , l'Eglise n'a jamais été et ne sera jamais que raisonnable, Comme nous l'avons démontré, la raison impose nécessairement à tout esprit juste et droit l’intoiérance dogmatique. En effet, ne serail-il pas déraisonnable d’aflirmer à la fois le oui et le non , ou de regarder comme vraies deux propositions contradictoires ? Voilà précisément en quoi l'Eglise et ses enfants sont intolérants, et cette intolérance doit être avouce par tout être intelligent et raisonnable. Mais s'agit-il de la tolérance civile ou politique, dit Mgr Audisio (1), s'agit-il de rendre à tous les hommes les devoirs qui leur sont dûs au nom de la société et de l'humanité, comme à des fréres par nature, et à des conciloyens par association , oh! alors l'Eglise, sans égard à la gere. Religionis est declarare cos, qui culpabiliter falsitatem vel errorem sectantur extra viam salutis esse, et eos interea non solum pati, sed amare, iis benefacere, atque omnimode eorum salutem procurare ad exemplum Christi et apostolorum, qui non solum pacifice vixerunt cum iis, qui pervicaces in suis erroribus erant, sed omni beneficentiae argumento eos prosequuti sunt, ut eos sibi conciliarent: eo magis, quod non semper lateat, an non faturam sit ut ipsi aliquando revertantur ad veritatem ac resipiscant. Quamdiu vivunt,juvat spem aliquam alere de eorum conversione, quae non raro felicem habuit

exitum.

(1) Droit public de l'Eglise, Vol. 111, Titre XXXHII.

diversité des symboles religieux, pratique cette tolérance qui n’est que charité, et la prescrit à tous les degrés de l'échelle sociale,depuis le prince jusqu'au dernier des mendiants. » Ainsi, l'Eglise commande légalité quant aux devoirs et aux rapports de fa vie civile, « et les vrais catholiques les pratiquent fidèlement ; ils n’ont pour cela qu'à s'inspirer à la source sublime de la foi comme de la charité chrétienne, laquelle nous fait envisager et vénérer dans tout homme l’image de la divinité. »

Mais tout catholique, comme l'Eglise ellemème, n'est-il pas engagé dans la lutte du bien et du mal? et ne doit-il pas tirer l'épée contre tous ceux qui professent l'erreur el font le mal? « L'Eglise, dit l’auteur cité plus haut , est mililante, mais non emportée; militante pour sauver, non pour perdre les àmes: » ainsi doit être tout catholique. L'Eglise « est intolérante dogmatiquement , mais non civilement ;.... elle enseigne , et elle attend avec patience le fruit de ses leçons. » « L’Eclise, dit Mgr Audisio dans un autre endroit, traite officiellement avec les puissances hérétiques et schismatiques , et respecte , sans distinclion, les droits des nations. »

Cette conduite de l'Eglise est précieuse pour nous; elle nous apprend comment nous devons nous comporter dans nos relations sociales avec les concitoyens qui ne partagent pas nos croyances religieuses. Mais , afin de prouver davantage que dans la pratique nous pouvons, nous devons même suivre cet enseignement , nous ajouterons les paroles du Souverain Pontife sur ce sujet.

Dans sa lettre encyelique du 10 août 1863, Pie IX , a° rês avoir dit que ceux-là ne peuvent obtenir le salut élernel qui sciemment se montrent rebelles à l’autorité et aux définitions de l’Église, ajoute ce qui suit: « Que les fils de l'Eglise catholique ne soient jamais les ennemis de Ceux qui ne nous sont pas unis par les mêmes liens de foi et de charité :

qu'au contraire lis s'efforcent de les secourir et de les aider avec toutes les sollicitudes de la charité chrétienne , s’ils sont pauvres, inlirmes ou affligés de toute autre disgrâce, et qu'ils s’ingénient avant tout à les tirer des ténèbres , des erreurs où ils sont plongés misérablement, de les ramener à la très-aimante mère l'Eglise, qui ne cesse jamais de leur tendre affectueusement ses mains maternelles».

On fait un autre reproche à l'Eglise; on

l’accuse d’être intolérante pour certaines formes de gouvernement , de favoriser l’absolutisme et le despotisme au détriment des libertés sociales. Ce reproche est fait par M. Guizot dans son livre sur « l'Eglise et la société chrétienne. » Mer Audisio le réfute victorieusement en montrant que l’Église est toujours demeurée neutre en face des politiques humaines qui respectent l’ordre , la justice , la vérité et la morale , et que, par là, elle à toujours favorisé et défendu les véritables libertés.

« Autant, dit-il, l'Eglise est jalouse de ses droits immortels, autant elle se garde de les enchaïiner ou de les confondre avec les droits fragiles de la politique. C’est pourquoi elle nous prescrit une obéissance entiere aux princes, quels qu'ils soient, mais apres Dieu... L'Eglise ne regarde ni à la forme politique des Etats, ni au nom des souverains. Que ce soit Néron , Constantin ou Julien qui règne, elle voit en eux l’envoyé de la bonté ou de la colère divine, et elle ordonne de se soumettre aux lois justes comme à la justice même de Dieu. C’est en cela qu'éclatent la beauté , la force et la sagesse de l'Eglise catholique. Ne suivant jamais aucune bannière purement politique , elle conserve sa qualité

de mère à l'égard de tous ses enfants, et ses ministres, sur le champ de bataille, tendront une main charitable aux vaincus comme aux vainqueurs (1). »

Messieurs, permettez-moi ici une remarque qui a son opportunité. Après ces paroles, vous ne devez pas être surpris, si l'Université Laval, qui s'efforce de suivre er tout la conduite de l'Eglise, et de se conformer aux doctrines romaines, ne veut pas non plus s'attacher à aucune bannière purement politique. Elle a été fondée pour toute la jeunesse catholique du pays, et elle veut, elle aussi, conserver sa qualité de mère à l'égard de tous les catholiques, afin qu'après la bataille, qui se renouvelle souvent dans notre patrie, elle puisse tendre une main charitable aux vaincus comme aux vainqueurs.

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(1) Droit publie de l'Eglise, vol. IT, titre XXXVIT.

Analyse de la lecon précédente, — Question à étudier : un g° ivernement catholique peut-il proclamer la tolérance civile des cultes. — En quoi consiste la perfection de la societé civile. — La religion est nécessaire pour assurer l'observation des lois. — Les po— litiques de tous les temps ont compris cette vérité, et l'expérience des siècies la confirme. — La religion catholique est la plus apte à procurer la stabilité des états. — Citation de saint Augustin. — Un gouvernement catholique, lorsque les circonstan: ne l'exigent pas, ne peut point, sans renier sa foi, proclamer la liberté civile des faux cultes. — Un gouvernement catholique doit protéger la religion à l'exclusion des faux cultes: le bion de la nation comme celni des particuliers le demande — Paroles de Grégoire XVI et de Pie IX sur ce sujet. — Un gouvernement catholique doit donner plus qu'une protection légale à l'Eglise. — Qu'est-ce qu'un peuple chrétien d'après De Maumigny. — Le &gouvernement, en Espagne, dans la Nouvelle-Grenade, au Mexique et en Italie, est tombé dans le libéralisme. — Le progrès ne consiste pas toujours à eller en avant, — Il y a un moyenâge bien enviable. — Conditions et effets de la coexistence de l'Eglise et de l'Etat. — Subordination du second à la primivre,

MESssIEURS,

Dans certaines circonstances, la tolérance civile ou politique est non-seulement permise mais encore obligatoire et nécessaire. C’est

l'enseignement des PP. Taparelli et Perrone, de Mer Audisio, de saint Thomas, de Suarez ; doctrine certaine. En effet, si elle n’était pas certaine et pratiquement sûre , Rome n’aurait pas pu tolérer où même autoriser, par le serment qu’elle permet, des constitutions qui comme en France, à différentes époques, et en Belgique, déclarent et consacrent la liberté civile des cultes.

Mais alors pourquoi ce qui est permis en France, en Belgique, en Canada et dans bien d’autres pays, ne le serait-il pas en Espagne, en Ttalie, au Mexique et dans la Nouvelle-Grenade? Parce que tous les pays ne se trouvent pas dans les mêmes circonstances. Cette question revient à celle-ci :

pourquoi dans certaines circonstances déterminées, un homme a-t-il ie droit d’ôter la vie à un injuste agresseur pour sauver la sienne, tandis qu’une autre, placé dans des circonstances différentes, ne le peut pas ? C’est que souvent les circonstances font surgir de nouveaux droits et de nouveaux devoirs qui se dressent en face des droits et des devoirs préexistants, et que, sans les détruire, ils leur apportent des modifications et des restrictions pratiques.

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Maintenant, messieurs, voici la verité ou la proposition que nous voulons prouver ce soir Contre les partisans du libéralisme, Un gouvernement, où un prince catholique, qui est à la tête d’une nation catholique, n'a pas la droit de proclamer la liberté civile des cultes ; au contraire il doit protéger, défendre et favoriser la vraie religion à l’exclusion des autres cultes, autrement il tomberait dans le tolérantisme ou le libéralisme ; el ainsi le gouvernement en Espagne, en Italie, au Mexique et dans la Nouvelle- Grenade, en autorisant la liberté civile des cultes, à forfait à son devoir et s’est rendu coupable de libéralisme.

Si nous voulons établir solidement cette verité, ilest nécessaire de prendre les choses d'un peu plus haut. Le grand malheur pour la plupart des publicistes et des politiques, c’est de ne voir les choses que de bien bas et de ne point s'élever au-dessus de la matière.

Rationnellement, théologiquement, et par conséquent politiquement, — car la vraie politique doit s’accorder avec la raison et la révélation, — en quoi consiste la perfection de la société civile ? Dans l’obtention de sa fin, nous direz-vous. Fort bien; mais quelle

est La fin de la société ? La fin prochaine et immédiate de la société civile, c’est la paix, la tranquiilité, le bonheur temporel réalisé dans ses membres. Mais, vous arrèterez-vous à cette fin ou à cette perfection? Si c’est Là tout cé que vous ambilionnez, vous n'allez pas plus loin que les matérialistes et les utilitaires. Pour trouver la perfection de la société civile, il faut s'élever au-dessus de la matière et du temps ; il faut ne pas perdre de vue sä véritable destination, qui n’est autre que celle de l'humanité et de chaque homme en particulier, Et vous counaissez la destination de l'humanité et de chaque individu qui la compose, c’est de retourner à Dieu : nous avons prouvé cette vérité dans la leçon sur la loi naturelle. Puisque la fin dernière de la société civile n’est autre que la destination de l’homme, il devient évident que sa fin prochaine et immédiate n’est qu’un moyen per rapport à la fin dernière des membres associés, un acheminement vers le but suprème de humanité. D'où il suit que la société la plus parfaite est celle où la fin prochaine et immédiate, la félicité terrestre, se trouve subordonnée à la fin dernière des associés, et en harmonie avec la tendance de l’hu-

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manité vers Le bien infini, fin que Dieu lui-mème, auteur de l’homme et de la société, a fixée.

Nous venons d'indiquer le principe fondamental qui doit diriger lout gouvernemont qui ne se conduit pas d'après une politique de fantaisie, mais d'après la loi primordiale de Ta nature humaine ; el en même temps vous voyez où se trouve la perfection de l’administration politique et de la société.

Sans doute, que le devoir de guider les hommes dans les véritables voies du salut est incommunicable, et n'appartient qu'à la puissance spirituelle, à l'Eglise ; mais concourir à cette œuvre, en protégeant, en couvrant de son bouclier et en escortant cette noble compagne, comme nous le dirons dans un instant, c’est le devoir sublime de tout gouvernement qui ne veut pas conduire Îles hommes comme des Ôtres purement matériels, mais comme des êtres moraux et animés d’un esprit immortel.

Rappelez-vous ee que nous avons dit dans notre introduction : lorsque nous avons recherché où se trouvait la véritable grandeur ou la vraie civilisation d’un peuple, nous avons montré que ni le progres matériel et industriel, ni le développement politique et

social, ni même le progrès intellectuel et artistique, ne peuvent donner à une nalion la véritable grandeur , parce que tout cela peut exister sans que la fin derniére seit atteinte. Un peuple, avons-nous dit, de même que l'individu, doit surtout regarder le ciel. Par conséquent, la nation véritablement grande sera celle ou la religion, qui est en même temps l’amie des sciences, des lettres, de la liberté, du bien et du progrès matériel, règnera en souveraine, réunissant toutes Les forces dans un même faisseau , ramenant toutes les voix à l'unisson pour les rattacher à Dieu. Enalevez la religion, vous détruisez le lien qui réunit toutes les intelligences et les volontés, vous brisez l'unité qui est l'essence de l’ordre , et aussitôt apparaitront la séparation, l'opposition, le combat, le désordre et le malheur. Nous ne nions pas qu'il pourra exister encore des signes et des manifestations de perfection extérieure, mais ils ne seront qu’une apparence trompeuse de prospérité et de civilisation , absolument comme le fard qui peut bien simuler la fraicheur du teint, dit Taparelli, mais qui ne sera jamais un signe de santé.

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Entrons un peu dans le développement de ces idées, et montrons d'abord que la religion est nécessaire pour assurer l’observation des lois. Quels sont les deux grands moyens de tout gouvernement pour faire observer les lois? Punir ceux qui les violent, et récompenser ceux qui les respectent, Cependant le premier moyen, le gouvernement ne le possède que d'une manière très-imparfaite : en effet, la loi pourra bien restreindre quelques attentats publics, mais que de fautes, que d’infractions secrètes qui sont hors de son atteinte! Le deuxième moven, récompenser les observateurs fidèles des lois, lui fait complètement défaut : quel est le pouvoir du gouvernement dans la distribution des récompenses ? Que fait-il pour le citoyen qui observe les lois de son pays ? On sait que dans la société civile, c’est un devoir pour les gouvernés d’obéir aux gouvernants légitimes , ceux-ci en échange sont tenus de les protéger. Vous obéissez aux lois de l'Etat ; la société se trouve engagée envers vous, Comment acquittera-t-elle cette dette? En vous couvrant de sa protection.

Mais, voici un citoyen qui viole les lois ; pour que l'équilibre füt observé, la société

devrait lui relirer sa protection puisqu'elle est le prix de l'obéissance, humainement parlant. Toutefois, qu'arrive-t-il le plus souvent? C’est que le violateur des lois, surtout lorqu'il est habile et rusé, demeure sans châtiment, prolite de tous les avantaues de la société, tandis que le fidèle observatcur de ces mêmes lois ne recevra aucune récompense, ét que même, dans plusieurs circonstances , il sera la victime des infractions des autres. EL le moyen de remédier à ce désordre? L'Etat ne le possède point. Tous les gouvernements n’ont jamais employé que le châtiment, et nullement la 'écompense.

IL y à donc nécessité de recourir à une autre puissance qui soit capable d'étendre son action sur tous les esprits et sur toutes les volontés, qui soit en étot d’infliger des peines à tous les violateurs des lois, que l'infraction soit publique ou secrète, et qui puisse offrir ces récompenses à tous les observateurs , c'est-à-dire, aux bons citoyens. Ce pouvoir, c’est la religios ; elle seule tient dans Sa main ces deux puissants ressorts , les chàâtiments et les récompenses ; elle seule peut les appliquer dans de justes propor-

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lions , de manière à atteindre tous les mérites, toutes les belles actions, ainsi que toutes Les fautes et tous les crimes, Par conséquent, la religion est d'une nécessité absolue pour assurer le respect et lobservalion des lois, et par à mème conserver la vie à tout gouvernement.

Les vrais politiques de tous les temps ont compris cette vérité, et l'expérience des siècles est venue la confirmer, « Les villes et les nations les plus attachées au culte divin, dit Xénophon, ont toujours été les plus durables et les plus sages, comme les siecles les plus religieux ont toujours été les plus distingués par le génie,» « L'ignorance du vrai Dieu est, pour les Etats, a plus grande des calamités ; qui renverse la reliuicn, renverse le fondement de toute société humaine. » Paroles sublimes, politique profonde, dignes du génie de Platon.

« Cherchez, reprend à son tour le célebre Hume,, cherchez un peuple sans reliion; si vous le trouvez, soyez sûr qu'il ne diffère pas beaucoup des bêtes brutes. »

Savez-vous comment Machiavel traite ceux qui tentent de renverser la religion ? A les appelle : « Hommes infâmes et détestables ,

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destructeurs de royaumes et des républiques.

ennemis des vertus, des lettres el'de tous tes arts qui honorent le genre humain, el contribuent à sa perfection. »

En deux mots, de Bonald indique le rôle politique de la religion : « Elle met l'ordre dans la société, parce que seule elle donne la raison du- pouvoir et des devoirs. »

Mais voici un dernier témoignage tombé de la bouche d’un homme non suspect de bigoterie : « Si le monde, dit Voltaire, était gouverné par des athées , il vaudrait autant Ôôtre sous lempire immédiat de ces Ôtres infernaux qu'on nous peint acharnés contre leurs victimes. » Par:s peut nous dire quelque chose de ce régime, il l’a subi pendant la Commune ; et vraiment les êtres infernaux ne se seraient pas montrés plus acharneés que les communistes contre l’ordre, La vertu et l'innocence.

La religion est done la base, le fondement et l'appui de toute société el de toui couvernement. Mais il ne faut pas s'arrêter à moitié chemin; il faut admettre aussi, sous peine d’être illogique, que la religion catholique , la seule véritable, est La plus apte à procurer la stabilité des Etats, en

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produisant et maintenant l'union des intelligences el des volontés dans l’ordre, la vérité et le bien. En voici la raison: « Pour que la religion me soit une varantie de [a conduite de mes concitoyens, dit Taparelli (1, et par concitoyens il faut entendre les gouvernants aussi bien que les gouvernés, il faut qu’elle approuve et condamne dans leur conscience ce qu’elle approuve et condanne dans la mienne. Voilà pourquoi #! est de mon intérêt de vivre en société avec ceux qui croient à ous les dogmes que je crois, et qui font profession ouverte de cet!e uniformilé de crovance. » Autrement, si la religion dépend du caprice de chaque individu, je n'ai plus l'assurance qu'il ne regardera pas, « à l’instar du musulman où du phanségar indien, comme un acte mériloire celui de me trahir, de me voler, de m'assassiner. Que si la force du lien religieux résultant et de la propension de l'esprit, et des affections du cœur et des intérôts matériels, est si grande, il est clair qu'une société qui se prive de cette force, est, par Là même dépourvue d'un lien trés-puissant, et souvent alors la religion se lourne contre elle: les différentes crovances (1) Droit Naturel, vol. 11, p. 131.

religieuses, formant des sociétés diverses tresfermes, doivent tendre perpétuellement à se séparer, tandis que la société totale est dépourvue du lien le plus solide; ce danger d’une haute gravité a été prévu par tous les hommes politiques ; ils l'ont proclamé dans leurs moments de sincérité, quelles que fussent d’ailleurs les préoccupations de l’opinion à laquelle ils appartenaient. »

« Ecoutons Machiavel: « Les princes et les républiques qui veulent se maintenir à l'abri de toute corruption doivent, sur toutes choses, conserver, dans sa pureté, la religion, ses cérémonies, el entretenir le respect dù à leur sainteté ; parce qu'il n’y a pas de sione plus assuré de la ruine d’un Etat que le mépris du cuite divin. »

Rogier, cité aussi par Taÿarelli, ajoute:

« En bonne politique, est-il pas préférable de réunir en un seul corps les divers membres d’un pays, que d’en perpétuer la division ? un corps polilique ne devient nalion qu'autant qu'il à une âme nationale. »

Et qu'est-ce qui donne cette àme nationale ?

l'unité religieuse.

L'Eglise catholique, dit saint Augustin, « lie les citoyens aux citoyens, les nations

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aux nations, et tous les hommes entre eux, non-seulement par le lien social, mais encore par une sorte de fraternité, fruit du souvenir de nos premiers parents. Elle enseigne aux rois à avoir toujours en vue Île bien de leurs peuples ; elle avertit les peuples de se soumettre aux rois. Elle apprend à tous, avec une sollicitude que rien ne lasse, à qui est uù l’honneur, à qui l'affection, à qui 'e respect, à qui la discipline, à qui la réprimande, à qui le supplice, montrant comment toutes choses ne sont pas dues à tous, mais qu’à tous est due ia charité, et à personne l'injustice. » Ces sublimes enseignements nous montrent que la relivion seule est [a sauvegarde des particuliers et des Etats; et que nous devons placer la perfection sociale dans l'unité de crovance obtenue par le véritable culte , la religion catholique. Le gouvernement qui brise cette unité, détruit son plus ferme appui, et tient une conduite tout à fait impolitique.

Envisageons maintenant la question sous une autre face, au point de vue de la crovance de ceux qui composent le gouvernement.

Un gouvernement n’est pas un ètre abs-

Dit trait, et selon notre hypothèse, ceux qui le composent, élant catholiques, ne peuvent point, dans leurs décrets, leurs lois ou les actes quelconques de commandement et d’administration , dépouiller leur caractère religieux et leur qualité de sujets du monarque du ciel et d'enfants de l'Eglise. Par conséquent, un gouvernement catholique ne peut pas conserver °e titre, et reconnaitre même politiquement, juand les circonstances ne l’exigent pas, la liserté des faux cultes. Il ne saurait agir ainsi sans contredire sa foi, sans tomber dans le libéralisme, qui mene à l’indifférenlisme. Car enfin, la révélation enseignée par l'Eglise, elle aussi, est une loi, et le gouvernement, pas plus que l'individu, n'a le droit ou la liberté de l’enfreindre et de la mépriser. Et, qu’on ne vienne pas dire que nous restreignons la liberté des gouvernants: nous devons supposer dans le gouvernement, comme dans l'individu, une liberté raisonnable et intelligente, qui sait ce qu’elle veut, et quel est son bien.

D'ailleurs, toujours dans notre supposition, un gouvernement ne peut proclamer la liberté civile des cultes, sans usurper un droit qu'il n’a pas. Il n’est pas juge en ma-

ui le vent L les l’adrelirœque lent, pas oliticent urait nber ren- > par [Ver lroit Iser.

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ticre de religion, et, en déclarant la liberté civile des cultes, il s’attribue un droit qui appartient qu'au pouvoir spirituel ; il se substitue au wibunal infaillible de l'Eglise. Qu'un semblable governement le veuille ou ne le veuille pas, il est nécessairement illogique, irréligieux el impolitique : car proclamer la liberté des différents cultes, c’est Lravailler à rassembler toutes les contradictions dans un même état, c’est imiter la conduite des empereurs romains qui . réunirent dans un même temple toutes les fausses divinités des nations conquises ; autoriser la liberté des différents cultes, c’est cacher sous une apparence d'équité et de libéralité une indifférence profonde pour sa religion, voilà quelque chose d'irréligieux et el d’immoral : La véritable foi, la foi vivante n’est pas si accommodante. Enfin, sanctionner la liberté des cultes, c’est se montrer bien impolitique, puisque le peuple sera porté à imiter ses chefs, à se laisser aller à l’indifférentisme, qui est la ruine de la religion, base essentielle de la société.

Ainsi, pour résumer tout ce que nous venons de dire, un gouvernement, mais surtout un gouvernenient catholique, placé à la tête

d’une nation cathoïique, où existe l’unité de tendance, de vue, de régles intérieures el extérieures, et qui, par conséquent, possède tous les éléments de la perfection sociale et de La véritable civilisation, ne saurait, sans blesser les lois de La saine raison, de la foi et de la politique, poser un acte qui romprait cette heureuse harmonie des forces, des intelligences et des volontés tendant toutes vers le bien réel des individus et des peuples, le bonheur infini, Dieu, fin derniére de toute créature raisonnable. Qr, proclamer la liberté civile des cultes, lorsque les circonstances ne l’exigent pas impérieusement, serait poser un acte qui de sa nature conduit à faire disparaitre cette unité ; en agissant ainsi, un gouvernement manquerait donc à son devoir envers Dieu et envers la nation qu’il dirige. En effet, la Loi suprème de Dieu, sa volonté mauifestée par la raison et par la révélation, c’est l'unité du culte; le droit le plus sacré, comme le bien le plus précieux d’une nation, c’est l’union des esprits et des cœurs dans l’adoration du Dieu unique, dans la pratique libre et commune du culte véritable. Un gouvernement, quel qu'il soit, mais sur-' tout un gouvernement catholique, ne doit

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donc rien faire qui puisse entraver ce droil et ce bien suprèrie de ses sujets. Au conraire, il a l'obligation de protéger la véritable religion à l’exelusion des faux cultes, de la tenir à labri de tout ce qui pourrait lui apporter quelque atteinte.

Ce devoir découle nécessairement des vérités que nous venons d'établir : le Lien des sujets, le soin de sa propre conservation, se réunissent pour lui imposer cette obligation.

Quel est le bien le plus precieux d’une nation? Nous l'avons déjà dit, même humainement parlant, à plus forte raison aux veux de la foi, l'unité de crovance dans {a seule véritable religion, voilà le bien le plus précieux d’une nation, voilà son droit le plus sacré. D'un autre côté, quel est le devoir d'un gouvernement, de Pautorilé, dans une société? C’est de protéger et de défendre les droits des associés. Donc, politiquement, le souvernement doit emplover tous les movens à sa disposition pour sauvegarder la religion, premier bien des sujets; il doit empêcher qu'on ne vienne meltre en danger la foi, la vérité révélée et acceptée comme bien supreme de la natiou. Manquer à ce devoir, c’est se rendre coupable envers la société tout en-

lière, Ensuite, chaque citoyen avant le droit et le devoir de conserver sa foi, personne n'a la faculté de venir l'inquiéter dans ce qu'il a de plus cher ; car, c'est un axiome recu, que le droit de chacun finit [à su commence le droit d'autrui, Par conséquent, si, au mépris des lois divines et humaines, des hommes pervers cherchent à tromper et à surprendre la foi des sujets, le pouvoir civil, surtout lorsqu'il est catholique , a le devoir de protéger leur conscience et de repousser, mème par la force matérielle, Loute tentative de cette nalure, parce qu’elle aboutirait à violer le droit des membres associés. On comprend facilement qu'un gouvernement ne saurait négliger ce devoir sans se montrer en même lemps peu soucieux de sa propre conservalion, puisqu'il laisserait attaquer la base de toute société et de toute administration, la religion ; il renoncerait à la perfection sociale, à la véritable civilisation, qui consiste à mettre l'esprit au-dessus de la matière, Dieu et la vérité au-dessus des intérêts temporels. Et, si ce gouvernement était catholique, alors sa conduite serait inexplicabile , attendu que, d’iprès les paroles de saint Grégoire à l’empe:eur Maurice, il a

l'obligation « d'élargir la voie du ciel, d’escorter les vovageurs, et faire que la société terrestre soit le vestibule du rovaume céleste. » Tous les devoirs du gouvernement visa-vis de la véritable religion se trouvent renfermés dans ces belles paroles : élargir la voie du ciel, c'est-à-dire, écarter tout ce qui pourrait entraver l'Eglise dans la poursuite de sa fin ; escorter les vovageurs, c’està-dire, protéger leur guide, qui est l'Eglise ; faire que la société soit le vestibule du rovaume céleste, c'est-à-dire, réprimer ef repousser les attaques des impies contre lépouse du Christ, et lui donner les moyens el toute la liberté nécessaire pour qu'elle puisse exercer son action salutaire sur les âmes.

Ce n’est qu’en agissant ainsi envers sa mère, la sainte Eglise, qu’un gouvernement méritera véritablement le nom de catholique, et qu'il contribuera à réaliser le plan de Dieu: une seule famille, à La fois terrestre et divine, sous la conduite de deux puissances provenant de Dieu, réunissant leurs forces communes pour faire arriver l'homme à sa destination véritable. | Dans sen encvelique du 15 août 1832, Grégoire XVI rappelait aux princes ce devoir

important : « Que nos très-chers fils en J6-

sus-Christ, les princes, considèrent que leur autorité Leur a 616 donnée, non-seulement pour le gouvernement temporel, mais surtout pour défendre l'Eglise, et que tout ce qui se fait pour Pavantage de lEolise, se fait aussi pour leur puissance et pour leur repos. Qu'ils se persuadent même que la gause de la religion doit leur être plus chère que celle du trône, et que le plus important pour eux, pouvons-nous dire avec le pape saint Léon, est que la couronne « de Ia foi soit ajoutée de la main de Dieu à leur diadème. » Placés comme pères et tuteurs des peuples, ils leur procureront une paix et une tranquillité véritables, constantes et prosptres, s’ils mettent tous leurs soins à maintenir la religion el La piété envers Dieu, qui porte écrit sur son vôtement: « Roi des rois et Seigneur des Seigneurs. »

Pie [X ne S’exprimait pas autrement, lorsqu'en 1850 il recommandait au gouvernement Belge de ne pas oublier ses devoirs envers fa religion.

« Nous espérons que le roi des Beïzes, el Lous Ceux qui, dans son royaume, tiennent le timon des affaires, réfléchiront dans leur

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sagesse combien l'Eglise catholique et sa doc- Wine servent à la tranquillité et à la prospérité temporelle des peuples: qu'ils voudront conserver dans son intégrité la force salu laire de cette même Eglise, et considcrer comme leur che la plus importante celle de protéger el de défendre Les saints prélats et les ministres de l'Eglise. »

Ainsi, selon l’enseignement de ces deux grands Papes, la saine politique et la foi demandement que le pouvoir temporel, en allié fidèle, défende et protége l'Eglise; c'est un devoir dont il ne peut s'affranchir sans faillir à sa tâche la plus importante, sans renoncer à sa qualité de pére el de tuteur des peuples, et nous ajouterons, sans manquer à l'honneur et à la piété filiale, car l'Eglise est sa mère, |

Ce n'est donc pas assez pour un gouvernement catholique de donner à l'Eglise une protection légale qui est due à toute société licite en soi; il doit encore — et c'est Là le but suprême, la principale mission de la puissance temporelle — favoriser l'établissement du règne de Dieu, et, par conséquent, donner à ses peuples une législation en harmonie avec la loi divine annoncée par l'Eglise,

une législation qui prôte Pappui de son atilorité aux prescriptions de la loi religieuse. Un gouvernement qui se conduira ainsi envers l'Eglise présidera aux destinées d'un peuple vraiment chrétien, Or, «un peuple chrétien, dit de Maumignv, est une grande chose : c'est Pauvre de Dieu, du Christ et de la nature; c’est un corps vivant, qui a sa tôle, ses membres, son àme, et où tout concourt au bien-ôtre de la communauté. Tout s’enchaine el s’unit sans se confondre, se distinoue sans se séparer. Chacun est à sa place, chacun remplit les fonctions que Dieu et la uature lui assienent. Content de son sort, il ne porte aucune envie à autrui, Chacun se dévoue à tous, et tous se dévouent à chacun, La tôle ne méprise pas le bras qui la sert el la protège ; le bras qui travaille et combat menvie pas les veux qui le guident.

Avec l’ordre règne la paix, parce que la paix est Ia tranquillité de l’ordre, Une àme saine dans un corps sain, un esprit chrétien joint a une forte constitution, voilà le peuple chrétien. »

€ Un peuple, c'est encore un arbre séculaire dont les feuilles tombent, mais qui conserve le mème tronc, les mêmes branches,

ati Se, end’un uple ande t de tôle, ‘ourt S’EIIstinlace, et la rt, il ni se chaui la le et lent.

paix saine joint ‘uple

SEC UL- CONches,

la méme sève, les mêmes racines. Los Nom mes meurent; les dynasties, les maisons, les familles, les mœurs nationales persistent, Planté dans le sol fécond de l'Eglise, vivifié par Ta charité, cet arbre porte d'abondants Iruits de vie, et abrite de son ombre de longues générations. Le vrai peuple conlient out dans sa vaste unité, le passé el l'avenir non moins que le présent, et Les longues espérances, filles des longues traditions, »

Voilà l'image d’une nation libre, puissanle, heureuse et parfaite ; mais c'est l'œuvre de la religion catholique.

Maintenant, Messieurs, ilsera évident pour tous que le gouvernement en Espagne, dans la Nouvelle-Grenade, au Mexique, en Halie, a fait fausse roule, à USurpé un droit qu'il H'avail pas, méconnu son premier devoir, el est tombé dans le fibéralisme. Les peuples de ces pays sont des peuples catholiques, dont le culte national était l'unique et véritable religion. En proclamant la liberté des faux eulles, le gouvernement a violé leur droit le plus précieux, exposé aux attaques des impies et mis en danger leur bien su-

prême, leur foi, que cependant il avait le de-

rer or

voir de protéger et de défendre dans chachun des membres associés.

Si de plus l’on considere que ces gouvernements se disent catholiques, leur conduite devient inexplicable, et constitue une anomalie inconcevable, pour ne pas dire une honteuse et ridicule contradiction : en effet, du moment qu’un gouvernement met Les faux cultes sur le même pied que la véritable religion, il renonce à sa foi, il ne peut plus retenir le nom de catholique.

Mais, nous demandera-t-on, ces gouvernements n’auraient-ils pas pu faire ce qui s’est pratiqué dans d’autres pays, mêine avec l’assentiment de l'Eglise, tolérer civilement les faux cultes par raison de nécessité, vù qu’à notre époque, il v à des dissidents dans tous les pays? Non, ils n'avaient pas ce droit parce que les circonstances n'exigeaient point cette tolérance; au contraire, dans quelques uns de ces pays, en Espagne par exemple, Ia nation entière était opposée à la liberté des faux cultes. « La où on ne se fait pas un jeu de la religion, dit Mgr Audisio (1), où on la reoarde au contraire comme une vérité, un devoir de justice à rendre à Dieu, on ne dira (1) Droit public de l'Eglise, vol. IL, titre XXXIII.

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pas que, dès qu'il prend fantaisie à quelqu'un de se créer une idole ou d’embrasser un autre Culte, la nation devra lui accorder un temple et un autel. Elle ne le doit pas, parce que cetle prétention individuelle est illidée par le droit qu'a la nation à son culte, et que d’ailleurs la püblicité du culte n'est pas, rigoureusement parlant, une liberté de conscience, mais un droit public des nations, comme aussi d’une portion notable de toute nation quelconque. » Tout ce que les dissidents peuvent réclamer dans de samblables pays, c’est la tolérance que possèdent à Rome les Juifs et les Protestants, c'est-à-dire, pouvoir se réunir librement dans un lieu commun, Mais Sans aucune publicité extérieure.

En 1863, le Tyrol donna au monde entier un magnifique exemple d’une populalion attachée à la foi et convaincue que la religion catholique, pratiquée à l'exclusion des autres cultes, par tous les membres d’une nation, est son souverain bien. Le gouvernement autrichien venait de proclamer pour tout l’empire la liberté civile des cultes ; les Tyroliens réclamèrent le privilége de conserver pure de tout alliage F° " foi antique, la foi du Concile de Trente, et demandèrent

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pour eéela que la loi dela liberté des cultes ne füt pas étendue à leur fortuné et heueux pays.

Quel contraste avec la conduite des gouvernements de l'Espagne, de Ia Nouvelle- Grenade, du Mexique et de Ptalie! Ceux-ci, dans leurs lois, ont contesté à l'Eglise son litre de mère et de reine, en lui contestant sa supériorité sur l'Etat : c’est-à-dire, qu'ils ont contesté à Dieu même sa supériorité sur l’homme, puisque, par Ia bouche de lPEglise, Dieu parle et commande. En se séparant de l'Eglise, ils se sont séparés de Dieu ; en cherchant à s’égaler à l'Eglise, ou à prévaloir sur elle, ils ont tenté, dans leur fol orgueil, de s’égaler à Dieu et de prévaloir sur le Tout-Puissant. Et, c’est là le libéralisme de athée et de l’impie, du persécuteur et du tyran, c’est même le libéralisme de Lucifer.

Les peuples qui sont entrés dans cette voie du libéralisme, tout en pensant progresser, courent à labime ; le salut pour eux est de revenir aux principes immuables de l'ordre religieux, politique et social.

Mais, diront quelques-uns, vous voulez done nous ramener au moyen-àge? Eh bien!

sachez qu'il est impossible de rebrousser

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chemin, et de résister à la Loi du progrès qui pousse foujours en avant, et force à marcher. — C'est une erreur de croire que le progres consiste à aller toujours en avant:

quelquefois, souvent même, retourner en arrière, c’est progresser. Quel est en effet le progrès pour le voyageur qui a fait fausse route, et qui est engagé dans les précipices? Revenir sur ses pas, et prendre La véritable voie. Egalement, quel est le progrès pour la nalion qui, ayant abandonné le chemin que Dieu lui-même a tracé à l'humanité, court à sa perte? Revenir aussi sur ses pas et prendre La voie du salut, de Ia prospérité, de la paix etde Ia véritable civilisation ; et si pour cela il fallait remonter au moven-àge, il nv a pas à hésiter, le progrès le demande.

Ah! Messieurs, il v a un movyen-àge bien enviable , et qui sera éternellement digne d'imitation, c’est celui qui nous montre réalisées dans la pratique ces vérités élémenaires et primordiales : la loi divine domine les Lois humaines, l’homme dépend de Dieu, qui est sa fin, et, conséquemment, l'Etat, comme lindiidu, est soumis à la religion.

Que ces vérités soient de nouveau respectées, et les gouvernements rentreront dans une

ere de perfection, sans qu’il soit nécessaire de faire revivre toutes les institutions et les mœurs du moven-âge. Mais prétendre, comme on le fait, « que la perfection des gouvernements et le progrès civil demandent que la société humaine soit constituée el wouvernée sans plus tenir compte de la religion que si elle n'existait pas, ou du moins sans faire aucune distinction entre [a vraie religion et les fausses, » c'est n’assigner à l’homme et à la société d'autre but que celui d’amasser des richesses, d'autre fin que celle de satisfaire ses passions, et, tout en disant qu’on ne veut pas retourner au moven-àge, par crainte de rétrograder, on remonte à Epicure eton le prend pour guide!

Les gouvernements et les souverains auront beau s’agiter, élaborer des constitutions, improviser des systèmes, ils ne sauront jamais mieux faire que Dieu n’a fait lui-méme. « L'Eglise et l'Etat sont des pouvoirs distincts, que la sagesse divine à néanmoins associés afin de procurer, pour ainsi dire, par deux côtes à la fois, et de concert, le bonheur complet de la famille humaine. Done, les confondre, aussi bien que les séparer et les rendre ennemis, c’est un crime de lèse-

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