‹ Le libéralisme [microforme]Chapitre 6 sur 16 · LIN A ARR CORNE · texte numérisé non relu

LIN A ARR CORNE

l'homme, être composé de parties différentes et subordonnées, tout ce qui contrarie Ja partie supérieure qui doit dominer et commander, est de nature à lui faire violence ; d'un autre côté, tout ce qui lendra à écarter, à comprimer la violence et la tyrannie des parties inférieures, favorisera par là même l'exercice de La liberté, Tel est le rôle de la loi: elle veille à ce que les sens n'entreprennent rien contre Fa raison ; elle Les retient dans l'ordre et le devoir, el permel à la volonté de tendre sans entraves vers son but, le bien, le bonheur, Comme l'enseigne saint ’aut, il V à en nous comme deux hommes associés par Ia vie et qui doivent marcher dans l'ordre; lun intelligent et Pautre animal. LE va aussi comme deux volontés qui on des tendances bien opposées : celle, qui n’est qu'une inelination aveugle, un instinet violent, entrainerait la volonté intelliscente et \éritable , si cette dernière n’était soutenue et dirigée par Ja loi.

Oui, Messieurs, la loi est un bouclier qui nous protége contre la violence, un rempart qui met notre liberté à l'abri des assauts de hos propres passions, en même temps qu’elle nous défend contre ies passions et [es vio-

lences des autres. Remarquez que nous parlons de la loi dans tous les ordres, dans l’ordre naturel, civil, politique et religieux. Donc, l’affranchissement de toute loi, n’est pas la liberté ; au contraire, c’est la licence, le déchainement de toutes les tvrannies qui tuent la liberté.

« Etre libre sans une oi, dit un philosophe, c’est être abandonné. La vraie liberté, celle qui fait de l’homme une image de Dieu, c'est La liberté réglée, dominée, sanctifiée , réalisée par la loi morale. »

Puisque la loi naturelle existe, comme nous l’avons prouvé dar:s une autre lecon.

il s’en suit que l'homme n’est pas indépendant; qu'il a ie devoir d'accomplir eette loi et de s’y conformer. Done, la liberté de l’homme nest pas illimitée; elle est restreinte par cette loi, et cela est conforme à la nature de

in être, qui est borné,

On dit tous les jours: Ia pensée est libre.

C'est vrai, mais à une condition, c’est qu’elle demeure soumise à la loi, c’est-à-dire à la raison, qui est sa règle, son guide, sa reine, et qui lui dit qu’elle peut se mouvoir à l'aise dans le domaine du vrai: tel est le champ si vaste et si riche qu’elle peut explorer, mais

qu'eile ne doit pas franchir. Egalement, la volonté est libre: oui, mais à la condition qu'elle demeure soumise à sa loi, la raison, et qu’elle ne S’écarte pas de son domaine , qui est le bien ; autrement elle s’égarcrait misérablement,.

Que de vérité et de sens dans ce mot de Cicéron : « Voulez-vous Ctre libres, soyez les esclaves des lois. » Cette sentence est générale, elle vaut pour toutes les lois. Si un citoyen pouvait faire ce que la loi défend, dit Montesquieu, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient également ce pouvoir. Tite-Live n’est pas moins explicite : le désir effréné de la liberté conduit toujours à la servitude. À ces oracles de la raison humaine, joignez ceux de la raison ineréée pour les comparer. Celui qui fait le mal, devient l’eselave du mal. Si vous observez mes commandements , mes lois, mes préceptes , ceux-ci à leur tour vous défendront. Où est l'esprit de Dieu, c’est-à-dire sa volonté, sa loi, là se trouve la liberté. Et, s'il s’agit de la liberté de pensée, c’est La vérité qui nous la donnera, suivant aussi cette expression de la sagesse éternelle, veritas liberabit vos, la vérité vous donnera la liberté. Voilà pour ce

— JS — qui concerne la liberté en elle-même, a liberté personnelle en face de la loi naturelle, qui est son alliée inséparable, nous dirons mème sa mere.

Tout ce que nous avons dit peut se réduire aux formules suivantes:

{La liberté, d'apres sa nature, n'est pas donnée pour Le mal, mais pour le bien. 2° La vraie liberté est nécessairement conforme à la raison et à la vérité. 3° Donc, tout ce qui est contre la vérité ou [a raison, est en même temps conire la vraie liberté, et conduit à l'esclavage. 4° Loin d'enchaiuer la liberté, la loi la guide, la défend et fa protége, 5° Plus le corps, la matiere, les sens seront soumis à l'esprit, à Pintellisence, à Ja raison, plus la volonté sera indépendante. et plus la liberté sera parfaite.

Enfin, plus l'homme s’attachera à la poursuite du bien et du juste, plus il recherehera tout ce qui est beau, vrai, grand, noble, digne de louange, plus aussi il sera libre et reculera Les barrières qui pourraient gêner l'essor de sa pensée et de sa volonté dans les vasles domaines de la vérité, du bien et de la justice. [l'en est de l'âme comme du corps qui jouit d'une santé d'autant plus forte et

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— 3) — vigoureuse qu'on a plus de soin de ne lui donner qu’une nourriture saine, et de lui interdire tout excès. Le corps et l'âme verront tous les jours accroître leur force et leur liberté, s'ils sont fidèles à ne se permettre que les seuls aliments convenables à leur nature, et à écarter tout ce qui pourrait leur nuire. Mais is n’y à que les hommes justes et honnôtes, c’est-à-dire les fidèles observateurs de la loi, qui arrivent à ce magnifique résultat. Donc, la source de Ia liberté pour tout homme, c’est la loi.

Ce qui a été dit de la liberté personnelle doit également s'appliquer à la liberté civile et sociale.

Le KR. P. Félix a défini la liberté individuelle : un mouvement sans entrates de la volonté dans Le bien. Cette définition convient aussi à la liberté civile ou sociale, et l’on peut dire qu’elle est la faculté d'exercer sans entraves dans la société, dans l’état ou dans ln cité, tous les actes, tous les droits légilimes du citoyen.

Plusieurs confondent la liberté ‘ivile avec la liberté politique ; cependant il Ÿ a une différence considérable entre les deux. La liberté politique consiste dans la faculté d’in-

tervenir directement dans la formation du couvernement ainsi que dans son action. Pour le moment, nous ne parlerons que de Ha liberté dans l'ordre civil. Elle ne consiste pas dans Ia faculté de faire tout ce que lon veut, mais dans la faculté d'agir sans préjudice de la subordination qui Ôôte aux citoyens le pouvoir de nuire, et qui les met dans la nécessité de concourir à bien commun, en contribuant à assurer l’erdre, la paix, la sécurité, lin immédiate de cette société.

Pour cela, le citoven doit nécessairement vivre dans la dépendance, non-seulement de la loi naturelle, mais encore de la loi civile, qui, pour être juste, doit être bâsée sur la première, Si, dans la société, chagun voulait conserver le pouvoir d'agir à son gré, la liberté ne pourrait pas exister. Pourquoi ? Parce que chacun, devenu interprète de la loi naturelle, deviendrait aussi l'arbitre Ge ses devoirs Sociaux ; chacun, parce qu'il en aurait physiquement le pouvoir, se croirait investi du droit moral de les violer. Les biens.

l'honneur, la vie même de chaque particulier seraient à la merei de tous. Done, nécessité d’une autorité, ou de fa loi civile, pour protéger notre propre liberté. D'où

seit Le il suit que le peuple le plus libre n° est pas celui dont le gouvernement gène le moins la volonté des citoyens, mais celui dont les lois sont de nature à assurer le bonheur public, en faisant régner l’ordre et Ia justice parmi les sujets, en leur laissant d’ailleurs toute liberté qui ne blesse paint cet ordre, et en Gcartant tout obstacle à l’exercice de leurs droits légitimes. C’est ce que confirme la doctrine de M. Bautain, qui veut que la société sauvegarde les intérêts particuliers de chacun, en même temps que lintérèt commun, qui doit être la fusion des intérûôts de tous.

« Tous ceux qui font partie d’une association quelconque, dit ce philosophe, par cela qu'ils sont des Ôtres raisonnables, doivent trouver dans cette réunion la satisfaction d'un intérôt propre, c’est-à-dire la garantie de l’existence, la protection de la famille et tout ce qui peut assurer le développement des facultés physiques, intellectuelles et morales de la nature humaine. Mais, si chaque membre doit y trouver son intérêt, il est évident qu'il ne doit pas l’Y trouver aux dépens des autres, et ainsi, il faut que tous ces intérêts privés s'accordent, se balancent de manière

ni LS h Ôtre satisfaits, sans se nuire ni se Combattre. Donc, dans toute société, avec les intérèts particuliers de chacun, il v a un in- Lérèl commun, qui doit être la fusion des intérèts de tous. Cet intérèét commun regarde chaque membre, puisqu'il doit lui fournir la ourantie de son existence el de ses intérêts propres; et par conséquent chacun doit, en vue du bien publie, el pour le produire, concéder quelque chose de sa liberté individuelle, de son temps, de sa pensée, de ses biens, de tous ses moyens de vivre, »

Maintenant, dans l'ordre civil, quel sera le premier ennemi de la liberté? La désobéissance à La loi. Le mépris et la violation des lois conduisent les peuples à l'anarchie et à la servitude, FL existe un autre ennemi de la liberté civile, plus redoutable encore, s'il est possible que le premier ; c’est le svstéme de centralisation exagérée qui consiste à remettre tous les droits, toutes les libertés des sujets aux mains de PElat, ce qui lui permet d'exercer son action despotique sur toutes les affaires privées, d’après le principe monstrueux que fout appartient à l'Etat, corps ef biens, voire méme les dmes. Sans doute, on ne prétend pas porter atteinte à la liberté

intérieure qui esten dohors de toute attaque : mais on voudrait soumettre aux chefs de l'Etat tous les actes de Ia vice relivieuse , civile et domestique , jusqu’ aux moindres détails de la conduite extérieure. D’après celte théorie des socialistes et des communistes , chaque membre de PEtat, suivant lexpression de Corbière, ne serait qu’un rouage politique , qui n'aurait ni mouvement propre, ni but distinct, qui recevrait et transmettrait l'impulsion à peu près comme une manivelle passive.

« Je ne connais rien de plus faux en principe, dit cet économiste, de plus propre à dégrader les citovens que cette théorie. Si elle passait dans les lois d’une nation, elle aboutirait à l’abrutissement de la population et à une extinction entière de la vie intellectuelle, morale et industrielle. La liberté. qui fait la gloire de homme et qui est Île stimulant des découvertes dans les sciences et dans les arts, serait confisquée au profit des gouvernants. Au lieu de suivre l'inspiration indépendante de Ia volonté, chacun serait soumis, pour l’accomplissement de sa lâche journalière , aux ordres qu'il recevrait des chefs de l'état. Sous un tel régime, on aurait

— ff —— pu forcer Bossuet à être commis d’un bureau, et Descartes laboureur. Plus d'activité propre, plus de vocations déterminées par a Voix intérieure et puissante du génie. La flexibilité du caractère constituerait le principal mérite des ciloyens : ie talent, privé d’élasticité pour se préler aux diverses façons que Île despotisme prétendrait Lui faire subir, ne serail considéré que comme un outil rebelle, destiné à être brisé. [n°v aurait qu'une vertu, l’obéissance servile: te résultat final de cette condition serait lanéantissement de la personnalite. »

Le P. Félix parle d’une manière fort originale de ce hideux système. € {[E n°'v a qu'un propriétaire: Pétat, L'état possède tout, l'état est Dieu, et Ia société c’est lui. Voilà ce qui est venu sur nos forms, el jusque dans les assemblées de nos égislateurs, se poser comme l'idéal des sociétés futures: c'était le panthéisme dans Ia société ; en d’autres termes, le communisme, 1e communisme, absorption monstrueuse de toutes les propriétés individuelles par un seul propiétaire ; Le communisme, confiscation universelle de toutes les hbertés individuelles par la cen ralisation , où plutôt par Fax tyrannie sociale élevée à sa

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RE À, ee | dernière puissance ; servitude absolue, légitime châtiment des peuples qui ont poursuivi le rêve anti-social de l'indépendance absolue ; le communisme , société contre la raison el contre la nature, société monstre, hideuse à voir par sa difformité, sa dégradation et son asservissement ; Société ruche comme l'appelait un écrivain célèbre, où l’on nous laisserait tout au plus l'honneur d'être une abeille! »

« Arriére ce mécarisme grossier....arrière ce brutal niveau qui empêche de monter el ne force qu’à descendre ! Laissez, laissez ces êtres nés libres et progressifs, déployer au soleil dans les grandes lisnes de lordre et du devoir leur activité géncreuse. »

Le P.Taparelli enseigne également que «le but de l’organisation sociale est de coordonner entre eux des êtres composés chacun d'un corps et d’une âme, mais qu'elle n’a point d'action sur la partie spirituelle, si ce n’est en tant que l'esprit est uni au corps par un lien naturel d'unité commune ; c’est Ia nature, à proprement parler, qui agit sur l'esprit tandis que Ja société sauvegarde parmi les hommes l’ordre extérieur ; l'essence même de l’homme limite done à l’ordre extérieur l’action de La société civile, et par conséquent, le but im-

médiat de cette société est l'ordre temporel el extérieur, Cette doctrine à été adoptée et défendue par les docteurs catholiques, qui n'aiment guère Fa déclamation et les phrases sonores en matiere de liberté, formés qu'ils sont à l'école du Verbe incarné, qui apporta sur a terre l'esprit de vraie liberté, »

Le méme auteur montre ensuite que a fin immédiate de la société recoit son caractère moral de La fin derniére ; que cette assertion le bien prive de individu doit être subordonné au bien publie, doit s'entendre d'un seul in dividu par rapport à tous les autres, Puis il fagelle ces publicistes qui font de P£fat une idole, un dieu Moloch dévorant ses adorateurs, et qui n'hésitent pas à exposer les peuples a tous les hasurds, pourvu qu'ils obtiennent le bien-ôtre de FElat. À cette école apparlient Michelet, Fauteur du pamphlet intitulé Le peuple, dans lequel il déclare que l'homme appartient corps et dme à Pétat. CV a dejà long-temps, ajoute Taparelli, que Rover-Col- Lurd, et apres lui Guizot ont fait justice de cette doctrine tihumaine el servile, La société estelle faite pour servir l'individu, ou l'individu pour servir la société ? Royer-Collard à résolu cetie question, Les sociétés humaines nais-

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sent, vivent et meurent sur la terre ; là s'accomplissent leurs destinées ; mais elles ne contiennent pas l'homme tout entier. Après qu'il s'est engagé à La société, il lui reste la plus noble partie de lui-méme, ces hautes facultés par lesquelles il s'élève à une vie future....nous autres personnes individuelles, êtres doués de Pimmortalité, nous avons une autre destinée que les états, » (Guizot, civil europ. lee. EL).

IL est facile de conclure, Messieurs, que la première condition pour maintenir la liberté dans une société, dans un état, c'est la justice el l’ordre, ou l'observation de la loi, En qui se trouve le respeet de la justice et de l'ordre, et lobéissance à la Loi? Dans le bon citoyen. Mais pourrez-vous faire un bon citoyen avec un homme immoral, avec un homme plein de lui-même, esclave de ses passions, dominé par son intérêt, et capeble, pour se satisfaire, d'emplover tous le moyens sans reculer même devant le crime ? Evidemment non. Done, gouvernants et gouvernes, sovons des hommes justes et honnètes, el nous serons des citovens libres ; nous formerons une société qui verra se déplover la liberté dans toute sa beauté.

Analyse de la leçon précédente. — L'esprit du mal et de l'erreur, l'esprit du bien et de la vérité, — Sources de la théologie, — Rome notre guide, — L'encyclique de 1864.— Le libéralisme décrit dans le syilabus, — Histoire des quatre propositions condamnées, — L'homme possède-t-il la liberté de conscience ?— La foi, acte raisonnuble. — L'homme peut-il être forcé à croire ?— Il à l'obligation de croire, — Principales maximes du libéralisme par rapport à l'individu. — Réfutation de ces maximes. — Devoir de l'intelligence et de la volonté vis-à-vis de Dieu et de la révélation, — Dieu n'est pas indefférent à notre croyance et à notre conduite, — Paroles de Grégoire XVI et Pie IX sur l'indifférentisme, source véritable du libéralisme.

MESSIEURS

Avant d'aborder la question du libéralisme, il était nécessaire de nous former une idée exacte de la liberté en elle-même. Aussi, dans la lecon précédente, avons-nous prouvé que l’objet de la volonté et de la liberté, c’est le bien, et que la liberté n’est donnée que pour le bien. La vraie liberté est Le mouvement sans entraves dans Le bien ; le bien est l'élément naturel et le domaine

de la volonté et de la liberté, comme Peau est l'élément naturel du poisson, et l'air le domaine propre de loiseau.

Parce que je suis an être imparfait, j'ai le pouvoir de faire le mal, mais ce pouvoir n’est pas un droit. À cause de mon imperfeetion, la loi, dans tous les ordres, dans tautes les sphères, est la protectrice, lamie, le guide, la bientaitrice de ma liberté; c’est mème la loi qui donne l'existence à la liberté et qui lui conserve la vie. Quand je dis La loi, je n'ai pas besoin d'ajouter la loi juste, celle qui est basée sur ie droit naturel; car toute loi qui manque de cette qualité, n’est pas véritablement une loi, el par conséquent, loin d’Ôtre amie, elle est ennemie de la liberté.

Nous voulons tous la liberté, Que dis-je ?

la liberté est une qualité, un attribut essentiel à ma nature: je ne puis pas v renoncer ; au contraire je dois travailler à létendre, à la fortilier en lui donnant son aliment, le bien. Mais, pour cela, une condition impérieuse se pose devant moi el me dit: Sois l’esclave de La loi. D'où il suit, par une conséquence d’une logique inflexible, que le citoyen comme le peuple le

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