‹ Le libéralisme [microforme]Chapitre 5 sur 16 · TRADUCTION DE L'ITALIEN · texte numérisé non relu

TRADUCTION DE L'ITALIEN

Lecons données à l'Université Laval par l'abbé BENJAMIN Paouer, Docteur en Théologi? et Professeur à la Faculté de Théologie.

La lecture de ce livre, qui nous arrive du Ganada, nous a donné le plaisir qu'on éprouve à entendre un écho fidèle et lointain: plaisir d'autant plus grand que l'écho est plus lointain et plus fidèle. Or, voici que de ce Ganada st éloigné, nous vient dans ces Lecons sur le Libéralisme, le plus fidèle écho des doctrines romaines; et vandis que c'est pour nous un sujet de grande satisfaction, c'est aussi en même temps le plus bel et le plus désirable éloge que nous puissions donner à l'illustre Professeur, et à cette Université catholique ; du reste, 1l le dit lui-même (page 25) (2): « Je n'aurai

(1) Cet article est dû à la plume gracieuse et éloquente du R. P. Cardella, alors Directeur de la t'iviltà

Cattolica, Voir vol. VIII de la 8"° série, p. 214. (2) De la première édition.

qu'une ambition, — qui est et sera toujours celle de l'Université Laval, — être l'écho fidèle de la doctrine romaine. »

Ces Lecons sont les cinq dernières d’un Cours de Droit naturel et des gens. Elles traitent du Libéralisme, et grâce à l'actualité du sujet, elles ont été écoutées par un auditoire nombreux et choisi, honorées, jusqu'à la fin, de la présence de l’Archevêque de Québec, et ensuite réclamées pour la presse par un grand nombre de personnes. L'illustre Professeur explique tout d'abord ce mot magique de Liberté, dont on fait un si grand abus. Après avoir fixé la véritable notion de la liberté, ainsi que son objet qui ne peut être autre que le bien, 11 distingue entre la possibilité de faire le mal—possibilité inhérente non pas à l'essence de la liberté, mais à l'imperfection de l’homme—et le droit de fire le mal, droit qui ne peut exister jamais. Il fait également une distinction entre la liberté fausse, qui est la licence effrénée et l’indépendance de toute loi, et la véritable liberté, sous Ja loi, qui lui sert de règle, de frein et de bouclier. Après ces notions générales @ la liberté, il parle de la liberté politique, sociale et civile, autour de laquelle roulent principalement les erreurs du Libéralisme, qui, d’après l’Auteur (p.27) (1), peut se définir d'une manière générale : le système

(1) De la première édition.

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qui réclame la liberté, soit pour l'individu soit pour le gouvernement, de croire, de propager et de protéger l'erreur comme la vérité, la liberté de l'aire et d'autoriser le mal comme le bien.

I extrait Les principales maximes du Libéralisme de quelques propositions condamnées dans le Syllabus: il les explique et les réfute à la Tumitre des Actes Pontifraux, où elles furent d'abord condamnées ; il foudroie plus spécialement l'Indifférentisme qui, suivant les paroles autorisées de Grégoire XVI et de Pie IX, est la véritable source du Libéralisme religieux. Puis il traite de la tolérance, distinguant exactement entre la tolérance religieuse ou dogmatique, qui est toujours impie et absurde, et la tolérance civile, qui peut quelquelois être licite comme un moindre mal; et à ce sujet il fait connaitre les devoirs d’un gouvernement vraiment catholique d’une nation catholtque; un tel gouvernement doit protéger la vraie religion à l'exclusion des faux cultes, suivant que le demande le bien de la nation et des individus, et accorder hien plus qu'une simple protection légale à la vraie Eglise de Jésus-Christ; 11 ne peut, si ce n'est lorsque des circonstances impérieuses lexigent, proclamer la liberté civile des faux cultes; il ne peut jamais la pro lamer comme un bien en sot et comme une perfection de la société civile, mais seulement comme un moindre mal qui peut quelquefois être nécessaire: et ainsi même

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un gouvernement catholique pourra l'accorder de fait sans professer les maximes et les principes du Libéralisme. Mais les gouvernements même catholiques ne sont que trop tombés dans le Libéralisme sous le nom mensonger de progrès civil: faux progrés auquel il n'y a de remède qu'en revenant sur ses pas, sans s’épouvanter du fantôme du moyen âge puisque, comme le dit l'Auteur (p. 76)(1),1l y a un moyen àge plus enviable que le progrès moderne, et que retourner en arrière c'est quelquefois véritablement progresser, lorsqu'on revient aux principes immuables de l’ordre religieux, politique et social.

Et précisément il traite, dans la cinquième Lecon, du progrès, où il distingue avec raison le vrai et le faux progrès, la vraie et la fausse civilisation, et 1l montre avec combien de raison, pendant que l'Eglise se tient toujours à la tête de la vraie civilisation et du véritable progrès, le Saint Père a déclaré, que le Pontife romain ne peut se réconcilier avec le progrès et avec la civilisation à la moderne, en un mot, avec le Libéralisme, et en particulier tel qu'il est entendu en théorie et en pratique, par le gouvernement italien. Ici l'abbé Pâquet conclut en termes éloquents (p.89)(2), que toutes les âmes honnêtes doivent professer une reconnaissance profonde à l’immortel Pontife, tant

(1) De la première édition.

(2) De la première édition.

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en général pour la condamnation du Libéralisme, exprimée dans son Encyclique Quanta Cura et dans le Syllabus, qu'en particulier pour ses condamnations solennelles de la politique du Piémont et du Libéraligme italien. Oui, tout le monde, dit-il, doit rendre d'éternelles actions de grâces à Pie IX pour avoir défendu si noblement la vraie politique, celle qui ne consent pas à répudier les lois sacrés de la justice, du droit, et de la morale, Et de fait, ajoute-t-il, ces solennelles actions de grâces et cel appui moral des gens honnêtes n'ont pas manqué au Pontife romain, lorsque dans tout le monde catholique on à vu de si magnifiques démonstrations pour condamner avec lui la politique piémontaise, et approuver la noble attitude du Saint-Siége, Les catholiques du Canada n'ont pas été les derniers à élever la voix, et l'abbé Pâquet rappelle en particulier une démonstration solennelle et une protestation dans l'Université Laval même pour la sainte cause de Pie IX contre le Libéralisme tialien (1).

Puis revenant d'une manière plus générale aux théories et à la doctrine, l'illustre Professeur, sur le point de terminer ses lecons, indique dans un splendide jet d’éloquence le moyen assuré d’échapper aux théories séduisantes du libéralisme: c'est de suivre les chefs que Dieu lui-même nous a

(1) La Civiltà ne parle ici que d'une démonstration, mais il y en a eu deux: l’une en 1860 et l'autre en 1871,

donnés pour guides, à savoir son Vicaire sur la terre et le corps épiscopal, et en particulier chacun son évêque, et les maitres qui ont le renom de doctrine vraiment catholique et romaine; telle sera, conclut-il, la règle que suivra toujours la catholique Université Laval,

Que tel soit l'esprit de cette illustre Univerversité, ces lecons en font suflisamment foi, mais nous avons beaucoup plus encore. En effet nous avons recu en mème temps deux livrets de thèses théologiques pour les grades académiques dans l'Université. Ici plus que jamais on voit la doctrine romaine et l’on entend d'une manière toute spéciale l'écho de l'Université Grégorienne du Collége Romain, établie par les Souverains Pontifes pour le bien universel des séminaires des nations catholiques, à Rome, ce qui fait qu’elle se considère à juste titre comme Université Internationale, et voilà pourquoi les illustres Recteurs des Colléges étrangers établis à Rome ont fait de soleñnelles protestations en sa faveur et pour sa défense contre le Gouvernement italien, qui, en portant la main sur le Collége Romain, se trouvait à léser en même temps les droits des nations catholiques. Or il suffit de lire ces thèses théologiques du lointain Canada pour s'apercevoir jusqu'où s'étend la voix de l'Université Grégorienne.

Il y à plusieurs années déjà, trois jeunes ecclésiastiques choisis et de grandes espérances, le

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même illnstre Professeur Benjamin Pâquet et ses deux autres collègues, Louis Piquet et Louis-Nazaire Bégin, désignés dès lors pour remplir les chaires de Théologie à l'Université Laval, furent envoyés à Rome par l'Archevèque de Québec pour y puiser la doctrine et l'esprit romain de l'Université Grégorienne; eétaujourd'hui ces mêmes eccléstastiques s'en font gloire et honneur dans leur chaire respective, [ne nous conviendrait peuttre pas, à nous, de dire ces choses à la gloire du Collége Romain, si nous ne savions faire en cela grand plaisir à ces illustres Professeurs, auxquels nous souhaitons seulement que leur Université puisse toujours avoir un meilleur sort que celui du Collége Romain dans les circonstances présentes. C'est pour nous une douce consolation que de voir l'état actuel de prospérité de l'Université Laval, université fondée par charte royale de la reine Victoria, en 1852, et autorisée ensuite par un indult de Pie IX à donner les grades académiques dans la faculté de Théologie (1). Nous avons sous les yeux l'Annuaire de l'Université pour l'année académique 1871-72, et nous voyons avec grand plaisir combien elle est florissante dans toutes ses branches.

(1 Le 15 Mai 1876, le Souverain Pontife glorieusement régnant Pie IX a donné à l'Université Laval son complément, en lui accordant l'érection canonique solennelle avec les privilèges les plus étendus.

Dans ce même Annuaire nous trouvons un éloge magnifique du regretté Archevèque de Québec, Mgr. Baillargeon, qui à si bien mérité de cette Université; elle peut cependant se consoler de sa perte par l'acquisition qu’elle à fait dans la personne de son digne successeur, Mgr. Taschereau, héritier des vertus et du zèle pastoral de Mgr. Baillargeon, et comme Archevèque de Québec et comme Visiteur Apostolique de l'Université. On peut juger suflisamment jusqu'où s'étend son zèle pour cette institution, par le fait que nous avons cité au commencement de cette revue, à savoir qu'il a voulu lui-même honorer de sa présence les cinq lecons de l'abbé Pâquet sur le Libéralisme, faisant voir par cela seul qu’à l'exemple de Mgr. Baillargeon, il regarde comme le premier mérite de l’Université Laval, celui d’être l'écho fidèle de la doctrine romaine.

éloge iébec, cette de sa à perereau, Mgr.

bec et 6. On n zèle avons savoir ésence ibéraple de remier l'écho

Résumé de la leçon sur l'égalité. — La liberté, noble privilége de l'homme, — Abus du mot liberté, — Milieu à tonir, — En quoi consiste la liberté. — Fausses définitions de la liberté. —- Lie bien, objet de la liberté. — Différence entre le pouvoir et le droit de faire le mal.— La possibilité de faire le mal n’est pas essentielle à la liberté. — Objections: les imperfections de l'homme sont naturelles; de sa nature l’homme est

iibre,— Réponses. — La volonté exerce son action dans trois ordres divers. — La loi, bouclier de la li-

berté.— S'attacher au bien, c'est amplifier sa liberté. — Liberté rivile et sociale. —- Ennemis de la liberté dans l'ord: civil, — Conclusion.

MESSIEURS

Les droits naturels, qu’on appelle aussi droits primitifs ou absolus par opposition aux droits acquis, dérivés et conditionnels, sont tous une conséquence de la dignité inhérente à la personnalité humaine. Cette dignité et les droits absolus qui en découlent, se retrouvent dans tous les hommes, et sont revètus d’un caractère sacré et inviolable.

En vertu de cette dignité, que pour être plus court nous nommons droit de personnalité, l'homme ne peut pas être traité comme une chose, employé comme un simple mo-

yen. Personne, aucun pouvoir terrestre, sans une délégation spéciale de Dieu même, n’a la faculté d’attenter à l'intégrité de ces droits qui constituent comme un apanage intime, propre à la nature humaine. L’antiquité, qui ne vovait dans l’homme que le citoyen, c’est-à-dire, un membre passager de la société civile, niait l’existence du droit de personnalité, et usail de l’homme comme on se sert d’une chose où d’un animal. Les sensualistes, les matérialistes ct les panthéistes de nos jours se rencontrent sur ce point avec l'antiquité payenne, et méconnaissent le même droit de personnatilé, puisque, d’après leurs systèmes, l’homme n’a point de fin dernière à obtenir, point de but suprème à atteindre, et qu'a la mort tout est terminé pour nous. La religion chrétienne, en rattachant l’homme à Dieu et par son origine et par sa fin, l'élève au-dessus de toutes les formes variables de la société civile et politique, et assure l’inviolabilité de personne. Elle fait plus : elle ordonne à l’homme de respecter les propriétés essentielles de sa nature, de se rappeler qu’elles viennent de Dieu, son auteur, de ne pas lui faire linjure de les dégrader ou de les abdiquer.

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Dans la derniére lecon, nous avons vu que les hommes possèdent des droits spécitiques GCAUX , qui Sont inhérents à l'essence de notre nature: et que, sous ce rapport, tous les hommes sont égaux. Les principaux droits spécifiques, qui dérivent de Ia personnalité sont: le droit d'égalité, de liberté, le propriété et de sécurité. Tous les droits individuels naissent de ces droits fondamentaux et absolus. Mais les droits individuels varient en nombre et en qualité suivant les individus eux-mêmes, ce qui fait qu'en réalité, dans l'ordre concret, les hommes sont inégaux.

Toutefois, les différents droits acquis où individuels doivent être respectés dans chaque homme, et, dans ce sens encore, nous pouvon. dire que tous les hommes sont égaux.

Ce soir, nous parlerons d'un autre privileve essentiel à Ia nature humaine, celui de la liberte,

Liberté , quel mot magique ! Il flatte l'oreille de l’homme : il réveille en lui le sentiment de sa véritable grandeur. Parmi tous les êtres qui l'entourent et qui ont leurs mouvements propres, aueun ne peut dire: Si je me meus de telle ou telle maniere, c’esl parce que je le veux. L’ homme seul, au

sn 20 ce milieu de toute la création visible, peut prononcer fiérement ce mot: Je le veux ; parce que lui seul est doué d’une volonté libre et capable de se déterminer à telle chose plutôt qu'à telle autre.

Mais ce don si noble de la liberté, ce droit sacré, ce privilége divin, puisque nous ne le retrouvons qu’en Dieu, et qu'il réfléchit en nous son image, a le sort de presque toutes les choses grandes et sublimes :

c’est d’être exposé à la profanation par l'abus qu'on en fait. Son nom est écrit sur tous les drapeaux, et sert à toutes les causes :

lberté de pensée, liberté de la presse, liberté de l’enseignement, liberté de la science, liberté d'action, liberté de religion. Tantôt, c’est sous l'influence de la liberté que ïes chaines de l'esclavage sont rompues, et que l’on voit s'accomplir les actions les plus généreuses ; tantôt, c’est au nom de la liberté que l’ordre social est renversé, que les erimes les plus affreux sont commis, cet que l’on court à l'anarchie et à la servitude.

Veut-on, dit Tacite, supplanter ‘autorité, on acelame la liberté; et, quand cette autorité s’est écroulée, on s'attaque à la liberté elle-même. Vous voyez déployés encore les

peut OUT ; lonté telle

e, ce nous réflépresnes :

abus tous ses :

Jerté eo, litôt, 1és que géerté crique ide.

1e, utoerte les

drapeaux de Mazzini, de Garibaldi, de Vie-

tor Emmanuel , de Ja Commune : sur {ous

se lrouve inscrit ce Mot de liberté. À la vue

des excès, des Malheurs et des ruines cau-

sés at nom de a liberté, on SC Senlirail Presque porté à Ia Mau(lire, et à faire même un reproche à Dieu de nous lavoir donnée :

mais ce ser à légal de ceux qui lexagèrent et Ja Confondent avec m licence sans frein et sans pudeur.

[ya un Milieu à tenir entre ces deux extrêmes : il se (rouve dans Ja vraie doctrine Sur les droits de la liberté : Car lexistence des abus qui outrasent Ja liberté ne Saurail être une ‘aisOn pour nier l'existence de la liberté elle-même.

Notre intention toutefois n° est pas de prouver existence de la liberté, ni de démontrer qu’elle est une propriété essentielle de notre nature, L'homme est libre : C’est la per- SUasion intime de tout homme jouissant de l'usage de Sa raisOn ; c’est AUSSI Ce Œu'expriment les mots si [réquents dans le discours :

délibérer , réfléchir , juger, louer, blâämer. Punir, récompenser. La liberté est done une Prérogative essentielle à notre nature. Mais en quoi GonSiste-L-elle ? quelle es£ Son altitude

ail se l'omper

OÙ vis-a-vis de la loi? Autant de questions à examiner.

Qu'est-ce que La liberté ? ou que signifie cette proposition: l'homme est libre? Beaucoup d'écrivains, même célèbres, vous répondent :

être libre, £'est n'être géné par aucune loi, c’est être maitre de soi, ne dépendre de personne, c'est agir comme l’on veut, c’est pouvoir faire tantôt le bien et tantôt le mal.

Eh bien! donner ainsi pour objet à la liberté, ou plutôt à la volonté — car la liberté n'est pas une faculté distincte, elle n'est qu'une qualité inhérente à Ia volonté — donner pour objet à la volonté ou à la liberté le mal et le bien indifféremment, c'est uncerreur pernicieuse, Mais trop Commune malheureusement.

En effet, Le bien seul est Le véritable objet de La la liberté. La volonté, comme toute autre faculté naturelle, a une tendance, un objet qui est determiné par la nature humaine. D'où vient cette nature ? De son auteur, Dieu. Done, La tendance de la volonté, qui fait partie de notre nature, vient de Dieu. Mais, si celte tendance, si cet objet que réclame la volonté vient de Dieu, il est nécessairement bon, et ne peut pas ètre

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mauvais. Donc, il répugne que le mal, en ant que mal, soit l'objet du libre arbitre ou de la liberté, Autrement, la tendance ou linclinalion de Ha volonté serait à la fois naturelle et contre nature, viendrait de Dieu et aen viendrait pas. FL est si vrai que lc bien seul est Pobjet de la volonté, que même lorsque nous commettons le mal, nous ne Île faisons que parce que nous l’envisageons comme un bien. Ainsi, notre volonté se porte toujours vers un bien, sinGn réel, du moins apparent, Ce n’est que par erreur, par accidept, eb non pas directement, que nous nous déterminons au mal,

Eu outre, si d’après la nature, c’est-à-dire d’après Ja volonté même de Dieu, l'homme a le droit de commettre le mal, quelle puissance créce, quelle autorité finie pourrait lempécher de le faire, et d'user d’une faculté inherente à la nature, et donnée par PL ôtre suprôéme? On voit par là que donner à la volonté le droit de faire indifféremment le le bien ou le mal, c'est renverser toute autorité, c’est sanctionner et proteger tous les crimes, c’est anéantir Pautorité du père dans la famille; bien plus, c’est proclamer labsurdité de fa loi naturelle, car on supposerait

que Dieu permet et défend la même chose tout à la fois. Done, lPobjet de la volonté, et par conséquent de la liberté, est le bien, et ne saurait ètre le mal.

Mais, dit-on, n'est-il pas essentiel au libre arbitre de pouvoir choisir le bien ou le mal?

C’est vrai, l’homme a le pouvoir de faire le mal; il peut blesser la vérité, voler, assassiner, se suicider ; mais il n'en a pas le droit. De plus. ce pouvoir de faire le mal n’est nullement essentiel à la liberté considérée en elle-même ; car autrement on devrait le retrouver dans tout être doué de liberté. Or, Dieu est un ètre perfaitement libre, et cependant il est impeccable. Donc le pouvoir de faire le mal n’est pas essentiel à la liberté; il n’est qu'une preuve de l’imperfection du sujet dans lequel il réside.

Jne comparaison aidera à faire comprendre ce raisonnement un peu abstrait. Un homme est tourmenté d’une fièvre violente. La présence de cette fièvre nous fait conclure qu'il est encore vivant. que son âme est encore unie à Son corps. Devrons-nous en déduire que la fièvre vient de l'âme ? Evidemment non. D'où vient-elle donc ? de limperfection du sujet qu’elle anime, du corps.

Ainsi devons-nous raisonner au sujet du pouvoir que l’homme a de choisir et de faire le mal. C’est un désordre, impossible sans doute si l’homme n’était doué du libre arbitre, mais qui ne lui est cependant nullement essentiel.

Encore une fois, remarquons que le libre arbitre est une qualité inhérente à la volonté, et que La volonté, de sa nature, est faite pour le bien, de mème que lintellisence est faite pour la vérité; d’où il suit que le mal, comme mal, ne saurait être l’objet de sa tendance. S'il arrive, ce qui se voit souvent, que la volonté se porte vers le mal, ce n'est pas par une tendance qui lui soil essentielle et intrinsèque, mais par un effet résultant de l’imperfection du sujet dans lequel elle se trouve. Cette imperfeclion nous explique pourquoi l’homme est exposé à se tromper, surtout lorsque les inclinations sensibles, contraires à celles de la raison, viennent $S’y ajouter. Saint Thomas résume cette doctrine en deux mots: « Bien que vouloir ou choisir le mal soit une marque de liberté, ce n’est cependant ni la liberté, ni une partie de la liberté.»

Mais, reprennent les avocats de la licence

et de l'indépendance, eest Dieu qui a créé l'homme avec ses imperfections ; par conséquent ces imperfections sont naturelles. Or ce qui est naturel ne saurait être raisonnablement combattu, ni réprimé,

IL est facile de résoudre cette difficulté, Sans doute, on ne saurait .aisonnablement combattre ce qui est naturel, Si par à on entend ce qui est une perfection de Fa nature, ce qui est un bien nécessairement exigé par la nature. Mais, si par Là on veut dire qu'on ne peut s'opposer raisonnablement à ce qui est une vraie tnfirmité de La nature, celte proposition devient complètement fausse, Ainsi, il est possible naturellement qu’on {tente à ma fortune, à mon honneur, à ma vie; que des calamités menacent de fondre sur moi: que ma santé se trouve gravement compromise. Est-ce à dire que je ne pourrai pas combattre, que je ne devrai pas prévenir autant que possible de semblables malbeurs? Non, sans doute; ce serait agir contrairement à la raison, 1 en est de même dans fa matière qui nous occupe. Au moyen du libre arbitre, l'homme peut dévier @e l’ordre voulu et se précipiter dans l’abime.

Est-ce agir contre La raison que d’employer

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toutes les forces de son ètre pour se garanir d’an semblable malheur? N'est-ce pas plutôt la raison elle-même qui le réclame impérieusement ©

« La volonté exerce son action dans trois ordres divers: L'dans l’ordre des choses qu’elle veut nécessairement, c’est ainsi que Dieu s'aime lui-même, et que l’homme veut nécessairement être heureux; 2° dans l’ordre des choses qui dépendent de sa détermination propre, et qu'elle peut vouloir ou ne pas vouloir sans s'écarter de sa fin dernière; ainsi Dieu peut vouloir créer, ou ne pas créer, et l’homme peut vouloir ou ne pas vouloir tel bien; 3 dans l’ordre des choses qui éloignent l’ôtre de sa fin, telles que l'erreur, le mal, le péché. »

« Dans le premier ordre, la volonté n’est pas libre, puisque la nature la détermine nécessairement à vouloir ce qu’elle veut. »

« Dans le second ordre, la volonté est libre, puisqu'elle se détermine d'elle-même et par elle-même d’après le jugement de la raison, »

« Dans la troisième ordre, la volonté n’est libre que dans les êtres raisonnables, qui,

se trouvant dans un état d'imperfection el

d'épreuve, ont le pouvoir de s'écarter de leur fin, de vouloir l'erreur, le mal, le péché; mais ce pouvoir ne constitue point la liberté véritable, la liberté attribut de tout être intelligent, car il ne se trouve ni dans les bienheureux, ni dans les anges, ni en Dieu, » qui jouissent pourtant de la plénitude de la liberté.

Mais, ajoute-t-on , l'homme est libre de sa nature. Donc, il ne doit pas avoir de loi.

Raisonnement faux; on devrait plutôt dire: l’homme est libre, donc il à une loi.

« Dieu même, dit Bossuet, Dieu, en qui réside la souveraine liberté, a sa loi souveraine dans la nécessité de sa propre nature: ce qui le fait libre, c’est que sa loi est en luimème, c’est qu’elle ne lui vient pas üu dehors, c’est son absolue indépendance. »

Mais cette indépendance absolue ne se trouve qu’en Dieu. L'homme & ‘2 pouvoir de faire le mal comme le bien parce qu'il est un être imparfait. Done, nécessité d’une loi et d’une autorité, nécessité d’une régle pour le diriger et d'un frein pour lempècher de s’'égarer : cette règle et ce frein salutaires se trouvent dans la loi.

La loi n’enchaine pas la liberté; elle la protége et la défend contre la violence. Dans

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